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Sciences
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LEÇONS
D'ANATOMIE GÉNÉRALE
FAITES AU COLLEGE DE FRANCE
Oii^niK^''^ <><■ iiit'i»!' AiiUmii'.
Trailé tetluiiiiuo iriiislologio. Paris, 1 vol. grand in-8". Eu cours ilo
puljlicalioii.
Manuel d'hislologie palhologi<iue (en collaboration avec M. V. Gon)il),
t" l'dilion. 2 vol. grand in-8". {Sous jifcsse.)
Leçons sur l'Iiislologie du syslônie nerveux, recueillies j3ar Ed. Weber.
"2 vol. grand in-S'^ avec lU })lancbes clironiolithograpbiûes.
Leçons sur le système musculaire, recueillies par J. Renaut.
Travaux dil laboratoire d'iiistologie du Collège de France, 1874, 1875,
187(1, 1877-1878. /t vol. grand in-8° avec planches.
Leçons d'anatomie générale faites au Collège de France, Année J878-
1879: Cornée. 1 vol. in-8. (Sous presse.)
l'AIllS. — IMPIllMli 11 Ili K.MIMi MAUTINET, Il U B MI ON ON, 2.
LEÇONS
'ANATOMIE GÉNÉRALE
FAITES AU COLLÈGE DE FRANCE
PAU
L. RANVIER
Professeur au Collège de Franeo
Année 1877-1878
APPAREILS NERVEUX TERMINAUX
DES MUSCLES DE LA VIE ORGANIQUE:
GiEUn SANGUIN, CŒURS LYMPHATIQUES, OESOPHAGE,
MUSCLES LISSES.
Leçons recueillies par MM. "Weber et Lataste
REVUES PAR LE PROFESSEUR
ET ACCOMPAGNÉES OE FIGURES ET DE TRACÉS INTERCALÉS DANS LE TEXTg^---— -^
0'-
'^/■\
PARIS
LIBRAIRIE J. B. BAILLIÈRE et FILS
Rue Hauti^feuille, 10, près le boulevard Saint-Germain.
1880
Tous droits rc'servcs.
AVANT-PROPOS
Ce volume contient les leçons que j'ai faites pendant
l'année scolaire 1877-1878, sur les appareils nerveux
terminaux des muscles de la vie organique. Elles ap-
partiennent à une étude d'ensemble sur les systèmes
musculaire et nerveux, dont une partie a déjà été
publiée, tandis qu'un nouveau volume sur les terminai-
sons sensitives est actuellement sous presse.
La terminaison des nerfs dans les muscles de la vie
organique est un sujet difficile, et, je dois le dire de
suite, si j'en ai élucidé certains points, il en est d'autres
que j'ai dû laisser dans l'ombre. Aussi ai-je hésité long-
temps à publier ces leçons. Je m'y suis décidé cepen-
dant en considérant que je m'étais efforcé de bien
mettre mes auditeurs au courant de la science et de
leur montrer tout ce qui reste à faire.
Dans une première partie, le lecteur trouvera une
VI AVANT-PROPOS.
description dos ganglions irm'voux du cœur sanguin
cl la rclalion d'expériences destinées à mettre en évi-
dence le rôle de ces ganglions. A la suite sont expo-
sées des recherches sur la terminaison des nerfs dans
le myocarde et sur la manière dont s'y propage l'in-
cilation niotrice.
Une seconde partie de ces leçons est consacrée aux
cœurs lymphatiques des batraciens et des reptiles. Elle
renferme des données entièrement nouvelles sur les
terminaisons nerveuses et sur les propriétés physio-
logiques de ces organes. La méthode graphique appli-
quée pour la première fois a l'analyse de leur con-
traction a permis do résoudre un certain nombre de
problèmes en suspens depuis plusieurs années.
La musculature de l'œsophage forme ensuite le sujet
d'une série de leçons. Appartenant absolument à la vie
organique et composée à la fois de fibres striées et de
fibres lisses, la tunique musculaire de l'œsophage
devait être examinée immédiatement après les myo-
cardes sanguin et lymphatique et conduire à Tétude des
muscles formés entièrement de fibres-cellules.
L'application de la méthode graphique à l'observa-
tion de la déglutition m'a conduit à constater que le bol
alimentaire est arrêté un instant au-dessus du cardia
avant de le fianchir. 11 y aurait ainsi un quatrième
temps de la déglutition à ajouter aux trois premiers
AVANT-PROPOS. VII
admis par les physiologistes depuis les recherches de
Magcndie.
A la fin de ce volume, la terminaison des nerfs dans
les muscles lisses est exposée d'une manière complète,
en môme temps qu'il est fait une distinction importante
entre les appareils nerveux terminaux de ces muscles,
suivant qu'ils sont soumis à la volonté ou qu'ils fonc-
tionnent en dehors de son influence.
L. RANVIEU.
Paris, 2G novembre 1870.
COURS
D'ANATOMIE GÉNÉRALE
DU COLLÈGE DE FRANCE
PREMIERE LEÇON
(4 décembre 1877)
Nature de rciisciy'iiciiicul îles sciences expérimentales an Collège do
France.
Objet du cours : Élude des terminaisons motrices dans les muscles de la vie
organique. — Considérations générales sur les muscles de la vie orga-
nique : Leur mode de contraction lent dépend de leur structure; leur indé-
pendance de la volonté tient au point de départ de la fibre motrice dans les
centres.
Expériences. — Cœur de grenouille isolé battant rj'thmi(iuement. — Esto-
mac do grenouille présentant des contractions rythmées. — Section du
bulbe, pratiquée chez un lapin, démontrant la distinction de la vie ani-
male et de la vie organique.
lleproduction de l'expérience de Weber : Arrêt du cœur par excitation des
pneumogastriques.
Le cœur isolé est un organisme com]ilet. — Il peut être divisé en fragments
qui continuent également à vivre. — Expériences de Stannius. — Hypo-
thèse de l'existence de deux centres nerveux dans le cœur : l'un frénateur,
l'autre excitateur.
Messieurs,
Avant d'aborder le sujet que je me propose de traiter
cette année devant vous, il me semble nécessaire de
vous indiquer en peu de mots quels sont les principes
qui me dirigent dans l'enseignement tle l'anatomie
générale.
RANVii:n. — Anat. générale. i. — 1
2 NATURE DU COURS.
Ce cours consiste essentiellement clans l'exposé de
recherches fi\ites, soit pour reproduire les faits ancien-
nement connus, soii pour en trouver de nouveaux.
Assurément ce n'est pas là l'enseig'nement classique,
tel iju'il doit ùtre pratiqué dans les écoles profession-
nelles, à l'École de médecine par exemple, et dont le
Init est d'apprendre à des élèves l'état actuel de nos
connaissances.
INous nous adressons à des auditeurs déjà préparés,
nous devons les mettre au courant des méthodes expéri-
mentales en les appliquant nous-même devant eux. Ce
mode d'enseignement, bien qu'il ne soit pas classique,
est néanmoins d'une utilité incontestable. En effet,
l'anatomie générale n'est pas et probablement même
ne sera jamais complètement achevée. Elle ne s'enri-
chit d'une vérité nouvelle qu'après de grands efforts
et beaucoup de tâtonnements qui exigent de longues
recherches et par conséquent des travailleurs nom-
breux et exercés.
Nous nous proposons ici de former ces travailleurs,
et, quand bien même un professeur se bornerait à
encourager ceux qui, ayant les qualités nécessaires, se
livrent à la culture de la science, à leur donner de
bonnes méthodes, à les aider dans leurs recherches,
il aurait déjà accompli la partie la plus importante
de sa tache, la considérât-il seulement au. point de
vue patriotique. Car l'histoire nous apprend que dans
un pays la civilisation est toujours en rapport avec la
prospérité de ses établissements scientifiques.
Ces quelques mots suffisent pour vous montrer quelle
NATURE DU COURS. 3
est la tradition de renseignement des sciences expéri-
mentales an Collège de France. Je m'y suis rattaché et
je l'ai suivie depuis deux ans que j'occupe la chaire
d'anatomie générale.
Je crois devoir indiquer aux personnes qui n'ont pas
encore assisté à ce cours quelle est ma manière de pro-
céder en face d'une question. J'en expose d'abord l'his-
torique, en m'attachant surtout aux mémoires les plus
récents; j'en faisensuite la critique expérimentale, c'est-
à-dire que je passe au creuset de l'expérience les faits
indiqués par les auteurs. Cette vérification est très
fructueuse, non-seulement parce qu'elle nous met
complètement au courant de la question dont nous
nous occupons, mais surtout parce que souvent,
grâce aux progrès quotidiens de la technique histologi-
que, il nous est possible de reconnaître des erreurs ou
des lacunes dans les meilleurs travaux. Nous parvenons
même presque toujours à déterminer la cause de ces
erreurs, ce qui nous conduit nécessairement à éviter
d'en commettre d'analogues dans les recherches où, nous
proposant de découvrir des faits nouveaux, nous ne
sommes plus guidés par les travaux de nos devanciers.
Enfin, et seulement après cet inventaire et cette critique
minutieuse, nous nous permettons de généraliser, c'est-
à-dire de grouper d'une façon convenable les faits posi-
tifs que nous avons récoltés, de les rapprocher d'autres
faits plus ou moins éloignés et d'en induire leur signi-
fication. Chaque leçon est immédiatement suivie d'une
conférence pratique pour l'examen des préparations et
la démonstration des expériences. C'est mon prépara-
4 OBJET DU COURS.
toui", M. Webcr, qui est chargé de celte partÎQ de iiioii
enseignement, et il apporte ijeaucoup de zèle et d'intel-
ligence dans ses fondions, à en juger par les résultats
(|ui ont été obtenus les années précédentes.
Jusqu'ici je n'ai pas suivi d'autre programme que
celui qui m'est imposé par la classification naturelle des
tissus et des systèmes de l'organisme. Déjà, en 1872,
j'ai fait, dans le laboratoire aujourd'hui annexé à cette
chaire et qui relevait de l'École pratique des hautes
études, une série de conférences sur la technique de
l'anatomie générale. Nous avons passé en revue les
différents tissus de l'organisme : la lymphe, le sang,
les épithéliums, le système conjonclif comprenant les
tissus conjonclif, cartilagineux et osseux, le système
sanguin et le système lymphatique.
En 1875-1876, nous avons analysé le système mus-
culaire; en 1870-1877 nous avons commencé l'élude
du système nerveux.
L'histologie du système nerveux fera encore l'objet
de nos leçons de cette année; il est probable même que
nous n'épuiserons pas ce sujet et que nous devrons encore
nous en occuper l'année prochaine. Le système nerveux,
en efiet, a une importance considérable. Il a un rôle pré-
pondérant dans l'organisme; il se trouve répandu dans
presque tous les organes et y revêt les formes les plus
variées. En outre, les recherches qui le concernent
sont des plus difficiles et exigent l'emploi des procédés
les plus divers. On conçoit qu'une telle étude demande
beaucoup de temps et de travail, et que l'exposé de nos
connaissances sur ce sujet exige un très grand déve-
OBJET DU COURS. 5
loppoment. Aussi importait-il d'examiner à part les or-
ganes centraux, les nerfs proprement dits et les termi-
naisons nerveuses, et même de diviser ces dernières en
terminaisons motrices et terminaisons sensitives.
Nous avons déjà cherché quelle est la signification
physiologique et morphologique du système nerveux,
en l'envisageant dans la série animale et en le consi-
dérant à un point de vue très général. C'est ainsi qu'en
étudiant l'amibe, ou la cellule lymphatique, le globule
blanc du sang, ses équivalents dans un organisme com-
plexe, nous avons constaté que leurs mouvements, dits
mouvements amiboïdes, ne se produisent pas au hasard.
Les prolongements de substance qui résultent de ces
mouvements se montrent surtout dans les points de la
cellule qui sont soumis à une irritation; cette cellule
est donc sensible, et sa sensibilité excitée agit sur sa
masse, qui répond à Texcitation par un mouvement.
Une cellule amiboïde est donc un élément à la fois
nerveux et musculaire ; mais la sensibilité et la molilité
n'y sont pas localisées, elles ne reposent pas sur une
différenciation organique, suivant l'expression très
précise des naturalistes.
Cette différenciation commence chez des êtres un peu
plus complexes, chez les polypes par exemple. Ainsi,
trois couches, appelées ectoderme, mésoderme et endo-
derme, constituent le corps sacciforme de l'hydre d'eau
douce.
Déjà l'année dernière j'ai eu l'occasion de vous expo-
ser la constitution de ces couches et la découverte de
Kleinenberg à leur sujet. De grosses cellules, vous le
6 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
savez, composent la couche externe; des cellules plus
grosses encore, la couche interne; la couche moyenne,
le mésoderme, est constituée par des fibres contractiles.
Comme le montrent des mélhodes de dissociation ap-
propriées, ces fibres sont des prolongements des cel-
lules de fectoderme. Dans ce cas, un élément unique
prend part à la formation de deux couches distinctes.
Kleinenberg a désigné sous le nom de cellule neuro-
musculaire cet élément, qui mériterait encore l'épithète
d'épithélial, puis(|u'il a aussi une fonction de revête-
ment. Quoi qu'il en soit, il y a là un premier pas vers la
séparation des organes nerveux (ectoderme) et muscu-
laires (mésoderme), séparation bien incomplète d'ail-
leurs, puisque l'élément nerveux est seul nucléé et tient
sous sa dépendance immédiate l'élément musculaire.
.Nous savons, en effet, que le noyau est en général carac-
téristique de l'individualité d'un élément anatomique.
Il convient de faire remarquer encore que la cellule
neuro-musculaire, en tant qu'élément nerveux, est à la
fois motrice et sensitive, et qu'elle excite la fibre mus-
culaire qui en dépend, lorsque sa motricité est mise en
jeu par une excitation qui a éveillé sa sensibilité.
\ un degré plus élevé dans l'échelle animale, nous
avons trouvé l'élément musculaire nucléé et relié par
une tige, le nerf, à l'élément nerveux également
nucléé.
Remontant encore quelques échelons, la compli-
cation du système nerveux s'est montrée plus grande
encore : une cellule épithéliale est reliée par un nerf
sensitif à une cellule nerveuse sensitive. celle-ci com-
SUR LK SYSTÈME NERVEUX. 7
mutiique par un nerf inttM'médiaire avec une cellule
motrice; enfin cette dernière est rattachée par un nerf
moteur à l'élément musculaire.
Le système nerveux, hâtons-nous de le dire, ne se
présente pas à nous avec cette simplicité dans la nature;
nous le concevons ainsi, dans l'état actuel de la science,
d'après un schéma que nous avons construit pour nous
servir de guide dans nos recherches, mais que nous
abandonnerons dès qu'il se trouvera en contradiction
avec un seul fait positif.
En réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées:
les nerfs périphériques sont constitués par des fibres
motrices et des fibres semitives que nous ne pouvons
distinguer anatomiquement. L'an dernier, nous avons
étudié les troncs nerveux, abstraction faite des pro-
priétés physiologiques des fibres qu'ils renferment ;
puis nous avons abordé les terminaisons nerveuses.
Cet ordre était logique au point de vue de la technique,
la composition des centres nerveux étant excessi-
vement complexe et leur étude hérissée de difficultés.
Sans doute nous possédons des notions importantes
sur leur structure, mais celles-ci sont bien incomplètes
encore, et laissent un vaste champ ouvert aux inves-
tigations. L'étude des terminaisons est un peu
moins ardue; et les connaissances acquises à leur sujet
nous guideront plus tard dans l'analyse des centres.
Nous aurons donc procédé, sinon du connu à l'inconnu,
du moins du simple au composé.
Nous avons commencé par les terminaisons motrices^
plus simples que les sensitives. D'ailleurs, la sensibilité
8 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
des animaux soumis à rexpôrimentalion se traduisant
par des mouvements, il était nécessaire d'examiner les
oroanes de la motilité avant ceux de la sensibilité.
Nous avons admis trois sortes de nerfs moteurs,
caractérisés par la nature du mouvement qu'amène leur
excitation. Des nerfs moteurs électriques^ provoquant
des décharges électriques ; des nerfs moteurs musculaires^
provoquant des contractions des fibres musculaires, et
des nerfs moteurs glandulaires^ provoquant des sécrétions.
Nous n'avons pas encore abordé ces derniers. Nous
avons étudié les premiers dans l'organe électrique de la
torpille. Dans nos recherches, placés au point de vue de
Tanatomie générale, non de l'analomie comparée, nous
avons pu, tout en nous limitant à une seule espèce de
poissons électriques, faire une étude complète de notre
sujet. Enfin, nous avons examiné la terminaison des
nerfs moteurs dans les muscles à contraction brusque et
volontaire.
Il nous reste h. étudier les terminaisons des nerfs dans
les muscles de la vie organique, c'est-à-dire dans le
cœur, dans l'œsophage et dans les muscles lisses; je
vais dès maintenant vous présenter quelques considéra-
tions générales sur les muscles de la vie organique dans
leurs rapports avec le système nerveux.
Les muscles de la vie organique ont un caractère
physiologique essentiel, ils ne sont pas soumis directe-
ment à Taction de la volonté; dès lors, les mouvements
(jui s'y produisent sont nécessairement réflexes.
Nous connaissons le schéma par lequel on représente
le mécanisme des mouvements rétlexes (fig. 1). Soit A
FiG. 1.
Schéma des iiiouvomciils réik'xo
SUR LE SYSTÈME NERVEUX. 9
une cellule des centres nerveux, B une cellule des cen-
tres ganglionnaires, S la terminaison nerveuse sensi-
tive, M la fil)re musculaire. La cellule centrale; A per-
çoit l'excitation pro-
duite en S, et pro-
voque le mouvement
en M. Si l'on sectionne
le nerf A B, l'exci-
tation produite en S
ne pourra plus agir
sur le centre A; mais,
en passant par le cen-
tre ganglionnaire B,
elle pourra encore
i. mener la contraction de l'élément musculaire M.
C'est ainsi que l'excitation d'un point du corps chez un
lapin dont on a sectionné le bulbe fait naître des mou-
vements défensifs dans la partie atteinte, et môme dans
d'autres parties du corps. Dans ce cas, le centre réflexe
est situé dans la moelle épinière.
Les centres réflexes varient par leur siège, par eur
nombre et par leur disposition. Placés à des dislances
variables des organes qu'ils dominent, ils sont quelquefois
situés dans leur profondeur môme; ces organes, môme
isolés du corps, conservent encore leur activité propre ;
ils ont des mouvements automatiques.
Tandis que les muscles de la vie animale, du moins
chez les animaux supérieurs, possèdent toujours une
contraction brusque, ceux de la vie organique se subdi-
visent en deux catégories, suivant qu'ils se contractent
10 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
l)riisqiieineiit ou avec lenteur. Nous prendrons le cœur
comme exemple pour le premier cas, l'intestin pour le
second.
On pourrait supposer à priori que cette différence
dans le mode de contraction dépend du système nerveux;
mais une analyse hislologique, même superficielle, nous
oblige à rejeter cette hypothèse. On constate en effet que
les nerfs ont une structure identique dans les deux cas,
tandis que les muscles sont constamment striés dans le
.premier (cœur), constamment lisses dans le second
(estomac, intestin); et ce rapport constant entre la
forme de la fibre musculaire et son mode de contraction
ne s'observe pas seulement dans les différents organes
d'un môme animal, mais aussi dans les différents ani-
maux de l'échelle zoologique.
Aii.si, une division rationnelle et complète du système
musculaire nous présentera : d'une part, des muscles
striés de la vie animale et des muscles striés de la vie
organique ; et, d'autre part, des muscles lisses de la
vie animale, qui n'existent que chez les animaux
inférieurs, et des muscles lisses de la vie organique.
Le mode, rapide ou lent, suivant lequel se fait la
contraction, ne dépend donc point du système nerveux;
il est en rapport avec la constitution de l'élément
musculaire.
Quant aux deux ordres de mouvements, volontaires
et involontaires, ils sont évidemment sous l'influence
directe du système nerveux et même des centres gan-
glionnaires (jui lui appartiennent. xMais il se pourrait
que les rapports de la fibre motrice et de la fibre muscu-
SUR LV. SYSTÈME NERVEUX. 11
laire fussent différents clans les muscles de la vie orga-
nique et dans ceux qui sont soumis à la volonté. Il se
pourr;iit également que, la terminaison étant la même
dans les deux espèces de muscles, la différence dépendît
de l'origine de la fibre motrice dans les centres ner-
veux.
Arrêtons-nous là dans ces considérations générales;
il- est inutile de les poursuivre plus loin. Examinons
d'abord sommaireinent quelques-uns des faits qui s'y
rattachent, nous les analyserons ensuite, et peut-être
alors arriverons-nous à édifier une synthèse, fondée sur
une analyse suffisante.
Je vais vous rendre témoins de quelques-unes des
expériences simples, aujourd'hui classiques, relatives
aux phénomènes réflexes et aux mouvements automa-
tiques des organes.
Voici d'abord le cœur d'une grenouille complètement
séparé de l'animal ; il bat d'une manière régulière. Je le
place sous un levier destiné à amplifier le mouvement,
de telle sorte que de loin vous puissiez apprécier ce
phénomène.
Yoici maintenant l'estomac du môme animal : à un
examen superficiel il paraît immobile ; mais, après
avoir fermé le pylore par une ligature et avoir ajusté
un tube de verre à l'orifice du cardia, je le remplis d'une
solution d'eau salée à 7 pour 1000, colorée par du
rouge d'aniline; puis, mettant en communication l'ori-
fice libre du tube avec un tube de verre effilé maintenu
dans une position verticale, je plonge l'organe dans un
flacon contenant une solution de sel à la même dose.
1^2 MOUVEMENTS AUTOMATIQUES.
Los inoiiulros changements de capacité de l'estomac se
li'ouvoront ainsi indiqués par des changements de niveau
du liquide dans le tube el'tilé. Grâce à cette disposition,
vous pouvez constater maintenant que l'estomac bat
comme le cœur d'une façou rythmée; seulement ses
battements sont moins réguliers et beaucoup moins
rapides.
Nous allons terminer la leçon d'aujourd'hui par une
dernière expérience. Voici un lapindont je sectionne le
bulbe; j'ajuste une canule à sa trachée, et je le soumets
il la respiration artificielle. Ce lapin est immobile, il est
en résolution complète ; la vie animale est supprimée
chez lui; cependant les muscles et les nerfs de la vie
animale n'ont perdu aucune de leurs propriétés: j'excite
les muscles, ils se contractent; j'excite les nerfs qui
s'y rendent, ils se contractent encore. Ces nerfs sont
des nerfs mixtes, et leur excitation détermine des mou-
vements non-seulement dans les muscles auxquels se
rendent leurs fibres motrices, mais encore dans des
groupes de muscles plus ou moins éloignés. Ce sont là
des mouvements réflexes, car ils ne dépendent en rien
de l'activité cérébrale. J.e nœud vital, comme aurait dit
Flourens, a été coupé; cette expression d'ailleurs n'est
pas absolument juste, puisque chez ce lapin la vie
organique persiste ; il conviendrait mieux de dire que
l'on a coupé le nœud animal, en prenant cet adjectif
dans le sens précis que lui a donné Bichat.
La* respiration artificielle est néanmoins nécessaire au
maintien de la vie organique. La section du bulbe a
amené l'arrôtdes mouvements respiratoires; l'hématose
EXPÉRIENCES. 18
ne peut doue plus se produire, le sang devient noir, et
sans la respiration artificielle les éléments de l'orga-
nisme privés d'oxygène cesseraient de fonctionner et
mourraient bientôt.
Nous ouvrons la cage thoracique et nous voyons le
cœur battre rythmiquement; l'estomac et les intestins
mis à nu à leur tour montrent les mouvements péristal-
tiques qui leur appartiennent. Si nous excitons mainte-
nant différents nerfs, nous constaterons que, sous l'in-
tluence de cette excitation, les organes auxquels ils se
rendent présentent des modifications fonctionnelles.
C'est ainsi que l'excitation du sciatique, par exemple,
détermine dans le grand adducteur, qui est un muscle
blanc, des contractions rapides et énergiques, et dans
le demi-tendineux, qui est un muscle rouge, des con-
tractions lentes et soutenues. L'excitation du filet cer-
vical du grand sympathique détermine une dilatation de
la pupille; celle de la corde du tympan la sécrétion de
la glande sous-maxillaire, etc.
Nous appliquons maintenant les mors de la pince
électrique sur le pneumogastrique et nous faisons passer
dans ce nerf un courant d'induction à interruptions fré-
quentes : le cœur s'arrête en diastole. C'est là la remar-
quable expérience de Weber, la première expérience oii
il fut établi que l'excitation d'un nerf qui se rend à un
organe peut, au lieu d'activer la fonction de cet organe,
la ralentir ou même la supprimer.
Je reprendrai en détail les diverses expériences dont
je viens de vous rendre témoins. Nous devons mainte-
nant porter toute notre attention sur le cœur, en
14 COEUR SANGUIN.
l'envisageant non jias comme organe central de la cir-
cnlation. mais conimo un muscle qui fonctionne encore
lorsqu'il est complètement isolé.
Ainsi considéré, le cœur peut être comparé à un or-
ganisme complet, ^os recherches doivent porter d'abord
sur le cœur isolé qui bat. Nous devons recueillir tous
les éléments qui existent aujourd'hui dans la science sur
cette intéressante question et, si cela est possible, péné-
trer plus avant dans la connaissance de ce phénomène.
• Le fait fondamental, relatif au nîécanisme du cœur,
vous en avez été témoins : l'excitation du pneumogas-
tri({ue arrête ses battements. Ce phénomène se produit
aussi bien lorsque le cœur est complètement isolé que
lorsqu'il est encore rattaché à l'organisme.
L'action du pneumogastrique pour arrêter le cœur
ne s'exerce pas directement sur la fibre musculaire
cardiaque, mais sur un appareil qui commande le mou-
vement a celte fibre. Bidder, en effet, a vu que, lorsque
l'organe est arrêté par excitation du pneumogastrique,
il suffit de toucher la surface du ventricule avec la
pointe d'une aiguille pour y déterminer un battement.
Du reste, le cœur, cet organisme complet, peut être
décomposé à son tour en une série d'organismes plus
petits, qui continuent de fonctionner lorsqu'ils ont été
entièrement séparés du reste de l'organe. C'est ainsi
qu'en divisant un cœur de grenouille isolé, au niveau
du sillon auriculo-ventriculaire, on voit les oreillettes
et le ventricule continuer leurs battements; seulement
ces battements ne sont plus synchrones ; le ventricule
bat plus lentement que les oreillettes.
EXPÉRIENCES. 45
Gela me conduit à vous parler encore de quelques-
unes des remarquables expériences de Stannius sur le
cœur de la grenouille complètement isolé.
Si l'on pratique une section transversale du ventri-
cule un peu au-dessous du sillon auriculo-venlriculaire,
la pointe du cœur isolée reste immobile, tandis que la
base du ventricule et les oreillettes continuent leurs
mouvements.
Si l'on applique une ligature au niveau du sillon qui
sépare le sinus veineux des oreillettes, le cœur s'arrête.
Quand le cœur a été arrêté par cette ligature, si l'on
fait la section de l'organe au niveau du sillon auriculo-
ventriculaire, les battements reprennent pour le ventri-
cule seul.
De tous ces faits on a conclu que le cœur était sous
la dépendance de deux centres nerveux distincts, un
centre excitateur et un centre frénateur, le premier
situé au niveau du sillon auriculo-ventriculaire, le
second dans les oreillettes et le sinus veineux. Nous
verrons par la suite si cette explication doit être con-
servée.
DEUXIÈME LEÇON
(G ilJcembro 1877)
Cœur sanguin.
Kii)re5 de l'urkinjc. — Fibres musculaires du myocarde. — Cloison des
oreillettes de la grenouilie.
Variétés de forme des cellules musculaires du cœur chez les différents ver-
tébrés.
Messieurs,
Les faits énoncés dans la dernière leçon nous ont fait
entrevoir que l'innervation du cœur est quelque chose
de très complexe. Que les battements du cœur soient
aiTÔtés par l'excitation du pneumogastrique ou par la
ligature du sinus veineux, cela seul, étant données nos
connaissances actuelles sur la physiologie du système
nerveux, suffit à nous faire préjuger l'existence de cel-
lules ganglionnaires dans la profondeur de cet organe.
Ces cellules existent en effet. Elles ont été découvertes
en 'J844, par Remak (i), dans le cœur du veau.
On les a depuis étudiées chez un très grand nombre
d'animaux; mais c'est chez la grenouille qu'elles sont le
mieux connues. Avant d'examiner ces cellules, leurs rap-
ports avec les nerfs et les: ramifications terminales de ces
(I) Remak, Neurologische Eiidulerunrjen (Mïdler's Archiv, iSii, p. i63.)
FIBRES DE PURKINJE. 17
derniers, il importe do connaître le réseau musculaire
soumis à leur influence. Nous allons donc étudier d'une
façon rapide, mais complète, la constitution des fibres
musculaires du cœur.
Le cœur en contient de trois espèces. L'endocarde a
des libres lisses qui lui appartiennent en propre. Au-des-
sous.de l'endocarde, et dans l'épaisseur du tissu cellu-
laire qui le double, se trouvent, chez certains animaux,
les fibres dites de Purkinje. Enfin les fibres cardiaques
constituent la masse du viscère. Les deux dernières
espèces de fibres seules nous occuperont ici.
Nous allons commencer par les fibres de Purkinje.
L'auteur dont elles portent le nom les a découvertes en
4845 chez le mouton, et les a fait connaître dans un
travail intitulé : Observations microscopiques sur le sijs-
tème /?(9/7'e?^^ (1). Elles se révèlent à l'œil nu, au-des-
sous de l'endocarde, sous l'aspect de fibres translucides,
anastomosées en réseau .
Les observant au microscope, Purkinje les crut
formées de « grains » juxtaposés et munis de noyaux;
et bien que, par leur aspect, ces « grains >; lui pa-
russent comparables à des cellules ganglionnaires ou
nerveuses, il pensa, les voyant plongés dans un réticu-
lum de fibres striées, qu'elles constituaient réellement
un appareil musculaire.
Depuis lors, beaucoup d'auteurs ont traité des fibres
de Purkinje. Yon Hessling (*2) a reconnu qu'elles se con-
(1) Purkinje, Mkroscopisch-neurolorjitiChe Beobaclitungen {Hrùlli')''s Arcliiv
f'ùr Anatomie uml Plujsiolorjie, 1815, p. ^81).
(2) Von Hessling, Ilistolofjisclie MitUteihuujen {ZeitschriftJ'ùrwissenscliaft-
Uclie Zoologie, 185i, p. 18'J).
RANVIER. — Allât, générale. i — 2
IS COEUR SANGUIN.
liiiiuiient avec les fibres cardiaques, et a vu des transi-
tions entre ces deux sortes d'éléments.
K\i 1S(3"2, Remak (l), dans un travail relatif à la si-
gnificalion delà cellule, traitant incidemment des fibres
de Purkinje, les a regardées comme des cellules globu-
leuses, possédant un noyau entouré de protoplasma,
et dont la périphérie, striée, a subi un commencement
de diflérenciation musculaire. 11 établissait, comme ca-
ractère différentiel entre les fibres de Purkinje et les
fibres cardiaques, la position du noyau, qui aurait
occupé le centre des premières, tandis que dans les
secondes il aurait été refoulé à la périphérie et sérail
situé sous le sarcolemme. C'est là, pour un si habile
observateur, une erreur bien singulière.
Elle nous montre une fois de plus que môme les hom-
mes de génie ont parfois leurs moments d'absence, et
que, dans les sciences d'observiition, il ne faut jamais se
fier au principe d'autorité. Nous savons, en effet, que les
fibres cardiaques n'ont pas de sarcolemme, et que leurs
noyaux sont situés au milieu de la substance musculaire.
En ISG.i, Aeby (2) considéra les fibres de Purkinje
comme des libres cardiaques arrêtées dans leur dévelop-
pement. Sa manière de voir a depuis été adoptée par la
plupart des auteurs, par Kolliker entre autres.
En 1868 cependant, Lehnert (.î) a combattu cette
(Ij lîeraak, Ueher dié embrijologische Grundlage der Zellenlelire {Archiues
de Heicherl et du Dois-Heijmond, 18G-J, p. 231;.
(ij Acby, Ueher die Bedeulung der Purlùnjc'sclien Fàden iin Uerzen iZeil-
schrift fur rat. Med., l. xvii, 1803, p. 195).
C-i) Lelincrl, Ueher die Purkinje ficken Fàden {Arch. far micr.Anat., 1868,
p. 26.)
FIBRES DE PURKINJE. 19
manière de voir. Pour cet auteur, le réseau de Pur-
kinje serait formé de cellules et d'un réticuluni mus-
culaire dans lequel elles seraient engagées, mais dont
elles seraient morphologiquement indépendantes.
Comme il résulte de cet aperçu rapide, on n'est pas
encore entièrement fixé sur la vraie nature de l'élément
dont nous entreprenons l'étude. Voyons donc par
nous-mêmes ce qu'il en faut penser.
Le réseau de Purkinje, comme l'a dit cet observa-
teur et comme nous l'avons vu déjà, tranche chez le
mouton, par son aspect translucide, sur le fond opaque
de l'endocarde. Cette apparence tient à ce que la matière
graisseuse, abondamment répandue dans le tissu cellu-
laire sous-endocardique, est devenue opaque en se soli-
difiant, tandis que la fibre musculaire, ne contenant pas
de graisse, est restée perméable à la lumière. Le réseau
de Purkinje existe chez le mouton, chez le bœuf, chez
le cheval, chez le porc, et chez beaucoup d'autres ani-
maux. Il est facile de l'examiner sur le cœur de Tun
quelconque d'entre eux.
Il suffit, pour cela, d'ouvrir le ventricule, de limiter
par quatre incisions un carré de sa surface interne et
d'arracher avec une pince le lambeau d'endocarde ainsi
isolé. Les fibres de Purkinje y restent adhérentes.
Ce lambeau, porté sur une lame de verre, arrosé d'une
goutte d'eau et recouvert d'une lamelle, fournira déjà
une bonne observation, l'eau n'altérant pas beaucoup
les fibres de Purkinje au premier moment. Il est néan-
moins préférable de remplacer l'eau par le sérum iodé.
On peut employer pour colorer ces fibres le carmin,
20 COEUR SANGUIN.
1(.' picrocarminate ilammoniaque ou Ihématoxyline.
Pour obteuir des préparations persistantes, on fera
ai-ir Tacitle osmiiiue, en exposant le lambeau de péri-
carde à des vapeurs, ou en leplon£?eant dans une solution
de ce réactif a 1 pour lUO, ou même dans une solution
plus diluée. Une autre métbode également bonne con-
siste à faire macérer le fragment pendant vingt-quatre
heures dans de l'alcool au tiers (une partie d'alcool à
:»0 degrés Cartier pour deux parties d'eau distillée).
Les préparations obtenues par l'un ou l'autre de ces
procédés sont ensuite colorées au picrocarminate d'am-
moniaque ou à rhématoxyline, et scellées dans la glycé-
rine ou le baume du Canada, suivant que l'on a employé
la première ou la deuxième de ces matières colorantes.
Examinons une de ces préparations au microscope à
un faible grossissement, 50 diamètres par exemple, ou
même simplement avec une forte loupe. Les mailles du
réseau sont trop irrégulières et de dimensions trop va-
riées pour pouvoir être décrites. Il en est de même des
travées qui les limitent. Mais nous voyons déjà que
celles-ci se composent de cellules juxtaposées, toutes à
peu près du même volume, prenant, par compression
récipro(jue, la forme de polyèdres à angles et à arêtes
arrondis.
Les travées les plus fines n'ont qu'une seule rangée de
cellules; mais il y a des travées de deux, de trois et d'un
plus grand nondjre de rangées. Quand une cellule est
placée au bord d'une travée, sa partie libre est arrondie,
le reste de sa surface est polyédrique.
Si nous poursuivons l'observation avec un plus fort
FIBRES DE PURKINJE. 21
grossissement, nous distinguerons clans chaque cellule
deux noyaux voisins, nucléoles, placés au centre d'une
niasse protoplasmique granuleuse. La périphérie de I;i
cellule se montre nettement striée, mais les stries n'af-
fectent pas toujours la même direction, et dans les
grosses travées la partie striée est moins considérable
sur le bord libre des cellules.
Abordons maintenant la discussion des opinions émises
par les différents auteurs sur la nature de ces éléments.
Lehnert, nous l'avons déjà dit, soutenait que, dans
une travée, les cellules sont séparées les unes des autres
par un réseau musculaire qui en est indépendant.
Pour savoir ce qu'il y a de vrai dans cette opinion,
dissocions ces cellules à l'aide de la potasse à 40 pour
iOO. Je vous exposerai tout à l'heure le mode d'emploi
de ce réactif. Il vous suffit, pour le moment, de con-
stater que chaque cellule ainsi isolée emporte avec elle
sa part de substance striée, et que par conséquent
cette substance fait bien partie intégrante de l'élé-
ment.
Sur les cellules isolées, soit par la potasse, soit par
l'alcool au tiers, nous pouvons faire encore quelques ob-
servations. Nous avons remarqué dans les préparations
d'ensemble que la striation était peu marquée sur le bord
libre des travées. Nous pouvons constater que ce n'était
pas là une vaine apparence. En effet, en faisant rouler
les cellules dissociées, devenues rondes, dans le liquide de
la préparation, nous observons que la substance striée
n'est pas uniformément répandue à leur surface, mais
qu'elle est plus épaisse en certains points, d'où souvent
"25 COEUR SANGUIN.
elle envoie des expansions rayonnantes vers les autres
parties.
Nous voilà renseiiînés sur la constitution propre ilu
réseau de Purkinje. Tiichons maintenant de découvrir
(juels sont ses rapports avec le myocarde proprement dit.
Vous trouverez, sur les préparations du réseau, des
travées qui se continuent directement avec des fibres
cardiaques, les cellules des travées prenant peu à peu
l'aspect des fibres-cellules du cœur.
Vous verrez aussi (luelquefois, de la face latérale
d'une travée, naître des fibres de Purkinje, qui plus loin
deviennent des fibres cardiaques, et, plus loin encore,
reviennent se perdre, sous leur première forme, dans le
réseau de Puikinje.
Aussi je partage à ce sujet l'opinion de Remak, et je
crois {|ue les libres de Purkinje ne sont que des fibres
cardiaques arrêtées dans leur développement. J'estime
même que le seul fait de la continuation de ces fibres
avec les fibres cardiaques aurait dû suffire, dès 1854,
à faire reconnaître que ces dernières étaient des cellules
soudées bout ù bout; opinion qui, d'ailleurs, a été rapi-
dement admise.
Passons à l'étude de la fibre cardiaque.
Les anastomoses des fibres cardiaques avaient été re-
marquées déjà par Leeuvenhoek; plus récemment elles
ont été observées par Kolliker et à sa suite par tous les
histologistes. Xous avons vu que les muscles de la vie
animale, à quelques exceptions près, sont constitués de
faisceaux parallèles, indépendants les uns des autres.
Parmi les exceptions, nous devons citer les faisceaux
FIBRES DU MYOCARDE. ^^3
ramifiés de la langue et ceux de quelques muscles des
membres du lapin. Mais il y a loin de ces ramiticalions
à la réticulation complète du muscle cardiaque. Elle est
analogue à la l'éticulation des fibres de Purkinje, avec
cette différence que presque toutes celles-ci s'étalent
sur un seul plan, tandis ({ue les fibres cardiaques s'a-
nastomosent dans tous les sens.
Cette réticulation, sur une coupe examinée au mi-
croscope, est assez exactement comparable à celle que
montre à l'œil nu la surface interne des oreillettes. Chez
beaucoup d'animaux l'intérieur du ventricule présente
aussi le môme aspect ; mais on se rend mieux compte
de cette disposition dans l'oreillette, dont les colonnes
charnues sont plus longues et plus espacées.
La coupe microscopique doit être faite sur le ventri-
cule. Peu importent les réactifs employés, peu importe
môme l'habileté de l'opérateur. Les résultats seront
toujours très nets. 11 faut seulement avoir soin d'orienter
la coupe dans la direction générale des fibres. On voit
alors celles-ci former en s'anastomosant des faisceaux
secondaires qui s'anastomosent à leur tour et produi-
sent des faisceaux tertiaires.
Dans le ventricule, les mailles laissées entre les fais-
ceaux sont très étroites, d'où résulte une certaine diffi-
culté pour l'étude. Nous ferons de bien meilleures
observations sur la cloison des oreillettes de la grenouille.
Nous savons ({ue le cœur delà grenouille n'a qu'un
seul ventricule, mais qu'il a deux oreillettes, séparées
l'une de l'autre par une cloison complète. Il est difii-
cile d'isoler cette cloison du cœur en place ou simple-
"21 COEUR SANGULV.
ment détaché tlti l'aninial. l^oiir accomplir aisément
cette opération, il faut avoir préalablement distendu
cet organe, et l'avoir fixé dans cette forme.
Ludwig (1) a, le premier, employé un procédé de ce
geijre. Il insuftlait le cœur et le fixait par la dessicca-
tion. Pour réussir cette opération, il faut apposer une
ligature sur le sinus veineux, intercepter ainsi la com-
munication avec les deux veines caves supérieures et
avec la veine cave inférieure; lier ensuite les veines
pulmonaires et l'une des deux aortes, l'autre aorte rece-
vant la canule du tube insuftlateur. On laisse sécher
le cœur gonflé comme une vessie; puis, à l'aide de
pinces et de fms ciseaux, on ouvre l'oreillette gauche,
et Ton détache alors aisément la cloison mise à nu et
devenue rigide. Les préparations que l'on obtient ainsi
sont suffisantes, mais à condition de les colorer pour en
rendre plus distinctes les différentes parties.
Il est préférable de remplacer l'air par un liquide
fixateur, tel ([ue l'alcool absolu, l'acide osmique en solu-
tion au centième, ou le chlorure d'or. Nous reparlerons
de ce dernier réactif quand nous étudierons les nerfs;
nous n'avons pas à nous en servir pour le moment. Si
l'on a fait usage d'un réacteur fixateur, c'est dans l'eau,
non dans l'air comme précédemment, qu'il faut déta-
cher la cloison. Pour le reste, on opère de même.
Examinons une préparation ainsi obtenue. Elle va nous
présenter bien des faits intéressants, même au point de
vue de la morphologie générale. La cloison des oreil-
(I; Ludvvi^', Veher die Uerznerven des Frosches [Arch. de M'ùller, J8i8,
p. l.W.
FIBRES DU MYOCARDE. 25
lettes chez la grenouille est si mince, les faisceaux mus-
culaires y sont si délicats, que nous pouvons l'étudier iï
l'aide des plus forts grossissements. Dans cette cloison,
C-4
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A.KARMfJSKI.
FiG. 2. — Hésoaii musculaire de la cloison dos oreillettes dii cœur do la grenouille
verte {Piana esculenla]. — f, faisceaux musculaires ; a, travées musculaires anasto-
Hiotir[uos; b, libres musculaires se terminant par une extrémité libre dans les mailles
du réficulinii.
nous distinguons d'abord les plus gros faisceaux muscu-
laires qui sont striés et qui concourent à la formation
d'un réseau. Des travées de ce réseau, on voit partir
"20 COEUR SANGUIN.
des fibres divisées et subdivisées, nettement striées, et
rappelant les fibrilles élémentaires des muscles de la vie
animale (fig. ^). Ces fibrilles parcourent un trajet plus
ou moins lonsf, quelquefois. elles traversent une maille
entière du réseau et vont s'adjoindre à une autre tra-
vée; d'autres fois elles se terminent librement par une
extrémité mousse. Sur des préparations bien faites, on
peut les reconnaître comme des individualités distinctes,
même dans les travées dont elles font partie, les voir
s'adjoindre à un fiiisceau plus gros, le quitter pour tra-
verser une maille et rejoindre un autre faisceau, et l'on
peut se rendre compte ainsi du lacis complexe que
forme leur ensemble.
En d'autres termes, le muscle cardiaque est composé
de fibrilles, mesurant chacune un millième de milli-
mètre environ, groupées en faisceaux de variable vo-
lume, et entre-croisées en quelques points.
Les faisceaux musculaires présentent des noyaux en
leur milieu ou près de leurs bords; à leur niveau, les
fibrilles s'écartent, et l'on aperçoit entre elles et le noyau
une couche de protoplasma granuleux.
La préparation montre aussi d'autres noyaux qu'il
nous faut signaler : ce sont ceux des deux couches en-
dothéliales. Elle contient en outre des faisceaux élégants,
ondulés, de tissu conjonctif; faisceaux que Ton ne voit
bien que dans l'eau, immédiatement après l'action de
l'alcool ou de l'acide osmique; des cellules allongées, ra-
mifiées, à gros noyaux, signalées par Léo Gerlach (i),
(I) Léo Gerlach, Ueher die Nerveiwndifjungen in der Muskulalur dea
Froscldieizens {Arch. de \'irclioif, t. LXVI, p. 207).
FIBRES DU MYOCARDE. 27
et appartenant au tissu conjonctif, ainsi que quelques
rares cellules pignientaires; enfin des nerfs, des cellules
o-an2;lionnaires et des ramifications nerveuses ternii-
nales que nous étudierons plus tard.
Si l'on veut décomposer en ses éléments anatomiques
le réseau cardiaque, et étudier la constitution de l'élé-
ment lui-mêm(;, la préparation précédente ne suffit
plus. Il faut avoir recours à la méthode de Molescliott
appliquée à cette étude en 1801 par Weismann (1),
c'est-à-dire à l'emploi de la potasse à 40 pour 100. Nous
avons appris déjà à nous en servir, quand nous avons
traité des muscles de la vie animale.
Nous avons vu alors que cet agent isole parfaitement
les faisceaux primitifs d'un tendon d'insertion à l'autre,
établissant ainsi leur individualité morphologique,
malgré la multiplicité de leurs noyaux. Jamais, à moins
d'accidents, ces faisceaux ne se montrent divisés dans la
préparation. La potasse a dissous le tissu conjonctif, le
sarcolemme, le ciment interposé entre le faisceau mus-
culaire et le faisceau tendineux ; mais elle a parfaite-
ment respecté la substance musculaire.
Quand nous avons traité parla potasse les muscles
lisses de l'estomac, de l'intestin, de l'utérus, nous avons
de même décomposé ces muscles en leurs éléments, les
fibres-cellules.
Appliquons la même méthode au muscle cardiaque.
Nous savons comment on procède : On prend un petit
morceau du muscle à étudier, soit quelques millimètres
(1) Weismann, Ucber die Muskulatuv des Iler^iens beim Menschen und in
der Thieireihe (Arcliiv. de 31 aller, 1861, p. i\).
28 COEUR SANGLIX.
cubes; on le laisse macérer pendant un quart d'heure
ou une demi-heure dans la solution de potasse ; puis on le
divise en petits fragments avec les aiguilles. On en porte
alors sur la lame de verre une parcelle, qu'il suffit d'a-
giter légèrement dans une goutte de la solution pour
l'obtenir complètement dissociée. On recouvre avec la
lamelle et l'on examine.
r^â
FiG. 3. — Cellules iimsciil.-iircs du (•luiir isolûes par rrictioii de la piiLissc à 40 pour 100.
— a, de lu jjroiioiillli;; — ù, du triton cnHu; — c, du hkhiIoii ; — d, do la |mi;i1p.
Une pr(''paralion faite ainsi nous montrera, chez la
grenouille (fig. 3,^/), des cellules fusiformes, très sembla-
bles aux fibres lisses, mais présentant à différents points
de leur sui'face des crénclures, indice de leur soudure
CELLULKS DU MYOCARDE. ^9
l'éciproque. Leur striatioii transversale est tout à fait
nette.
Chez le triton crôté, la figure de ces éléments est
moins régulière, et leurs extrémités présentent des
pointes prolongées et ramifiées : la soudure des cellules
les unes avec les autres est ainsi plus intime.
Chez les mammifères, la fibre cardiaque n'est plus
fusiforme et s'éloiQ:ne davantaç^e de la forme de la fibre-
cellule. Elle prend l'aspect d'un bloc cylindrique, quel-
(juefois légèrement aplati; ses bords sont réguliers, mais
ses extrémités sont crénelées, en marches d'escalier.
Elle est régulièrement striée. Elle contient un ou deux
noyaux.
Se fondant sur la présence assez fréquente de deux
noyaux dans l'intérieur d'une même cellule , Kol-
liker a soutenu que dans le réseau cardiac[ue il y a une
fusion complète des cellules et non une simple soudure
de ces éléments. Mais nous avons vu (fue la cellule de
Purkinje, qui correspond à la fibre musculaire embryon-
naire, possède déjà deux noyaux dans son intérieur,
l)ien que son individualité cellulaire soit parfaitement
établie. La division cellulaire qui préside à la multipli-
cation des cellules commence toujours, comme on le
sait, par le noyau ; l'existence de deux noyaux dans une
même cellule du réseau myocardique s'explique parfai-
tement par une division cellulaire commencée, et arrêtée
subitement après la division du noyau.
Chez les o'iseaux, la cellule du myocarde a une forme
semblable à celle qu'elle présente chez les mammi-
fères.
30 COEUR SANGUIN.
Ainsi, il existe des différences sensibles dans la forme
de la cellnle cardiaque, chez les batraciens d'une part,
cliez les mammifères et les oiseaux d'autre part. Ces
différences ont été depuis longtemps constatées. Peut-
^Ire môme a-t-on exagéré leur importance, ainsi que
l'a fait Langertians (1) par exemple.
Pour nous éclairer à ce sujet, prenons des animaux
intermédiaires aux oiseaux et aux batraciens; examinons
le cœur des cbéloniens.
• La dissociation des fibres cardiaques est très facile
chez ces animaux. Nous l'obtiendrons aisément, même
par le procédé de l'alcool au tiers, ce qui nous permettra
de colorer les éléments au picrocarminate d'ammo-
niaque ou à l'héinatoxyline, et nous aurons une prépa-
ration persistante, en la scellant dans la glycérine ou le
baume du Canada, suivant que nous aurons employé la
première ou la deuxième de ces matières colorantes.
Les fibres ainsi préparées (fig. li) nous présentent le
plus bel intermédiaire que nous puissions imaginer entre
celles des batraciens et celles des oiseaux. Leur dispo-
sition générale est fusiforme; mais les créneaux de leurs
extrémités se présentent sous la forme de prolongements
quelquefois très considérables. La striation transversale
y est nette. Le noyau est ovalaire, unique habituellement
et muni d'un seul nucléole.
Comme nous l'avons déjà observé dans la cloison
interauriculaire de la grenouille, chaque fibre-cellule
est composée d'un paquet de fibrilles, ne se touchant
(1) Langcrhans, Zur Ilislohgie des Uenens {Virchow's Archir, t. LVHI,
1873, p. (ibj.
CELLULES DU MYOCARDE. 31
pas les unes les autres, et chacune régulièrement striée.
Autour du noyau et entre les fibrilles il existe encore
une quantité notable de protoplasma, reste de la sub-
stance primitive de la cellule.
Nous pouvons, d'ailleurs, distinguer deux espèces de
cellules du myocarde. Les unes (A, %. 4), régulièrement
tT
A.KABMAN5KI ,
FiG. '/. — Ccllulos'nmsculaires du cœur do la tortue, isolées après macéralion
dans l'alcool au tiers. — -f, prolongement librillairo.
allongées, à fibrilles parallèles, sont des cellules de la
continuité des travées. Les autres (B, fig. 4), de forme
bien moins régulière, souvent cordiformes, se trouvent
aux points de bifurcation du réseau. Celles-ci ne possè-
ô"! COEUR SANGUIN.
(lent égalenit'iit (\[\\i\\ seul noyau, et leurs fibrilles ont
lies directions très diverses. Voici un dessin représen-
tant ces deux variétés de cellules. Vous pourrez voir,
après la leçon, la préparation qui a fourni ces figures,
préparation faite d'après le procédé que je vous ai
indiqué, et conservée depuis plusieurs mois.
En résumé, l'élément musculaiie du cœur de la tortue
(Cistiido eiiropœa L.) contient en grande abondance du
protoplasma non différencié encore en substance mus-
culaire, et ses fii)rilles prennent les directions les plus
variables. Ce sont là deux faits de la plus haute impor-
tance au point de vue de l'anatomie et de la physiologie
générales.
Le premier de ces faits doit être mis en rapport avec
l'activité considérable du cœur. Lorsque nous nous
sommes occupés des conditions du travail musculaire,
nous avons reconnu que l'élément contractile strié ne
jjeut remplir sa fonction que grâce à un échange rapide
de ses matériaux, et que cet échange se fait par l'inter-
médiaire du protoplasma interfd^rillaire. La grande
([uanlité de ce protoplasma que nous trouvons dans un
muscle aussi continuellement aclif que le muscle car-
diaque vient ajouter un argument déplus à notre opi-
nion.
Le second fait a surtout une valeur morphologique.
Nous vous avons fait remarquer (jue, dans la cloison
intcrauriculairc de la grenouille, les fibrilles musculaires
quittent les travées, cheniinent isolées à des distances
considérables, puis s'adjoignent à d'autres faisceaux.
Klles se comportent, en un mot, comme si elles étaient
ClîLLULES DU MYOCARDE. o8
complètement indépendantes des cellnles. La direction
variée des fibrilles conslitutives d'une cellule musculaire
de la tortue est un fait du môme ordre. Ces deux obser-
vations qui se complèlent nous montrent que les cellules
musculaires ne commandent pas le plan général de
l'organe; leurs fibrilles constitutives prennent des direc-
tions variées, s'écartent même des autres pour former
leurs réseaux complexes; en un mot, les cellules ainsi
(jueles fibrilles sont subordonnées à la direction forma-
trice qui préside à la constitution du cœur. Et ce n'est
là qu'un cas particulier d'une loi tout à fait générale.
K.VNVIER. — Allât, gciiéra'c.
TROISIÈME LEÇON
(11 (lécciiibro 1877)
SI inclure inlime de la cellule musculaire du cœur. Les fibrilles qui la con-
sliUient sont séparées par du proloplasma. — Importance de cette dis-
position pour le fonctionnement du cœur.
La strialion de la fibre musculaire cardiaque est identique à celle de la
fibre des muscles de la vie animale.
Rapport des (janglions nerveux du cœur arec la contraction. — I/appareil
nerveux déterniine-t-il le rjtlime des battements? Opinion de Luciani.
Étude expérimentale des battements du cœur cbez la grenouille. — Descrip-
tion du cardiograplie employé dans ces expériences. — La pointe du ven-
tricule, isolée, bat rytbmiquement sous l'influence d'une excitation élec-
trique constante. Le rytbnie est donc la propriété de la fibre musculaire
cardiaque.
Messieurs,
En étuiliant la cellule du myocarde, isolée par le
procédé de l'alcool au tiers, nous avons vu qu'elle se
présente sous deux aspects bien différents, et qu'on
peut en distinguer deux variétés : une première, à fibrilles
parallèles, constituant la continuité des travées, et une
deuxième, dont les fibrilles sont groupées en faisceaux
à directions différentes et qui se trouve aux points
d'anastomose de deux ou plusieurs travées. Dans une
cellule de la dernière variété, dont nous avons fait
circuler le dessin parmi vous, et que vous avez pu
STRUCTURE DE LA FIBRE MUSCULAIRE. 85
observer en nature à la fin de la leçon, les fibrilles so
croisaient même à angle droit (fig. 4, B).
C'est là un fait très intéressant. Il nous montre que
la forme de l'organe ne dépend pas des cellules qui
le constituent, mais, au contraire, que la cellule em-
bryonnaire se plie aux besoins de l'organe qu'elle
édifie, et que sa forme est soumise à la forme de ce
dernier.
Nous avons constaté un autre fait important sur les
mêmes préparations : c'est que les fibrilles ne sont pas
contiguës les unes aux autres, mais qu*elles sont séparées
entre elles par du protoplasma. Nous avons vu la masse
protoplasmique de la cellule, reconnaissable à sa fine
et vague granulation, former autour du noyau un amas
cylindrique ou longuement ovoïde, et pénétrer entre les
fibrilles disposées autour de cet amas.
C'est là une structure analogue à celle que présente
la fibre musculaire de la vie animale à un certain stade
de son développement. Celle-ci, en effel, est alors com-
posée d'un cylindre protoplasmique contenant les
noyaux, et d'une coucbe périphérique de substance
striée, entourant, comme un manchon, le protoplasma
central. Nous sommes donc autorisés à considérer la
fibre cardiaque comme n'étant, au point de vue de la
morphologie générale, qu'une fibre do la vie animale
qui aurait subi une moindre différenciation, dont le dé-
veloppement serait moins complet.
Mais, pour bien apprendre à connaître ia substance
slriée de la fibre cardiaque, il ne suffit pas de l'étudier
en place dans la cloison interauriculaire, ou simplement
36 COEUR SANGUIN.
isolée, comme nous l'avons fait jusqirici. 11 faut avoir
recours à des coupes transversales.
Dans ce but, on peut durcir un fracçment de mnscle
cardiaque par l'alcool, par l'acide chromicpie, par le
bichromate d'ammoniatpie, en ayant soin de compléter
le durcissement par la gomme et l'alcool. Mais le dur-
cissement par la dessiccation nous donnera des résultats
bien suffisants. Vous avez pu examiner, à la fin de la
dernière leçon, une préparation obtenue par ce pro-
cédé. Vous avez vu, en considérant dans un faisceau la
section d'une seule cellule, ([ue celle-ci présente un
noyau central, j)arfois plus ou moins rapproché de son
bord, et, sur son pourtour, une couronne de champs
brillants, analogues aux champs de Cohnheim , et
noyés dans une masse protoplasmique moins réfrin-
gente.
Pour observer ces détails dans les muscles delà vie
animale, il nous avait fallu employer une méthode très
délicate, la congélation, laquelle altère si peu les tissus,
que ceux-ci récupèrent leurs propriétés physiologiques
quand ils sont dégelés progressivement. Pour le cœur,
au contraire, le procédé brutal de la dessiccation se
montre sufiisanl. On peut môme examiner les coupes
directement dans Teau; il est cependant préférable de
les colorer au picrocarminate d'ammoniaque et de les
conserver dans la glycérine picrocarminée. Cette facilité
pour l'étude tient à la quantité relativement considé-
rable de protoplasma qui se masse autour du noyau, se
répand entre les fibrilles et limite extérieurement la cel-
lule. Celle-ci, en effet, n'a pas de.sarcolemme; du moins,
STRUCTUIŒ DE LA FlBRli MUSCULAIUK. i37
iiuciiii procédé n'a pu nous faire apercevoir autour
d'elle une membrane enveloppante.
Une telle abondance de protoplasma dans l'élément
musculaire du cœur a certainement sa raison d'être.
Le cœur fonctionne d'une façon continue durant toute
l'existence, ne prenant entre chaque contraction qu'un
instant de repos durant la diastole. De tous les muscles
de l'organisme, c'est assurément, et de beaucoup, celui
qui accomplit le travail le plus considérable. 11 a donc
besoin d'une nutrition très active; et, comme, ainsi que
avons été conduit à l'admettre dans nos leçons d'il y
a deux ans, c'est au protoplasma qu'est dévolue la
fonction d'établir les échanges nécessaires entre les
parties actives de l'élément et la lymphe dans laquelle
baigne celui-ci, cette substance devait se trouver ici
en quantité plus grande que partout ailleurs.
Passons à la partie contractile de la cellule. Les
fibrilles, ou du moins ce que nous avons désigné sous ce
nom en faisant l'étude de la cloison interauriculaire,
ne sont pas de simples fibrilles, mais bien l'équivalent
des cylindres primitifs de Leydig; et elles sont consti-
tuées elles-mêmes par un ensemble de fibrilles d'une
extrême minceur.
Vous pouvez en juger par une préparation que je
place ici sous vos yeux, et qui a été obtenue de la façon
suivante : Un fragment de myocarde de la grenouille
est mis à macérer pendant vingt-quatre heures dans
de l'alcool au tiers; puis on en prend une parcelle que
l'on porte sur une lame de verre sèche et que l'on
dissocie avec les aiguilles. Pendant la dissociation, les
SS COEUR SANGUIN.
libres et iibrilles que l'on sépare sèchent à demi et
atlhèrent par là même à la lame de verre. Puis on laisse
tomber sur ces fibres (et avant que la dessiccation soit
complète) quelques gouttes d'une solution d'iiémaloxy-
line préparée par le procédé de Boehmer (1).
Après quelques minutes, on s'assure, à l'aide d'un
faible grossissement, que les éléments sont suffisamment
colorés. On lave alors à l'eau distillée; les fibres restent
adhérentes à la lame de verre, tandis que le surplus de
Ihémaloxyline est entraîné par le lavage. Enfin on
déshydrate la préparation au moyen de l'alcool fort et
de l'alcool absolu, on l'éclaircit en y laissant tomber
une goutte d'essence de girofle ou de térébenthine,
et on l'inclut dans le baume du Canada ou dans la résine
Danimar.
Sur une semblable préparation, on aperçoit dissociées
et parfaitement isolées des fibrilles bien plus fines que
les cyhndres primitifs que nous avions vus jusqu'à
présent dans la cellule du myocarde. On constate aussi
que le faisceau primitif a exactement la même consti-
tution dans le cœur et dans les muscles de la vie
animale : disque épais, espace clair, disque mince,
espace clair, tous ces détails de structure que nous avons
appris à connaître dans les derniers, se montrent ici
avec la plus grande évidence. C'est là, du reste, un fait
que Laugerhans a constaté dans un travail que nous
(I) Ce procédé consiste à verser dans une solution d'alun à "2 pour 100 une
certaine f)uantitéde teinture alcoolique d'hcmatoxylinc, de manière à obtenir
un mélange d'un beau violet. J'ajouterai f|ue ce Uipiide, pour posséder tout
on pouvoir colorant, doit avoir été préparé depuis plusieurs jours.
STRUCTURK DE LX FIBRE MUSCULAIRE. 39
avons déjà eu occasion de citer. La ressemblance est
plus complète encore. En effet, lorsque la cellule car-
diaque, au moment où elle a été fixée dans sa forme,
s'est trouvée fortement tendue, le disque épais se montre
séparé en deux moitiés par une strie transversale inco-
lore, comme cela s'ol)serve sur les muscles striés volon-
taires. Il n'y a donc aucune différence au point de vue
de la structure élémentaire entre Ifi fibrille du muscle
cardiaque et celle des muscles striés ordinaires.
(]ette analogie de structure ne vous surprendra pas,
si vous vous rappelez ce que je vous ai exposé il y a
deux ans, au sujet du rapport de la strialion musculaire
avec le mode de contraction brusque. Je vous ai montré
à cette époque que la division de la substance contractile
en un grand nombre de parties très petites est essentiel-
lement favorable aux échanges qui doivent se passer
dans l'intérieur du muscle, et devient, par conséquent,
une condition indispensable à la rapidité de la contraction.
Nous avons vu qu'au point de vue de la morphologie
générale la fibi'e cardiaque est semblable à une fibre
musculaire de la vie animale à un certain stade de son
développement , et qu'au point de vue phis spécial de
la striation musculaire elle lui est identique. L'analogie
entre ces deux sortes d'éléments s'arréte-t-elle là? Ou
se poursuit-elle encore jusque dans leurs propriétés
physiologiques, c'est-à-dire dans leur mode de contrac-
tion ? C'est ce que nous allons examiner maintenant.
Quand la pointe du cœur a été isolée du reste de
l'organe, elle ne se contracte pas spontanément; mais
40 COEUR SANGUIN.
elle répond par une contraction à chaque excitation
mécanique ou électrique. On a déduit de ce fait que les
battements spontanés du cœur ne sont pas une propriété
de l'élément musculaire, mais sont dus à l'influence
des cellules ganglionnaires des oreillettes et de la base
des ventricules. Jusque-là, le raisonnement est juste
et la conclusion légitime.
Mais on est allé plus loin, et l'on a supposé que les
ganglions cardiaques déterminent, non-seulement l'acti-
vité du myocarde, mais encore le rythme de ses pulsa-
tions. Cette opinion est aujourd'hui classique. On la
retrouve dans un travail récemment publié dans les
comptes rendus du laboratoire de Ludwig; Luciani (1),
l'auteur de ce mémoire, après avoir fait une ligature sur
l'oreillette, avait vu se modifier le rythme des pulsations:
celles-ci étaient devenues irrégulières, se produisant
par groupes que séparaient entre eux de longues diastoles.
Si la ligature, qui supprime l'action sur le cœur d'un
certain nombre de cellules ganglionnaires, supprime
aussi un certain nombre de pulsations (celles qui man-
quent entre les groupes), ce serait, d'après Luciani,
parce que chaque cellule ganglionnaire envoie à son
tour l'excitation nécessaire à une contraction. Les pul-
sations groupées persistantes correspondraient aux cel-
lules restées en communication avec le cœur; et dans
les intervalles entre ces groupes, les pulsations ne se
produiraient pas, parce que les cellules qui les comman-
dent à l'état physiologique auraient été séparées par la
(I) Luciani, Eine periodische Function des isûitrten Froschherzens
(Sitzungsber. der sikhs. Oesellsch., 187;jj.
CARI)I()GRArill£. 41
ligature. Le cœur ainsi Irailé serait comparable à une
l)OÎte à musique dont plusieurs dents seraient cassées et
dont l'air serait par conséquent interrompu.
Mon intention n'est pas de donner une analyse com-
plète du travail de Luciani; j'aurai à en reparler plus
tard. Je veux simplement constater qu'aujourd'hui,
même chez Ludwig, dans ce laboratoire classique,
dont les travaux font autorité, non-seulement en Alle-
magne mais dans le monde entier, on admet que le
rythme du cœur n'est pas une propriété de la fibre
musculaire, mais se trouve sous la dépendance du sys-
tème nerveux.
Tel n'est pas mon avis; et je m'appuie sur des expé-
riences qui seront répétées devant vous à la fin de la
leçon et que je vais vous exposer tout de suite. Mais il
nous faut pour les faire un cardiographe. C'est un
instrument (fig. 5) que nous construirons nous-mêmes,
et voici comment.
On commence par couper un fragment de roseau de
r^ centiniètres environ de hauteur, et ta l'une de ses
extrémités on pratique deux encoches assez larges en
face Tune de l'autre. Perpendiculairement au plan
de ces deux encoches, on pratique à environ 5 mil-
limètres de l'extrémité du roseau deux petits trous se
faisant face, en se servant pour cela d'une aiguille ou
d'une épingle rougie au feu. Ainsi préparé, ce cylindre,
qui servira de support au levier de notre cardiographe,
est fixé avec de la cire à cacheter à l'une des extrémités
d'une lame de verre porte-objet, de telle sorte que les
deux encoches que nous avons pratiquées à sa partie su-
1 P-"
i I
CARDIOGRAPHE. 43
périeure soient clans la direction du grand diamètre de
ia iame de verre.
Prenant ensuite une paille d'environ ^ décimètres
de long, nous la traversons près d'une de ses extrémités
par une épingle rougie au feu, de manière à y percer
deux trous suivant son diamètre. La paille étant placée
■dans l'encoche faite au cylindre de roseau, nous pas-
sons à travers les trous pratiqués dans ce dernier et k
travers ceux que nous avons faits à la paille une épingle
qui rattache le levier ù son support. Celui-ci peut dès
lors s'abaisser ou s'élever en s'engageant dans les enco-
ches. Pour lui donner plus de fixité, on soude l'épingle
à la paille au moyen d'une goutte de cire h cacheter.
Puis, la tète et la pointe de l'épingle étant coupées au
ras du roseau, on appli(pie sur ce dernier à chaque
extrémité de l'épingle une goutte de cire à cacheter, et,
tandis qu'elle est encore chaude, on fait manœuvrer le
levier. De cette façon, on lui conserve sa liberté tout en
limitant son jeu latéral. 11 est fixé de telle sorte qu'il ne
peut plus présenter de mouvements que dans le sens
vertical.
Le levier et son support étant ainsi obtenus, on fixe
sur le levier, à 2 centimètres environ eti avant de son
axe, et toujours au moyen de la cire à cacheter, une
tige verticale faite d'un fragment de roseau et dont la
longueur doit être un peu moindre que la distance qui
sépare l'axe du levier de la lame de verre. Puis, prenant
un autre fragment de roseau, d'une longueur de i cen-
timètre et demi environ, et d'une largeur de 5 milli-
mètres, on applique sur son côté lisse et suivant sa Ion-
44 COEUR SANGUIN.
giieur une anse de fil de platine que l'on y fixe en la fai-
sant passer par de petits trous praticpiés dans le roseau
et que l'on termine à une extrémité par une boucle.
Celte lame de roseau ainsi préparée est ajustée à l'ex-
trémité de la lige verticale appendue à la paille, de telle
façon que son coté lisse, muni des deux fils de platine
parallèles, vienne s'appliquer transversalement sur la
lame de verre.
Le levier se trouve alors dans une position horizon-
tale, ce roseau en forme de T fixé à sa partie antérieure
appuyant sur la lame de verre.
Pour compléter l'appareil, on entoure cette dernière,
au point où vient s'appliquer la tige appendue au levier,
d'un fil de platine disposé transversalement et se ter-
minant sur le côté de la lame par une boucle.
Le cœur de grenouille, placé sur la lame de verre
au niveau de la tige du levier, soulèvera ce dernier
pendant la systole et le laissera retomber pendant la
diastole. Les fils de platine l'empocheront de glisser
et, grâce aux boucles dont ils sont munis, pourront être
reliés aux rhéophores d'un appareil d'induction. Il
sera facile d'exciter ainsi à volonté le cœur au moyen
de courants électriques.
La lame de verre du cardiographe est saisie entre les
mors d'une pince fixée sur un support à tige verticale,
et jjeut ainsi être placée dans les positions variées néces-
saires pour obtenir des tracés.
Ce cardiographe offre plusieurs avantages. La paille
est rigide et ne présente pas de vibrations qui altére-
raient le tracé. En outre, elle est légère et ne nécessite
TUACË DES BATTEMENTS NORMAUX. 45
pas un pfi'and travail du cœur. On peut, du reste, dimi-
nuer encore ce travail en mettant au petit boni du
levier une boule de cire qui fait contre-poids. De plus,
les surfaces du verre et du roseau sont lisses, dételle
façon que le cœur ne s'y accroche pas et n'en est pas
irrité. Enfin on peut facilement plonger tout l'appareil
dans l'eau pour le nettoyer.
Avec ce cardiographe, il ne nous faut plus qu'un appa-
reil d'induction à charriot, afin de pouvoir, suivant les
besoins de l'expérience, modifier l'intensité (k\ courant;
et un cylindre enregistreur de Marey, monté sur le
régulateur de Foucault. Ces instruments se trouvent
dans tous les laboratoires.
Maintenant que nous sommes parfaitement outillés,
prenons un cœur de grenouille verte [Rana escu-
lenta L.), et plaçons-le d'abord tout entier sous le levier
du cardiographe.
Cet organe s'arrête d'ordinaire quelques instants,
comme paralysé par l'opération. L'arrêt dure quelque-
fois une minute, généralement moins. La courbe tracée
sur le cylindre enregistreur est alors une ligne droite;
FiG. (i. — Tracii du ccciir de lu grenouille; verto.
mais bientôt le myocarde reprend son activité, et l'on
obtient la courbe représentée figure 6, oîi l'on retrouve,
dans un ordre constant, systole auriculaire, systole ven-
triculaire, diastole, etc.
40 COEUR SANGUIN.
Nous pouvons reniarquei' sur cette courbe que l'am-
plitude des oscillations diminue à mesure que le cœur
se fatigue.
Remplaçons maintenant le cœur entier par la pointe
isolée d'un cœur extirpé à une nouvelle grenouille.
Nous observons d'abord que cette pointe reste indé-
finiment immobile, et (jue la courbe tracée est une
ligne droite. Mais excitons-la à laide d'un courant
faible, en ])laçant, par exemple, la bobine induite à
:20'centimètres en dehors de la bobine inductrice : le
muscle ne se contracte pas encore, pas plus à la rupture
(ju a la clôture du courant.
Augmentons progressivement l'intensité du courant.
A un certain moment, la rupture déterminera une pul-
sation ; et l'amplitude de celle-ci, mais non sa durée,
se montrera bien plus considérable que dans les batte-
ments spontanés du cœur entier. Cela tient au long
repos qui a précédé celte contraction, et pondant le-
(piel le muscle a réparé ses pertes. C'est pour la même
raison que dans les battements spontanés du cœur l'am-
plitude des premières pulsations est plus grande.
Prenons un courant juste suffisant pour provoquer
une pulsation à la rupture, et réglons le trembleur de
iaçon à obtenir des interruptions très fréquentes. Nous
allons être témoin d'un phénomène très extraordi-
naire en apparence : la pointe du cœur bat régulière-
ment (fig. 7j, comme si elle n'avait pas été isolée du
reste de l'organe.
Le nombre de ces pulsations n'est nullement en rap-
port avec le nombre des interruptions. Ce dernier est
BATTEMENTS RYTHMÉS DE LA POINTE. M
beaucoup plus grand; il vous est déjà facile de l'ap-
précier d'après le bruit produit par le trembleur.
l.'ii;. 7. _ Puiiilc du conir delà greiiouille vci'lo cxcid'c iiar une niptiiro iscdéc on li. —
Exciléc à partir de T par im courant d'induction juste sufiisant à iaterrnpliou* fn'-
qiionlcs, elle bat rytlimiqucnicnt.
La première pulsation a la même amplitude que dans
le cas précédent; mais l'amplitude des suivantes dimi-
nue progressivement, et la diastole angmente de durée.
C'est encore là nn résultat de la fatigue de l'organe.
La conclusion inévitable de cette observation, c'est
quele rythme ne dépend pas des cellules ganglionnaires,
comme on l'admettait généralement. L'opinion clas-
sique était inexacte (I).
Poursuivons nos expériences. Augmentons l'inten-
sité du courant : plaçons, par exemple, de telle sorte
la bobine induite qu'elle recouvre de l à 2 centimètres
(I) Le baltcment rythmique de la pointe du. cœur excitée par un courant
électrique a été observé d'abord par Eckhard, qui a fait ses expériences à
raide d'un courant constant. Elles ont été confirmés par Hcidenhain qui
s'est servi d'un courant d'induction à interruptions fréquentes (voy. Hei-
denliain, Erorlermigen ùb'er die liewerjuiigefi des Froschherzens {Arch. de
Muller, 1858, p. 490et i9l).
Ces expériences, que nous ne connaissions pas lors de nos premières
recherches en 1875, ne paraissent pas avoir attiré beaucoup l'attention des
physiologistes, puisque, en 1875, Luciani, élève de Ludwig, attribue encore,
comme nous l'avons vu, le rythme des battements à Eaction des cellules
ganglionnaires. De même, Bowditch, qui a également travaillé chez Ludwig,
ne lient aucun compte des expériences d'Eckhard dans son mémoire sur les
elîets d'excitations électriques appliquées au cœur. Il semble les ignorer
entièrement.
i8 COEUR SANGUIN.
la bol)iiie inductrice ; faisons les interruptions à la main.
Nous observons alors que la clôture comme la rupture
(lu courant provoque une contraction; souvent même
la secousse est plus grande à la clôture qu'à la rupture,
contrairement à ce qui a lieu dans les muscles de la vie
animale. Ce cas se présente surtout quand les interrup-
tions sont rapprochées, et s'explique par la fatigue du
muscle cardiaque.
Le courant que nous employons suffirait amplement
à tétaniser un muscle de la vie animale, et cependant le
cœur ne répond à son excitation que par des secousses
isolées. Mais si nous augmentons encore l'intensité du
courant, le cœur aussi entre en tétanos, et la courbe
enregistrée (tîg. <S) est alors très analogue à la courbe
FiG. 8. — Poiiilc ilii cujur cxi-ilc'e par une (iùlnro du cminiiU ou C, |iai- uno rupliii'c
eu H, et entrant en tétanos sous l'iullucnce d'intciTuplious IVéïiuiMiles du uiènic courant
à partir de T.
que présentent en pareil cas les muscles rouges. Elle
ne lui est pas identique cependant, et nous aurons plus
loin de plus amples explications à vous donner à ce
sujet.
Ces expériences sent très délicates. On ne peut déter-
miner d'avance d'une façon absolue l'intensité du cou-
rant k employer. 11 y a en effet des différences notables
d'une grenouille à une autre, pour la sensibilité du cœur
à Texcitation électrique, différences tenant à la saison,
RYTHME DE LA POINTE. 49
aux condilions d'existence, à l'espèce et même à l'indi-
vidu (fig. 9).
r\ ■ f\ ,^
U\^
^v./\7A^/\
T / W
Fie. 9. — A, ballcmcnls iionuaux du cceiir oiitier il'iim? g-i-oiioiiilli^ verle. — B, poinlc
du iiR-iiie cœiii', cxciluo par uiio riipluro isolée d'un courant juslo suftisant et doniiant une
secousse U; excitée à partir de T par des interruptions fréquentes du même courant,
elle donne des battements rytliniés. — C, la même pointe du cœur excitée par la clô-
ture d'un courant fort i, par la rupture de ce courant r; excitée à partir de T par des
interruptions fréipiontos du luênie courant, clic entre en tétanos.
Pour réussir, il faut rapprocher g-raducllement les
bobines, en faisant les interruptions à la main jusqn'à
ce que la rupture du courant provoque la première
systole. On n'a plus alors qu'à remplacer les interrup-
tions à la main par des interruptions fréquentes du trem-
bleur, pour obtenir les battements de la pointe du
ventricule.
Si l'on veut obtenir une pulsation à la clôture comme
à la rupture, ou observer le tétanos, il suffit d'employer
un courant très fort.
Remplaçons maintenant sous le levier du cardio-
graphe la pointe du cœur par un muscle de la vie ani-
male, le gastrocnémien d'une grenouille par exemple,
et comparons les propriétés physiologiques de ces deux
ordres de muscles.
RANViER. — An;U. généfale.
I. — -i
90 COELil SAN G LIN.
Le gastrociiéniien reste immobile et le levier inscrit
une ligne droite.
Employons un courant très faible, tel qu'il n'aurait
aucune action sur la pointe du cœur, et faisons des inter-
ruptions isolées; il se produit une petite contraction à la
t^jture, k rupture provoque une contraction plus forte.
Nous pouvons constater dt^à une différence considé-
TAble entre le muscle cardiaque et le muscle de la vie
aaimale. Le premier est moins sensible, et cela dans
oàiC proportion telle, qu'une pareille différence de quan-
tité équivaut presque à une différence de qualité. Des
mesures précises seraient inutiles ici, tant la chose est
évidente.
En éloignant encore les bobines nous arrivons, pour
l'intensité du courant, à un point limite tel, que la
rupture amène encore une légère secousse, mais qu'il
ne s'en produit pas à la clôture.
Là, paraît s'arrêter l'analogie entre les deux ordres de
muscles; en effet, si, avec un courant juste suffisant
FiG. 10. — Muscle gasti'ocaéaiieii delà grenouille, excité par [une clùlure du couraut C,
uiic rupture du courant R. — Des interruptions fre'qucntcs du même courant de T
eu X le mettent en tétanos (tétanos do fusion).
pour déterminer une contraction à la rupture et pas à la
clôture, nous faisons des interruptions fréquentes avec
le trembleur, les secousses niusculaires se fondent entre
RYTHME. 51
elles, et nous observons le phénomène décrit par
Helmholtz sous le nom de tétanos électrique (fig. 10).
La rapidité des interruptions nécessaires pour ame-
ner le tétanos varie suivant l'animal, suivant le muscle,
suivant l'étal de fatigue ou de refroidissement de ce
muscle. Il faut surtout tenir compte du refroidissement
quand on opère sur des animaux à sang chaud. Quoi
qu'il en soit, nous ne donnerons pas ici des chiffres
précis, parce qu'ils ne sont pas nécessaires pour atteindre
le but que nous poursuivons.
Dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec un cou-
rant juste suffisant pour produire, par une interruption
isolée, une contraction, le cœur aurait effectué des bat-
tements rythmés. Ce serait là une bien grande diffé-
rence si elle était réelle; mais elle n'est qu'apparente.
Il y a deux ans, je disais qu'il n'est pas possible d'ad-
mettre en principe que les propriétés physiologiques du
muscle cardiaque diffèrent de celles des muscles de la
vie animale dont la structure essentielle est la même, et
je soutenais que, si le rythme est un attribut de l'un, il
doit se retrouver chez les autres.
Il y a longtemps que Brown-Séquard, observant le
phénomène connu de la palpitation des chairs chez les
animaux que l'on vient de sacrifier, phénomène dû à
des contractions fibrillaires, en avait conclu que le
rythme est un attribut de la contraction musculaire.
C'était une idée juste; mais elle était basée sur une
observation insuffisante et non sur un ensemble de faits ;
c'était encore une idée schématique. Aussi les physio-
logistes n'ont-ils pas suivi Brown-Séquard dans cette
52 COEUR SANGUIN.
voie, el jamiiis, que je sache, cette idée n'a été sou-
(emie depuis. Mon opinion, au contraire, était basée
sur une connaissance plus exacte de la structure de la
libre musculaire du cœur et des muscles de la vie ani-
male. Je n'avais pas encore, il est vrai, déterminé les
conditions nécessaires à la manifeslation de cette pro-
priété dans les muscles de celte dernière catégorie;
mais cette sanction expérimentale existe et je vous en
ferai part dans la prochaine leçon.
QUATRIEME LEÇON
( 13 décembre 1877 )
Cœur sanguin.
Le rythme appartient non-seulement au muscle cardiaque, mais à tous
les muscles Expériences sur le gastrocnémien de la grenouille. — Expé-
riences de Bowdilch sur les contractions du ventricule. Description som-
maire de son procédé. Phénomène de l'escalier. Phénomène de l'excitation
suffisante sans eft'et. — Répétition des expériences de Bowditch au moyen
du cardiographe. Observation du tétanos du cœur. — Tonicité du cœur
comparée à la tonicité du muscle rouge. — Considérations médicales sur
la tonicité du cœur.
Démonstration du rythme des muscles de la vie animale au moyen des exci-
tations régulières à longs intervalles. Applications médicales de la notion
du rythme.
Messieurs,
Nous avons comparé, dans la dernière leçon, au point
de vue de la forme de la contraction musculaire, la
pointe du cœur et les muscles de la vie animale. Comme
la striation est la même dans ces deux sortes de muscles,
nous avions été depuis longtemps amenés à penser que
leurs propriétés physiologiques essentielles devaient être
les mêmes; en d'autres termes, puisque la pointe du
cœur, isolée de ses ganglions nerveux, manifestait dans
certains cas son activité par des pulsations rythmées,
les muscles de la vie animale devaient en faire autant.
Il s'agissait seulement de trouver les conditions favo-
54 COEUR SANGUIN.
rables à la prodiiclion du phénomène. Or nous avions
récemment déterminé ces conditions; et nous avions
obtenu, des muscles de la vie animale, des contrac-
tions rythmées comme celles du cœur, quoique moins
régulières.
Nous vous avons promis de renouveler l'expérience
devant vous : vous en serez témoins aujourd'hui, mais
il est bon de vous rappeler auparavant ce que vous
avez eu déjà occasion d'observer, à savoir, que la pointe
du cœur est beaucoup moins sensible à l'excitation élec-
trique que les muscles de la vie animale. Il est donc
nécessaire d'employer pour ces derniers des courants
plus faibles. Dans l'expérience que M. Weber a faite
devant" vous sur la pointe du cœur isolée, on déter-
minait d'abord l'excitant minimum nécessaire pour ob-
tenir une contraction sous l'intluence de la rupture du
courant; on arrivait à ce résultat en approchant succes-
sivement dans l'appareil d'induction à chariot la bobine
induite de la bobine inductrice, et en produisant des in-
terruptions à la main. La première contraction obtenue,
on laissait les bobines en place et l'on faisait jouer ie
trembleur de façon à obtenir des interruptions fré-
quentes et régulières. C'est alors que l'on observait le
battement rythmique.
Pour les muscles de la vie animale, nous emploierons
le môme dispositif : môme myographe, môme appareil
inducteur, môme appareil enregistreur. Nous obtien-
drons l'excitation minimum comme dans le cas précé-
dent. Si alors nous remplacions tout de suite les interrup-
tions ù la main par des interruptions très fréquentes,
RYTHME. 55
comme nous faisions pour la pointe du cœur, le muscle
serait létauisé. Le courant minimum est encore trop
tort ici. Mais si nous reculons d'une petite quantité la
bobine induite, nous observerons, dès que le trembleur
sera mis en jeu, non pas une série de contractions cor-
respondant chacune à une rupture du courant, qui du
reste ne serait pas suffisante })Our la produire, mais
une série de secousses irrégulières, tout à fait indé-
pendantes des interruptions du courant (fig. li). C'est
FlG. 11. — Cou I rat- lions l'ylhmiiiucs du iiuisclo g'Mstrocne'mioii do l,i grcnoiiilli', sous
riiilliii'iirc d'inlcrriipliiiiis 1res fréqiu'iitL's d'un courant d'indnclion juste sufllsant.
bien là un rythme, comparable à celui de la pointe du
cœur, quoiqu'il soit moins régulier.
Mais on pourrait nous faire quelques objections que
nous allons prévenir. On pourrait prétendre que le cou-
rant excitateur a une action irrégulière, et que le muscle
signale et inscrit, comme un instrument passif, cette
irrégularité de l'intensité du courant et de ses interrup-
tions.
Au lieu de répondre à cet argument par un raison-
nement théorique, nous aurons sinq^lement recours à
des instruments plus parfaits.
Nous avions fait usage de la pile de Grenet; nu
trembleur produisait les interruptions.
Nous allons remplacer la pile de Grenet par la pile
56 COEUR SANGUIN.
thermo-électrique de Claniond. Dans cette pile, le cou-
rant est exactement en rapport avec la différence de
température des soudures internes et externes. L'instru-
ment étant chauffé au gnz, et l'arrivée de celui-ci étant
réglée par le régulateur Giroux, cette différence ne
subit que des variations insignifiantes. Les irrégularités
du courant sont donc négligeables; elles n'ont, dans tous
les cas, aucun rapport avec celles du tracé.
Quant au trembleur, nous avions d'abord pensé le
remplacer par l'interrupteur de M.Gaiffe, qui fonctionne
à laide d'un mouvement d'horlogerie. Mais ayant
entendu faire l'éloge de l'interrupteur de M. Trouvé,
nous nous sommes rendu chez lui, et il a bien voulu
nous confier cet instrument pour quelques heures.
Or, avec ces appareils perfectionnés, nous avons
obtenu les mômes résultats que précédemment. Nous
sommes donc en droit d'affirmer que les muscles
des membres sont rythmés, puisqu'ils ne répondent
pas chaque fois par une contraction égale à une égale
excitation.
Cela étant établi, avant de compléter ces premières
notions sur le rythme musculaire en général, il importe
de revenir au cœur afin d'étudier plus minutieusement
le détail de la contraction du myocarde. Vous avez
constaté que la contraction systolique se fait brusque-
ment et que la décontraction est plus lente, qu'un cou-
rant tétanisant d'une intensité juste suffisante donne
lieu à des contractions rythmées ({ui présentent le
même caractère. Pour produire le tétanos du muscle
cardiaque, un courant d'une grande intensité est néces-
RYTHME. 57
saire. Nous aurons à déterminer par la suite si ce tétanos
correspond à la fusion d'une série de systoles (tétanos
de fusion des secousses) , ou s'il résulte simplement de la
mise en jeu de la tonicité du cœur. Mais n'anticipons
pas sur des expériences ultérieures qui établiront la
nature encore indéterminée de ce tétanos. Je dois
vous parler d'abord des expériences de mon ami
Bowditch (1), de Boston, qui est un de mes anciens
élèves. Ces expériences ont été faites dans le laboratoire
de Ludwig, en 1871 ; elles présentent le plus grand
intérêt, et, bien que j'aie déjà eu l'occasion de vous en
parler, j'y reviendrai encore aujourd'hui pour les per-
sonnes qui ne les connaissent pas encore.
M. Bowditch a fait usage dans ses expériences d'un
appareil très compliqué que je ne vous décrirai pas. Je
me contenterai de vous donner une idée de sa disposi-
tion par ce schéma que j'ai fait dessiner au tableau
(fig. 12.)
A est un vase de Mariotte; le liquide qui le remplit, et
qui se trouve maintenu constamment à la même pres-
sion, est du sérum de sang de lapin.
T est un tube en T dont une branche horizontale
communique avec le vase de Mariotte, l'autre avec un
manomètre à mercure M; à la branche verticale est fixé
un cœur de grenouille, disposé de telle sorte que la
cavité du ventricule communique librement avec l'inté-
rieur du tube. La ligature est placée sur le ventricule
(1) Bowditch, Ueber die E'njenlhkmUchkeiten der Reizbarkeit, ivelcbe die
Muskelfasern des Herzens zeigen (Arbeiten des phijsiol. Laborat. zu Leipzig
(Ludwigj, 1871, p. 138j.
58 COEUR SANGUIN.
munie, entre son tiers supéiienr <'l ses deux tiers infé-
rieurs. Les conlraelions du cœur que doit noter l'ap-
pareil seront ainsi soustraites à l'influence des ganglions
nerveux.
I''ic. 12. — Scliéiiiii de riquiareil do Bowilileli, desliiié à éliulicr le r^ihuic du cœur.
Le manomètre M, ou tube en U, est à moitié plein de
mercure. 11 communique, par une de ses branches, avec
le tube en T, et par lui avec l'intérieur du ventricule et
le vase de Mariotte, recevant ainsi, à la surface libre du
mercure, la pression du sérum qui remplit toute cette
partie de l'appareil. A la surface du mercure, dans
J
liXPÉRILNCES DE BOWDITCII. 59
l'autre branche, nage un flotteur F. Celui-ci supporte
un levier coudé P, qui le suit clans tous ses mouvements
d'ascension ou de descente, et inscrit ceux-ci sur un
cylindre enregistreur E. .
Un robinet R, par un mécanisme très ingénieux que
nous n'avons pas à décrire ici, interrompt la communi-
cation entre le vase de Mariotteetle ventricule pendant
la systole el la rétablit à la diastole.
De cette façon, quand il est en repos, le cœur sup-
porte constamment la même pression ; et quand il se
contracte, tout son effort porte sur le tlotteur.
A chaque contraction cardiaque le flotteur monte,
et l'extrémité du levier trace une ligne verticale sur le
cylindre. Celui-ci étant déplacé après chaque systole,
il s'y marque ainsi une série de lignes verticales.
Or, voici le fait qu'a observé M. Bowditch : En sou-
mettant le cœur à des excitations électriques régulière-
ment espacées, la première excitation donnant une ligne
droite d'une certaine hauteur, la seconde en. donne une
Fr;. 13. — Pliéiiuiiièiif de l'escalier.
plus élevée, et la troisième une plus élevée encore. Cet
accroissement successif des premières contractions a reçu
de M. Bowditch le nom de phénomène de Pescalier
(ïreppe)(fig. 13).
En rapprochant graduellement les bobines de l'appa-
reil inducteur, on détermine le courant , minimum
00 COEUR SANGUIN.
dont la rupture amène une contraction ; on fait alors
lies interruptions régulières toutes les cinq secondes,
par exemple.
On remarque qu'après avoir répondu, par exemple,
à une première interruption, le ventricule ne- répond pas
à une seconde interruption, puis répond de nouveau soit
à la troisième, soit à la quatrième, soit à la cinquième ;
en un mot, les interruptions se succédant toujours régu-
lièrement, on voit parfois manquer une, deux ou plu-
sieurs systoles, sans raison apparente; il y a eu dans ce
cas, suivant l'expression de M. Bowditch, une excitation
suffisante sans effet (fig. 14). On remarcjue, en outi'e,
FiG. 14. — Excilalion suflisaiile sans c-flbt.
que l'amplitude de la systole n'est pas en rapport avec
l'intensité du courant : dès qu'elle se produit, elle atteint
sa hauteur maximum; seulement si l'on augmente l'in-
tensité du courant, toutes les excitations seront suivies
(l'effet.
En résumé , les deux faits importants observés par
M. Bowditch sont le phénomène de T escalier et celui de
X excitation suffisante non suivie cF effet. Pour expliquer
l'amplitude croissante des contractions que dessine l'es-
calier, il suppose que la première secousse doit sur-
monter certaines résistances qui ne se produiront pas à
la secousse suivante; en un mot, le cœur serait comme
un mécanisme rouillé qui jouerait plus aisément après
RYTHME. 61
un certain nombre de contractions. On pourrait, pour
expliquer cet accroissement d'amplitude, faire d'autres
hypothèses, et supposer, par exemple, que le muscle est
capable d'accumuler de l'excitation. A la seconde rup-
ture du courant, le cœur donnerait une secousse plus
forte, parce que cette excitation viendrait s'ajouter à ce
qui serait resté de la première, et ainsi de suite. Cepen-
dant il faut noter, en faveur de l'interprétation de
Bowditch, que le phénomène de l'escalier ne se produit
qu'au début de chaque série d'excitations.
Quant à l'excitation suifisante non suivie d'effet ,
M. Bowditch ne cherche pas à en donner l'explication.
Elle est facile pour nous,aujourd'hui que nous savons que
la pointe du cœur est rythmée comme l'organe tout
entier. Du fait même que le muscle est rythmé , il suit
qu'il n'est pas toujours prêt cà répondre de la même façon
à l'excitant, et une interruption ne l'atteignant pas au
moment favorable n'est pas suivie d'une contraction.
Je dois ajouter qu'un appareil aussi compliqué que
celui dont Bowditch faisait usage n'est pas nécessaire.
Celte complication est même nuisible, car elle a empê-
ché cet observateur de constater un f^iit d'une impor-
tance au moins aussi grande que ceux qu'il a décrits, le
battement rythmique de la pointe du cœur isolée.
Pour répéter les expériences de M. Bowditch, il nous
suffira du petit cardiographe à lame de verre que nous
avons décrit ; et comme le mouvement du cylindre
enregistreur avec régulateur Foucault est trop rapide
(sa moindre vitesse est d'un tour par minute), nous
avons demandé à M. Bréguet de nous construire un
62 COEUR SANGUIN.
nouvel apparoil fonctionnaiil à l'aide d'un mouvenienl
d'iiorlogei'ie et mettant une demi-heure à exécuter un
seul tour.
Nous nous servons de la [)ile thermo-électrique; et
nous obtenons des interruptions résçulières avec un in-
terrupteur à mercure et alcool, mis en mouvement par
l'appareil de Foucault.
Une remarcpie sur la façon dont on doit réséquer la
pointe (hi cœur ne sera pas superflue ici.
Il faut abandonner l'usage des ciseaux, qui détermi-
nent toujours une contusion plus ou moins grande de
l'organe. On place le cœur sur un bouchon de liège, et
l'on tranche d'un seul coup, avec un rasoir bien affilé,
sa pointe, à la limite de ses deux tiers inférieurs et de
son tiers supérieur.
Nous pouvons maintenant commencer nos expé-
riences, La pointe du cœur étant placée sous le levier du
myographe, et les interruptions se faisant toutes les six
secondes, à chaque contraction le levier tracera une
ligne verticale, droite ou à peu près droite, sur le cylin-
dre enregistreur.
Tic. 15. — Poiiile du cœur, oxcilre toutes les six secoiuics de a en b \kw iim couniiil
juste suflisaut. Tantôt l'cxcilalioii n'est pas suivie d'cQcl, tantôt elle produit une eoii-
Irartion, en s, s', s", l'tc. — A p:irlii' de b, le courant, un peu plus Intense, est infail-
lible et produit à chaque rupture une contraction. Ces contractions présentent le piié-
noinène de l'escalier.
Nous observerons ainsi le phénomène de l'escalier et
celui de l'excitation suffisante sans effet (fig. 15). Nous
r.YTlIMK. 6,S
constaterons aussi ([iic l'aniplitiule des pulsations est in-
dépendante de l'intensit*». du courant. Mais, si nous em-
ployons un courant très tort, la décontiaction du cœur, qui
se fait lentement, n'a pas le temps de se com])léter avant
le dé'but de la contraclioii suivante. Alors nous voyons
peu à peu et progressivement s'élever snr le cylindre en-
registreur le point de départ des systoles, tandis que
celles-ci diminuiml d'amplitude. Si l'expérience dui'c
assez longlenqis, la décontraction ne se fait plus du tout,
et l'amplitude des pulsations se réduit à zéro (Og. 16).
FiG. I(i. — Poiiiti: (lu cœur cxi-iloo luulos les six si.'conjcs |i;ii' ini coiimul furl. La d('-
coiiti'action n'ayant nas le temps île s'opérer entre deux excitations, le cœur rcûte
contracté en ton (tétanos de tonicité).
Nous obtenons ainsi un tétanos dont la durée se pro-
longe longtemps encore après la cessation de la cause
excitante.
Sur un muscle de la vie animale, une^excitation pro-
duit une secousse musculaire analogue à la systole car-
diaque. Plusieurs excitations rapprochées produisent un
tétanos électrique qui disparaît presque aussitôt que
cesse l'excitation. C'est là le tétanos de fusion des
secousses décrit par Helmholtz. 11 diffère du tétanos
que nous venons d'observei' sur la pointe du cœur,
et (jue nous observons môme sur des muscles de
la vie animale, si, au lieu d'expérimenter sur le gas-
trocnémien de la orenouille ou sur un muscle blanc
64 COEUR SANGUIN.
quelconque, nous opérons sur un muscle rouge, le demi-
tendineux du lapin par exemple (fig. 17).
^j.---^-^^
Fig. 17. — Muscle rouge ((ierui-leudiucux ilu lapin) excité toutes les six secondes par 1:;
rupture d'un courant d'induction. La deeontraetion n'ayant pas le temps do s'effec-
tuer, le muscle reste contracté on ton.
Les muscles rouges, comme je l'ai démontré dans
mon cours d'il y a deux ans, ont un mode de contraction
très différent de celui des muscles blancs. La contrac-
tion n'y est pas brusque; au lieu de se traduire par une
ligne d'ascension verticale, elle est représentée par une
ligne courbe, plus ou moins oblique, suivant l'intensité
du courant.
Lorsque l'on excite comparativement un muscle blanc
et un muscle rouge par un courant à interruptions ré-
glées de façon que le muscle blanc donne sur la ligne du
tétanos un crochet correspondant à chaque interrup-
tion, le muscle rouge reste contracté dans l'intervalle
des interruptions et trace une ligne régulière sur
le cylindre. Cette différence s'explique par la toni-
cité du muscle rouge, qui rend sa décontraction beau-
coup plus lente et maintient son raccourcissement entre
deux excitations. Je n'insiste pas sur ces faits que j'ai
étudiés minutieusement avec vous il y a deux ans.
Je ne vous ai rappelé cette tonicité des muscles rouges
que pour la mettre en parallèle avec la tonicité du cœur,
et vous indiquer ainsi une analogie de plus entre ce
muscle et ceux de la vie animale.
RYTHME. 65
11 convient d'indiquer ici quelques applications médi-
cales des notions que nous venons d'acquérir.
Les contractures, les convulsions toniques, j'en suis
convaincu, sont des formes du tétanos de la tonicité. Il
serait fucde. à l'aide d'un appareil enregistreur, de véri-
fier si cette hypothèse doit être acceptée ou rejetée; et
une pareille recherche ne serait pas, je crois, sans
utilité.
Quand, dans une autopsie, on trouve le cœur con-
tracté, ou suppose que le sujet est mort pendant une sys-
tole, et que le cœur s'est arrêté juste à ce moment,
conmie foudroyé. Je n'en crois rien. Il me paraît plus
probable que le cœur, susceptible au plus haut degré de
subir le tétanos de la tonicité, a peu à peu dépassé la
limite d'excitation lui permettant des pulsations isolées;
qu'il n'a pu alors se décontracter, et que l'arrêt de la
circulation en résultant a occasionné la mort du ma-
lade. Au point de vue thérapeutique, il importe donc de
rechercher quelles substances peuvent agir sur la toni-
cité du cœur. Si le mol de tonicité du cœur.est bien sou-
vent employé en médecine, la chose n'en paraît pas
mieux connue. Sauf dans un travail écrit sur un tout
autre sujet, le travail deLuciani « Sur une fonction pé-
riodique du cœur de grenouille isolé» (voy. p. 40;, je n'ai
jamais trouvé qu'il fût question de recherches expéri-
mentales sur la tonicité du cœur ou des autres muscles.
Après cette excursion dans le domaine de la patholo-
gie, revenons à la comparaison du muscle cardiaque et
des muscles de la vie animale. H nous reste à apporter
une preuve convaincante que les contractions que nous
RA.NViEi!. — Anat. générale. l. — 5
60 COEUR SANGUIN.
avons observées dans les muscles de la vie animale sous
l'influence d'interruptions fréquentes d'un courant in-
duit sont bien des mouvements rythmés. Il nous suf-
fira pour cela d'établir que, dans notre expérience, cha-
que battement n'était pas le résultat d'une excitation
spéciale, et nous y arriverons en démontrant qu'une
même excitation, tantôt provoque une contraction,
tantôt reste sans effet.
Sous le levier du cardiographe, à la place de la pointe
du cœur, mettons un gastrocnémien de grenouille. Les
interruptions sont, comme précédemment, régulières et
distantes de six secondes, et le courant employé est le
courant minimum, déterminé de môme. La première
secousse (fig. 18, A) se traduit par une ligne droite d'une
FiG. d8. — Muscle gaslrocnûiiiicn de la grenouille excité toutes les six sccoïKics par
des ruptures d'un courant juste suffisant A, cl d'un courant un peu plus fort B. La
hauteur ine'galc des secousses musculaires provoquées par un cxcitiint de même in-
tensité indique que le muscle est rythmé.
certaine hauteur; la deuxième et la troisième par des
lignes moindres; la quatrième et la cinquième pourront
donner des lignes égales à la première; la sixième don-
nera une ligne de très petite hauteur ; la dixième n'aura
pas d'effet du tout, etc. En somme, nous observe-
rons un rythme analogue à celui de la i)ointe du cœur,
RYTHME. 67
et nous présentant comme lui le phénomène de {'excita-
tion suffisante sans effet,
\] autorythmie de la fibre musculaire de la vie animale
est donc démontrée, comme celle de la fibre cardiaque.
Seulement, nous n'avons pas ici le phénomène de
r escalier au début ; et, tandis que les systoles du cœur
sont toujours à peu près égales entre elles, les battements
rythmés des muscles de la vie animale ont une amplitude
inégale.
11 y a lieu de faire encore ici une application médicale
de nos expériences. Le tremblement nerveux n'est que
le phénomène présenté par un muscle rythmé, sous l'in-
fluence de l'excitation minimum. En effet, dans la plu-
part des tremblements pathologiques qui affectent le
membre supérieur, par exemple, la main est immobile
pendant le repos; elle ne tremble qu'au moment d'un
léger effort.
Nous terminerons en essayant une hypothèse sur la si-
gnification biologique du rythme musculaire. Si l'on m'ac-
corde (et j'espère n'être contredit par aucun physiologiste)
que l'action intérieure qui fait que nous ne réagissons pas
sous l'influence d'une excitation extérieure dépend de
la volonté, il faut conclure de nos expériences que le mus-
cle a bien une sorte de volonté. En effet, nous l'avons vu,
dans certaines conditions, ne pas répondre aux excita-
tions isolées, mais se contracter rythmiquement, suivant
une cadence qui n'était nullement en rapport avec la
série régulière des excitations.
CINQUIEME LEÇON
(18 iloceiiibn-" ]S7")
Cœur sanguin.
La fibre musculaire du cœur ne piéseutc pas d'oncli-s musculaires pendant
la contraction.
Ëtude de l'appareil tjanrjUonnaire du cœur. -^ Forme générale du cœur de
la grenouille. — Difîérence de cette forme ciiez la grenouille verte et cliez
la grenouille rousse. — Conformation intérieure du cœur, étudiée après
injection d'un mélange fixateur d'alcool et d'acide osmique. — Cloison
des oreillettes. — Sa forme. Trajet des nerfs qu'elle contient. Forme de sa
pointe libre. — Son attache aux parois du ventricule. — Collerette
fibreuse et plateau musculaire constituant l'appareil valvulaire du ventri-
cule. — Valvule liéliçoïde du bulbe aortique. — .\bsencc de vaisseaux
sanguins et lymphatiques dans lo cœur de la grenouille.
Messieurs,
Dans la dernière leçon, nous avons comparé, an point
de vue des propriétés physiologiques, le myocarde et les
muscles de la vie animale. Nous avons spécialement
insisté sur la haute tonicité du muscle cardiaque. N'ou-
blions pas cependant que, sous ce rapport, le muscle
rouge du lapin et les muscles de la langue de la gre-
nouille se rapprochent beaucoup de ce dernier, dont
s'éloignent au contraire considérablement les muscles
blancs du lapin et les muscles de la grenouille en gé-
néral.
RYTHMH. 69
Avant de quitter ce sujet, je vous exposerai le résul-
tat de deux nouvelles expériences.
Voici la première : Le gastrocnémien d'une grenouille
est isolé et placé sur une lame de verre. Immédiatement
on peut constater qu'il présente des mouvements fibril-
laires, c'est-à-dire des contractions rythmées. En le frap-
pant à petits coups, on communique à cet organe une
irritation mécanique d'une certaine durée. Les batte-
ments rythmés sont ainsi plus considérables qu'ils ne
l'étaient sous l'influence de l'opération seule, et l'exci-
tation est assez durable pour qu'on puisse porter le
muscle sur le myographeet inscrire sur le cylindre enre-
gistreur le tracé de ses mouvements (fig. i9). Les puisa-
FiG. iO. — Muscle gaslrooiu'mieii ilo la grcnoiiilK', cxcilé rriJcimiqnomeiil à plusieurs
reprises, cl doiiiiaiit à la suite de cliaque excitation un groupe de contractions ryth-
mées. (Ce trace a été obtenu au moyen d'un appareil qui sera décrit à [U'opos de
l'excitation mécanique du cœur.)
lions sont surtout accusées vers son extrémité infé-
rieure, au point où son aponévrose se resserre pour
former le tendon d'Achille, et le ti'acé qu'elles don-
nent est parfaitement net, quoique leur anq^litude soit
toujours assez faible.
Ainsi se trouve péremptoirement réfutée une objec-
tion qui tenait encore, à savoir que l'irrégularité des bat-
tements des muscles de la vie animale pouvait bien être
sous la dépendance de la variabilité de l'excitant. Dans
70 COKUR SANGUIN
cette expérience, en effet, l'action irritante est dégagée,
et, sous son effet persistant, le muscle subit des contrac-
tions rythmées.
Passons à la deuxième expérience : Nous excitons
comme tout à l'heure, mécaniquement, en la frappant
légèrement à sa surface, la pointe du cœur isolée du
reste de l'organe. L'irritation du point directement
atteint se répand sur tout le muscle, et celui-ci, placé
sous le levier du myographe, y répond en produisant sur
le cylindre enregistreur une courbe de tonicité. Donc,
il n'y a plus à en douter, le tétanos de tonicité, résultat
d'une excitation, est nettement distinct du tétanos de
Helmholtz, qui provient d'une série d'excitations suffi-
samment rapprochées.
Nous allons maintenant rechercher quelles sont les
modifications intimes que subit le tissu de la fibre mus-
culaire pendant le tétanos de tonicité.
Il y a deux ans, pour étudier comparativement les
muscles à l'état de contraction et de relâchement, nous
avons fixé les faisceaux primitifs dans ces deux états par
l'injection interstitielle d'une solution d'acide osmique à
1 pour iOO. Nous avons pu déterminer ainsi le caractère
histologique de la contraction; en d'autres termes, nous
avons appris quelles sont les parties de la fibre muscu-
laire qui diminuent ou augmentent de longueur dans cet
acte physiologique.
Kn injectant le réactif dans des muscles non tendus et
soumis à une série de secousses électriques, nous avons
saisi au passage les ondes de contraction que nous
avions d'ailleurs observées déjà sur la fibre vivante.
DE LA GRENOUILLE. 71
mais que nous avons pu de la sorte étudier à loisir. Et
nous avons constaté de plus que, toutes choses égales
d'ailleurs, ces ondes ne se produisent pas sur les mus-
cles à l'état d'extension.
Nous devions entreprendre les mêmes recherches sur
les muscles susceptibles de contractions toniques. Aussi,
depuis huit jours, avons-nous fait une série de prépara-
tions, tant sur les muscles du cœur que sur les muscles
rouges du lapin, tendus et tétanisés. Or, jamais aucune
d'elles ne nous a montré d'ondes de contraction. Les
très petites différences de structure que nous avons pu
constater entre ces muscles ainsi excités et les mêmes
muscles à l'état de repos, mais également tendus, étaient
variables avec le point de la préparation où portait
notre examen et n'avaient aucune importance. La con-
traction ne dépend donc pas de l'agencement différent
des différentes parties de la fibre musculaire, mais bien
du rapprochement réciproque des disques minces dans
toute l'étendue du faisceau.
Mais il est temps d'aborder l'étude directe de l'inner-
vation du cœur.
En faisant des expériences sur la pointe du cœur sé-
parée du reste de l'organe, j'ai eu pour but de déter-
miner quelles sont les propriétés physiologiques du
muscle cardiaque, en dehors de toute influence de ses
centres ganglionnaires. J'ai fait cette étude physiologique
après avoir examiné la structure de la fibre musculaire
du cœur. De même, nous allons maintenant étudier
l'appareil ganglionnaire isolé. Nous rechercherons plus
7''2 COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
\ài\\ quels sont les phénomènes qui sont dus à son
iutluence dans l'activité cardiaque.
C'est encore la grenouille qui fournira à nos observa-
tions. C'est en effet cet animal que la plupart des histo-
physiologistes ont pris pour objet de leurs recherches sur
le cœur.
Mais l'étude très délicate que nous allons entreprendre
me paraît exiger, comme préliminaii'e indispensable,
une description anatomique complète du cœur de la gre-
nouille. C'est par cela que je vais commencer. Je n'ou-
blierai pas d'ailleurs que je dois toujours me tenir placé
au point de vue spécial de l'innervation de l'organe, et
je ne me permettrai que de courtes digressions en dehors
de ce sujet.
La grenouille verte {Rana esculenia L.) a le plus
souvent servi à ces recherches et c'est cette espèce que
nous choisirons également.
L'animal est immobilisé par la destruction de la
moelle, ou solidement fixé sur le dos à une plaque de
liège. Après avoir incisé la peau sur la ligne médiane et
l'avoir rabattue à droite et à gauche, on enlève le ster-
num avec des ciseaux, en ayant soin de ménager le
péricarde. Le cœur apparaît alors, et l'on peut constater
l'existence d'une certaine quantité de liquide entre
l'organe et le feuillet pariétal de la séreuse. On saisit
avec les pinces un pli du péricarde que l'on tianche
d'un coup de ciseaux. Le cœur se montre à nu et l'on
constate que le péricarde s'étend aussi sur les artères
jusqu'à une certaine distance du cœur, se repliant sur
elles comme le péritoine sur les intestins.
FORME GÉNÉRALE. 73
Lorsque le péricarde est ouvert, les différentes parties
dont se compose le cœur se montrent nettement. On
aperçoit le ventricule, les oreillettes, le bulbe aorlique
qui se divise pour former les deux aortes. Ces deux ar-
tères sont réunies l'une à l'autre par un feuillet péri-
cardique constituant la cloison interaortique ou inter-
artérielle. C'est un détail que l'on peut vérifier en in-
troduisant un stylet courbe au-dessous de l'un des deux
vaisseaux et ramenant sa pointe entre les deux, et qu'il
nous est utile de connaître, car nous aurons queliiue-
fois des ligatures à faire sur une seule aorte. Il est tou-
jours facile do lier ensemble les deux vaisseaux.
Les battements du cœur nous empêchant de voir la
véritable forme des oreillettes, il est indispensable, pour
une bonne observation, d'injecter cet organe. On peut
employer à cet usage la gélatine, même non colorée.
Voici la méthode employée par Ludwig dès 1848
[loc. cit.), et qui est à recommander. Une des aortes est
liée, dans la seconde on introduit une canule dans
la direction du cœur et l'on y pousse une injection
épaisse de gélatine sur le point de se prendre par le
refroidissement. On a préparé celle-ci en laissant gou-
tter la gélatine dans l'eau et la faisant fondre au bain-
marie sans nouvelle addition de liquide.
Le refroidissement survenu, on peut détacher le cœur
et l'examiner dans tous les sens. On voit nettement dans
leur vraie forme le ventricule, le bulbe artériel naissant;
en avant et à droite de celui-ci, les deux oreillettes dis-
tendues et séparées par le sillon interauriculaire; entîn,
le sinus veineux communiquant avec l'oreillette droite.
74 COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
Nous allons ébaucher une description rapide de ces
différentes parties.
Notons d'abord que le ventricule a un aspect bien dif-
férent chez la grenouille verte [Rium esculenta L.) de
celui qu'il présente chez la rousse (Bana fusca Roesel.).
Chez la première, il est franchement cordiforme, coni-
que, légèrement aplati d'arrière en avant; sa section
transversale n'est pas circulaire, mais ellipsoïde. Chez
l'autre, au contraire, il est bien plus allongé, presque
cylindrique, et sa pointe est plus obtuse. La différence
est si sensible que, étant donnés les cœurs de ces deux
grenouilles, il est très aisé de rapporter chacun d'eux
à l'espèce qui l'a fourni.
Dans ce qui suivra, notre description ne s'appliquera
qu'à la grenouille verte.
Le sillon est très accusé entre les deux oreillettes, et
les délimite très nettement. L'oreillette gauche ou pul-
monaire est bien moins considérable que la droite, dont
elle est séparée en avant par le bulbe aortique, en arrière
par le sinus veineux. Ce sinus est formé par le confluent
de la veine cave inférieure et des deux veines caves
supérieures ou jugulaires. Quant aux veines pulmo-
naires, elles se rendent directement à l'oreillette gauche.
L'oreillette droite possède une auricule d'une capacité
relativement grande. On conçoit l'utilité de cette dis-
position, quand on songe que l'oreillette droite reçoit
la principale masse du sang, tandis que la gauche ne
reçoit que la partie de ce fluide qui revient des pou-
mons. Le sillon interauriculaire est presque vertical, très
légèrement oblique d'arrière en avant et de gauche à
CONFORMATION INTÉRIEURE. 75
droite. Nous supposons dans cette description le cœur
de la grenouille placé verticalement comme celui de
l'homme.
Voyons maintenant la conformation intérieure de
l'organe ; c'est un point sur lequel les auteurs ne nous
donnent que des renseignements très insuffisants. Il
nous faut pour cet examen des seringues à injection, des
canules susceptibles d'entrer dans l'aorte, des fils à
ligature, des réactifs divers, tels que : alcool, solution
d'acide osmique au centième, solution de chlorure de
sodium à 6 pour i 000, quelques instruments à dissection,
des pinces courbes, des pinces fines, enfin des ciseaux
d'oculiste. Une première précaution à prendre est de
chasser complètement les globules sanguins de l'inté-
rieur de l'organe. Cela est très important. Nous
verrons plus tard que des erreurs ont été commises
pour avoir négligé cette précaution. Dans ce but, après
avoir dénudé une des aortes, nous l'inciserons avec des
ciseaux fins à une certaine distance du bulbe; puis,
agrandissant l'incision par une fente longitudinale, nous
y introduirons une canule, et nous ferons dans le cœur
une injection d'eau salée à 6 pour iOOO; 12 à 15 cen-
timètres cubes de ce liquide suffiront à faire le lavage.
Après cette opération, le cœur continue à battre, parce
que l'eau salée à ce degré de dilution n'exerce aucune
action fâcheuse sur ses éléments : c'est la solution phy-
siologique. Injecté avec ce liquide, le cœur vivrait
encore pendant plusieurs jours s'il était conservé à une
basse température.
Pour chasser les derniers globules retenus dans les
7G COKUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
inailles du réseau musculaire, il faut, avant (V achever
rinjection, lier toutes les veines, pour empêcher le sang
de revenir par la périphérie dans le cœur. Le liquide
injecté sort par 1 aorte laissée libre et achève le lavage.
Gela fait, on injecte par la même canule un mélange
à parties égales d'alcool à 36 degrés Cartier et d'une solu-
tion d'acide osmique à 1 pour J 00. Dès que ce mélange
a remplacé l'eau salée, on applique une ligature sur la
seconde aorte, et Ton continue Tinjection jusqu'à ce que
le cœur soit parfaitement distendu.
H faut prendre quelques précautions pour faire le
mélange d'alcool et d'acide osmique. On aspire d'abord
lacide osmique avec la seringue, puis une égale partie
d'alcool; ensuite on élève encore un peu le pislon, de
façon à appeler une certaine quantité d'air dans la
seringue. Celui-ci traverse les deux liquides et les mé-
lange. On redresse alors la seringue, on l'amorce et l'on
pratique l'injection. Les détails de ce manuel opératoire
ne sont pas inutiles, car, si le mélange éîait fait d'avance,
il suffirait de quelques minutes pour que Tacide osmique
fût réduit par l'alcool, qui se comporte, en présence de
ce réactif, comme la plupart des substances organiques.
Quand le cœur est bien gonflé, les oreillettes bien
développées (il faut agir avec ménagements pour ne pas
crever ces organes dont la paroi est très mince), on lie à
son tour l'aorte par laquelle on a fait l'injection et l'on
retire la canule; on détache le cœur et on le transporte
dans la solution d'eau salée. C'est dans ce milieu liquide
(jue doit se poursuivre l'opération. Suivant le conseil de
Ludwig, on commence par ouvrir l'oreillette gauche.
CLOISON DES OUEILLIÎTTES. 77
On a (l'abord fixé le cœur au fond de la cuvette à dis-
section, sur un fond blanc, une placjuette de moelle de
sureau par exemple, que Ton a fait adhérer au vase
avec de la cire à cacheter.
11 est bon d'opérer à la loupe, lors même que l'on au-
i-ait une vue excellente. Les parties que nous avons à
observer sont facilement visibles à Tœil nu; mais la
loupe a l'avantage de donner du relief aux objets,
parce que leurs différents plans ne sont pas à la fois au
point, et qu'il est dès lors beaucoup plus facile de les
distinguer les uns des autres.
On saisit avec la pince un pli de l'oreillette que l'on
tranche avec les ciseaux. On met la loupe au point sur
la cloison et, en épargnant celle-ci, on détache le reste
de la paroi auriculaire. La cloison apparaît alors, non
pas comme une membrane plane tendue entre les
deux oreillettes, mais comme une surface gauche. Sur
une section transversale passant par la partie moyenne
des oreillettes, elle se dessinerait comme une S, dont la
concavité antérieure serait tournée à droite, la posté-
rieure à gauche. Les dimensions de l'oreillette gauche
se trouvent ainsi bien moindres que celles de la droite,
comme on devait s'y attendre.
Cette cloison est du reste très irrégulière et porte
sur ses deux faces différents replis musculaires. Un de
ceux-ci [m, fig. ^21) est surtout apparent sur sa face
droite, et s'étend vers la paroi de l'oreillette, en avant de
l'orifice, du sinus qui a la forme d'une fenêtre losangique.
Pendant la systole, le repli de la cloison vient s'appli-
quer contre l'orifice et le ferme comme une valvule. Il
78 COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
ne \c couvre pas en entier, cependant; mais rocclusion
est coniplélée par un repli membraneux semi-lunaire
qui garnit le bord inférieur du sinus.
La loupe nous montre sur la cloison la réticulation
musculaire que nous avons étudiée déjà, et deux fila-
ments noirs, qui ne sont autres que les deux branches
cardiaques du pneumogastrique, dont les fibres à
myéline ont été noircies par l'acide osmique. Ces nerfs
entrent dans la cloison, après avoir suivi les deux veines
caves supérieures et la paroi du sinus veineux.
Telles sont les proportions de notre mélange d'alcool
et d'acide osmique que le tissu musculaire n'est pas trop
coloré et ne vient pas masquer les filets nerveux; mais
qu'au contraire ceux-ci se dessinent avec la plus grande
netteté.
Si nous observons la cloison à plat (fig. 20), nous
voyons le rameau postérieur suivre un trajet rectiligne
ou légèrement courbe pour se perdre sur la partie posté-
rieure et médiane de l'orifice ventriculaire. Quant au
rameau antérieur, il se dirige horizontalement d'arrière
en avant jusqu'au voisinage du bulbe aortique; là, il
s'infléchit brusquement à angle droit, cet angle étant
ouvert en bas et en arrière, et vient se terminer sur la
ligne médiane de la paroi du ventricule, au niveau de
sa base. Nous ne pouvons suivre ces deux nerfs au delà
des points que nous venons d'indiquer, et il nous est im-
possible, sur cette seule préparation, de dire s'ils se
terminent à ce niveau, ou s'ils se poursuivent au delà
par des fibres dépourvues de myéline.
Le nerf postérieur est plus épais, l'antérieur plus
NERFS CARDIAQUES. 79
grêle et plus long. Chacun d'eux envoie des branches,
dont le nombre nous a paru variable, à la cloison, aux
oreillettes, peut-être au bulbe aortique. Fait qui paraît
surprenant au premier abord, ces nerfs semblent grossir
e.yeffMOlicnM se
d
A.lshî-MMti.^i
FiG. 20. — Cloison des oreilloltes lUi cœur de la grenouille verte, vue du côté gauche. Le
cœur a été fixé par injection d'un mélange d'alcool et d'acide osniique, la paroi de
l'oreillette gauche a él(f enlevée. — n, nerf postérieur; n' , nerf antérieur ; l, portion
horizontale de ce nerf; h, ganglion auriculo-ventriculaire postéridur; 6', ganglion
auriculo-ventriculaire antérieur; m, repli musculaire faisant "faillie daas l'oreil-
lette droite et vu par transparence. (Dessin fait à la loupe et fortement grossi.)
en se rapprochant de leur terminaison. Mais ce phé-
nomène s'explique aisément, comme nous le verrons
quand l'examen microscopique viendra compléter cet
aperçu.
Esquissons rapidement l'historique de la question. En
1848, Ludwig (1) a décrit et figuré les deux nerfs car-
(I) Ludwig, Veher die Ilerznerven des Frosches (Mïtller's Archiv, 1818,
p. 139).
SO r.OliUR SANGUIN DE I.V GRUNOUlLLli.
iliaques dans la cloison; ils auraient, d'après lui, un
trajet parallèle et s'enverraient un rameau d'anastomose,
(^e serait là un point de structure important pour la
physiologie du C(rur, car il fournirait une explication de
la synergie de ses différentes parties.
En 185*2, Bidder (1) accepte le fait avancé par Lud-
wig, mais, tandis que dans la figure donnée par Ludwig,
les deux nerfs sont assez éloignés l'un de l'autre, et le
rameau anustoinolique d'une longueur notable; dans
celle de Bidder, les deux nerfs se touchent presque à leur
point d'anastomose et échangent, par un entre-croise-
ment oblique, une partie de leurs fibres, de la même
manière que cela se produit dans un chiasma.
Cette anastomose n'existe pas. L'erreur de ces deux
auteurs doit être attribuée aux moyens imparfaits dont
on disposait à l'époque où ils ont fait leurs travaux. Ils
ont pris la partie horizontale du nerf cardiaque anté-
rieur pour un rameau d'anastomose.
Signalons en passant une autre erreur de Bidder.
Dans le même dessin, il représente le réticulum mus-
culaire de la cloison, et, entre les fibres musculaires,
il figure un épilhélium. Or, ainsi ({u'il est facile de s'en
convaincre en examinant son dessin, ce qu'il a pris pour
un épilhélium ne peut être autre chose que les globules
rouges du sang restés dans les dépressions de la cloison.
Depuis lors, Bidder a publié un nouveau mémoire (2)
(1) Bidder, Ueber functionnel verscliiedene und raumlich f/elrennle Ner-
vencenlra im Froscliherien(Mïcller's Arck., 1852, p. 16:5).
(2j Bidder, Zur ndheren Kennlitlss des Froschlier/em und seiner Nerven
{Archives de Reiclierl et du Uois-lieijmond, ISCG, p. Ij.
NIilU'S CARDIAQUES. 81
dans lequel il revient snr ses premières indications, et
reconnaît cette fois l'absence totale d'anastomose des
nerfs dans la cloison. Il fait en même temps une étude
plus complète du cœur de la grenouille. Il a suivi avec
exactitude le trajet des nerfs cardiaques, non-seule-
ment sur la cloison, mais aussi dans le sinus veineux,
depuis le point où ils y pénètrent, c'est-à-dire depuis
Tembouchure des veines caves supérieures. Oubliant
({ue lui-môme il avait partagé l'erreur de I.udwig, il
nous dit qu' « on » avait ù tort placé leur anastomose
dans la cloison, tandis qu'elle se trouve sur le sinus vei-
neux. D'après la description qu'il en fait et d'après la
tigure qu'il en donne, cette anastomose serait excessi-
vement compliquée. Ce serait un vrai chiasma, conte-
nant même des fibres récurrentes.
Pour m'éclairer sur ce point, j'ai injecté des cœurs de
grenouilles (/?. esculenta) avec le mélange d'alcool et
d'acide osmique que vous connaissez, et j'ai pris la
précaution de lier les trois veines caves séparément.
J'ai vérifié ainsi l'existence d'une anastomose {ci, fig. ^1 )
entre les deux rameaux nerveux, mais d'une ana-
stomose bien différente de celle que Bidder décrit. Mon
intention n'est pas de révoquer en doute l'observation
de cet auteur. La différence des résultats que lui et moi
avons obtenus peut, en effet, tenir à ce que nous n'avons
pas opéré tous deux sur la môme espèce de batracien.
Dans les campagnes de Dorpat, oh travaillait Bidder, on
rencontre trois espèces du genre Grenouille : Raaa
esculenta, Raiia fusca, Rana oxijrrhina. Bidder ne
s'est pas servi de Rana fasca, je puis l'afiimier d'après
Anat. ffénérale.
82 COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
la forme conique et allongée du cœur qu'il a figuré ;
mais rien ne prouve qu'il ait pris, comme moi, pour
objet de ses recherches
lîana csculenta, moins
commune dans les pays
septentrionaux que ses
deux congénères.
Quoi qu'il en soit, je
n'ai pu \'oir qu'une seule
branche anastomotique
dans le sinus veineux. Sa
forme et sa disposition
m'ont paru variables chez
les différents sujets que
j'ai examinés, mais elle
est toujours petite et ne
contient qu'un petit nom-
bre de fibres.
Après cette digression
sur l'anastomose des nerfs
cardiaques, revenons à l'a-
natomie microscopique du cœur. Dans la préparation
dont je vous ai entretenus, nous voyons la cloison
pénétrer dans l'intérieur du ventricule, mais sa limite
inférieure nous reste cachée. L'ouverture de la paroi
de l'oreillette droite ne nous montre rien de plus sur ce
point.
Pour nous édifier à ce sujet, ouvrons le ventricule
suivant un plan longitudinal perpendiculaire à la cloi-
son, écartons les deux lèvres de f ouverture et examinons
FiG "âl. — Les deux nerfs cardiaques sur
la cloison. — n, nerf postérieur; n' ,
nerf antérieur ; rt, anastomose des deux
nerfs cardiaques au niveau du sinus;
B B, terminaison des nerfs à myéline au
niveau des ganglions de Biddcr; ?»,
pli ou pilier de la cloison faisant sail-
lie dans l'oreillette droite et situé en
avant de l'orifice du sinus veineux.
VENTRICULE. 83
à la loupe. Nous voyons la cloison pénétrer dansl'inté-.
rieur du ventricule sous la forme d'une membrane libre
et cbiffonnée quand elle n'est pas tendue. Si on la tend
en écartant les deux moitiés du ventricule, elle se déve-
loppe, et sa terminaison apparaît comme une pointe '
mousse.
Nous avons vu que l'oreillette gauche est plus petite
que la droite; aussi la cloison ne passe-t-elle pas par
un diamètre de l'orifice auriculo-ventriculaire, mais
bien par une corde plus rapprochée du côté gauche
que du côté droit.
C'est par le côté gauche que tout à l'heure nous ob-
servions le ventricule. Si nous l'examinons maintenant
du côté droit, nous pourrons écarter davantage les deux
lèvres du ventricule, et nous apercevrons des détails
intéressants de la structure de cet organe (fig. 22).
Aux points où le bord inférieur de la cloison vient,
antérieurement et postérieurement, se souder à l'ori-
fice auriculo-ventriculaire, et se continuer avec l'endo-
carde, l'union ne se fait pas simplement; la cloison
vient se fixer en avant et en arrière sur un repli mem-
braneux triangulaire c en forme de collerette réguliè-
rement plissée. L'angle supérieur de cette collerette
adhère à l'anneau fibreux qui sépare les oreillettes du
ventricule; son bord inférieur, étalé et comme gaufré
par des plis nombreux, fiotte librement, Au-dessous de
la collerette, le ventricule présente, vers le premier
tiers de sa hauteur, une sorte de plateau oblongy;. Des
fibres rayonnées viennent unir le bord libre de la col-
lerette au bord supérieur du plateau. Du bord infé-
84 COEUR SANGUIN DE LA. GRENOUILLE.
iieiir de celui-ci parlent, en divergeant d'abord, puis en
convergeant vers la pointe, des lames musculaires ana-
stomosées enlre elles qui sont les piliers du cœur.
fsisiisisils
J^ .ni c
/ \^
Fie. 22. — Cœur de la grcnouillo vorto fixû p:ii' l'injection d'un mclangro d'alcool et
d acide osmiiine. — Ventricule fendu latcraleincnl et cliiisou des oreilletlos présentée
|i.ii- sa face latrTalo droite. Le reste de la paroi des deux oreillettes a été complète-
ment enlevé. — D, cloison des oreillettes. — v, ventricule; n, nerf cardiaque anté-
rieur; n', nerf cardiaque postérieur; a, entrée des deux nerfs dans la cloison;
s, br.inclic anastomotique des deux ni>rfs cardiaques au niveau du la base du ven-
tricule. — c, collerette; p, plateau ; rf, pointe de la collerette.
Les collerettes agissent comme les valvules mitrale
ou tricuspide. Pendant la systole du ventricule, elles se
rapprochent l'une de l'autre, arrivent en contact et
empochent le sang de refluer dans l'oreillette; elles
s'écartent pendant la systole des oreillettes, et laissent
libre l'orifice auriculo-ventriculaire.
BULBE AORTIQUE. 85
L'aorte, chez les mamiuifères, trouve, dans les
valvules sigmoïdes, l'appareil d'occlusion qui est néces-
saire pendant la diastole ventriculaire. Chez les gre-
nouilles, le bulbe aortique est très volumineux. Cette
grande capacité n'était pas indispensable pour dimi-
nuer la tension artérielle, car le cœur est relative-
ment peu énergique chez ces animaux, et les vais-
seaux sont très dilatables. Nous allons trouver la raison
d'être d'un bulbe si vaste dans la structure de son ap-
pareil valvulaire. L'incision latérale que nous avons
faite tombe juste, sur le côté droit, à côté de l'orifice
du bulbe aortique, celui-ci étant tout entier sur la face
antérieure des ventricules. En examinant cet orifice nous
apercevons, dans son intérieur, une membrane flottante
héliçoïde, allongée, adhérant par un de ses bords à la
paroi du bulbe. Dans la systole, cette soupape est pro-
jetée dans le bulbe où elle se développe à son aise,
laissant un libre cours au liquide sanguin; dans la dias-
tole, elle s'applique sur l'orifice qu'elle ferme comme
une soupape à volets.
Le cœur de la grenouille ne présente point de vais-
seaux sanguins ou lymphatiques. Il est composé de tra-
vées musculaires formant, par leur ensemble, un réticu-
lum caverneux, comme une sorte d'épongé. On conçoit
que ces travées, baignant directement dans le sang,
n'aient pas besoin de vaisseaux sanguins. Une telle
absence de vaisseaux, possible chez la grenouille,
ne le serait peut-être pas chez les animaux à coîur
double, dont chaque ventricule est séparément affecté
au sang artériel et au sang veineux.
SIXIÈME LEÇON
(-20 (Iccenibiv 1877)
Cœur sun&iiin.
Conformation intérieure du cœur delà grenouille. Description de la collerette.
Cloiwn des oreiUelles. — Son endolhélium. — Faisceaux conjonctifs qui se
terminent au niveau de sa pointe. Importance de ce fait au point de vue
de l'anatomie générale. — Transformation de l'endothélium au niveau de
la pointe de la cloison. — Caractère épilhélial que prend le revêtement
endothélial sur la collerette et sur certaines parties des travées tendineuses
qui la relient au plateau. — Discussion sur la classification des épitlié-
liums et des endothéliums.
Nerfs de la cloison des oreilleltes. — Leur communication par une branche
circulaire au niveau du sillon auriculo-ventriculaire. — Les filets nerveux
font saillie dans l'oreillette gauclie. Raison physiologique de cette dispo-
sition. — Cellules ganglionnaires situées sur le trajet des nerfs de la
cloison.
Cellttles ganglionnaires en général. — Description de la cellule ganglion-
naire des ganglions spinaux de la raie, prise comme type de cellule hipo-
lairc. — Cellules dites unipolaires des ganglions spinaux de la grenouille.
— La découverte des tubes nerveux en T montre qu'en réalité ces cellules
à un seul pôle sont bipolaires ou même multipolaires. — Fibre spirale dé-
couverte par licalc dans les ganglions du sympathique de la grenouille.
Messieurs,
Résumons notre dernière leçon.
Nous avons vu que deux troncs nerveux cheminent
isolément dans la cloison interauriculaire : le posté-
rieur se rendant directement à la partie postérieure et
médiane du bord supérieur du ventricule; l'antérieur
CONFORMATION INTÉRIEURE. 87
se dirigeant d'abord par un trajet horizontal vers le
bulbe artériel, et là s'intlécbissant à angle droit pour
gagner la paroi antérieure du ventricule.
Nous avons appris à connaître la terminaison libre,
en pointe, de la cloison interauriculaire dans la cavité
du ventricule; les deux collerettes servant de soupapes
à l'orifice auriculo-ventriculaire; les fibres rayonnées
rattachant les collerettes au plateau musculaire; enfin
les lames ventriculaires se dirigeant de ce plateau vers
la pointe du cœur; enfin nous avons étudié la valvule
héliçoïde placée à l'orifice du bulbe artériel.
Je vais revenir en peu de mots sur quelques-unes
des dispositions anatomiques que je vous ai signalées,
pour les faire mieux comprendre.
La cloison des oreillettes s'insère au niveau de l'ori-
fice auriculo-ventriculaire sur les collerettes elles-mêmes,
et pénètre dans le ventricule par un prolongement qui
se termine en pointe effilée. Les deux feuillets de l'endo-
carde qui, par leur adossement, constituent cette cloi-
son et entre lesquels sont logés les muscles 'et les nerfs,
se continuent l'un avec l'autre sur son bord libre.
Au niveau de chaque collerette, les feuillets endocar-
diques se séparent et s'étalent pour en recouvrir la sur-
face. Ce sont eux qui constituent lagaufrure de la face
interne de la collerette et le repli transparent qu'elle
présente sur son bord. En effet, examinée à une forte
loupe, la collerette présente deux parties : une superfi-
cielle, translucide, extérieurement limitée par un bord
testonné; l'autre plus profonde et opaque. On peut, sous
la loupe, soulever la collerette avec une aiguille, et l'on
88 COEUR SANGUIN DE L\ GRENOUILLE.
s'aperçoit alors que les fibres rayonuées, qui s'insèrent
sur son bord inférieur et un peu sur sa face externe,
rempôchent de se relever vers les oreillettes au delà
d'une certaine limite.
Il nous faut étudier maintenant avec (juelques détails
la structure de ces diverses parties.
Comme nous le disions tout à l'heure, la cloison inter-
auriculaire est formée par deux feuillets séreux adossés
l'un à l'autre, entre lesquels se trouvent les fibres mus-
culaires et les rameaux nerveux. Chacun d'eux possède
sa couche endolhéliale, que nous pouvons mettre en évi-
dence au moyen du nitrate d'argent, en opérant comme
il suit : Après avoir fait passer dans le cœur un courant
d'eau distillée, on aspire dans la seringue 1*2 à 15 cen-
timètres cubes d'une solution de râlrate d'argent à
1 pour 300, et l'on injecte à son tour ce réactif. Puis
on laisse sécher l'organe après l'avoir gonflé d'air, ou
bien on le fixe en le remplissant d'alcool -ou même
d'acide osmique en solution à 1 pour 100, car j'ai
observé que l'acide osmique ne porte aucun tort à
l'imprégnation. On constate alors, par l'examen mi-
croscopique, que l'endothélium de la cloison ne diffère
en rien de l'endothélium endocaidique en. général. On y
observe aussi les faisceaux connectifs, les celhiles de
Léo Gerlach qui ne sont autres que des cellules du tissu
conjonclif, les muscles que nous connaissons déjà, les
nerfs que nous étudierons plus tard.
Mais la pointe de la cloison n'est pas tout à fait
semblable au reste de la membrane. Quand la cloison
CLOISON DES OREILLETTES. " 89
a été proprement détachée el bien étalée sur la lame
de verre, cette partie paraît très allongée, quelquefois
bifurquée. Elle est dépourvue de muscles et de nerfs.
Elle présente des faisceaux de tissu conjonctif, ondu-
leux, élégants, beaucoup plus grêles en ce point que
dans les autres parties de la cloison. Ces faisceaux se
terminent au voisinage immédiat du bord libre de
la cloison. C'est là un fait très intéressant. On suppose
bien, en effet, que les faisceaux conjonctifsont un com-
mencement et une fin; mais on ne voit pas habituelle-
ment leur terminaison. Dans le tissu cellulaire sous-
cutané, il est impossible de l'apercevoir. Nous avons
vu, il est vrai, les faisceaux tendineux se perdre dans
la substance du cartilage (exemple, le point de soudure
du tendon d'Achille avec le calcanéum); mais ce n'est
pas là une terminaison véritable, car on pourrait
admettre, à la rigueur, qu'il y a en ce point fusion
de la substance conjonctive avec la substance cartilagi-
neuse. A la pointe de la cloison, au contraire, les fais-
ceaux conjonctifs se terminent bien nettement, et je
ne connais, en vérité, aucun objet plus propre à l'étude
de leur terminaison.
Un autre fait particulièrement intéressant nous est
fourni par l'endothélium. Celui-ci, partout ailleurs ré-
gulièrement aplati, est composé, à l'extrémité pointue
de la cloison, de cellules globuleuses (fig. 23). Ces cel-
lules sont grandes et claires, leur noyau est refoulé à la
périphérie : ce sont là des cellules endothéliales vascu-
laires qui sont devenues vésiculeuses et qui sont alors
comparables aux cellules de la corde dorsale, ou aux
90 COEUR SANGUIN DE l.\ GRENOUILLE.
cellules du nodule sésamoïde du tendon d'Achille de la
grenouille.
Fie. 23. — Cellules cylindriques basses de reiKlulliélium qui lovèl la coUcretle
(lu veuli'icule île la grenouille.
Un autre point mérite de fixer notre attention. Les col-
lerettes ne sont pas revelues de grandes cellules endothé-
liales plates, mais de petites cellules cylindriques basses
presque entièrement remplies par leur noyau, et dispo-
sées sur une seule couche (fig. 24).
Fie. 24. — Cellules vésiculcuscs de rondothélium qui rovèt l;i noiutu de l:i eloisou
des oreillettes de lii grenouille.
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces deux
faits relativement à la signification et à la définition des
endothéliums? Il y a longtemps que His a cherché, dans
leur origine embryologique, la raison d'être des diffé-
rentes formes présentées par les cellules de revêtement.
D'après lui, les épithéliums plats des séreuses, ou endo-
CLOISON DES OREILLETTES. 91
Ihéliunis, se formeraient dans le feuillet moyen du blasto-
derme, tandis que l'épiderme extérieur proviendrait du
feuillet externe, et que du feuillet interne naîtrait l'épi-
thélium des muqueuses. Pour ma part je n'ai jamais
adopté ces idées, et, classant les épithéliums d'après
leurs caractères objectifs, j'ai réservé le nom d'endothé-
liums pour tous les épithéliums formés d'une seule
couché de cellules aplaties, quelle que fût leur origine.
La théorie de His avait déjà reçu quelques atteintes pai'
la découverte d'îlots de cellules à cils vibratiles dans le
péritoine de la grenouille; mais on pouvait objecter que
ces points du péritoine étaienten rapport, par l'oviducte,
avecl'épithéliumde la muqueuse génitale et même avec
l'épiderme extérieur, et admettre qu'il y avait là une
sorte de greffe, ou même une modification de l'épithé-
lium par influence de l'épithélium voisin. Pareille objec-
tion ne saurait atteindre le fait que nous venons d'ob-
server : l'existence d'un épithélium cylindrique dans le
système vasculaire, loin de toute communication avec les
épithéliums provenant des feuillets interne ou' externe du
blastoderme, montre bien que la forme des épithéliums
n'est pas absolument en rapport avec leur origine
embryologique.
La partie translucide de la collerette est formée par
des fibres conjonctives raides, séparées les unes des
autres par une certaine quantité de plasma. La partie
profonde et opaque est constituée par des fibres plus
grosses et plus serrées qui semblent provenir, au moins
en majeure partie, des fibres rayonnées.
Celles-ci peuvent facilement être isolées, colorées au
92 COEUR SANGIUN DE LA GRENOUILLE.
picro-carminale d'ammoniaque, et montées en pré-
parations persistantes. Vous pourrez examiner une de
ces préparations à la fin de la leçon, et vous vous con-
vaincrez que ces fibres sont de véritables tendons, com-
parables aux cordages tendineux du cœur des mammi-
fères et de l'homme. Vous observerez en outre qu'elles
sont revêtues d'un épithélium cylindricpie bas, qui n'est
pas uniformément répandu sur toute leur surl^ice, mais
se montre de préférence sur toutes les portions saillantes
qui, pendant la systole ventriculaire, viennent se mettre
en conlact avec des parties correspondantes d'autres
fibres rayonnées. Au fond des dépressions l'épithélium
recouvre franchement le caractère endothélial.
Les fibres rayonnées prennent naissance sous l'endo-
carde du plateau lisse {p, fig. 22), et pénètrent dans la
collerette après s'être divisées et subdivisées en plusieurs
branches. Elles sont composées, sous leur endothélium,
de fibres raides, à caractère tendineux, entre lesquelles
on peut voir des cellules conjonctives.
L'épithélium des lames ventriculaires a partout l'as-
pect endothélial. Nous connaissons la structure des
faisceaux musculaires qui les composent.
Passons maintenant aux nerfs. Nous avons vu qu'ils
sont anastomosés l'un avec l'autre, non pas dans la
cloison des oreillettes, mais au niveau du sinus veineux.
Leur synergie est assurée encore par une autre anasto-
mose. En examinant attentivement un cœur de grenouille
fixé par l'injection d'un mélange d'alcool et d'acide
osniique et préparé comme je l'ai dit dans la dernière
NKRFS CARDIAQUES. 93
leçon (voy. page H^i), on voit, immédiatement au-dessus
de la collerette, un filet noir (ç, fig. 22) indiquant un nerf
à myéline, se détacher de chacun des nerfs cardiaques
et se prolonger de part et d'autre jusqu'à la section. Ces
filets étahlissent une anastomose entre les deux nerfs car-
diaques au niveau des ganglions auriculo-ventriculaires,
ou ganglions de Bidder. Pour m'assurer qu'il en est
réellement ainsi, j'ai pris un cœur fixé par l'injection
d'un mélange d'alcool et d'acide osmique,et j'ai séparé la
base du ventricule par uiîe coupe horizontale passant un
demi-millimètre environ au-dessous de l'orifice auriculo-
ventriculaire. L'examinant alors au microscope, j'ai vu,
à droite, un filet nerveux se rendre, par un trajet cir-
culaire, de l'un à l'autre des deux nerfs cardiaques.
Dans la cloison des oreillettes, les nerfs ne cheminent
pas à égale distance des deux parois, mais ils font saillie
dans l'intérieur de l'oreillette gauche. Or, c'est dans
l'oreillette droite qu'ils arrivent, accompagnant les deux
veines caves supérieures; on aurait donc pu s'attendre
à les trouver immédiatement sous l'endocarde de l'oreil-
lette droite. Tout au contraire, ils traversent l'épaisseur
de la cloison pour se porter du côté gauche. Quelle peut
être l'explication d'un pareil fait? Nous la trouverons
dans les considérations physiologiques suivantes.
L'oreillette gauche recevant des poumons du sang
oxygéné, et, d'autre pari, la cloison ne contenant pas de
vaisseaux sanguins, il est tout naturel que les nerfs
aillent chercher du côté de l'oreillette gauche des con-
ditions favorables à leur nutrition et à leur respiration.
On m'objectera peut-être que c'est là une vue téléolo-
94 COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
Clique : je suis loin de songer à me défendre d'un sem-
blable reproche. Je constate un fait, et j'en cherche une
explication plausible, sansy attacher d'ailleurs plus d'im-
portance qu'il ne convient. Quand celle-ci ne servirait
que de moyen mnémotechnique, elle serait encore utile.
Sur la cloison fixée par l'acide osmique et l'alcool,
isolée, colorée au picro-carminate d'ammoniaque et
montée dans de la glycérine additionnée d'acide formi-
que, on aperçoit aisément la membrane de Henle, propre
à chaque filet nerveux. On peut constater de plus que
cette membrane n'est pas libre au milieu du stroma de
la cloison; elle adhère au tissu conjonctif avoisinant.
Dans cette même préparation on peut vérifier des détails
de structure sur lesquels je n'insisterai pas ici, car leur
connaissance élémentaire vous est familière à tous. Ainsi
l'on voit à l'intérieur de la membrane de Henle une
couche endothéliale qui accompagne les tubes nerveux
dans leurs divisions et subdivisions, etc.
Ces nerfs contiennent les deux sortes de fibres : libres à
myéline et fibres sans myéline. Les premières abondent
surtout vers le haut de la cloison, et deviennent plus
rares en se rapprochant du ventricule. Ace niveau, beau-
coup de faisceaux nerveux n'en contiennent plus du tout.
Sur le trajet des cordons nerveux on constate, môme
à la loupe, l'existence d'un très grand nombre de cel-
lules ganglionnaires, apparentes surtout quand elles se
montrent de profil et font saillie sur les côtés du cordon.
Pour bien les étudier, il faut les examiner au micro-
scope, à des grossissements variés, de 25 à 600, à
800 diamètres, et môme plus forts encore.
CELLULES GANGLIONNAIRES. 95
Ces cellules ont l'aspect de globes réguliers, isolés
ou disposés en groupes, et formant dans ce dernier cas
de petits ganglions. Elles contiennent un gros noyau,
généralement sphérique, (juelquefois ovale; un gros
nucléole, quelquefois deux; une masse centrale, gra-
nuleuse, enveloppant le noyau; enfin une capsule dou-
blée de noyaux qui appartiennent à des cellules endo-
Ihéliales et abondent surtout au niveau du hile des
cellules ganglionnaires. Cette capsule s'observe seule-
ment sur les cellules nerveuses de la périphérie.
Dans l'intérieur d'une môme capsule on trouve quel-
quefois deux cellules pressées l'une contre l'autre et
se touchant par une face aplatie; des cellules à deux
noyaux ne se montrent que très rarement.
Avant d'aller plus loin, il me paraît indispensable de
donner ici un rapide aperçu de la constitution générale
des cellules ganglionnaires qui ne sont pas comprises
dans les centres nerveux proprement dits.
L'étude de la structure de quelques-unes de ces cel-
lules, prises chez diverses espèces animales, me per-
mettra de vous faire mieux comprendre la constitution
des cellules ganglionnaires du cœur. Je commencerai
par les cellules bipolaires des ganglions spinaux des
poissons, dont Robin (1), R. Wagner (2) et Bidder (3)
nous ont fajt connaître l'existence. J'ai choisi les gan-
(1) Ch. Robin, Premier mémoire sur la structure des ganglions nerveux
des vertébrés (Journal Vlnstitut, 3 mars 1817).
|2) R. Wagner, Structure des ganglions des nerfs rachidiens, lettre de
Wagner à Flourcns (Comptes rendus, 10 mai 18i7).
(3) Bidder, Zur Lehre von dem Verliaeltniss der Ganglienkorper <u den
Nerven(asern. Leipzig, 1847.
glions spinaux
CELLULES GANGLIONNAIRES.
de la raie pour faire une étude histolo-
gique de ces cellules.
Pour les isoler, j'ai em-
ployé la méthode des in-
jections interstitielles d'a-
cide osmique. Après avoir
découvert un ganglion
spinal chez une raie tout
à fiLiit fraîche, on injecte
dans son intérieur quel-
ques gouttes d'une solu-
tion d'acide osmique à
i pour 100. Le ganglion
enlevé est ensuite placé
dans l'eau, ou, ce qui
vaut mieux, dans du sé-
rum faiblement iodé, et
l'on en pratique la disso-
ciation. Parmi les cellu-
les, les unes n'ont pas été
atteintes par le réactif;
d'autres sont trop forte-
ment colorées. On choisit
pour l'examen celles qui,
Fie. 25.— Cellule gniiglionnairc de !.i raie tOUtCU ajaut éléfixéCS,
isolée par dlssDciïilion après fixation par , , ^
l'acide osmique. — my, gaînc rnyélinique nC SOUl paS irop nOU'CS.
do la tlhre nerveuse; ca, cvlindrc-axe ^^ , . i
qui sort de la fibre à myéline;' /•, fibrilles UU COUStatC qUC CUa-
dii cylindre-axc qui s'étalent sur le i;lobc -, 111
jfanjflionnaire; m, globe ganglionnaire; CUnO CIC CCS CCUUieS
"' ""^''"' (fig. ^25) est placée sur le
trajet d'un tube nerveux sensilif qui possède de la
EP^ GÉNÉRAL. 97
myéline. Celui-ci piéseiile des étranglements annulaires
distants de 5 à G millimètres les uns des autres; il
montre très nettement la membrane de Schwami
et. en outre, la membrane secondaire que j'ai fait
connaître (1). La gaine secondaire forme en se dilatant
la capsule externe de la cellule et la membrane de
Schwann une deuxième enveloppe. Au voisinage de la
cellule, la myéline disparaît brusquement, et le cylindre-
axe poursuit seul son trajet. Il se montre très nette-
ment strié en long et formé de fibrilles. Celles-ci s'épa-
nouissent en arrivant à la cellule, se répandent à sa
surface et forment autour d'elle une zone fibrillaire. A
Tau Ire pôle elles se réunissent pour reconstituer le
cylindre-axe. Le corps cellulaire, au-dessous de ses
enveloppes et du réseau fibrillaire nerveux qui Tentoure,
se montre sous la forme d'un globe granuleux, possé-
dant, au voisinage de la surface, un noyau spbérique
ou ovalaire.
Passons maintenant aux cellules nerveuses des gan-
glions spinaux des batraciens et des mammifères. Im-
médiatement au-dessus du point d'union des racines
antérieures et des racines postérieures de la moelle, sur
le trajet de ces dernières, se trouvent les ganglions spi-
naux. Sur une coupe longitudinale convenablement
préparée on les voit formés d'un amas de grosses cel-
lules ganglionnaires et traversés par les fibres ner-
veuses.
Ces cellules sont unipolaires, cbacune émettant un
(1) Des élramjlements annulaires et des seijmcnls inlerannulaires chez les
raies et les torpilles (Comptes rendus, i novembre I87"2i.
UANViER. — Anat. générale. I. — 7
08 CKLMU^ES GANGLIONNAIRES
seul tiilie nerveux. Tout le monde s'entend à ce sujet ;
mais on discutait encore pour savoir si ce tube prend
la direction du centre ou celle de la périphérie ;
c'est cette dernière manière de voir surtout cpii avait
cours au moment où j'ai publié un travail sur la ques-
tion (1).
Cependant les données pliysiologiijues étaient lout à
lait contraires a celte interprétation. 11 y a lonf]5tem))s, en
effet, que Waller (2), ayant sectionné les deux racines
de la deuxième paire cervicale du chat, au-dessus du
ganglion, a observé la dégénération du segment central
de la racine postérieure et du segment périphérique de
la racine antérieure. Quand la section portait au-dessous
du ganglion, la dégénération atteignait tous les tubes
nerveux dans leur partie périphéri(|ue.
J'ai répété rexpérionce de Waller chez le chien. J'ai
ouvert le canal vertébral à la région lombaire et j'ai
coupé les deux racines du premier ganglion sacré au
milieu do leur longueur. A la suite de cette opération,
j\\i obtenu une réunion par première intention. Douze
jours après, j'ai sacritié l'animal : les racines divisées
n'étaient point réunies; elles ont été placées dans une
solution d'acide osmi([ue à 1 pour 100 pendant vingt
heures et ensuite convenablement dissociées. Vous
pourrez reconnaître vous-mêmes l'exactitude de la loi
de Waller, en constatant sur les quatre préparations
(\ ) Des lubes nerveux en T et deleurx relations avec les celliUes (langlion-
nciires {(jonijiles rendus de l'Académie des sciences, 20 décembre 1875).
tij WalltT, Sur la reproduction des nerjs et sur la structure et les fonc-
tions des (langlions spinaux (.\rcliives île Millier, 1852, p. 392).
EN GliNl^RAL. 09
soumises à votre examen que le segment central de la
racine sensitive et le segment périphérique de la
racine motrice sont dégénérés, tandis que le segment
périphérique de la racine sensitive et le segment cen-
tral de la racine motrice sont formés de tubes nerveux
parfaitemen t nor mau x .
De ces expériences on devait conclure que les cel-
lules ganglionnaires avaient une action trophique sur
les fibres nerveuses sensitives, aussi bien centrales que
périphériques, et que par conséquent les tubes nerveux
qui traversent les ganglions spinaux reçoivent tous l'in-
tluence trophique des cellules nerveuses que contiennent
ces derniers et doivent tous être en rapport avec elles.
Le fait était facile à vérifier. Il suffisait pour cela de
dissocier un ganglion après en avoir fixé les éléments
par une injection interstitielle d'acide osmique. A l'aide
de cette méthode j'ai pu constater que le tube nerveux
qui se dégage d'une cellule nerveuse vient s'anastomoser
avec un tube nerveux sensilif au niveau d'uu étrangle-
ment annulaire, en formant avec lui ce que j'ai désigné
sous le nom de tube nerveux en T.
Que résuUe-t-il de cette disposition anatoraique bien
établie? C'est qu'il n'y a plus lieu de discuter sur les
cellules unipolaires, bipolaires ou multipolaires ; car
la cellule ganglionnaire que nous venons d'étudier n'esi
plus unipolaire comme elle le paraissait d'abord, mais
elle est bien bipolaire. Du reste, peu importe, si l'on
admet avec Kemak que le cylindre-axe est formé d'un
faisceau de fibrilles.
Dans le système sympathique, chez les mammifères,
iOO CELLULES GANGLTONNAIRES.
les cellules ganglionnaires sont multipolaires, comme
l'ont démontré Remak et ses successeurs. Elles se rap-
prochent par ce caractère des cellules du centre céré-
bro-spinal. C'est un fait important au point de vue de
l'anatomie générale, sur lequel je n'insisterai pas pour
le moment.
Ces cellules présentent souvent dans leur struc-
ture des particularités intéressantes : ainsi, comme
Schwalbe (I), j'ai vu les cellules ganglionnaires sympa-
thiques du lapin munies de deux noyaux.
Chez la grenouille nous trouvons une structure bien
plus singulière que Beale (^2) nous a fait connaître. Il
l'avait observée par la dissociation du sympathique de
la grenouille, après macération dans son carmin à la
glycérine, et il en a donné une série de figures. Sous la
capsule, il représente la masse cellulaire munie d'un
gros noyau et en rapport avec une fibre nerveuse; autour
de cette fibre s'en enroule une autre plus grêle, dont les
tours deviennent plus serrés à mesure qu'ils se rappro-
chent de la cellule, dans la masse de laquelle elle se
perd à son tour. Cette cellule a donc aussi deux prolon-
gements, un rectiligne, un autre spiral; c'est une cel-
lule bipolaire, avec ce caractère spécial que les deux
fibres qui naissent d'elle ne sont pas semblables l'une à
Taulre.
Cette observation fut difficilement acceptée et on la
(1) Scliwalbe, Ueber den Dau der Spinal ganglien, nebst Bemerkinujen ùber
die sijmpathischcn Ganglienzellen {Arck. fur microsc. Anal., 18(38, p. iôj.
(2) Bcalc, 0)1 tlie slruclur of Iheso-calledapolar, iinipolar and muUipolar
(jamjUon-cell.'i of llui fro'j [Philosophical Iransaclioas, 1863, p. 153;.
J
FIBRES SPIRALES. 101
discuta jusqu'à ce que Julius Arnold (1) vint la confir-
mer, et même la compromettre en soutenant que la
fibre rectiligne se termine directement dans le nucléole,
tandis que la fibre spirale se divise pour donner un
certain nombre de branches qui pénètrent dans la masse
cellulaire et vienncut se terminer également au nucléole.
Voici les figures de Beale et d'Arnold. Je ne discuterai
pas aujourd'hui les opinions de ces auteurs; il me suffît
pour le moment de vous avoir signalé l'existence des
fibres spirales.
Deux questions se posent à ce sujet. La fibre spirale
exisle-t-elle dans toutes les cellules ganglionnaires du
sympathique de la grenouille? ces cellules sont-elles les
seules à la posséder?
Tout ce que je puis affirmer relativement à la seconde
question, c'est que cette structure n'existe pas dans
les cellules ganglionnaires spinales de la grenouille ; et
quant à l'autre point en litige, je puis dire : Dans le
sympathique on trouve partout des cellules ganglionnai-
res bien nettement munies de la fibre spirale. Souvent
aussion rencontre d'autres cellules où cette fibre n'est pas
aussi facile à reconnaître avec les méthodes dont nous
disposons aujoui'd'hui. En somme, il nous est impossible
d'apporter une preuve convaincante que la fibre spirale
existe dans toutes les cellules de ce système.
Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de la science, je
suis porté à croire que, chez la grenouille, toute cellule
(1) J. Arnold, Ueher die feineren histologischen Verhaeltnlsse iler Gan-
ghenzellen in dem Sumpathicus des Frosches (Arcli. de Virchoiu, XXXU,
18G5, p. 1).
lO-j FIBRES SPIRALES.
nerveuse qui possède une fibre spirale appartient au
granil sympathique. Il serait donc possible de déter-
miner la nature des cellules 2fanglionnaires du cœur de
cet animal, et de voir si elles appai'tieunent au système
cérébro-spinal, au système sympathique, ou aux deux
sYstèmes à la Ibis.
i
SEPTIÈME LEÇON
(8 jiiHvicr 1878 I
Cœiii- <«aii$îiiin.
ÉTUDE DES CELLULES GANGLIONNAIRES. — Régions OÙ 011 les rencontre. —
Étalement des branches du filet nerveux sur la cloison des oreillettes.
Écartenient des cellules qui y sont appcndues par des pédicules. — litilité
de cette disposition pour la nutrition et l'oxygénation des éléments ner-
veux. — Vaisseaux sanguins destinés à la nutrition des cellules nerveuses
du sinus.
Ganglions auriculo-ventriculaires, ou ganglions de IJidder. — Leur situation.
— Méthode pour les isoler. — Ils sont composés de plusieurs renflements plus
ou moins séparés, dans lesquels les fibres sont entremêlées aux cellules.
Structure des cellules nerveuses du cœur. — Il n'existe pas de cellules apo-
laires. — Cause probable de l'erreur de Kolliker sur ce point. — Discus-
sion entre Kolliker ot Beale sur le rapport de ces cellules avec le nerf
pneumogastrique ou avec le sympathique. — Existence de cellules à fibres
spirales dans le ganglion supérieur du pneumogastrique de la grenouille.
— Rôle probable de la fibre droite et de la fibre spirale. — Étude de la
structure intime de la cellule ganglionnaire du cœur au moyen du
chlorure d'or. — Modifications du procédé à employer. — Comparaison de
la cellule ganglionnaire du cœur avec la cellule bipolaire de la raie.
Messieurs,
Nous avons étudié dans la dernière leçon la structure
des cellules ganglionnaires en général, et nous avons
admis que très probablement la fibre spirale est, chez
la grenouille, caractéristique des cellules du système
sympathique. Munis de ces notions, revenons mainte-
loi COEUR SANGllN DE L\ GRENOUILLE.
nanl à l'éliule des cellules ganglionnaires du cœur.
Nous avons à les examiner dans la cloison interauri-
culaire, dans le sinus veineux et dans les ganglions de
Bidder. Elles ne se montrent nulle part en dehors de
ces points, ni dans l'oreillette ni dans le ventricule.
Aucun auteur, du moins, n'en a rencontré ailleurs, et
je n'ai pas été plus heureux moi-même.
Dans la cloison, ces cellules existent sur toutes les
ramifications du nerf cardiaque, môme sur les plus fines.
A ce propos, je dois vous faire connaître une disposi-
tion fort intéressante que présente le nerf antérieur et
qui paraît destinée à faciliter la respiration et la nutri-
tion des éléments nerveux. C'est chez Rana esculenta
que je l'ai observée. Ainsi que nous l'avons déjà remar-
qué, les nerfs cardiaques sont situés sous Tendocarde
et font saillie dans l'intérieur de l'oreillette gauche; ils
sont ainsi en rapport avec le sang artériel. A cette obser-
vation, il faut ajouter que ces nerfs, l'antérieur princi-
palement, s'étalent dans leur trajet, comme pour pré-
senter une plus grande surface à Taclion revivifiante du
sang oxygéné. Si nous examinons particulièrement le
nerfantéiieur (fig. 26), nous voyons, vers le haut de la
cloison, s'en détacher' un nombre variable de branches
qui souvent s'anastomosent entre elles et avec le tronc
principal , de manière à former une sorte de plexus
réliforme. Durant ce trajet, des filets nerveux sont
envoyés à l'oreillette et à la cloison. Les cellules ner-
veuses sont annexées aussi bien à la branche principale
et à sesramilications qu'au tronc nerveux lui-môme. On
comprend qu'ainsi écartées les unes des autres elles ne
CELLULES GANGLIONNAIRES 105
se nuisent pas réciproqucmenl: tant au point de vue de
,i\. KmMMSKI
FiG. 20. — Portion du nerf anlérioiir tic la cloisuii ilcs oroilloUes. — m, tubes ner-
veux à myéline ; /", fiijrcs ^iis myéline ; c, cellules ganglionnaires; R, petit gan-
glion situé au conilucnt de trois branches nerveuses. (Celte portion correspond à la
piirtidu a h du nerf antérieur i-eprési^nté fig. 21.)
leur nutrition qu'à celui de leur respiration. C'est évi-
100 COEIR SAN(aUN DK LA (rRENOUILLE.
deniment dans le même biil que les cellules ganglion-
naires se trouvent, à l'extérieur des nerfs, disposées soit
en petits groupes proéminents, soit isolées et formant
alors de petits ganglions nnicellulaires; et aussi (ju'elles
sont d'ordinaire appendues à l'aide d'un pédicule assez
long.
A l'appui de cette interprétation, voyons ce qui se
passe dans le sinus veineux qui, comme l'oreillette droite,
ne contient que du sang noir. Là, les cellules n'ont plus
iiC.M ■ A.«ASMWiKI
FiG, 27. — Nerf rai'diaqiio pnstérieiir sur )o sinus vcinoiix. Le groupe île fi'llnlrs
gniijjlioiiiiaiics np|ic'iiilii('s aux nerfs possède un r('S(Mii capillaire sanguin. — c, i rl-
liiles gaML;liiirniaires ; n, nerf; î', vais>i>,-nix sanguins. •
aucun avantage à se trouver immédiatement sous la
.séreuse vasculaire ; aussi sont-elles logées dans l'épaisseur
de la paroi; mais, en revanche, celle-ci est parcourue
par un réseau vasculaire dans les mailles duquel sont
comprises les cellules nerveuses (fig. ^7) ,
Ainsi, deux procédés bien difféi'cnts assurent égale-
ment la nutrition des éléments nerveux dans le sinus et
dans la cloison interauriculaire. Il est intéressant d'exa-
riANGFJONS DE-: fUDDER. i07
miner quelle disposition anatomique amène le même
résultat dans les ganglions de Bidder.
On peut obtenir, sur la structure de ces ganglions,
quelques notions très vagues par le simple examen à
l'œil nu ou à la loupe. Les tubes à myéline disparaissent
brusquement à leur niveau; leur situation est indiquée,
sur les préparations à l'acide osmique, par la brusque
cessation de la coloration noire du nerf cardiaque et
aussi par une petite éniinence qui se montre juste en
ce point et forme le ganglion lui-môme. Mais il ne
faudrait pas prendre la collerette pour le ganglion.
Celui-ci se trouve juste au sommet de la collerette, c'est-
îWlire au point où elle vient se relier à la paroi ventri-
culaire. Il est situé immédiatement sous l'endocarde et
ne fait qu'une très médiocre saillie dans le ventricule. Il
ne contient pas de vaisseaux sanguins.
Pour bien reconnaître sa structure, il est indispen-
sable de l'isoler. Dansée but, après avoir injecté avec un
mélange d'acide osmique et d'alcool le cœur d'une gre-
nouille, on ouvre l'oreillette, etl'on détache la cloison, en
emportant avec elle le nerf cardiaque, la collerette et le
ganglion. Puis, avec de très fins ciseaux, et en y met-
tant le tenq3S nécessaire, on arrive à séparer, d'une
façon suffisante, le ganglion des tissus qui l'englobent.
Vous verrez tout à l'heure une de ces préparations
(fig. 28).
Le nerf cardiaque postérieur est plus volumineux que
l'antérieur, et la môme différence s'observe entre les
ganglions correspondants. Ceux-ci ne présentent pas
d'ailleurs exactement la môme disposition ; mais une
108
COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
parliciilarité leur est comnuine : les nerfs s'ajiUitissont
el s'élalenl à leur niveau.
Fie. 28. — Ganglion anricuIo-venUiciil.iiiP |)osl(;iiPnr de h gtonouilli; veilc (/?.
fsculenla). — r, r', r", les trois pelils ganglions qui coniposiut la nn^so ganglion-
naire |iiinii|ialc ; 11, nerf anasloinoliqne ( nlre li s di ii\ if.uiglioiis de liidder ; t, tubes
nerveux à rnyi'line ; f, libres nervensrs vall^ niji luic , (, idiules ganglionnaires.
Le nerf postérieur, usa terminaison, se divise gêné-
GANGLIONS DE BIDDER. 109
ralement en deux ou trois branches qui se renflent et
deviennent fusifornies, constituant chacune un ganglion
plus ou moins indépendant des autres. Ou reconnaît
aisément que les tubes nerveux à myéline pénètrent
dans les ganglions et y forment un lacis très compliqué;
mais ils deviennent très rares au delà et Ton n'en voit
plus qu'un nombre restreint dans la masse ganglionnaire
proprement dite. Quant aux fibres sans myéline, elles
se divisent et se subdivisent au sortir du ganglion,
pour pénétrer dans l'épaisseur des parois du ventricule.
Le nerf cardiaque antérieur, ])lus grêle, ne contient
souvent ([u'une seule intumescence et se termine,
comme l'autre, par un pinceau de fibres. sans myéline
qui vont iunerver le ventricule.
Dans leur structure intime, les ganglions de Bidder
diffèrent notablement des amas ganglionnaires situés en
tout autre point du trajet des nerfs cardiaques. Nous
avons vu qu'ailleurs les cellules sont placées tout à fait en
dehors du filet nerveux ; ici la plupart sont mélangées
aux fibres nerveuses qui forment autour d'elles un
plexus compliqué. Nous aurons à revenir sur cette dis-
position.
En résumé, chacun des deux nerfs cardiaques peut
être comparé, dans son ensemble, à une plante grim-
pante à racine bulbeuse. I.e bulbe est représenté par le
ganglion de Bidder; les racines et les radicelles par les
fibres sans myéline plongeant dans le myocarde. Le nerf
avec ses rameaux figure la tige et les branches et porte,
élégamment appendues, les cellules nerveuses sem-
blables à des fruits.
110 COEUR SANGUIN Dli l.\ (.RENOUILLlî.
Entrons maintenant dans les détails de la strncture
des cellules nerveuses. Et d'abord nous avons à nous
poser cetlo question : Les cellules du sinus, de la cloison
et des ganglions de Bidder sont-elles toutes de la même
espèce?
L'opinion la plus ancienne à ce sujet est celle qu'a
formulée Kolliker dans son Traité il cmatomie rnkrosco-
P'kjiw. D'après cet auteur, toutes les cellules nerveuses
du cœur appartiennent au système du grand sympa-
thique; elles n'ont aucune relation avec le nerf pneu-
mogastricpie; de plus, elles ne sont jamais multi-
polaires, mais toujours unipolaires, ou même apo-
laires.
En 1863, Beale (l) agite incidemment cette ques-
tion. Il s'élève contre l'opimon de Kolliker : d'après
lui, il n'existe pas dans le cœur de cellules apolaires
ni même de cellules unipolaires; toutes seraient bipo-
laires ou multipolaires. Je suis ici de l'avis de Beale, et
je crois que Kolliker a été trompé par des préparations
insuffisantes. Voici, en effet, une cause d'erreur contre
laquelle je dois vous prémunir. La cellule est souvent
assez distante de la fibre avec la(iuelle elle est eu rap-
port; il se peut alors que la fibre de communication,
infléchie au- dessous de la cellule, soit masquée par elle.
Elle existe néanmoins, et, en prenant des précau-
tions suffisantes, il est possible de la retrouver. Je n'ai
jamais vu, pour ma part, de cebule apolaire dans la
cloison.
(I) Loco cïlalo.
NATURK DKS CELLULES GANGLIONNAIRKS. 111
Bealo ajoute que toutes les cellules du cœur sont
multipolaires, i)uis(iue, indépendamment de leur fibre
droite, elles possèdent encore une ou môme plusieurs
fd)res spirales qui les lient à l'appareil nerveux.
Quant aux rapports de ces cellules avec les nerfs,
Beale demande sur quelles expériences s'est fondé
Kolliker pour affirmer qu'elles sont en rapport avec
le système sympathique, et avec lui seulement. La
remarque est judicieuse. Kolliker, en effet, ne fournit
aucune preuve à l'appui de son affirmation.
Kolliker a répondu ù Beale dans les éditions succes-
sives de son traité d'histologie. Voici ce que nous lisons
à ce sujet dans la deuxième édition française de cet
ouvrage : « ... Les fibres du pneumogastrique et les
fibres ganglionnaires du cœur se rendent certainement
au tissu du cœur d'une manière indépendante les unes
des autres; la physiologie devra donc rejeter complète-
ment toutes les théories qui assignent aux fibres du
pneumogastrique une influence directe sur les ganglions
du cœur. Ces données, ((ui datent de l'année 18(3^, ont
été attaquées un an plus tard par Beale. Quant au lait le
plus imf)ortant, c'est-à-dire l'absence de connexion
entre les fibres du pneumogastrique et les cellules
ganglionnaires, Beale ne produit aucune observation
directe, mais seulement des présomptions auxquelles
personne ne donnera de poids. 11 nie que les cellules
ganglionnaires du cœur soient unipolaires; mais, en le
faisant, il a seulement en vue ce fait que, sur ces cellules,
on trouve les fibres spirales mentionnées plus haut, fibres
dont l'interprétation, comme nous l'avons vu, n'est rien
\\^2 COEUR SANGUIN DE LA GRENOUILLE.
moins que certaine, et dont jusqu'ici Beulo, non plus
que tout autre, n'a démonlré la nature nerveuse (1). »
La balle paraît bien renvoyée. Relournanl contre son
adversaire les arguments dont ce dernier s'est servi
contre lui, l'auteur allaqué reprend vivement Toflensive.
Mais une pareille joute, peut-être à sa place au Palais,
est déplacée, sinon préjudiciable, dans le domaine de
la science. Allons au fond des choses.
Beale a constaté les rapports de la cellule nerveuse
avec les nerfs et avec les fibres spirales; il ne prétend
nullement avoir vu les rapports avec l'un ou l'autre des
deux systèmes nerveux. Il a donc pu à bon droit criti-
quer KoUiker d'avoir affirmé, sans preuves à l'appui, les
connexions de cette cellule avec le sympathique seul,
et n'a pas lui-môme prêté le flanc à pareil reproche.
D'ailleurs, la manière de voir de Kôlliker n'est pas
seulement hypothétique; elle est même contraire à
l'expérience, puis(|ue l'excitation électrique du pneumo-
gastrique arrête les pulsations du cœur.
Kôlliker ajoute que personne n'a démontré la nature
nerveuse de la fibre spirale. Nous allons tout à l'heure
répondre à celte allégation, quand elle se présentera à
son tour; car, pour en finir avec cette discussion, nous
allons nous poser tout de suite les différentes questions
qui s'y rattachent.
i° Existe-t-il des cellules apolaires? — Sur de bonnes
préparations on n'en voit aucune. Il me semble d'ailleurs
qu'il suffit d'avoir examiné soigneusement deux ou trois
(I; Kollilvcr, Hléiiienls d'kidolo(jie, t édil. fiaiir , p. 711).
FIBRES SPIRALES. 1 KJ
cloisons des oreillettes, sans en avoir découvert une
seule, pour avoir le droit de conclure que de semblables
cellules n'existent pas dans l'état physiologique.
2° La fibre spirale, décrite par Beale, existe-t-ellc
en réalité dans les cellules nerveuses du cœur de la gre-
nouille? — Vous avez vu des préparations où elle appa-
raît de la manière la plus évidente.
8' La fibre spirale est- elle de nature nerveuse? —
Sous l'action du chlorure d'or, la fibre spirale se co-
lore en violet, exactement comme la fibre dioite : c'est
là une observation que je ne trouve consignée dans au-
cun des travaux dont j'ai pris connaissance; mais vous
pouvez la vérifier aisément. La fibre spirale est donc
nerveuse, tout comme la fibre droite, dont personne ne
conteste la nature.
4" Quelles sont les connexions de ces deux fibres avec
les systèmes nerveux? Sont-elles rattachées, l'une au
système central, l'autre au sympathique? ou communi-
quent-elles toutes les deux avec le même système? et
alors, avec lequel? — Il est impossible, dans l'état
actuel de la science, de donner à ces questions une
réponse satisfaisante.
5" Nous savons que l'on trouve partout, dans le sys-
tème sympathique, des cellules à fibres spirales, et nous
avons admis que toutes les cellules de ce système ont la
même forme. Mais peut-on admettre aussi que cette
forme est spéciale au système sympathique?
Pour répondre à cette question, il faut étudier les cel-
lules des différents nerfs. J'ai examiné les ganglions du
pneumogastrique à sa sortie du crâne. Là, les cellules
UA.\vii;u. — Anat. générale. 8
%
::ri^L_?^
'J14 ClîLLULES GANGLIONNAIRES. .
sont peu nombreuses. Souvent, vers l'extrémité du gan-
glion, il s'en présente une seule, entre les fibres qui se
laissent facilement séparer. Aussi celte région convieut-
.' -, elle narticulièrement à nos
/0' À „ recherches. Eh bien! ces
cellules montrent très net-
tement des fibres spirales.
Vous verrez, à la fin de la
leçon, une préparation du
ganglion supérieur du
pneumogastrique de Bana
esmlcnta (fig. 29); vous
reconnaîtrez aisément la
capsule de la cellule, son
noyau très net, son corps
bien limité, sa fibre droite,
et enfin sa fibre spirale
dont les tours se serrent à
mesure qn'elle s'avance
sur le globe ganglionnaire,
de façon à lui constituer
une sorte de cupule emboî-
tante; en un mot, tous les
détails de structure que je
vous décrirai tout à l'heure,
et que je mentionne sim-
plement ici.
On peut objecter, il est vrai, que ces cellules appar-
tiennent aussi au s',inpathi([ue, qu'elles se trouvent là
comme égarées et amenées par les fibres de ce sys-
I''IC. 2i). — Ci'llulc gaiiLjlioniKiii'c ilii [uiiui-
iiiog;i>triiiiio di'la grciiouilli; (aciiic osiiii-
quc, |iicrocariiiiiiatc d'animoiiiaqiic, gly-
cérine). — a, globe gaiiglioiiiiairc ; n,
noyau ; r, iiucliiolc ; d, noyaux du la cap-
stilc; f, libre droite; 3, gaine de llenlc ;
sp. libre spirale; g\ sa gaine; h', rinyaii
de la gaine de lleide.
riBRliS Sl'lUALliS. . 115
tème mélangées avtîc les fibres du pneumogastrique.
C'est possible, et Thistologie est impuissante à prouver
qu'il n'en est pas ainsi.
(yest, je crois, à l'expérimentation physiologique, à la
méthode de Waller peut-ôlro, ({u'il faudrait demander
la solution de ce nouveau problème. En tout cas il y
aurait là un sujet de recherches intéressantes que je
signale à votre attention.
Quoic^u'il en soit, on n'est pas fondé, pour le moment,
à prétendre que la fibre spirale est caractéristique de la
cellule nerveuse synq)athique.
Maintenant que nous avons épuisé ces questions inci-
dentes relatives aux connexions des cellules nerveuses du
cœur et à la diversité d'aspect qu'elles présentent sui-
vant les régions où elles se trouvent, nous pouvons a[)-
profondir l'étude de ces cellules dans leur forme type, la
seule d'ailleurs qu'il nous soit loisible d'examiner d'une
façon assez complète, la cellule à fibre spirale. C'est
sur les rameaux des nerfs de la cloison qu'il convient
de prendre les objets d'observation.
Je dois vous avouer d'abord qu'il m'a paru impossible
de reconnaître exactement les rapports des fibres droites
ou des fibres spirales avec les nerfs du cœur. J'ai
renoncé, dans ce cas, à l'emploi des méthodes de disso-
ciation, qui exigent de grands efforts et n'aboutissent à
aucun résultat. Jusqu'à ce qu'une méthode nouvelle^
convenable, ait été découverte, nous ne pouvons guère
espérer d'acquérir des notions positives à ce sujet.
En attendant, voici l'hypothèse ([ue j'admets. La fibre
droite relie la cellule ganglionnaire aux fibres du
In). CELLt'LUS GANGLIONNAIRES.
•pneumoîçasirique, et leur union se fait probablement par
une disposition analogue à celle que j'ai décrite dans les
ganglions postérieurs de la moelle et que j'ai nommée
disposition en T (1).
Ce mode d'union de la fibre droite avec un tube ner-
veux est très vraisemblable, puisque cette fibre n'est
autre chose qu'un cylindre-axe revêtu d'une gaîne de
Schvann. Quant à la fibre spirale, nous savons qu'elle
accompagne sur une certaine longueur la fibre droite;
elle émet ensuite plusieurs ramifications, comme Beale
l'avait vu, et celles-ci peuvent revenir au tronc nerveux
ou se rendre à des troncs voisins. D'après cela, je serais
])orlé à penser que les fibres spirales servent à mettre les
différentes cel biles nerveuses en communication les unes
avec les autres. D'ailleurs, je compte m'étendre davan-
tage sur ce sujet (juand je m'occuperai des cellules
ganglionnaires eu général.
La connaissance précise de ces connexions étant de la
plus haute importance au point de vue de la physiologie
ducœur, j'ai travaillé sans relâche à les découvrir, tant
sur les cellules ganglionnaires du cœur de la grenouille
que sur les cellules sympathiques du môme animal. Ces
recherches n'ont pas été couronnées de tout le succès que
j'aurais désiré, mais elles m'ont permis d'observer quel-
ques faits que je vais vous exposer.
Le chloi'ure d'or est un des meilleurs réactifs que
nous connaissions pour l'étude des éléments nerveux . Or,
son métal se fixe d'autant plus facilement sur les tissus,
(I; Loc cil.
FIBRES SPIRALES. 117
OU, eu termes techuiques, sou élection est d'autant plus
prononcée que le sel est dans un état moléculaire plus
instable. On se mettrait donc dans les conditions les
plus favorables si l'on savait appliquer celui-ci juste au
moment où il va se décomposer. C'est là un problème
qui me préoccupe depuis longtemps, mais dont je n'ai
pas encore trouvé une solution tout à fait satisfaisante.
Généralement, on réduit l'or du chlorure, sur la pré-
paration, à l'aide de l'aciJe acétique ; mais dans ce cas
la réaction est incertaine. Lôwil a remplacé l'acide acé-
tique par l'acide formique, réactif que j'avais introduit
dans les laboratoires d'histologie pour la conservation des
préparations colorées par le carmin. L'acide formique,
en effet, convient mieux que l'acide acétique ; mais si
l'on veut obtenir de bonnes préparations des cellules
ganglionnaires du cœur de la grenouille, il est néces-
saire de modifier la méthode de Lôwit. On prépare d'a-
vance un mélange de chlorure d'or et d'acide formique,
on le fait bouillir, et on le laisse refrpidir avant de
l'employer. L'or se trouve alors dans un état d'insta-
bilité très grande. Les proportions convenables sont
une partie d'acide formique pour quatre parties d'une
solution de chlorure d'or à 2 pour 100. Tous les autres
vaisseaux étant liés, ou injecte par une des aortes dans
le cœur 1 ou !2 centimètres cubes de ce mélans-e, et
l'organe entier est plongé ensuite dans la môme solu-
tion pendant une heure; on ouvre alors les oreillettes,
on lave à l'eau distillée, puis on expose à la lumière
pour obtenir la réduction de l'or. Celle-ci met dix,
douze, et même vingt-quatre heures à se produire.
118 CELLULES GANGLIONNAIRES.
Lorsqu'elle est suffisante, la cloison interauriculaire est
détachée sous l'eau au moyen de ciseaux fins, et montée
en préparation dans la glycérine simple ou additionnée
d'acide tbrmique.
Si celte méthode avait un succès constant, elle mar-
querait assurément un grand progrès de la technique
histologique. Malheureusement il n'en est pas ainsi,
et la préparation est souvent manquée sans que l'on
sache pourquoi.
Quand on a ohtenu une imprégnation, si faible qu'elle
soit, il suffit de replacer la préparation dans le chlorure
d'or pour voir se produire rapidement, en (juelques
minutes, un renforcement delà coloration. Il se fait une
réduction de l'or sur l'or déjà réduit, de la même façon
que l'or se dépose sur l'argent, dans l'opération du
virage pratiquée par les photographes.
Sur des préparations dues à ce procédé, on peut con-
stater ce que je vous ai déjà dit par anticipation, à
savoir que, dans toutes les cellules ganglionnaires du
cœur de la grenouille, le globe, la fibre droite et la
fibre spirale sont semblablemenl colorés. Toutes ces
parties sont donc de môme nature, et la fibre spirale est
nerveuse tout comme la fibre droite et le- corps de la
cellule. On voit, en outre, la fibre spirale serrer de plus
en plus ses tours à mesure qu'elle avance sur le globe
ganglionnaire, et se perdre finalement dans une sub-
stance enveloppant celui-ci. Quant au noyau de la cel-
lule nerveuse, il n'est pas coloré par l'or, et il occupe,
non pas le centre du globe ganglionnaire, mais l'un de
ses pôles.
FIBRIiS SPIRALES. MO
Il est bon de rappeler ici, comme point de compa-
raison, la structure des cellules bipolaires de la raie.
Leur portion centrale est aussi globuleuse, et munie
d'un noyau périphérique et non central comme on le
croyait généralement. Autour d'elle est une couche
concentrique, tibro-nerveuse, laquelle est constituée par
l'épanouissement du cylindre-axe. On voit quelle ana-
logie existe entre ces cellules de la raie et les cellules
à fdires spirales de la grenouille. Toutes deux se com-
posent de deux parties, une centrale, granuleuse, etu-ie
périphérique, fibrillaire. Mais, tandis que, chez la raie,
les deux fdjres naissant d'une cellule prennent leur ori-
gine dans la portion extérieure ; chez la grenouille, la
Hbre droite naît du globe central, et la fdjre spirale de
l'écorce fibreuse.
Cet empelotonnement de la fibre spirale a pour ré-
sultat d'augmenter considérablement les surlaces mises
en présence; et je ne puis m'empêcher de rapprocher
celte structure de la disposition analogue présentée par
nos appareils d'induction et nos galvanomètres. Un jour,
j'espère, nous en comprendrons la signification, (jui
nous échappe encore.
IIUITÏI^IE LEÇON
( m jiiiivicT iSTSi)
Cœur Nansuin.
fltiidc des cellules ganglionnaires. — Leur déformation à la suite de rem-
ploi de certains réactifs. — Texture des ganglions de lîidder.
Résumé de l'appareil nerveux du cœur.
Elude physiologique experimenlale île l'appareil neri'eux du cœur. — llislo-
rique.— Stannius (1852); Didder (1852); Heidenliain (1858); Ludwig, de
lîezold (I8.'')8); Goltz (1801); Bidder (1866); Stciner (187i).
Résumé des opinions principales sur le mode d'action de l'appareil nerveux
du cœur.
Mkssieurs,
Je vous disais qu'à l'aitle des préparations au chlo-
rure d'or on peut reconnaître, dans la cellule ganglion-
naire nerveuse du cœur de la grenouille, et aussi dans
les cellules appartenant à d'autres ganglions du système
sympathique, un globe central granuleux muni d'un
noyau et entouré d'une écorce iibro-nerveuse; j'ajou-
tais que la fibre droite paraît être en communication
avec le globe central, et la fibre spirale se continuer
avec les filaments enroulés de l'écorce.
J« dois ici vous prémunir contre une cause d'erreur
qui se présente fréquemment dans ces recherches. Sous
l'influence des réactifs avi<les d'eau, le protoplasma se
GANGLIONS DE BIDDER. 121
rétracte fortement : on voit alors sur son pourtour une
série de prolongements granuleux qui le rattachent à
son enveloppe. Ces prolongements limitent entre eux
des espaces arrondis cl moins réfringents, puisqu'ils
apparaissent brillants quand on rapproche l'objectif, et
obscurs quand on l'éloigné. Ce sont là des vacuoles,
dont on peut aisément, à l'aide de la vis micrométrique,
déterminer tous les contours. Plusieurs auteurs cepen-
dant ont été trompés par cette apparence, et ont figuré
comme normale cette disposition artificielle. Julius
Arnold et P. Langerhans, entre autres, ont pris ces
filaments pour des prolongements du cylindre-axe.
Pour remplir le cadre que j'avais tracé à ma der-
nière leçon, il ne me reste plus à vous parler que des
ganglions de Bidder.
En examinant des préparations dans lesquelles ces
ganglions étaient isolés, et leur connexion avec les nerfs
cardiaques qu'ils terminent ayant été respectée, vous
avez pu reconnaître que le nerf antérieur aboutit à un
seul renflement volumineux, tandis que le postérieur
possède plusieurs renflements digilés. Ici se présente
une disposition qui n'a pas été signalée encore et qui
ne manque pas d'importance. Outre les cellules ner-
veuses à fibres spirales qui sont appendues à leur pour-
tour, comme elles le sont sur le trajet des nerfs inter-
auriculaires, ces ganglions présentent dans leur intérieur,
au milieu môme des fibres nerveuses, d'autres cellules
différentes des premières et d'une étude très difficile.
En effet, les fibres ne conservent plus dans les ren-
flements un trajet parallèle; elles s'entre-croisent dans
1^2^2 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
tous les sens, peut-i^tre même s'anastomosent-elles entre
elles; aussi, quand on les écarte pour isoler les cellules,
le plus souvent on déchire celles-ci. J'avoue qu'il m'est
absolument impossible de dire si ces cellules possèdent
ou non des fibres spirales. Je crois qu'elles n'en ont pas,
mais je n'en suis pas absolument sûr. De nouvelles et
très difficiles recherches seraient nécessaires pour élu-
cider la question. Quoi qu'il en soit, il résulte de ce qui
précède qu'au moins dans leurs rapports avec les fibres
nerveuses les cellules centrales des g-anglions de Bidder
diffèrent des autres cellules nerveuses du cœur.
En résumé, l'appareil ganglionnaire du cœur de la
grenouille est réparti dans le sinus veineux, dans la
cloison interauricuiaire et dans les ganglions de Bidder;
on n'en trouve pas trace ailleurs.
Toutes les cellules du sinus sont à fibres spirales, ainsi
qu'il est facile de s'en assurer grâce à une disposition
spéciale qui en favoiise l'observation. Vous avez pu les
voir, en effet, distantes des nerfs et séparées d'eux par
des vaisseaux capillaires (fig. 27).
Dans la cloison, la plupart des cellules sont aussi
extérieures aux nerfs, elles sont à fibres spirales; mais
il y en a d'autres, en petit nombre, dans l'intérieur des
faisceaux nerveux, et je ne puis me prononcer absolu-
ment sur la constitution de celles-ci. Je crois néan-
moins que la fibre spirale leur manque.
Dans les ganglions de Bidder (voy. fig. "âS), la plupart
des cellules sont intercalées aux fibres nerveuses; on
n'en trouve qu'un très petit nombre autour des nerfs.
C'est, on le voit, la disposition inverse de celle qui se
PIlYSIOLOr.lK. '123
présente dans la cloison. Toutes, d'ailleurs, quoique
paraissant très simples au premier examen, possèdent
en réalité une structure très complexe. Elles ont pro-
bablement des relations entre elles et avec les difft'n'cnts
tubes nerveux; mais quelles sont au juste ces relations?
Les notions que nous possédons à ce sujet sont encore
bien insuffisantes.
Tel est, sur ce point, l'état actuel de la science; et il
me paraît très difficile d'aller plus loin, avec les mé-
thodes que nous avons à notre disposition.
Nous aurons donc recours à d'autres procédés. Nous
interrogerons la nature à l'aide de rexpérimentation
physiologique, et nous inscrirons ses réponses avec les
appareils usités aujourd'hui.
Commençons par exposer l'historique de la question;
il est long et difficile, et réclame de vous une altenlion
soutenue.
Le premier travail que nous rencontrons est 1res
remarquable. Il est de Slannius (1), et ddle de 1852.
('I) Stannius, Zivei Reihenpliijsiolorjisclter Versuche{Arch. de Mïitler, 1852,
p. "85).
Le mémoire de Stannius a une importance telle que je crois utile de
donner ici lu traduction in extenso de la première partie de ce mémoire.
« IjCS expériences dont je vais parler ont été faites dans le but
d'apprendre à connaître d'une façon jjIus approfondie l'influence des
nerfs sut' les mouvements du cœur. A cet effet, j'ai mis de fortes
ligatures de fils de soie, d'abord autour des nerfs pneumogas-
triques, puis autour des régions du cœur où se trouvent des amas de
cellules ganglionnaires; enlin, j'ai fait d'autres ligatures autour des
vaisseaux afférents et autour des vaisseaux efférents, en ayant soin
d'en excepter les nerfs. Je suis arrivé, par ces expériences, à dos
résultats surprenants et difficiles à interpréter.
« Dans un voyage que j'ai entrepris l'automne dernier, j'ai eu
'J54 GANGLIONS PU COEUR SANGUIN.
L'auteur s'est proposé cFéludier le rôle des cellules gan-
glionnaires du cœur. Il a fait beaucoup d'expériences,
l'occasion de répélor plusioiirs des expériences les plus importunles,
en présence de professeurs distingués parmi lesquels je citerai :
MM. Ecker, (îerlach, Ilenlo, Liidwig, Frey, Meyer, vonSiebold, Stil-
ling, Valentin et Volkiiiaiin.
» La plupart de ces expériences donnent des résultats tout à fait
constants; quelques-unes ont des effets variés, mais plus je les ai ré-
pétées, plus les irrégularités sont devenues rares.
» 1. La ligature faite avec des fils de soie autour des deux nerfs
pneumogastriques n'a aucune influence api)réciable sur le rythme
des mouvements du cœur de la grenouille.
» 2. Lorsque les deux nerfs pneumogastriques sont fortement serrés
par des fils de soie et qu'on applique les électrodes d'un appareil
d'induction à rotation soit à la moelle allongée, soit sur les deux
nerfs pneumogastriques au-dessus de la ligature, il ne se produit
pas d'arrêt du cœur. En revanche, si l'on applique les électrodes au-
dessous du point ligaturé, le cœur s'arrête.
» Ces expériences démontrent que la ligature des deux pneumogas-
triques a le même effet que la section de ces nerfs.
» 3. Lorsque l'on place successivement autour de chacune des trois
veines caves une ligature serrée, le cœur continue à battre sans
aucune modification.
» 4. Lorsque le sinus veineux commun est ligaturé avant son
entrée dans l'oreillette, les contractions du cœur persistent. Les trois
veines caves continuent aussi à battre sans interruption. Mais les
contractions des veines caves et celles du reste du cœur ne sont plus
en nondjre égal ; dans la plupart des cas, les veines caves ont des
pulsations plus nombreuses. En deux minutes j'ai compté 52 con-
tractions du cœur et 72 contractions des veines caves.
» Des expériences 3 et 4 il résulte que l'interruption de l'apport du
sang dans le cœur no supprime pas immédiatement sa propriété de
se contracter.
;) i). Si, après que l'on a fait l'e-xpérience 3, on applique les élec-
trodes de l'appareil d'induction, soit sur la moelle allongée, soit sur
les nerfs pneumogastriques, le cœur s'arrête.
» Ce résultat s'expli(jne facilement si l'on considère que les nerfs
pneumogasti'iques n'ont pas été compris dans les ligatures des veines
caves.
» 0. Si, après que l'on a fait l'expérionce 4, on appliijueles élec-
PHYSlOLOGIli;.
1^25
mais il n'en donne que vingt-trois, différentes et étagées
suivant sa théorie. Toutes sont faites à l'aide de liga-
Irodes sur les nerfs pncumogastririues, les coiilfaclions du cœur ne
sont pas arrêtées.
» Sous ce rapport, cette expérience correspond à celle qui est relatée
au numéro 2, el la cause de la persistance des contractions du cœur
est la mènic.
» Il va de soi que l'application des électrodes sur les nerfs pneumo-
gastriques fait cesser les contractions des veines caves.
» 7. Si l'on place une ligature exactement au point oii le sinus
veineux cave débouche dans l'oreillette, le cœur tout entier s'arrête
en diastole d'une façon protonf/ée. Les trois veines caves continuent
à battre spontanément, ainsi que le sinus veineux.
» Quelquefois je suis arrivé à obtenir le même effet en pratiquant
la section du cœur à l'endroit indiqué ; cependant je fi'ai observé
que deux fois ce résultat. 11 faut que l'écrasement produit par la sec-
tion ait eu la même action que la ligature.
» 8. Si l'on place, chez différentes grenouilles, des ligatures autour
des oreillettes, en partant de l'embouchure du sinus veineux dans
l'oreillette droite, el en les faisant ensuite de plus en plus rapprochées
de l'embouchure de l'oreillette dans le ventricule, on remarque que
la partie des oreillettes située au-dessous de la ligature cesse de
battre, ainsi que le ventricule, tandis que la portion des oreillettes
restée en communication non interrompue avec, le sinus veineux
continue, de môme que ce dernier et les veines caves, à présenter des
contractions rythmiques. Môme lorsque la ligature est pratiquée au
voisinage immédiat du ventricule, ce dernier s'arrête; mais il faut
pour cela que l'extrême limite s(!ulemenl du ventricule ait été com-
prise dans la ligature.
» Ainsi, l'application d'une ligature autour d'un j)oint quelconque
des oreillettes exerce, sur les portions du cœur situées au-dessous
de celte ligature, exactement la même inlUience que l'application des
électroiles d'un appareil d'induction sur les nerfs pneumogastriques ou
sur la moelle allongée chez une grenouille dont le cœur ne serait
pas ligaturé.
» 9. Lorsque, chez une grenouille vigoureuse, on place une ligature
exactement sur le sillon transversal du cœur, c'est-à-dire à la limite
du ventricule, les deux moitiés du cœur ainsi séparées l'une de l'autre
continuent à présenter des contractions rythmiques. Mais ces con-
tractions ne sont plus synchrones ni en nombre égal. Généi'aleiuent
["li) GANGLIONS DU COliUR SANGUIN.
tures placées sur les différenles parties du cœur ou sur
les nerfs et vaisseaux qui s'y rendent; nous ne nien-
il se produit deux ou trois contractions des oi'eilletles et des veines
caves pour une contraction du ventricule. La surface externe de ce
dernier se montre alors plus ou moins forten)ent ridée pendant la
contraction.
» 10. Si, après avoir Jail l'expérience décrilc numérol, ci donllc
résultai esi l'arrêt de tout le cœur, on place une ligature à la li-
mite du ventricule et des oreillettes, ligature qui embrasse enméme
temps le bulbe artériel, le ventricule se contracte rythmiquement
pendant un'temps assez long, tandis que les oreillettes restent au
repos. En général, j'ai vu, après cette expérience, le bulbe se con-
tracter également, tantôt d'une façon isochrone avec le ventricule,
tantôt quatre ou cin(i fois pendant une seule contraction du ventri-
cule. Dans ■ quelques cas cependant le bulbe aortique semblait de-
meurer immobile.
)> Ce dernier fait (ainsi que le suivant, à savoir, que quelquefois il
se montre encore quelques contractions rares des oreillettes) est
probablement dû à des irrégularités difficiles à éviter dans l'exécu-
tion de l'expérience.
» On a dit que la contraction du ventricule part du point ligaturé et
va en descendant, tandis que la contraction du bulbe aortique remonte
à partir du même point; c'est une illusion. Plus j'ai observé le phé-
nomène, plus j'ai trouvé de difficulté à reconnaître un point précis
d'oiJL partit la contraction.-
» 11. Lorsque l'on a arrêté le cœur entier par l'expérience numéro 7,
toute excitation galvanique ou mécanique peut y ramener des con-
tractions qui dureront plus ou moins longtemps. Si l'on enfonce la
pointe d'une aiguille dans le ventricule, généralement les oreillettes
se contractent en premier lieu, puis le ventricule et le bulbe aor-
tique; ensuite il survient encore une ou deux contractions des oreil-
lettes sans que le ventricule y jiarticipe. Oueli(uefois cependant la
contraction du ventricule et du bulbe précède celle de l'oreillette.
» Une excitation faible du ventricule avec la pointe d'une aiguille
ou par le frottement de sa paroi extérieure avec une plume ou avec le
plat d'un scalpel n'amène généralement aucune coniraction d'aucune
partie du cœur, tandis qu'une excitation tout à fait semblable a|)pli-
quée aux oreillettes détermine constamment une coniraction qui part
de ces dernières et se propage au ventricule. La différence de ces deux
parties du cœur est donc considérable au point de vue de la sensibi-
PHYSIOLOGIE. 1*27
tioniierons que les principales, auxquelles nous conser-
verons leurs numéros crordre.
lito aux excilatioiis extérieures. Bien que l'irritation de la pointe du
ventricule amène en général une contraction uui(jue luu'lanl des oreil-
lettes, il m'est cependant arrivé, quelque temps après (jue la ligature
était appliquée, de couper la pointe du. cœur ou d'y enfoncer une
aiguille sans déterminer aucune contraction.
» L'excitation de la limite entre le ventricule et les oreillettes amène
huit à dix conircictions rythmiques successives du ventricule et des
oreillettes.
» 12. Lorsque le cœur a été arrêté par l'expérience numéro 7, les
contractions rythmiques des trois veines caves, qui ont persisté,
s'arrêtent dès que les électrodes sont appliqués sur les nerfs inieumo-
gastriques.
» 13. Lorsque le cœur a été arrêté par l'expérience numéro 7, et
que par une forte excitation mécanique on vient d'y déterminer une
série de contractions, ces contractions persistent malgré l'application
des électrodes sur les nerfs pneumogastriques ou sur la moelle allon-
gée; les contractions des veines caves s'arrêtent.
» 1 i. Lorsque, après avoir fait l'expérience numéro 7, on place
une seconde ligature sur une région voisine de l'oreillette, le segment
d'oreillette situé entre les deux ligatures ne se contracte généralement
pas. Deux expériences m'ont donné un résultat inverse, mais je crois
que cela tient à ce qu'elles avaient été mal exécutées,.
» 15. Les oreillettes arrêtées en diastole par l'expérience 1 i répon-
dent à chaque excitation mécanique locale par une contraction unique
partant du sinus veineux pour aller jusqu'à la limite du ventricule.
Cette contraction est déterminée plus facilement par une excitation
appliquée à la limite du sinus que par une excitation appliquée au
sillon auriculo-ventriculaire.
» 10. Lorsque les' oreillettes sont arrêtées aw diastole par l'expé-
rience 14 et que l'on y applique les électrodes d'un appareil d'induction,
on n'y produit pas une crampe tétanique, mais une série de contrac-
tions qui sont séparées les unes des autres par des pauses assez lon-
gues. J'ai obtenu, par l'application des électrodes de l'appareil à
rotation, quatorze contractions en trente secondes.
» 17. Comme le montre l'expérience 10, la ligature appliquée sur le
sillon transversal du cœur sollicite le ventricule et le bulbe à des con-
tractions [rythmiques. Ces contractions durent longtemps. Lorsque
enlin les deux portions du cœur sont arrêtées, il est possible d'y dé-
{"IS GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
Exp. I. —C'est une expérience de contrôle. Ayant
mis à nu le cœur d'une grenouille, Stannius lie les deux
terminer de nouveau des contractions par une excilalion mécanique,
mais ces contractions s'arrêtent bientôt après que l'excitation a cessé.
plus tard, on les obtient encore par l'application des électrodes de
l'appareil à rotation sur la substance du ventricule et du bulbe, mais
jamais on ne réussit à mettre le ventricule et le bulbe en tétanos
général. Je n'ai obtenu en trente secondes que quatorze ou quinze
contractions séparées par des pauses.
» 18. Lue ligature jetée autour des troncs aortiques parlant du cœur
n'arrête pas le cœur quand il est en mouvement, elle ne le fait pas
non plus battre lorsqu'il est arrêté. Une ligature placée autour des
veines pulmonaires produit le même résultat négatif.
» 19. Lorsque l'on place une première ligature autour des troncs
artériels efférents et une seconde ligature sur l'oreillette à l'embou-
chure du sinus veineux, le cœur s'arrête comme dans l'expérience 7.
.l'ai cru observer deux fois la persistance des contractions rythmi-
ques, mais il est probable que j'avais placé la ligature autour du sinus
et non autour de l'oreillelle.
» 20. Lorsque le ventricule est détaché par une section transversale
au-dessous du sillon, il continue souvent à se contracter rythmique-
ment pendant assez longtemps, surtout lorsqu'il baigne dans le
sang.
y> 21. Lors(|ue les oreillettes sont séparées en partie du ventricule
par une section incomplète au niveau du sillon, et que les deux par-
lies sont par conséquent encore en rapport par un poni, elles <-.onli-
nuenl encore toutes deux, pendant un temps assez long, à pi'ésenler
des contractions rythmiques.
» 22. Lorsque l'on a placé une ligature autour du sinus veineux et
que l'on sépare ensuite par une section transversale l'oreillelle droite
et le ventricule, l'oreillelle continue à présenter des conlractions
rythmiques. Si alors, en partant de l'exlrémilé venlriculaire, on
coupe avec des ciseaux des segments annulaires de l'oreilletle,
ces segments ne se contractent plus, tandis que la portion d'oreilletle
restée en rapport avec le sinus veineux continue à présenter des pul-
sations rythmiques.
» 23. Lorsque l'oreillette droite e//(?-»/<6'me est liée dans le voisinage
de l'embouchure du sinus veineux, de telle façon qu'une portion de
cette oreillette reste (;n rapport non interrompu avec le sinus veineux
sur lequel on n'a pas mis de ligature., on voit (jue cette portion d'oreil-
PlIYSIOf.OGlIi. 129
nerfs vagues, et constate ([iie le rythme n'est pas
changé. 11 n'en eût pas été de niônie chez le lapin on
chez le chien ; mais, comme nous l'avons dit, Stunnius
opérait sur la grenouille.
Exp. If. — Pour s'assurer (jue la conduclihililé ner-
veuse est bien interrompue, il galvanise le nerf au-
dessus de la ligature, et il constate (jue le cœur n'est
pas arrêté.
Exp. m. — Stannius applique isolément une ligature
sur chacune des deux veines caves supéiieures et sur
IcUe se conlracte i'\ lliDiiqueineiU eu même temps que les origines
des veines caves. Quand la grenouille a perdu une notable (juaiitilé
de sang, on observe souvent, mais non d'une façon constante, (pi'à
chaque contraction de ce segment d'oreillelle tout le système de la
veine cave inférieure se contracte également, (les pulsations s'élen-
dent jusqu'aux veines rénales récurrentes et jns(|u'à leur origine dans
les reins. Si l'on louche les nerfs pneumoga3lri({ues avec les élec-
trodes de l'appareil d'induction, toutes ces pulsations cessent.
» "li. Dès que les troncs veineux caves sont remplis de sang, dans
l'expériehce 7, de manière à être complètement distendus, ils cesseiU
souvent de battre. Si l'on fait écouler le sang, les jiulsations re-
prennent.
» Le résultat le plus remarqualjle de ces expériences est |tar con-
séquent le suivant :
» La ligature de niinporle quel point des oreillettes du cmnr arrête
d'une façon durable les contractions delà partie la plus rapprochée
du ceniricide, en d'antres ternies, de la partie lùjaturée. Enreean-
cke, la ligature du sillon auriculo-ventricnlaire rend des contrac-
tions durables au ventricule qui avait été arrêté auparavant.
)> Bien que ces faits (ainsi que tous ceux que je viens de communi-
quer) semblent indiquer l'existence de deux organes nerveux cen-
traux dans le cœur, et bien qu'il paraisse de plus en plus probable
(jue ces organes sont de nature tout à fait dilférenle, puisque l'iui
d'entre eux pan\ît arrêter les contractions, tandis (pie l'autre, au con-
traire, les rétablit ou les accélère, il faut bien avouer (:e|iendant que
dans l'état actuel de la science il est tliflirile de donner de toutes
ces expériences une explication satisfaisante. :»
lî.^XViEU. — Anal, ''riiénile. li
kUl GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
la veine cave inférieure. Le cœur bat avec son rythme
normal.
\']\v. IV. — Si ces trois ligatures sont remplacées
par une seule, portée sur le sinus veineux, à une cer-
taine distance du cœur, les pulsations continuent.
Exr. Vil. — C'est ici l'expérience capitale, connue
encore aujourd'hui sous le nom d'expérience de Stan-
nius.
La ligature est appliquée sur le sinus veineux, juste
au point où il s'abouche dans l'oreillette; le cœur s'ar-
rête aussitôt.
Exp. YllL — La ligature est placée sur les oreillettes
entre le sinus et le ventricule. Quel que soit le point
qu'elle occupe, le cœur est arrêté au-dessous d'elle; il
continue abattre au-dessus.
H en était de même quand la ligature était placée
sur le sinus, au niveau de son orifice. Le sinus battait
quand le cœur était arrêté.
Lxp. IX. — La ligature est faite sur le sillon auriculo-
ventriculaii'e. Les oreillettes et le ventricule battent
chacun de leur côté. 11 y a une seule pulsation du ven-
tricule pour deux ou trois des oreillettes.
Exp. X. — C'est une des plus remarquables expé-
riences de Stannius. Le cœur étant arrêté par la liga-
ture du sinus veineux, une seconde ligature est apposée
sur le sillon auriculo-yentriculaire. Les oreillettes res-
tent immobiles, mais le veniricule récupère son activité-.
Exp. XL — Le cœur étant arrêté par la ligature du
sinus veineux, Stannius enfonce une aiguille dans le
ventricule. Il se produit d'abord une contraction des
PHYSIOLOGIli. loi
oreillettes, puis du ventricule, et enfin les oreillettes
l'ont encore une ou deux pulsations. Si l'excitation porte
sur le sillon auriculo-ventriculaire, il y a huit ou dix
pulsations de tout l'organe.
De toutes ses expériences, qu'il ne cherche pas à
interpréter longuement, Stannius ne tire que la conclu-
sion générale suivante : la ligature du sinus arrête les
mouvements du cœur, celle du sillon les ramène dans
le ventricule. Il explique ce phénomène en admettant
l'existence de deux organes centraux : l'un excitateur,
l'autre modérateur. H n'en dit pas plus long à ce sujet;
il paraît supposer que le lecteur comprend sa pensée,
mais ce n'est pas là chose très facile. Voici quelle serait
d'après moi. sa théorie.
Le centre excitateur est dans le sinus, puisque le
cœur s'arrête quand il est séparé de cette partie; le
centre modérateur dans l'oreillette, puisque le ventricule
reprend son activité quand il en est isolé.
En 485^2 parut le mémoire de Bidder (j) dont j'ai
déjà eu l'occasion de vous parler et dans lequel il a
signalé l'existence des ganglions qui portent son nom.
Il fut conduit à cette découverte par l'expérimentation
physiologique.
Reprenant l'expérience de Weher, il avait arrêté le
cœur par l'excitation du pneumogastrique; il remarqua
que la moindre excitation mécanique du ventricule dé-
terminait une pulsation du cœur. Ce mouvenjent lui
parut de nature réflexe. Il fit dès lors la théorie suivante :
(I) Bidder, Ueber l'unctionnel cerscliiedeiie and raïunlivh (jelrcAiite Ner'
vencenlra m Froschhenen {Arch.de Mûller, \65% \). l(33j.
13'^ GANGLIONS DU COIÎUR SANGUIN,
Le cœur possède des centres nerveux de deux espèces :
les uns, (pii président aux mouvements rytlimi({ues et
(pi i sont paralysés par l'excilation du nerf vague; les
autres, sur lesquels l'excitation de ce nerf n'a pas
d'influence et desquels dépendent les mouvements
réflexes.
i)idder institue plusieurs expériences pour vérifier son
liypolhèse. Voici la première : Un cœur de grenouille
isolé, en i)leine activité, est coupé en deux au niveau du
sillon auriculo-ventriculaire ; Toreillette continue de
i)atlre et le ventricule reste immobile.
D'après Bidder, ce résultat serait constant lorsque la
section a été pratiquée au lieu d'éleclion ; si, dans quel-
ques cas, le ventricule isolé continue à ballre, cela tient
à ce qu'il est resté des portions des oreillettes en rapport
avec lui; il faut, dans ce cas, retrancher successivement
des moi'ceaux de la base du ventricule, jusqu'à ce qu'il
cesse de battre spontanément.
Chaque fois que l'on touche ce ventricule immobile,
on le voit exécuter une pulsation d'ensemble. Cela prouve,
d'après Bidder, que le centre des mouvements i~'éflexes
est dans le ventricule, et le centre des mouvements
rythmés dans l'oreillette. Pour démontrer objective-
ment l'existence de ces deux centres, Bidder entre-
prend une étude anatomique aussi complète que possible
du cœur de la grenouille, et il découvre les ganglions
(|ui portent son nom. Il croit avoir trouvé là le centre
qu'il cherchait pour les mouvements réflexes.
Or, fait digne de remarque, il enlevait certainement
ces ganglions aux ventricules isolés sur lesquels ilexpé-
PHYSIOF.Or.IE. 183
rimentait. Il n'a probablement pas songé à faire l'examen
hislologiqiie d'un ventricule préparé, comnie il le con-
seillait, (1(^ façon à ne plus présenter de mouvement
automatique. Il aurait dû faire une expérience de plus :
couper le ventricule bien au-dessous de sesgangiions.il
aurait vu alors celui-ci se contracter sous l'influence de
l'excitation mécanique, et il aurait été convaincu qu(^
les ganglions en question ne sont pas le centi'e de mou-
vements réflexes.
Si je me permets cette critique, ce n'est certes pas que
je n'apprécie hautement les recherches de Bidder. Je
veux seulement en retirer une leçon pour moi comme
pour les autres, et apprendre à éviter à l'occasion de
semblables causes d'erreur.
Kn 1858, Heidenhain (1) reprit les expériences de
Bidder et de Stannius. Il constata, conmie ce dernier,
que Toreilletle et le ventricule, séparés au niveau du
sillon, conservaient l'un et l'autre leurs mouvements.
Quant à l'arrêt produit par la ligature du sinus, il n'est
pas persistant, d'après Heidenhain, el il ne dure que
((uelques minutes; de plus, lorsque la ligature est placée
juste à l'embouchure du sinus veineux dans l'oreillette,
cet arrêt est précédé de deux ou trois pulsations ryth-
mées. De ces différents faits, l'auleur conclut (page 4ll«S)
(pie la hgature du sinus n'agit pas en retranchant des
centres excitateurs, mais en excitant des centres modé-
rateurs.
Ludwig, dans son J^raiti' (h- pln/siolofiic^ formule, au
(I) Heidciiliain, Erorlerungen ïilx'r die IlcirciiHinicii ili'.^ Frdsrhln'ricns
{Arcli. (le MùUer, 1808, p. i79).
134 GANGLIONS DU COEUK SANGUIN.
sujet (lu mode d'action de la ligature de Stanniiis, une
opinion semblable à celle de lleidenhain. La ligature du
sinus agirait comme nn excitant persistant du pneumo-
gastrique ; mais elle finirait par porter aussi son action
sur l'ajjpareil automatique du cœur, et c'est pour cela
((ue les pulsations arrêtées d'abord reprendraient leur
cours.
En 1858, de Bezold(l) recherche d'abord si la liga-
ture du sinus agit comme excitant, ainsi que Heidenhain
et Ludwig l'ont piétendu. 11 reprend leurs expériences
et en institue de nouvelles. 11 constate, comme ces obser-
vateurs, que la ligature du sinus praticpiée juste à sa
limite du c<Mé de l'oreillette, n'arrête pas le cœur d'une
manière permanente.
Au bout de cinq à dix minutes (c'est le chiffre que cet
auteur donne) le cœur reprend ses mouvements; mais,
si la ligature est bien faite au point, l'arrôt du cœur
n'est précédé que d'une seule contraction et non d'une
série de pulsations rythmées.
Dans une autre expérience, après avoir enlevé le cœur
aveclesinus, il retranche successivement de petites por-
tionsdu sinusàl'aide de ciseaux fins et en se rapprochant
peu à peu de l'oreillette. Après chaque fragment enlevé
le rythme change, les pulsations devenant de moins en
moins fréquentes; quand il ne reste plus rien du sinus,
l'arrêt survient comme après la ligature.
De Bezold étudie avec soin les effets de l'excitation
mécanique après la ligature du sinus veineux. Quand
(Ij A. voii lîozolil, /tir l'hiisioli)f]ie (Iflr Ilenbewediuifien {Arcli. de Vir-
chow, 1858, l, XIV. p. '2«-2j.
PHYSIOLOGIE. 185
avec la pointe d'une aiguille il touche l'oreillette, celle-
ci se contracte, puis le ventricule, puis encore une fois
l'oreillette, et le cœur s'arrête.
11 recherche alors quelle est la cause de l'arrêt du
cœur quand on opère la ligature de Stannius. Y a-t-il,
dans ce cas, excitation d'un nerf d'arrêt ou suppression
(Vun centre d'excitation ? La première hypothèse ne lui
paraît pas fondée; car il est impossible par l'excitation
directe du pneumogastrique, soit à l'aide de courants
constants, soit à l'aide des courants induits, de main-
tenir le cœur arrêté pendant un intervalle de dix mi-
nutes. Il faudrait admettre que le pneumogastrique est
bien plus sensible dans son trajet intracardiaque qu'en
dehors du cœur : ce qui serait le seul exemple d'un
nerf moteur plus excitable vers sa terminaison périphé-
rique que dans le voisinage du centre. Pfliigeret Rosen-
Ihal, en effet, ont démontré que l'inverse était la loi
générale pour cette catégorie de nerfs, à laquelle appar-
tient bien le pneumogastrique, puis([u'i'r exerce une
action sur le mouvement du cœur.
Comme conclusion de ses recherches, de Bezold émet
la théorie suivante : L'appareil ganglionnaire du cœur
est double, comprenant des centres frénateurs et des
centres excitateurs. Les nus et les autres sont dispersés
dans l'organe; mais ceux d'une espèce occupent cer-
taines régions de préférence aux autres. A l'état
physiologique , les excitateurs l'emportent , puisque
le cœur bat. Le sinus contient beaucoup de ces der-
niers, et ils sont supprimés pnr la ligature; l'équilibre
s'établit alors entre les centres frénateurs des oreil-
\:M} (ÎANfiLlOXS DU COlillR SANGUIN.
leltes et les cenires excitateurs du ventricule, et le cœur
s'arrête.
Mais, pourquoi, après la ligature du sinus, voit-on
renaître les pulsations au bout d'un instant? C'est que
pendant le repos il s'accumule de la force dans les gan-
glions ventriculaires, et qu'à un moment donné ils rem-
portent sur les centres frénateurs qui sont dans les oreil-
lettes.
Arrivons à un mémoire de Goltz (i), publié en 1801 .
Cet auteur reprend les arguments de de Bezold. On ne
doit pas, dit-il, comparer la ligature du sinus veineux à
l'excitation du nerf vague. Cette excitation ne peut, en
effet, déterminer un arrêt aussi prolongé du cœur que
le fait la ligature du sinus. Une excitation de n'importe
(juelle nature, appliquée au cœur, ne saurait agir autre-
ment qu'en accélérant ses pulsations.
Goltz cberche à expliqutn^ les différences qu'ont obte-
nues ses prédécesseurs par les sections ou par les liga-
tures, les unes et les autres pratiquées au même point.
Il se demande pourquoi Stannius n'a obtenu que deux
fois l'arrêt du cœur par la section du sinus, tandis qu'il
se produisait constamment par la ligature. Il est vrai,
ajoute-t-il, que de Bezold a obtenu souvent l'arrêt du
cœur par la section du sinus, mais Heidenhain lui a
objecté que cet arrêt était dû à ce que ses instruments
n'étaient pas assez tranchants et avaient, par consé-
(juent, déterminé une irritation au point sectionné.
(I) (loltz, Ucher die llrilpiiliniii ilnr mjetiannlen aulomalhchcn Bewe-
fliiti()eu (les aii'ifii'schiiillinii'ii l''roschli<'i'-^e)is (Arrli. de Virrlioii', IXIÎI. I. XXI,
p. lyij.
PHYSIOLOGIE. 137
D'après Goltz, ces (lifréreiicestiennont uniquement à
ce que la ligature empêche le sang de se répandre au
dehors, tandis que dans la section le sang s'écoule et
l'air vient exciter la surface découpe et l'intérieur du
cœur.
Pour se mettre à l'abri du contact de l'air, après avoir
dégagé le cœur et ouvert le péricarde, Goltz plonge la
grenouille dans un bain d'huile. Il opère alors comme
on fait à l'air libre , et constate que dans ce cas la sec-
tion du sinus a le même résultat que sa ligature.
(ioitz institue une nouvelle et intéressante expérience.
Opérant toujours sous l'huile, il pratique la ligature du
sillon auriculo-ventiiculaire; mais, au lieu de la faire
avec un simple fd, toujours difficile à dénouer, il emploie
un serre-nœud qui peut s'enlever à volonté. Lorsque la
ligature est appliquée et fortement serrée, il se produit,
comme Stannius l'avait reconnu, des pulsations indc'-
pendantes de l'oreillette et du ventricule, le ventricule
battant plus lentement que l'oreillette. Quand on su])-
prime la ligature, les oreillettes continuent à battre
et le ventricule s'arrête.
Cet auteur arrive finalement cà d'intéressantes conclu-
sions, basées sur ses expériences, et aussi sur des idées
à priori qu'il avait puisées dans ses études antérieures.
D'après lui, les ganglions du sinus sont les centres des
mouvements automatiques du cœur. Ils agissent sur les
ganglions situés au-dessous d'eux, tant dans les oreil-
lettes que dans le ventricule, mais surtout sur ceux des
oreillettes qui leur sont plus voisins. Tous ces ganglions
se commandent réciproquement les uns les autres. Les
138 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
mouvements qu'ils provoquent sont réflexes plutôt
qu'automatiques; si, en effet, on supprime tous les exci-
tants extérieurs, leuraction est nulle, ctle cœur s'arrête.
On l(îvoit, c'est la théorie de Bidder, non plus appliquée
seulement au ventricule, mais g-énéralisée et étendue au
cœur tout entier.
En 1866 a paru le second mémoire de Bidder (I ), tra-
vail important dont nous avons déjà parlé dans la der-
nière leçon. Nous n'avons à relever ici qu'une seule expé-
rience : séparé par section, le ventricule bat quelque
temps, puis s'arrête; il se remet à battre quand on l'ex-
cite.
11 ne nous reste plus à analyser que le mémoire de
Steiner (^),paru en 4874, et toutà fait à l'appui des idées
de Goltz. L'auteur étudie l'action de différents poisons
sur le cœur. Voici une de ces expériences : 11 détache le
cœur d'une grenouille et le suspend, à l'aide d'un fdlié
au bull)e aortique, dans une atmosplière saturée d'hu-
midité.
Dans ces conditions, le cœur bat très longtemps,
plusieurs jours; suspendu de même dans une atmo-
sphère chargée de chloroforme, il ne conserve son acti-
vité (}ue durant dix-sept à dix-huit minutes, et s'arrête
après s'être peu à peu ralenti. ïi reprend ses contractions
rythmées dès qu'on le remet ii l'air libre.. L'auteur
conclut de ces faits que, anesthésié sous l'influence du
chloroforme, le cœur a perdu, avec la sensibilité, les
{[) Loc. cil. (voy. p. 80).
(i) steiner, Zur Innerralinn ilcn l''rosflilier::Ci}H iArcli. ilc licichcrl el du
Bniif-Heymond, \Sli, \). 174).
FHYSIOLOGIi:. i39
mouvements réflexes; mais ces conclusions ne sont pas
rigoureuses. I,e chloroforme, en effet, n'est pas une
pierre de touche de la sensibilité, et ce poison peut fort
bien porter son action directement sur le système gan-
i^lionnaireet le paralyser. Nous reviendrons, du reste,
sur ce point.
En résumé, il existe actuellement dans la science
deux opinions contradictoires sur la physiologie des
mouvements du cœur. D'après la première, soutenue
par Ludwig et Heidenhain, la ligature du sinus agit en
excitant un appareil d'arrêt; d'après la deuxième, dé-
fendue par de Bezold et Goltz, la ligature ou la section
du sinus ao;it en isolant le cœur de certains centres
d'excitation dont l'influence est nécessaire à son activité.
Si, après la ligature du sinus veineux, le cœur se remet
cà battre au bout d'un instant, c'est, pour les premiers
de ces auteurs, que la cause irritante a épuisé son ac-
tion, ou l'a portée sur des centres excitateurs. Pour les
seconds, il en est autrement : il se fait une accumulation
de la foi'ce d'après de Bezold ; les excitants extérieurs
ont remplacé les excitants naturels d'après Goltz.
Tel est aujouid'hui l'état de la question. Assurément
il n'est pas facile de se faire une opinion sur des faits si
compliqués, et d'opter entre des théories si contradic-
toires. Yous-mèmes, sans doute, ne savez encore à quoi
vous en tenir après l'historique que je viens d'exposer
devant vous. La seule conclusion légitime à en tirer,
c'est que les expériences faites jusqu'à présent ne suf-
fisent point cà résoudre le problème, et qu'il nous faut en
instituer de nouvelles.
1 iO (iANGLIONS Dl' C.OEVR SANGUIN.
Nous reprendrons (l'abord les expériences fondamen-
tales de nos prédécesseurs, puis nous les modifierons el
compléterons à mesure que nous le jugerons nécessaire,
car il ne faut pas s'embarquer au basard dans une cpies-
tion aussi conqjliquée. Nous prendrons Spallanzani pour
modèle. Nous essayerons de marcher sur ses traces, en
étageant nos expériences de façon qu'elles se complè-
tent et s'expliquent les unes par les autres, et réduisent
de plus en plus le cbamp de l'hypothèse.
JNEUVIEME LEÇON
{ Ij JMlivirl- l«78j
Cœur suiiguin.
Elude pliijsioloijique de. l'appareil nerceux du cœur (fsuilei.
Uésumc des expériences aiilériciires. — Le ryllinic a|ip;irlieiil .'i la cellule
tiiusculairc cardiaque et non à l'appareil nerveux.
Nouvelles expériences. — Ligatures : au sinus veineux ; sur les oreillettes; au
sillon auriculo-vcntriculairc — Sections. Elles ont le même effet en gé-
néral que les ligatures. — Excitations électriques et mécaniques.
Excitations portées sur les deux parties du cœur séparées préalablement par
la section. — L'excitation mécanique du ventricule isolé muni de ses gan-
glions accélère ses battements. — L'excitation mécanique des oreillettes
isolées ralentit ou arrête leurs ballements.
Excitation électrique du ventricule isolé et des oreillclles isolées.
iVlESSlEURS,
J'ai terminé rhis'orique de la (juestion qui nous oc-
cupe, la physiologie de l'innervation ducœurj et nous
voilà entrés au cœur de notre sujet.
Avant d'entreprendre de nouvelles expériences, je dois
vous rappeler quelques-unes de celles que nous avons
déjà faites.
Vous avez vu que la pointe du cœur, séparée à la
limite de ses deux tiers inférieurs et de son tiers su-
périeur, reste immobile. Si alors on la touche avec
la poinle d'un stylet, on provotfue une contraction,
\\^2 (lANGLIONS 1)1' COKUR SANGUIN.
et une seule. L'excitation élec(i'i(jiie simple, c'est-à-dire
la rii]»ture du courant d'induction, produit le même
résultat, pourvu que le courant ait une intensité suffi-
sante.
Vous avez vu encore (pie la pulsation obtenue sous
l'intluence de ce couranl minimum atteint du premier
coup toute son amplitude, et que sa hauteur reste la
même quand on emploie nn courant plus fort, l'oid
ou rien., telle paraît être la devise du cœur, quand on
l'excite.
Vous connaissez le phénomène de l'excitalion suffi-
sante sans effet, indicpié d'abord par Bowdilch, et vous
savez que le courant d'induction capable de le produire,
s'il est fréquemment interronqDu à l'aide du trembleur,
provo(pie dans la pointe du cœur une série de pulsations
rythmées (voy. p. 46).
Si, au lieu du courant minimum, on emploie un
courant très fort, on amène une contraction persistante
du myocarde, un tétanos que j'ai nommé tonique par
opposition au tétanos par fusion de secousses qui s'ob-
serve dans les muscles ordinaires. (]ette dernière forme
ne se présente pas dans le cœur.
Enfin, je dois encore vous rappeler un tait d'une haute
importance. Entre le courant capable de produire le
tétanos et le courant minimum suffisant, il existe un
courant d'une certaine intensité qui maintient la pointe
du cœur en diastole (fig. 30). Il est difficile d'indiquei'
la position précise des bobines correspondant à ce
courant. Il faut la chercher de la même façon que l'on
cherche le courant minimum suffisant.
niYSIOLOGlE.
143
Tous ces faits que je viens tie résumer présentent un
grand intérêt, car ils dégagent raction de l'appareil
ganglionnaire du cœur de l'action propre du myocarde
lui-même. Ainsi, de ce que le muscle isolé possède des
hattements rythmés, nous devons conclure que le rythme
du cœur n'est pas sous l'influence du système nerveux,
mais qu'il appartient en propre à la cellule n\usculaire
cardia({ue. Nous n'avons donc pas besoin de théoi'ies
pour l'expliquer, et l'hypollièse imaginée à cet effet des
deux centres ganglionnaires, l'un excitateur et l'autre
modérateur, n'a plus aucune raison d'être.
Fk;. où. ■ — lixi-ilatious de la pointe ilii cœiir par des ciuiraiils iiidiiils à iiilrrriipliuiis
frécpiLMitcs.
A. Couraiil juste suffisant : battements rythmiques.
U. Courant plus fort : traees de pulsations.
C. Courant [dus fort encore : ari'èt eu diastole après une première contraction.
De la sorte se trouve réduit à sa plus simple expression
le rôle de l'appareil ganglionnaire du cœur, dont nous
allons entreprendre l'étude.
Ces recherches sur l'innervation du cœur seront pour
nous très fécondes en résultats, comme vous le verrez
plus tard, quand nous aurons à débrouiller la structure
d'un appareil autrement conq)liqué, le système nerveux
central. En apprenant le mécanisme intime des pulsa-
tions cardiaques, nous aurons préparé une base solide à
ces recherches ultérieures plus difficiles.
144 GANGLIONS DU COEl R SANGUIN.
Les expériences que nous allons faire seront aussi
simples que possible, el. pour n'avoir pas à conipler sur
la précision de nos appareils, nous enq^loierons toujours
la méthode comparative.
Trois moyens d'investigation s'offrent à nous, à l'aide
desquels nous pourrions varier à l'infini nos expériences:
les lifjalures^ hasecùons et les excitations du cœur. Nous
les emploierons tous les trois; mais iious nous lin)iterons
dans nos expériences à celles (|ui visent directement
le but que nous poursuivons, et nous aurons soin de les
étager d'une façon convenable.
LICATLKES.
Vérifions d'abord l'ancienne expérience de Bidder.
Nous arrêtons le cœur chez la grenouille par l'électri-
salion du nerf pneumogaslrique. Quand il est arrêté,
nous l'excilons avec la pointe «lun stylet, el nous le
voyons exécuter une contraction.
Reproduisons la onzième expérience de Stannius.
Le cœur d'une grenouille est détaché et lié au niveau
de l'orifice du sinus veineux dans l'oreillette, il s'arrête;
nous le touchons avec la pointe d'une aiguille, et nous
le voyons produire une pulsation.
Si la ligature est placée un peu en deçà de l'orifice du
sinus, le cœur exécute deux ou trois battements avant de
s'arrêter ; mais si elle est exactement au point d'élec-
tion, il s'arrête après un seul battement.
Au bout d'un temps vaiiable, le cœur reprend sou
activité; si la ligature n'a pus ('té bien placée, ce temps
PHYSlOLOGllî. 145
n'est que de une ou deux minutes; mais si elle a été ap-
posée juste à la limite du sinus et de roreillelle, l'arrêt est
quelquefois permanent. Cependant ce n'est pas là le cas
habituel; après cinq minutes, vingt minutes, une demi-
heure, trois quarts d'heure même, le cœur se remet à
battre. J'ai voulu mesurer avec précision le temps que
dure cet arrêt; j'ai porté le cœur, aussitôt arrêté par la
ligature, sous le levier du myographe, et j'ai fait effec-
tuer le tracé sur un cylindre mû par un mouvement
d'horlogerie, et mettant une demi-heure à exécuter un
tour complet. Tant que le cœur est immobile, la courbe
inscrite est une ligne droite dont la longueur mesure le
temps écoulé. Or voici ce que j'ai pu observer avec
cette méthode : après un temps variable, il y a une
pulsation, puis une autre, puis une troisième souvent
plus voisine, et les battements se rapprochent de plus
en plus, jusqu'à ce qu'enfin reparaisse le rythme pri-
mitif, ou un rythme presque identique.
Lorsque la ligature a été placée sur l'oreillette entre
le sinus et le sillon auriculo-ventriculaire, il survient
généralement encore un arrêt du cœur, mais moins
prolongé que dans l'expérience précédente. Peu à peu
les pulsations se rapprochent, et elles se succèdent
bientôt suivant leur rythme primitif (fig. 31). Mais il
arrive quelquefois, et c'est le cas auquel je faisais allu-
sion tout à l'heure, que les pulsations, d'abord d'une
certaine fréquence, s'échelonnent peu à peu à une plus
grande distance l'une de l'autre, pour revenir aussi,
après un temps variable, au rythme normal.
Laligature au sillon auriculo-ventriculaire peut se faire
RA.NViKR. — Aiuit. KOiiérale. i. — )iJ
140
GANGLIONS l)L' COEUR SANGUIN.
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PHVSlOLOGIb:, 447
dans deux conditions : soit après l'arrêt du cœur par la
ligature du sinus, soit d'emblée, sur un cœur en pleine
activité. Quand elle a lieu après l'arrêt du cœur, le
ventricule se remet à battre, l'oreillette reste immobile.
Le mouvement du ventricule dure un temps très long,
que je n'ai pas cherché à déterminer, la connaissance
précise de celte durée me paraissant d'une importance
secondaire.
Si l'on a lié au niveau du sillon auriculo-ventriculaire
sans avoir préalablement pratiqué la ligature du sinus,
l'oreillette et le ventricule battent l'un et l'autre, mais
leurs pulsations ne 'sont pas synchrones. Stannius pré-
tend qu'il y a deux ou trois contractions de l'oreillette
pour une du ventricule; cette proportion, à vrai dire,
n'est pas constante. Vous verrez en effet tout à l'heure
([u'on peut placer le ventricule dans des conditions telles
qu'il batte plus souvent que l'oreillette.
Après avoir lié sur le sillon, si l'on supprime la liga-
ture, l'oreillette continue à battre et le ven'ti'icule s'ar-
rête; la ligature agissait donc comme un excitant. C'est
là une inteiprétation sur laquelle je ne crois pas devoir
insister davantage pour le moment, la méthode des sec-
tions devant nous fournir de nouveaux arguments en sa
laveur.
SECTIONS.
La section équivaut en général à la ligature. Les
quelques différences que l'on peut observer entre les
effets de ces deux manières d'opérer sont à peu près
insignifiantes et presque toujours entièrement expli-
148 GANGLIONS DU COEUll SANGUIN.
cables. En tous cas il u y a pas à en tenir compte au
point de vue des résultats généraux qui nous préoc-
cupent.
Ainsi, par exemple, l'arrêt durable du cœur peut
résulter de la section comme de la ligature du sinus
veineux.
Nous observons cependant une différence entre la
section et la ligature au niveau du sillon auriculo-ventri-
culaire. J. e!i ai déjà dit deux mots tout à l'heure eu
attribuant à la ligature une action excitante. Quand on
a séparé l'oreillette du ventricule par une section fran-
che, avec un rasoir ou des ciseaux bien aiguisés, on
voit roreillette et le ventricule battre chacun de leur
côté; mais après un certain temps, soit une ou deux
minutes, le ventricule ralentit peu à peu ses mouve-
ments et finit par s'arrêter (fîg. 82).
FlG. '6i. — Section ;iu iiivfuii ilu silloji auriculo-vfiilriculairo. llalenliâseiiicnt îles
ballements du ventricule. — A, tracé des battements du cœur avant la section;
B, tracé des battements du ventricule après la section.
Ce n'est pas toujours ainsi que les choses se passent.
Parfois il arrive que les pulsations diminuent peu à
peu d'amplitude en conservant leur rythme; puis, sur
deux d'entre elles, l'une se met à croître progressi-
vement pendant que l'autre décroît; finalement, la plu^
1
3d.
PHYSIOLOGIK. 149
petite disparaît. On obtient au>si le ralentissement du
rythme, non par l'écar-
tement des pulsations
successives, mais par la
disparition d'une pulsa-
tion sur deux (fig. 33).
Goltz soutenait, pour
les besoins de sa théorie,
que les battements du
ventricule isolé tenaient
à l'action irritante de
l'air extérieur, et, pour
se mettre à l'abri de
l'agent atmosphérique,
il opérait dans un bain
d'huile. Or, l'huile ne se
borne pas à empêcher la
dessiccation de l'organe,
elle met en outre obstacle
à l'accomplissement de
ses fonctions respiratoi-
res; cela suffit à expli-
quer la moindre durée
des pulsations dans ce
liquide. Pour tout le
reste, les phénomènes
présentés par le cœur
sont les mêmes, qu'il soit
plongé dans l'huile ou
exposé à l'air libre.
^ o .
'150 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
APPLICATION DES EXCITANTS.
Nous avons à notre disposilion des excitants mécani-
ques, électriques ou chimiques; nous pouvons lesappli-
([uer au cœur en mouvement, ou bien au cœur immo-
bilisé, soit par l'excitation du pneumogastrique, soit
par la ligature ou la section du sinus; nous pouvons
enfin opérer sur le cœur entier ou sur des parties isolées
de l'organe.
Le champ de l'expérimentation paraît donc sans li-
mites. Mais un tel luxe d'expériences ne nous est pas
nécessaire. Quelques-unes, choisies et bien étagées, suf-
firont à éclairer notre opinion sur les faits que nous
avons discutés dans la dernière séance, et pourront
même nous permettre de reculer un peu les limites de
nos connaissances sur la question.
Commençons par l'expérience de Bidder : Le cœur
étant arrêté par l'excitation du pneumogastrique, on le
touche, il donne une pulsation. Faisons maintenant
la onzième expérience de Stannius : Le cœur étant
arrêté par la ligature du sinus veineux, nous l'excitons
et nous voyons se produire une pulsation.
L'excitation électrique produit le môme effet que la
mécanique.
J'ai déjà combattu la théorie de Bidder, relativement
à l'existence d'un centre des mouvements rythmiques
dans l'oreillette et d'un centre des mouvements réflexes
dans le ventricule. Vous savez en effet que le ventri-
cule, séparé de ses ganglions, se contracte encore quand
I
PHYSIOLOGIE. 151
on l'excite, et qu'il est môme susceptible d'exécuter des
pulsations rythmées.
Laissons donc de côté cette théorie et cherchons une
autre explication des phénomènes observés.
La ligature du sinus semble bien correspondre à
l'excitation du nerf pneumogastrique, puisque, dans les
deux cas, le cœur arrêté en diastole peut encore se con-
tracter sous l'influence d'une excitation.
Mais cette conclusion serait prématurée ; il faut que
chacune de nos expériences, dégageant une inconnue
du problème, réponde à une des questions antérieure-
ment posées ou surgissant sur notre route.
Commençons par une expérience de contrôle. Sou-
mettons un cœur entier d'al)ord à des excitations élec-
ti'i(iues, puis à des excitations mécaniques.
Excitations électriques. — Détachons le cœur d'une
grenouille avec son sinus, de façon qu'il continue à
battre. Plaçons-le sous le myographe et prenons son
tracé normal. Les battements sont réguliers; ils dimi-
nuent peu à peu d'amplitude; mais cette décroissance
est excessivement lente et tient évidemment à l'épuise-
ment du muscle. Elle est en tous cas si longue à mani-
fester des effets sensibles, que nous n'arons nullement à
en tenir compte. Dans les expériences de courte durée
que nous nous proposons de faire, nous n'aurons aucune
précaution à prendre sous ce rapport, pas môme celle
de placer le cœur dans du sérum pour éviter sa dessic-
cation. Nous avons beaucoup de grenouilles à notre dis-
position; il me paraît préférable d'en sacrifier un plus
grand nombre que de compliquer nos appareils.
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Le
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GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
cœur est placé sous le myographe, de telle sorte que
le courant élec-
trique peut le
traverser dans
toute sa lon-
gueur, au ni-
veau des oreil-
lettes comme du
ventricule. Nous
employons des
courants d'in-
duction inter-
rompus à l'aide
du trembleur,
et nous graduons
leur intensité.
Nous pouvons
ainsi constater
d'abord qu'un
courant capable
de tétaniser un
muscle ordinaire
n'a aucune ac-
tion sur le cœur.
Nous augmen-
tons successive-
ment l'intensité
du courant, et
nous voyons qu'à
un certain mo-
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PHYSIOLOGIE. 153
ment le rythme cardiaque est altéré. Sous l'influence de
ce courant plus fort (B, C, fig. 34), les pulsations sont
plus rapprochées et ont moins d'amplitude. Nous sup-
primons le courant: le cœur s'arrête en diastole; puis
les pulsations reprennent, d'abord espacées, ensuite
plus rapprochées jusqu'à leur rythme normal. Nous
n'avons pas calculé le courant capable de produire cet
effet; cela n'est pas nécessaire, puisque nous pouvons
toujours arriver à l'intensité voulue en rapprochant pro-
gressivement les bobines.
Quelle est l'explication de cette expérience? Quand le
courant d'intensité moyenne est appliqué, c'est, je crois,
en agissant directement sur le muscle qu'il provoque
la modification de ses mouvements; quand on le sup-
prime, le cœur s'arrête en diastole, parce que, ainsi que
je l'établirai tout à l'heure, l'appareil ganglionnaire
a été excité d'une façon plus durable que le muscle.
Lorsque, continuant cette expérience, ort augmente
encore l'intensité du courant (D, E, F, fig. 34) on arrive
à un degré où , au moment de l'excitation, le cœur
s'arrête ou ne donne plus que des pulsations extrême-
ment faibles dont la base reste au-dessus de l'abscisse.
Cela tient à ce que, sous l'influence de l'excitation, la
tonicité du muscle cardiaque a été mise en jeu. Cette
tonicité persiste un certain temps, et dès lors, lorsque
l'on supprime le courant, l'arrêt ne se produit pas en
diastole complète.
Enfin, un courant très fort produit, comme nous le
savons, un tétanos qui persiste un certain temps après
154 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
la cessation du courant. Les effets de ce tétanos (tétanos
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de tonicité) disparaissent avec une très grande lenteur,
PHYSIOLOGIE. 455
et souvent il faut attendre plusieurs minutes pour voir
l'organe revenir à la diastole complète.
Après l'application de ces courants forts, le cœur
reprend ses baltements , mais il a besoin , pour se
remettre, d'un repos d'autant plus prolongé que l'exci-
tation a été plus intense.
Excitations mécaniques. — • Le cœur étant enlevé et
battant normalement (A, tig. 35), on irrite légèrement
avec un stylet la partie poslérieure des oreillettes.
Cette excitation faible accélère les battements du
cœur (B, fîg. 35). Si, avec le même instrument, on
fait une irritation plus forte et plus prolongée, les batte-
ments du cœur sont ralentis (C, fîg. 35); mais le maxi-
mum de ralentissement ne survient généralement pas
tout de suite. Cette limite atteinte, les pulsations se
rapprochent, pour reprendre bientôt leur succession
normale.
Excitations mécaniques et électriques du ventricule et
des oreillettes séparés. — -J'arrive maintenant au point
le plus intéressant des recherches que j'ai à vous com-
muniquer aujourd'hui : l'excitation mécanique et élec-
trique du ventricule et de l'oreillette séparés Tun de
l'autre.
Portons sous le levier du myographe le ventricule
séparé des oreillettes, mais encore muni de ses ganglions.
Les pulsations, fréquentes d'abord, diminuent peu
à peu de nombre (voy. fig. 3^) , et finalement dis-
paraissent. Le ventricule resterait alors indéfiniment
arrêté. Mais, si nous le touchons avec un stylet en un
point quelconque de sa surface, nous voyons se pro-
< —
I £
156 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
(luire une seule pulsation. Si nous portons l'excitation
■■■■■■■H sur son orifice au niveau
^^HH^^H des ganglions de Bidder, et
^^Hn^^H si nous la faisons à plusieurs
re|)rises, le ventricule re-
prend son mouvement ryth-
mé; les battements, fré-
quents d'abord, diminuent,
puis cessent, comme cela a
lieu immédiatement après
la section (fig. 30).
Agissons maintenant sur
les oreillettes isolées. Il y a
deux manières de procéder.
La plus simple consiste à
porter sur une lame de verre
les oreillettes détachées et
plissées comme en chiffon,
et cà les battre légèrement
avec le stylet. On parvient
ainsi à les arrêter. On les
porte alors sous le levier du
myographe et l'on en prend
le tracé. C'est d'abord une
ligne droite, tant que dure
l'arrêt diastolique; puis sur-
vient une pulsation, que
d'autres suivent, jusqu'à re-
tour complet du rythme
normal.
I ^ 2
PHYSIOLOGIE. 157
Mais on obtient des résultats plus nets en opérant
de la taçon suivante :
Le cœur étant découvert, on incise le péricarde de
manière à bien dégager les deux aorles. Au-dessous
d'elles on passe un fil double. Avec l'un des fils, on pi'a-
tique la ligature des deux vaisseaux, que l'on sectionne
ensuite au delà. On soulève alors le cœur au moyen du
fil de la ligature, et l'on embrasse avec le second fil le
sinus veineux. Cependant le sang qui arrive par les
veines, ne trouvant plus d'issue, gontle le cœur. On ap-
plique alors la seconde ligature, non pas sur le sinus
veineux lui-même, car ainsi on arrêterait le cœur, mais
aussi loin que possible au delà. On sectionne les veines
derrière la ligature, et le cœur se trouve ainsi détaché.
Enfin, on applique une ligature au sillon auriculo-ven-
triculaire, on sectionne le ventricule au-dessous, et les
oreillettes isolées, remplies de sang, sont portées sous le
levier du myographe.
Le rythme est absolument régulier; il s'est du moins
montré tel pendant dix minutes à un quart d'heure que
j'ai fait durer l'expérience, et il m'a paru devoir se pro-
longer fort longtemps ainsi ; c'est là une première diffé-
rence physiologique à relever entre les oreillettes et le
ventricule.
Si alors, avec un stylet, on irrite les oreillettes au
niveau du sinus, les pulsations se ralentissent, puis elles
reviennent lentement à leur premier rythme. Une exci-
tation plus forte arrête les oreillettes. Ainsi, les batte-
ments du ventricule sont accélérés, ceux des oreillettes
sont ralentis par l'excitation mécanique.
158 (iANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
Reprenons ces mêmes expériences sur l'oreillette et
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PHYSIOLOGIE. 159
sur le ventricule isolés l'un de l'autre, en nous servant
des excitations électriques, et commençons par le ven-
tricule. L'efTet ne sera pas le môme si l'on procède par
des ruptures isolées ou par un courant tétanisant.
Plaçons le ventricule isolé muni de ses ganglions sous
le levier du myographe et cherchons quel est le courant
minimum qui produira une contraction à la rupture.
En faisant cette expérience, nous constatons un fait
intéressant qui pourra servir à nous faire comprendre
quelle est la signification physiologique des ganglions de
Bidder. Ayant rapproché progressivement la bobine
induite en essayant par des ruptures successives si le
cœur répondrait à l'excitation, nous arrivons (fig. 37, A)
à un courant N dont l'excitation est suffisante pour pro-
duire une contra(!tion. Après avoir produit une série de
ces contractions, nous éloignons les bobines l'une de
l'autre et nous constatons que les courants N-i, N-2,
N-3, qui tout à Theui-e étaient insuffisants, provoquen
également des contractions (fig, 37, B). Nous atten-
dons quelques instants, trente secondes par exemple;
nous essayons de nouveau : les courants N-3, N-'2,
N-1 laissent le cœur immobile, et il faut arriver de
nouveau jusqu'au courant N pour obtenir une contrac-
tion (fig. 37, A') ; immédiatement après, reculant les
bobines, nous obtenons une seconde fois des contrac-
tions avec des courants moindres que N (fig. 37, B').
Je ne vois qu'une explication possible de ce phéno-
mène : les ganglions ne dépensent, pour effectuer la
contraction musculaire, qu'une^ partie de l'excitation
qu'ils reçoivent, et ils emmagasinent le reste. C'est ainsi
160 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
que l'excitation subséquente plus faible, s'ajoutant à ce
reste emmagasiné par les ganglions, suffit à produire des
contractions.
Nous avons opéré ensuite avec le courant à interrup-
tions fréquentes, courant tétanisant. V'oici les tracés
que nous avons obtenus. Le courant minimum suffisant
entretient indéfiniment le rythme du ventricule et
l'empêche de se ralentir comme il ferait spontané-
ment.
Lorsque le ventricule a déjà ralenti ses pulsations,
l'excitation électrique suffisante le ramène au rythme
normal et le maintient dans ce rythme (fig. 38).
l''iu. ;i8. — AcctHcratioii dos battcnieiils Un veiiincule sé|iari;, sous l'influence de l'exci-
laliuii électrique. — A, tracé des battements du ventricule de plus eu plus ralentis
cl s'élant ralentis encore plus jusqu'en B. En T, ap|ilicaliun d'un courant tétanisant,
amenant un rythme beaucoup plus rapide du ventricule par suite de l'excitation de
ses ganglions.
Un courant un peu plus fort détraque le rythme des
pulsations. Encore plus fort, il arrête le cœur en dia-
stole, enfin, plus fort encore, il fait entrer le ventricule
en tétanos.
Sur les oreillettes séparées, remplies de sang et por-
PIIYSIOLOGIK. i6i
tées sous le cartli(3griiphe, nous faisons agir de même
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1. — Il
162 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
des ruptures isolées et des courants tétanisants de
diverses intensités.
Les ruptures isolées amènent chacune une contrac-
tion des oreillettes.
Un courant tétanisant arrête les oreillettes en dia-
stole (fig. 39). Après qu'il a cessé, les oreillettes restent
immobiles pendant un certain temps, puis reprennent
leurs battements, d'abord faibles et espacés, et se rap-
prochant .ensuite peu à peu de l'amplitude et du rythme
normal. Plus l'intensité du courant a été grande, plus
est long- l'arrêt qui persiste après que l'on a suppiimé
l'action de l'électricité.
DIXIEME LEÇON
I 17 j^iiivioi' 1878)
t'aMii* sauguiu.
Elude pliijslologi(iUe de l'appareil nerveux du cœur (suiU'). — llésumé des
résultais obtenus daus les expériences précédentes. — ■ Nouvelles expé-
riences. — La ligature au sinus arrête le cœur par son action sur les
fibres venant des cellules ganglionnaires et comprises à ce niveau dans des
uerfs cardiaques. — Explication de cet arrêt par interférence nerveuse.
Kôlc de l'appareil ganglionnaire du cœur.
Action du clilorofornie sur le cœur. — Expérience de Steiner. — Ueprise de
cette expérience. — L'arrêt n'est pas dû à l'insensibilité du cœur, mais à la
dimiiuilion de la motilité sous rinlluonce du poison.
iMessieurs,
Je vais résumer d'abord en quelques mois les résul-
tats des expériences dont je vous ai rendu compte à la
fin de la dernière leçon.
L'excitation mécanique accélère les ballemenls du
ventricule isolé et muni de ses ganglions. Quand cette
partie, abandonnée à elle-même, ralentit ses mouve-
ments, une nouvelle excitation lui rend son activité.
L'excitation mécanique foible accélère les pulsations
des oreillettes; forte, elle les ralentit ou les fait dispa-
raître.
L'excitation électrique agit de la môme façon, et
164 |gangliuns du coeuk sanguin.
elle présente cet avantage de pouvoir ôtre appliquée à
l'organe placé sous le levier du niyogTaphe ; on obtient
amsi des tracés qui permettent de mieux étudier les phé-
nomènes.
0[)érant sur le ventricule muni des ganglions de
Bidder, nous avons cherché le courant minimum dont
la rupture amenait nue pulsation. A^lors nous avons sou-
mis l'organe à une série de ces ruptures; puis, éloignant
légèrement les bobines, nous avons constaté quune
rupture de ce courant plus faible déterminait encore une
pulsation.
Mais si, au lieu d'appliquer le courant plus faible im-
médiatement après la série de ruptures du courant sulfi-
sant minimum, nous laissions au cœur un instant de
repos, le courant plus faible demeurait alors sans effet,
et il fallait revenir à la première position des bobines
pour obtenir une contraction cardiaque. Nous avons
exprimé celte loi de la façon suivante :
Soit N le courant minimum suffisant. Immédiate-
ment après l'action de celui-ci, des courants N-i, N-2,
N-8 , provoquent encore l'activité du cœur.
Cette formule n'est que l'expression du fait observé.
Quant à l'explication physiologique de ce fait, je n'en
vois qu'une seule .possible, et c'est la suivante : L'exci-
tation n'est pas toute entière employée par l'organe,
mais elle s'accumule dans les ganglions nerveux.
En outre, nous avons observé que les interruptions
fréquentes du courant minimum sulfisant maintiennent
le rythme du ventricule, lequel disparaîtrait finalement
si l'organe était abandonné à lui-môme; qu'un courant
PHYSIOLOGIE. 165
plus fort arrête le ventricule en ditistole; et que, plus
fort encore, il provoque chez lui un tétanos de tonicité.
Entin, nous pouvons affirnier qu'il existe un courant
capable d'activer le ventricule et d'arrêter les oreillettes.
Avant d'aller plus loin, nous allons faire une expé-
rience fondamentale. Il s'agit de résoudre une question
posée depuis longtemps : est-ce par l'excitation qu'elle
produit que la ligature du sinus détermine l'arrêt du
cœur? Ou ce phénomène n'est-il pas au contraire amené
parce que certains centres d'excitation sont isolés du
cœur par la ligature ? En d'autres termes, faut-il donner
raison à Heidenhain et Ludwig contre Bezold et Goltz,
ou inversement?
Si la ligature retranche certains centres nécessaires à
l'automatisme du cœur, nous pourrons suppléer à leur
action par l'excitation artificielle, et le cœur, arrêté par
la ligature de Stannius, reprendra ses mouvements
rythmés quand nous l'exciterons.
Plaçons une première ligature sur le bulbe aortique,
afin de retenir une certaine quantité de sang dans l'or-
gane. Lions le sinus exactement au lieu d'élection. Le
cœur est arrêté, et il peut l'êlre pour fort longtemps.
Portons-le sous le myographe, et cherchons le courant
minimum capable de provoquer sa contraction.
Nous constatons d'abord que, pour un courant d'une
certaine intensité, le cœur répond à la rupture par un
battement; et cela est en rapport avec l'expérience \[
de Stannius. Bezold et Goltz auraient-ils donc raison, et
le cœur, au lieu d'être paralysé par excitation d'un
lOC) GANGLIONS DU COKUn SANGUIN.
ceiilro d'arrêt, serait-il simplement arrêté par sa sé-
paration d'avec certaines cellules motrices et par
l'absence de l'excitation que normalement elles lui
transmettent?
Cette conclusion serait prématurée, car Biddera con-
staté que le même effet se produit lorsque Ton excite di-
rectement le cœur arrêté par l'éleclrisation du pneumo-
gastrique. Or, dans ce cas, l'arrêt est évidemment dû à
une excitation et non pas à la séparation de certaines
cellules. Cette expérience ne prouve donc rien en faveur
de la théorie de Goltz.
Mais qu'arrivera-t-il si, au lieu d'une seule rupture du
courant suffisant minimum, nous faisons agir sur le
cœur une série d'interruptions rapides de ce môme
courant, ce que l'on nomme d'habilude un courant
tétanisant? Après une première pulsation, le cœur
s'arrête, et il demeure immobile tout le temps que dure
le passage du courant. L'excitation continue est donc
sans effet sur le cœur arrêté par la ligature du sinus
veineux.
L'organe cependant n'est pas épuisé, car une nouvelle
rupture isolée amène encore une pulsation. Si donc le
cœur est arrêté dans ces conditions, c'est que son
système nerveux, sous l'influence de l'excitation qu'il
reçoit par la ligature, empêche le myocarde de répondre
à l'excitation électrique à laquelle il est soumis.
Fait bien singulier! Ce même courant interrompu,
qui a déterminé des contractions rythmées de la pointe
du cœur séparée de ses ganglions, demeure sans effet sur
e cœur entier.
PHYSIOLOGIE. 167
Qu'en conclure? sinon que dans le cœur il y a des
cellules ganglionnaires qui exercent une action fréna-
ti'ice.
Un point ne nous eu reste pas moins à éclaircir.
Pourquoi une rupture isolée aniène-t-elle une pulsation,
alors qu'un courant interrompu demeure sans effet?
Nous savons que la pointe du cœur isolée, soumise à
une rupture du courant, fait une pulsation; et c'est bien
dans ce cas le muscle seul qui agit, puisqu'il n'est plus
en rapport avec ses ganglions. Il en était probablement
de même tout à l'iieure. La rupture du courant agissait
sur le muscle avant que l'excitation eût eu le temps de
se transmettre au centre nerveux ; mais quand la
deuxième rupture arrivait à la fibre musculaire, la
première avait atteint le système ganglionnaire qui
empècbait le muscle de répondre à l'excitation. L'effet
de l'excitation électrique est donc double, et l'expé-
rience nous montre seulement que le temps perdu de
l'appareil modérateur cardiaque est plus c'bnsidérable
que celui du muscle.
Telles sont les expériences principales que nous avons
faites pour élucider la question. Vous voyez qu'elles
nous ramènent, jusqu'à un certain point, cà la théorie
des deux centres: un centre d'arrêt et un centre d'exci-
tation.
Nous reconnaissons facilement quand le centre excita-
teur l'emporte; mais nous n'avons aucun moyen de
distinguer entre l'équilibre des deux centres et la supré-
matie du frénateur.
Dans l'état physiologique, et pour l'organe entier, le
168 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
centre excitateur l'emporte constamment, puisque le
cœur est toujours en activité. Il en est de même pour
l'oreillette séparée, qui continue sesmouvemenls; quant
au ventricule isolé, ses centres ganglionnaires ne sont
pas suffisants à eux seuls pour le maintenir en activité,
car ses battements diminuent peu à peu et finissent par
s'arrêter.
Ce que nous venons de dire n'est vrai que pour ies
excitations physiologiques et les excitations artificielles
d'une faible intensité; il (mî est tout autrement quand
l'excitation dépasse nolablement les bornes physiolo-
giques. Si le cœur tout entier est soumis à une excitation
forte, ce sont les centres frénateurs qui l'emportent,
puisque l'organe s'arrête. En général, "au moment de
l'application de l'excitant, Tarrêt n'est pas coniplet, les
pulsations sont petites et iri'égulières, l'arrêt en diastole
survient seulement après ; ce qui montre que l'excita-
tion s'est accumulée clans l'appareil nerveux modérateur
et quelle y persiste un certain temps.
Les résultats sont plus nets quand on opère compara-
tivement sur l'oreillette ou le ventricule isolés. Une cer-
taine excitation détermine l'arrêt de l'oreillette, et la
même excitation fait marcher le ventricule. Ainsi, dans
les mêmes conditions, quand le centre frénateur l'em-
porte dans l'oreillette, l'inverse a lieu pour le ven-
tricule.
Cherchons à nous expliquer maintenant le mécanisme
des centres d'arrêt et des centres excitateurs afin de
saisir, s'il est possible, le but de ce mécanisme.
Revenons à l'expérience deStannius (expérience 7).
PHYSIOLOGIK. 169
La ligature du sinus veineux agit sur les deux branches
cardiaques du pneumogasirique au point où elles entrent
dans le cœur; nous avons reconnu qu'elle agit comme
une cause d'irritation. Mais, s'il en est ainsi, pourquoi
l'action trénatrice du pneumogastrique serait-elle plus
énergique quand il est excité au niveau du sinus que
lorsque l'excitation est appliquée sur n'importe quel
autre point de son trajet? Il faudrait admettre qu'il est
plus excitable sur le sinus, et cela est peu probable,
ainsi que Bezold le fait remarquer (voy. p. 135). Les
nerfs moteurs, en effet, comme l'ont démoniré les expé-
riences de Pfliiger et de Rosenthal, sont au contraire
d'autant plus excitables qu'on agit sur eux plus loin de
leur terminaison. Il nous faut donc rejeter cette hypo-
thèse, et chercher une autre explication du phéno-
mène.
Au niveau du sinus, de nombreuses cellules ganglion-
naires sont annexées aux nerfs. Toutes se montrent
nettement munies de fibres spirales, ainsi qu'il est facile
de s'en convaincre, grâce aux vaisseaux qui, interposés
entre elles et les nerfs, les écartent de ceux-ci, et fiicili-
tent leur étude (voy. fîg. 'il). Ces fibres spirales, ainsi
que les fibres droites, gagnent les nerfs cardiaques et se
confondent complètement avec les fibres nerveuses qui
leur appartenaient. Ces nerfs ne sont donc pas des cor-
dons homogènes dans tout leur trajet, depuis leur
origine jusqu à leur terminaison. Au niveau du sinus, où
nous en pratiquons la ligature, ils sont considérable-
ment modifiés dans leur constitution et dans leurs
propriétés par ladjonction des fibres qui viennent des
170 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
cellules ganglionnaires et qui so sont confondues avec
celles qui viennent des centres nerveux. 11 n'est donc
pas surprenant que les effets de la ligature ne soient pas
les mêmes, suivant qu'on les lie à leur sortie du crâne,
ou à leur entrée dans le cœur.
Il est même possil)Ie de donner à cette hypothèse un
développement plus grand encore. La fibre droite qui
provient de la cellule ganglionnaire se met en rapport
avec un tube nerveux du pneumogastrique au moyen
de la disposition en T; quant aux fibres spirales, fai-
sant communiquer entre elles les cellules ganglion-
naires, elles représentent l'équivalent anatomique des
prolongements proloplasmiques des cellules nerveuses
du centre cérébro-spinal. On conçoit ainsi que, l'excita-
tion électrique du pneumogastrique se transmettant par
les fibres droites aux cellules, celles-ci, excitées d'une
façon anormale, agissent les unes sur les autres et de
haut en bas par les fibres spirales qui les mettent en
communication entre elles et produisent ainsi des phé-
nomènes d'interférence (1) capables de déterminer
l'arrêt du cœur. La ligature au sinus, excitant direc-
tement les fibres d'origine ganglionnaire comprises
(1; Tous les iiliysiologisles savent que Cl. Bernard iliappoit sur les pro-
filés de la pliijsiolorjie. finn'rale m France,^ 1SG7, p. 05 ; Leçons sur les
tiquiiles (le Vorfjcinisine, 1. H, \). "21^^) a expliqué par une action d'interte-
rcnrc les phénomènes d'arrêt en général, et en pailiculier ceux qui amènent
la dilatation des vaisseaux de la glande sous-maxillaire du cliien quand on
excite la corde du tympan. Chez le chien, les nombreuses cellules gan-
glionnaires contenues dans l'épaisseur de la glande, et ijui paraissent être
le siège de ces phénomènes d'inleifé'rcnee, ne possèdent pas de lllires spirales,
mais les cylindres-axes qui en naissent, formés eux-mêmes de fibrilles ner-
veuses, peuvent se diviser et les mettre en rappiuL les unes avec les autres,
tout en conservant leurs relations avec le nerC principal.
PHYSIOLOGIE. 171
dans les rameaux nerveux cardiaques, déterminerait des
phénomènes d'interférence analogues, et c'est ainsi
qu'elle produirait l'arrôt du cœur.
Ainsi, les cellules à fibres spirales constitueraient
les centres frénateurs. Mais le cœur contient encore d'au-
tres cellules nerveuses qui sont mélangées aux pre-
mières dans les nerfs de la cloison, et qui l'emportent
de beaucoup en nombre sur celles-ci dans les gan-
glions de Bidder. Ces cellules paraissent être des cen-
tres excitateurs. Mais ce n'est encore là qu'une hypo-
thèse, difficile à vérifier par l'expérience, car elles sont
partout mêlées à des cellules à fibres spirales. On peut
constater cependant qu'elles sont beaucoup plus abon-
dantes en certaines régions qu'en d'autres; et qu'à
celte différence anatomique correspond une différence
physiologique des diverses parties du cœur.
Ainsi le ventricule, séparé avec ses ganglions, bat
d'abord énergiquemcnt; puis ses mouvements s'affai-
blissent, et finalement s'arrêtent. Excité, il reprend sou
activité. Nous devons en conclure que les cellules ner-
veuses de la deuxième espèce, qui prédominent dans les
ganglions de Bidder, ont besoin pour agir d'être elles-
mêmes excitées, et ne peuvent, par conséquent, être
considérées comme les véritables centres des mouve-
ments automatiques.
Mais d'où provient alors l'excitation qui dans Tétat
physiologique fait battre le cœur? Ce n'est évidemment
pas des centres cérébro-spinaux, puisque le cœur bat
quand il est isolé. Il est impossible de placer le centre
excitateur ailleurs que dans les cellules à fibres spirales,
172 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
les mêmes que nous avons considérées comme cellules
tVénatrices. Les fails nous obligent doncà leur attribuer
ces denx propriétés, qui ne sont contradictoires qu'en
apparence. Nous concevons en effet que, abandonnées
à elles-mêmes et en vertu de leur activité propre, elles
dégagent constamment l'excilant qui est nécessaire à
la mise en jeu du muscle cardiaque. Nous concevons
également qu'il puisse leur arriver, des centres cérébro-
spinaux par le pneumogastrique, ou de tel antre centre
ganglionnaire situé dans le cœur lui-même, une force
qui fasse équilibre à celle qu'elles produisent elles-
mêmes, pour la diminuer ou la supprimer; dans ce
dernier cas, le cœur doit nécessairement s'arrêter.
Nous devons nons demander maintenant quel est le
rôle des cellules dépourvues de fibres spirales. Le ralen-
tissement d'abord, l'arrêt ensuite du ventricule séparé
avec ses ganglions, le retour du rythme sous l'in-
fluence d'une excitation, démontrent de la façon la
plus claire que les cellules des ganglions de Bidder, qui
appartiennent presque toutes à l'espèce dont nous nous
occupons en ce moment, accumulent l'excitation qui
leur est communiquée et la distribuent ensuite d'une
manière résçulière.
En résumé, les cellules ganglionnaires du cœur
paraissent destinées, les unes à produire la force qui le
met en jeu et à subir les impressions des centres destinés
à le maintenir en harmoin'e avec le reste de l'orga-
nisme, les autres h ménager la force dégagée et à la
répandre au fur et à mesure des besoins fonctionnels de
l'organe. Quant à un appareil nerveux destiné à produire
PHYSIOLOGIE. 173
le rythme, il n'en existe pas, ainsi ({ue nous l'avons
absolument démontré.
Comme vous le voyez, la théorie que je vous (îxpose
explique des faits (jue n'expliquaient pas lus théories
anciennes ; elle n'est assurément pas définitive, mais elle
peut rendre des services en attendant qu'une meilleure
lui succède. Késumons-la en quelques mots.
Le cœur est un appareil musculaire d'une sensibilité
extrême; il ne marche que dans des limites d'excitation
très étroites, ainsi que le démontre la difïioulté d'obtenir
des mouvements rythmiques de la pointe du cœur sépa-
rée. Une excitation trop faible ne produit rien ; trop
forte, elle laisse la pointe du cœur en diastole ou bien elle
en détermine le tétanos. Le degré d'excitation juste suffi-
sant ne pouvait être obtenu que par un appareil nerveux
formé de plusieurs organes se faisant équilibre. C'est
toujours ainsi que l'équilibre est établi dans la nature ;
il n'est jamais basé sur l'inertie.
En terminant cette leçon, je dois vous parler encore
d'une expérience récente de Steiner (i), (jui paraît
donner raison à Goltz et qui porterait à admettre avec lui
que le cœur isolé ne doit son activité qu'aux excitations
extérieures.
Le cœur d'une grenouille est suspendu dans une
atmosphère de chloroforme : il s'arrête au bout de dix-
huit minutes. A l'air libre il récupère ses mouvements.
De plus, pendant qu'il est immobile, il répond par des
pulsations isolées aux excitations mécaniques.
(1) steiner, Zur Innervation rtes Froschhenens [Arcli. de Rei-lieii et ûu
Uois-Reijrnond, i^lA, p. i7i).
174 GANGLIONS DU COEUR SANGUIN.
Steiner donne de ces faits une explication singulière
en rapport avec la conception de Bezold. D'après lui,
le chloroforme paralyserait les cellules ganglionnaires
du sinus, et, comme les monvenients du cœur sont sous
leur dépendance, celui-ci s'arrête.
Nous allons faire l'expérience devant vous. Détachons
le cœur de deux grenouilles de même espèce et de même
vigueur ; suspendons par le bulbe aorlique chacun de
ceux-ci à un support et placons-les isolément sous deux
cloches préparées à cet effet. Dans une d'elles laissons
l'air atmosphérique, dans l'autre établissons, à l'aide .
d'un baquet contenant quelques gouttes de ce liquide,
une atmosphère arlificielle de chloroforme. Le cœur
placé sous la première a des pulsations également fré-
quentes tout le temps que dure l'expérience; mais, au
bout de cinq à six minutes, vous voyez se ralentir celui
qui se trouve exposé aux vapeurs du choroforme. il s'ar-
rête au bout de quinze à vingt minutes. Il battait au
début quarante fois par minute , après huit minutes il ne
battait plus que seize fois ; puis l'arrêt est arrivé ; quand
on le touche alors, il exécute une contraction.
Quelle est la cause de son immobilité ? Est-il paralysé,
ou au contraire soumis à une excitation trop forte ? 11
semblerait d'abord que cet organe se comporte comme
ranimai lui-même; que sa sensibilité est éteinte et ses
mouvements réflexes supprimés; que Goltz a raison, en
un mot. Mais avant de tirer ces conclusions, complé-
tons l'expérience*
Portons le cœur arrêté sous le levier du myographe,
et cherchons le courant minimum capable de le faire
PHYSIOLOGIE. 175
contracter. Il faut un courant d'une intensité très
grande. Gela tiendrait-il à ce que la sensibilité du cœur
est affaiblie comme la sensibilé générale ?
Voyons comment se contracte le cœur. H donne une
pulsation très petite, qui s'élève à peine au-dessus de
l'abscisse. Si nous employons un courant plus fort, l'am-
plitude de la contraction n'est pas augmentée. Le muscle
a donc été profondément atteint par le chloroforme.
C'est, en effet, une loi absolue, que le cœur donne tout
ce qu'il peut quand il est excité, l^oat ou rieii^ nous l'a-
vons vu, est la devise de cet organe.
Dans l'appareil enregistreur, le cœur électrisé a
effectué tout le travail qu'il pouvait ; toujours s'est-il
montré sensible? A l'aspect du tracé vous voyez que sa
motilité a été atteinte au môme degré que sa motricité.
Nous pouvons mesurer la première, mais nullement ap-
précier l'autre.
Le cœur n'a pas été tué, puisqu'il se contracte à
l'excitation mécanique ou électrique. Bien plus, à l'air
libre vous allez le voir reprendre peu à peu son rythme
normal; en somme, on ne sait s'il n'y a pas un certain
degré d'anesthcsie, mais on peut affirmer qu'il y a une
diminution de la motilité.
OlNZlÈME LIXU.N
{•2i janvier 1878)
Cœur sangutu.
TeDiiinainons nerreuses. — Ilislorkjue. — Vulkinuiin. Hidilcr. — Disciisbioii
i,iir l'origine sympalhiiiueou cérébro-spiiiulc des fibres nerveuses du cœur.
L'absence de myéline sur ces fibres ne suffit pas à prouver leur origine
sympathique. Krause. KoUiker. Schweigger-Seidel. Langerhans. Léo Ger-
lacli. Fisciier.
Objet à choisir : cloison des oreillettes de la grenouille verte. — Proccdéë
d'étude. — Impossibilité de l'examen à l'état frais. — Késultat de finjcc-
tion d'acide osmique; les fibres les plus fines ne sont pas colorées. — llé-
sultats infructueux |du nitrate d'argent. — Méthode de l'or. Procédés de
l'.oiinliuiin, Gerlacli, Hénocque, Liiwit, Gschcidlen. Leurs résultats nuls
ou incomplets pour la cloison des oreillettes. — Nouveau procédé : injection
d'un mélange d'or et d'acide foriiiique bouillis ensemble.
Messieuks,
Dans le but de connaître l'appareil nerveux du cœur,
objet actuel de ces leçons, nous avons étudié d'abord
le myocarde et ses propriétés, ensuite l'appareil gan-
glionnaire et son rôle : il nous reste maintenant à exa-
miner la slructure des terminaisons nerveuses dans le
muscle cardiaque, et à déterminer les functions des nerfs
du cœur, autant du moins que cela sera en iu)tie pou-
voir.
Je commencerai par les terminaisons nerveuses, et
TERMINAISON DES NERFS. 177
en premier lieu je vais vous exposer l'historique de la
question.
L'idée la plus anciennement émise à ce sujet est celle
de Volkmann (I), qui attribuait au système sympa-
thique les fibres nerveuses qui se terminent dans le
myocarde.
Cette opinion est reprise en 1868 par Bidder (^2).
D'après cet auteur, les fibres du pneumogastrique se
terminent toutes dans des cellules ganglionnaires,
d'où partent des fd^res nouvelles, sympathiques comme
les cellules elles-mêmes, et se terminant dans les fibres
musculaires.
L'opinion de Volkmann et de Bidder est fondée sur
un seul fait qui ne saurait l'établir, mais qui mérite
cependant toute considération : l'absence de myéline
dans les fibres nerveuses.
Vous savez que les tubes nerveux qui se rendent aux
muscles striés volontaires sont pourvus d'une gaîne
médullaire et qu'ils la conservent jusqu'à leur arrivée
aux fibres musculaires elles-mêmes. Au delà du sarco-
lemme seulement, ils la perdent et donnent des bran-
ches terminales sans myéline. 11 n'en est pas de même
dans le cœur, oii, bien avant d'arriver à leur termi-
naison dans les fibres musculaires, les tubes nerveuy
n'ont plus de myéline. Chez la grenouille, notamment,
immédiatement après les ganglions de Bidder, les fibres
à myéline deviennent très rares et disparaissent bientôt
(1) Volkmann, Nachweisung der Xervencentra, von welclien die Beweyunij
der Lymph- und Blutgefdssnervenaus(jeht{Arch. de Millier, 1844, p. 4I'J).
(:2) Bidder, Die Eadifjuiiijsweise der Heraweige des Nerviis vatjus beitn
Frosche {Arch. de Reichert et du Dois-Reijrnond, 18(58, p. 1).
RANVIER. — An;it. générale. ï. — 12
178 COEUR SANGUIN.
complètement pour donner naissance à des fibres sans
myéline. Mais de ce que ces fibres sont dépourvues
de gaîne médullaire, il ne s'ensuit pas qu'elles soient
sympathiques. D'une part, en effet, le système du grand
sympathique contient, dans certaines régions, des fibres
à myéline moins nombreuses que les autres, il est vrai,
et d'autre part, les fibres du centre cérébro-spinal ne
sont pas toutes à myéline. J'en citerai deux exemples
seulement.
Les tubes nerveux qui se rendent à l'organe électrique
de la torpille, et qui sont tous pourvus d'une gaîne
médullaire, s'en dépouillent dans les lames électriques
et parcourent encore un long trajet à l'état de fibres
sans myéline. Les nerfs qui se distribuent à la cornée
contiennent des fibres à myéline, mais celles-ci quittent
leur gaîne médullaire à la périphérie de cet organe et
continuent leur trajet dans son intérieur à l'état de
fibres sans myéline. 11 n'est donc pas permis de consi -
dérer une fibre nerveuse comme sympathique, par ce
seul fait qu'elle est dépourvue de myéline.
L'absence de gaîne médullaire sur les fibres termi-
nales du cœur est une des causes de la difficulté de
leur étude. Peu de travaux ont été publiés sur ces
fibres terminales, non pas que la question ne soit im-
portante et n'ait excité le zèle des travailleurs; mais la
plupart, je crois, n'ont pas voulu publier des recherches
dont ils jugeaient les résultats insuffisants.
Je vous parlerai d'abord de l'opinion de Krause. Cet
auteur avait fait, comme vous savez, une bonne étude
des terminaisons nerveuses dans les muscles striés de la
TERMINAISON DES NERFS. 179
vie animale. Dans son petit traité sur l'anatomie du
lapin, il dit que les nerfs cardiaques se terminent par
des plaques motrices (1). C'est là une erreur qu'il a,
par mégardc sans doute, laissé tomber de sa plume
dans le courant de la rédaction.
Kôlliker (2), dans son Traité dliislologie^ parle à
peine de la question qui nous occupe. Il dit d'abord
qu'il est impossible de déterminer exactement le mode
de terminaison des nerfs dans le cœur; puis il ajoute
que chez la grenouille on voit des fibres pâles, à noyaux,
qui se ramifient et se terminent par des extrémités libres.
Il ne dit pas si cette terminaison se fait à la surface ou
dans l'épaisseur des travées musculaires.
Schweigger-Seidel (."i), dans le manuel de Stricker,
consacre quelques lignes à la structure des fibres ner-
veuses du cœur. Il les a étudiées dans le ventricule du
chien. Il a vu des fibres nerveuses sans myéline par-
courir le myocarde, se ramifier, se diviser et.se subdi-
viser à leurs extrémités. En ce qui concerne la gre-
nouille, il n'ajoute rien à la description de Kôlliker.
Langerhans (4) a cherché à obtenir les cellules mus-
culaires cardiaques isolées. Il s'était servi d'abord de
réactifs dissociateurs, mais il les a bientôt abandonnés
pour dissocier directement les faisceaux musculaires
plongés dans du sérum. Il a séparé ainsi des fragments
(t) Krause, Amûomie des Kaninchens. Leipzig, 1868, p. 'H]i.
(2) Kôlliker, Ëlémenls iVImlologie humaine, "l" édit. française, p. 74-9.
(3) Scliweigger-Seidel, Dus lien, (Slricker, Handbuck der Lehre von den
Geweben, p. 18S).
(■i) Langerhans, Zur llistologie des Ilenens {Arch. de l'ù'c/jow, | 1873,
t. LVIII, p. 65).
180 COliUR SWGUIX.
corres})ondaiit à peu piès aux cellules du inyocarile. De
quelques-uns de ces fragments, beaucoup plus rares
que les autres, Langerhans a vu se détacher de petites
fibres réfringentes, et ne présentant pas trace de stria-
tion. 11 les a considérées comme des fibres nerveuses
terminales. Il insiste sur le petit nombre des cellules qui
présentent cette disposition. Souvent, dans une pré-
paration réussie, il ne pouvait en découvrir qu'une
seule.
11 a aussi appli({ué la méthode de l'or à l'élude des
fibres nerveuses du cœur. Des différents procédés qu'il
a essayés, c'est celui de Gerlach qui lui a donné les
meilleurs résullats. Il a pris comme objet principal
d'étude la cloison interauriculaire de la salamandre
commune, et il a vu, comme Kôlliker, les fibres ner-
veuses sans myéline se ramifier et se terminer librement
sur les travées musculaires.
Léo Gerlach (1) a étudié la cloison interauriculaire de
la grenouille à l'aide de la méthode que son père avait
appliquée à la recherche des terminaisons des nerfs dans
les muscles de la vie animale (2). 11 décrit deux ré-
seaux nerveux, l'un interfasciculaire à larges mailles,
l'autre intrafasciculaire à mailles beaucoup plus petites,
en communication avec le premier, et constituant les
vraies terminaisons nerveuses.
Enfin, en 1877, a paru dans les Archives de Schultze
le dernier mémoire dont je vous parlerai ; son auteur,
(1) Léo Gcilacli, L'eber die Nervenemlujungcn in iler Mushulalur des
Froschlienens {.\rch. de Virchow, 1870, t. LXVI, |). lS7i.
(2) Voy. Leçons sur l'histologie du système nereveux, t. il, \>. 'i'^8.
TERMINAISON DES NERFS. 181
Fischer (J), a employé l'or, d'après le procédé de Lowit,
pour rechercher les terminaisons nerveuses dans le
muscle cardiaque. 11 a décril, autour des travées mus-
culaires, un réseau nerveux à fibres assez grosses, s'a-
nastomosant entre elles à angles droits ou k peu près
droits. De plus, sur des coupes transversales du myo-
carde soumis à l'action de l'or, il a vu que les bran-
ches terminales des nerfs, indiquées par leur teinte
violacée, étaient situées extérieurement aux faisceaux
musculaires et ne pénétraient pas à leur intérieur.
Tels sont les travaux principaux sur la terminaison
des nerfs dans le myocarde. Je n'en ferai pas ici la cri-
tique; elle viendra à sa place dans l'étude expérimen-
tale que je vais entreprendre. Dans cette étude, je n'au-
rai pas besoin de recourir à un grand nombre d'espèces
animales. Je ne saurais, je crois, trouver de meilleur
objet que la cloison interauriculaire du cœur de la
grenouille, sur laquelle, il y a trente ans, Ludwig a
inauguré l'étude de la question.
Quant aux méthodes, nous en avons plusieurs à notre
disposition, mais elles ne sont pas toutes également
bonnes.
On pourrait essayer d'examiner directement une
cloison à l'état frais, mais ce n'est pas chose facile que
de la détacher. Les oreillettes vides sont repliées sur
elles-mêmes comme un chiffon; à l'aide des aiguilles,
des ciseaux et du scalpel, et grâce à un hasard favo-
rable, on peut réussir à séparer quelques fragments de
(1) Fischer, l'eher die Eniliyunfj der Xerven im quergeslreiften Mushel der
Wirbellhiere (Aich. f. micr. Anat. 1877, t. XllI, p. 3G5).
185 COEUR SANGUIN.
la cloison. Les fibres musculaires s'y montrent reve-
nues sur elles-mêmes, et leur strialion paraît très serrée.
Quant à l'appareil nerveux, on reconnaît les cellules
ganglionnaires, et l'on peut suivre le trajet des fibres
à myéline ; mais les fibres sans myéline, encbevêtrées
avec les fibres musculaires, sont excessivement difficiles
à dislinouer.
Pour pouvoir facilement détacher la cloison, il est
de toute nécessité de fixer à l'état d'extension et de
rendre rigides les parois des oreillettes. L'alcool est
insuffisant pour atteindre ce but, mais l'acide osmique
donne d'excellents résultats. On injecte ce réactif par
une des aortes, en suivant les indications qui ont été
données antérieuremenl.
Quand les parois des oreillettes sont fixées, le cœur
détaché est porté dans l'eau, oh doit désormais se pour-
suivre l'opération. A l'aide des ciseaux, des pinces et des
aiguilles, on isole la cloison, on l'agite ou on la balaye
avec un pinceau pour chasser le sang retenu dans ses
mailles, et on la colore au picrocarminate d'ammoniaque
ou à l'héniatoxyline. On obtient ainsi de très belles pré-
parations, sur lesquelles on distingue nettement les
fibres nerveuses à myéline, dont la teinte noire est plus
ou moins foncée suivant le temps qu'a duré l'action de
l'acide osmique, les fibres sans myéline qui les conti-
nuent et les cellules ganglionnaires sur le trajet des
nerfs. Cependant ces préparations ne sont pas satisfai-
santes au point de vue des terminaisons nerveuses.
Guidé par les noyaux qui accompagnent les nerfs, on
peut, non sans peine, quand ils se composent d'un cer-
TERMINAISON DES NERFS. 183
lain nombre de fibres, les suivre assez loin après la
disparition de la myéline; mais il est impossible d'aller
jusqu'à leurs dernières ramifications. Cette méthode est
donc insuffisante, et il nous faut en chercher d'autres.
Nous avons essayé d'abord le nitrate d'argent, qui
avait si bien réussi à Cohnheim dans l'étude des termi-
naisons nerveuses des faisceaux musculaires de la vie
animale. Après avoir lavé le cœur à l'aide d'un cou-
rant d'eau distillée, nous y avons injecté une solution
de nitrate d'argent à i pour 300; après avoir laissé agir
ce réactif, nous avons enlevé la cloison. Mais, si les
éléments situés dans son épaisseur ont été fixés, l'im-
prégnation ne les a nullement atteints. L'endothélium
seul a été imprégné et a fait ensuite obstacle à la difi'u-
sion du nitrate d'arerent.
Cl
Nous arrivons aux divers procédés d'imprégnation
par l'or. Quel que soit celui que l'on adopte, les résul-
tats sont toujours très incertains. Ils sont nombreux,
mais on n'en connaît encore aucun dont ïé succès soit
assuré.
Le procédé primitif, celui de Cohnheim, consiste à
plonger le tissu frais dans une solution de chlorure d'or
à 1 pour 200, légèrement additionnée d'acide acétique
ou chlorhydrique. Au bout d'un temps qui varie d'un
quart d'heure à une heure, il prend une teinte jaune .
On le place alors dans de l'eau distillée, légèrement
acidulée, et on l'expose à la lumière. L'or est réduit
et quelquefois se dépose en plus grande abondance sur
les nerfs; mais c'est là le cas le moins fréquent. Ce pro-
cédé, qui donne parfois de beaux résultats pour les nei'fs
18i COEUR SANGUIN.
de la cornée du lapin et du cochon d'Inde, ne m'a jamais
réussi pour les terminaisons des nerfs dans le muscle
cardiaque. Mon appréciation est d'ailleurs d'accord avec
celle de mes devanciers, Bidder (i) et Langerhans (2).
Les gros troncs nerveux, les cellules ganglionnaires et
les petits nerfs sont bien colorés. Les fibrilles nerveuses
elles-mêmes peuvent l'être jusqu'au point où elles attei-
gnent les travées musculaires, mais on ne les voit jamais
au delà.
Léo Gerlach emploie une solution de chlorure double
d'or et de potassium à 1 pour 1^000, très légèrement
acidifiée par de l'acide chlorhydrique; après un séjour
de quatorze à seize heures à l'obscurité dans ce réac-
tif, il lave la préparation à l'eau légèrement acidulée,
et la place dans un mélange d'une partie d'acide chlo-
rhydrique : 400 parties de glycérine et 100 parties
d'eau. Ce procédé ne vaut guère mieux que celui de
Cohnheim, même à en juger par les résultats que l'au-
teur a obtenus et qu'il a figurés dans son mémoire. Du
reste, les préparations que j'ai faites, ensuivant rigou-
reusement sa méthode, n'ont pas mis en évidence
même les plus gros détails qu'il a représentés.
Hénocque (3) chaufl'e dans une solution concentrée
d'acide tartrique les tissus préalablement soumis à l'ac-
tion du chlorure d'or. J'ai appliqué ce procédé à la
cloison des oreillettes. Mais lorsque l'on plonge cet
organe dans la solution d'acide tartrique, il revient sur
(Ij Bidder, loc. cit., voy. p. 177,
(2) Langerhans, loc. cit., voy. p. 179.
(3) Hénocque, Du mode de distribution et de terminaison des nerfs dans
les muscles lisses. Paris, 1870.
TEllMLNAISON DES NERFS. 185
lui-même, ses tissus se gonflent, et la préparation ne
présente rien de net.
Lôwit ( J ) a fait faire un véritable progrès à la tech-
nique de l'or. Son procédé, que la plupart d'entre vous
connaissent déjà, est le suivant : Les tissus sont plongés
d'abord quelques instants dans une solution d'acide
formique au tiers. Ils y deviennent transparents ; on les
soumet alors à l'action d'une solution de chlorure d'or
à 1 ou 2 pour iOO, jusqu'à ce qu'ils prennent une
coloration jaune. On les met de nouveau dans une solu-
tion d'acide formique au tiers, pendant vingt-quatre
heures, à l'obscurité, puis dans l'acide formique pur,
égalementà l'obscurité, pendant les vingt-quatre heures
suivantes; on les lave, puis on les conserve dans de la
glycérine additionnée d'acide formique. L'an dernier,
j'ai remarqué que, si un fragment de muscle soumis à
cette préparation était volumineux, son centre était
coloré en violet, tandis que ses parties superficielles
restaient jaunâtres. Dans la portion franchement violette
tous les éléments se trouvaient imprégnés; aucun ne
l'était dans les parties jaunâtres. Dans les régions inter-
médiaires seulement, l'or avait eu une élection conve-
nable.
Appliquons au cœur cette méthode. Injectons-le
d'abord d'acide formique au tiers. Sous l'influence de
ce réactif, ses tissus se gonflent, mais ils ne deviennent
pas friables et l'organe ne se rompt pas si l'on n'exagère
pas la pression. Au bout de quelques minutes, rem-
(I) Lowit, Die Nerven der ghitten Muskulatur {Acad. des sciences de
Vienne, d" section, t. LXXI, 1876).
186 COEUR SANGUIN.
plaçons l'acide formique par une solution de chlorure
d'orà 1 pour 100. Lorsque ce dernier réactif a suffisam-
niontagi,au bout de vingt minutes en moyenne, lavons
l'intérieur du cœur en y faisant passer un courant
d'eau distillée et plaçons-le tout entier dans une solu-
tion d'acide formique au tiers.
Le résultat de cette préparation est nul. Les parois et
la cloison des oreillettes se sont trouvées dans les mêmes
conditions que les parties superficielles d'un fragment
musculaire, etnesont nullement imprégnées. La méthode
de Lôwit ne saurait donc convenir pour ces organes.
Récemment, dans les Archives danatomie microsco-
pique a paru un travail de Gscheidlen (i) dont j'aurai
plus tard à vous entretenir avec quelque détail. Les
terminaisons nerveuses y sont étudiées dans les muscles
lisses et particulièrement dans les muscles des culs-de-
sac gastriques de la sangsue. Mais ce qui nous im-
porte ici, c'est la modification apportée par l'auteur au
procédé de Lôwit. Après une macération de vingt-quatre
heures dans l'acide formique à 2 pour iOO, le tissu est
porté dans une solution de chlorure d'or à 1 pour 100.
On l'y laisse dix minutes, un quart d'heure, vingt
minutes, et on le replace dans l'acide formique à
1 pour 100. Au boutde vingt-quatre heures, la réduction
de l'or est opérée.
Ce procédé ne peut pas s'appliquer au cœur de la
grenouille, surtout quand il s'agit de la cloison inter-
auricukire. Après un séjour de vingt-quatre heures
(I) Gsclicidlen, Beilraege zur Lehre von den Nervenendigungen in den
glalten Mushelfusern {Arch. /. micr. Anat., 1878, t. XIV, p. J^lj.
TERMINAISON DES NERFS. 187
dans l'acide formique à ^ pour 100, il survient dans ces
parties des modificalions telles, que tout y est devenu
confus, et qu'il n'y a même pas lieu d'essayer de les
soumettre à l'action de l'or.
J'ai fait des préparations d'après les différents pro-
cédés que je viens de vous indiquer, et vous pourrez en
examiner une série après la leçon. Comme je vous le
disais en commençant cet exposé, vous verrez que,
malgré tant d'essais et de tâtonnements, nous n'avons
pas encore une méthode réellement bonne pour impré-
gner par l'or les terminaisons nerveuses du cœur.
Voici le procédé qui m'a donné les meilleurs résultats ;
c'est une modification de celui de Lôwit, peut-être
pourrait-on le modifier encore, et remplacer avec avan-
tage l'acide formique par un autre acide organique :
On mêle quatre parties d'une solution de chlorure d'or
à ^2 pour 100 à une partie d'acide formique ordinaire,
et l'on fait bouilhr le mélange jusqu'à ce qu'il prenne
une teinte verdâtre. On s'en sert après l'avoir laissé
refroidir.
On immobilise la grenouille par la destruction de la
moelle ou par la curarisation. Le cœur est dégagé, le
péricarde ouvert jusqu'aux aortes. Sous celles-ci on
passe deux fils, et avec l'un d'eux on lie le sinus. Le cœur
continue à battre, ou, s'il a été arrêté, il reprond bientôt
son activité. Au bout d'un instant, il a chassé tout le
sang qu'il contenait et a pris une teinte anémique. Alors,
par une des aortes, on injecte deux ou trois centimètres
cubes du mélange. 11 ressort par la deuxième aorte. On
lie d'abord celle-ci, on remplit le cœur, on lie à son tour
188 COEUR SANGUIN.
la première aorte, et après avoir détaché l'organe on le
porte tout entier dans un flacon contenant une faible
quantité du même mélange. Après dix minutes ou un
quart d'heure, on le met dans de l'eau distillée ; enfln,
avec les ciseaux et sous la loupe, on ouvre l'oreillette et
l'on déQ;as;e la cloison.
On laisse celle-ci, dans de l'eau distillée, exposée à la
lumière diffuse. Le lendemain, les nerfs sont colorés en
violet foncé, et la cloison tout entière a une teinte vio-
lacée. Les gros troncs nerveux seulement présentent
une coloration intense, mais on peut renforcer celle
des branches fines en replaçant la préparation dans une
solution de chlorure d'or à 1 pour 100, très légèrement
additionnée d'acide formique. Quelques instants suffi-
sent. L'or se dépose sur l'or déjà réduit. Quand on juge
la coloration suffisante, on laisse dégorger la cloison
durant une heure au moins dans un bain d'eau dis-
tillée souvent renouvelée, et on la conserve, soit dans
de la glycérine simple, soit dans un mélange de dix
parties de glycérine pour une d'acide formique.
Cette méthode est d'une application facile ; elle est
supérieure aux autres et donne des résultats beau-
coup plus constants.
DOUZIEME LEÇON
(2i JMiivici- 187S)
Cœur «sanguin.
Terminaisons nerveuses. — Critique de la niétliode de l'or. — Description
du réseau nerveux coloré par l'or. — Rapport des fibres nerveuses avec
les cellules du myocarde : les fibres nerveuses passent dans l'intérieur des
fibres musculaires comme dans les grains d'un chapelet et forment un
réseau analogue à celui des cellules musculaires elles-mêmes. — Impossi-
bilité de démontrer des terminaisons libres.
Phijsiologie des terminaisons nerveuses dans le mtiscle cardiaque. — Théorie
des réflexes de Biddcr. Elle a cours encore aujourd'hui. — Expériences de
Pagliani tendant à démontrer l'existence de nerfs scnsitifs dans le péri-
carde et leur action réflexe sur la contraction du cœur. Causes de son
erreur. — Théorie d'Engolmann sur la propagation de l'excitation de
cellule en cellule par une action moléculaire. '
Messieurs,
Les résultats dus à la méthode de coloration par l'or
ne méritent assurément pas une confiance absolue,
car rien à priori ne prouve que tout ce qui est nerveu.K
soit coloré par l'or et que rien autre ne le soit. Cepen-
dant, si, sur des préparations obtenues par cette mé-
thode, on peut suivre un nerf à partir d'un £çros tronc
jusqu'à ses dernières ramifications, et qu'on n'aperçoive
dans tout son trajet ni discontinuité, ni changement
190 COEUR SANGUIN.
de couleur, on esl en droit de conclure que ces dernières
ramifications appartiennent, aussi bien que le tronc
lui-même, à l'appareil nerveux.
Néanmoins, l'irrégularité des résultats qu'elle fournit
laisse planer sur la méthode une certaine incertitude;
et si des observations de contrôle sont possibles, elles
ne seront certes pas superflues. Ces recherches de
vérification nous occuperont aujourd'hui.
Mais revenons aux préparations dont je vous ai
indiqué la technique à la fui de la leçon précédente.
Vous en avez pu examiner plusieurs. Sur toutes, les
a;ros troncs se montrent fortement colorés en violet
foncé. Des branches s'en dégagent, se divisant, se sub-
divisant et devenant de plus en plus fines (fig. 40).
Sur les dernières, on aperçoit les noyaux placés de dis-
tance en distance et situés latéralement, comme s'ils
ne leur étaient que juxtaposés. Ils se trouvent d'ail-
leurs aussi souvent sur la continuité des fibres qu'à
leurs angles de bifurcation.
Les libres elles-mêmes ne présentent que de rares
anastomoses. On peut quelquefois, sans en apercevoir
une seule, suivre une fibre depuis son tronc d'origine
jusqu'à ses dernières ramifications; mais c'est là Vex-
ception.
Après l'action du chlorure d'or, les rameaux nerveux
paraissent formés de fibrilles, bien qu'il soit difficile,
impossible même, de fixer avec précision les limites de
celles-ci. C'est que le plus souvent, sous l'influence du
traitement auquel ils ont été soumis, les éléments con-
stitutifs des nerfs ont subi des altérations considérables.
TERMINAISON DES NERFS. 191
Ils sont fragmentés, formés de grains irréguliers et for-
tement colorés, et ils présentent des vacuoles. Ils ne
sont pas tous semblables entre eux ; de l'un à l'autre se
manifestent des différences d'aspect très sensibles, dont
il est impossible de déterminer les causes et qui peuvent
se montrer sur la même préparation. 11 est inutile dMn-
sister davantage sur ces irrégularités qui portent sur-
tout sur les plus fins détails de structure et sont insé-
parables des méthodes de coloration par l'or.
Quand un nerf arrive à une travée musculaire, son
diamètre est excessivement faible, mesurant tout au
plus un, deux ou trois millièmes de millimètre et n'en
ayant généralement qu'un demi. En ce point, il se com-
porte de différentes façons.
Quelquefois, la fibrille semble pénétrer dans la travée
musculaire, puis se diviser et se subdiviser dans son
épaisseur.
D'autres fois, et plus rarement, la fibre se divise
avant d'entrer dans la travée. D'autres fois encore,
elle émet une branche juste au point de pénétration,
et il est difficile alors de dire si cette ramification a
lieu avant ou après l'entrée de la fibrille dans la sub-
stance musculaire. Après avoir atteint le faisceau mus-
culaire, elle prend une direction parallèle à l'axe de
celui-ci, soit dans un sens, soit dans l'autre.
Il est très important de connaître avec précision les
rapports des fibrilles nerveuses avec les éléments mus-
culaires. Malgré l'irrégularité de nos méthodes, malgré
l'imperfection de nos préparations dans l'état actuel de
la technique histologique, je crois pouvoir affirmer que
192 COEUR SANGU1^.
les fibrilles nerveuses pénètrent réellement dans les
cellules musculaires, et qu'elles passent au voisinage
immédiat de leurs noyaux.
Examinons une travée musculaire formée seule-
ment de deux cellules. La fibrille nerveuse y pénètre
et s'y divise en deux branches qui vont en sens in-
verse. Chacune de celles-ci passe à côté d'un noyau,
quelquefois même paraît le traverser, mais ce n'est
là qu'une apparence, comme je le montrerai tout
à l'heure. Au delà du noyau, elles continuent leur
route.
Il existe des travées excessivement fines, constituées
par une seule cellule, et dont les rapports avec la fibrille
nerveuse sont des plus intéressant^. D'ordinaire, les
noyaux ne sont pas tout à fait au centre des cellules,
mais bien plus près de l'un de leurs bords. C'est là
d'ailleurs une disposition que je crois vous avoir déjà
signalée, à propos de la structure de l'élément myocar-
dique, et que vous avez pu constater sur des prépara-
tions de cœurs de grenouille et de tortue qui ont été
placés sous vos yeux. Le noyau est entouré d'une
masse protoplasmique finement granuleuse, étendue
comme une mince couche à sa surface; la fibre
nerveuse suit le bord de la cellule correspondant au
noyau, passe à côté de lui, et va se perdre dans les tra-
vées plus épaisses du réseau musculaire que vous con-
naissez.
Quelquefois, surtout dans les travées d'une certaine
épaisseur, le noyau paraît traversé de part en part par
une fibrille colorée en violet. Mais, comme je le disais tout
TERMINAISON DES NERFS. 193
à l'heure, je ne crois pas qu'il en soit réellement ainsi.
Je pense que cette fibrille passe juste au-dessus du
noyau, bien qu'il soit difficile, môme avec les objectifs
les plus forts, d'apprécier une si petite différence de
hauteur.
Il faut d'ailleurs, dans cette recherche du trajet des
fibres nerveuses les plus fines, se mettre en garde contre
deux causes d'erreur que je dois vous signaler. Les élé-
ments cellulaires des travées sont solidement reliés entre
eux par un ciment, sur leurs bords comme à leurs
extrémités, et il arrive parfois (vous avez vu des prépa-
rations où il en est ainsi) que la substance intercellulaire
soit plus fortement colorée que le muscle lui-môme. Si
l'on n'y prend garde, on court risque de la confondre
avec les fibrilles nerveuses.
D'autre part, dans les cellules du myocarde, chez
tous les vertébrés, les noyaux sont entourés d'une sub-
stance protoplasmique qui les sépare de la partfe con-
tractile. Cette substance est quelquefois fortement colo-
rée par l'or, et il est presque impossible alors d'en dis-
tinguer la fibrille nerveuse qui s'y engage.
Lorsqu'elles ont pénétré dans une travée musculaire
et qu'elles se sont divisées, les fibrilles nerveuses passent
au voisinage des noyaux des cellules du myocarde, pour-
suivent leur trajet et paraissent s'anastomoser les unes
avec les autres, en formant un plexus (fig. 40) dont les
mailles ont à peu près la largeur des cellules muscu-
laires elles-mômes.
L'existence de ce plexus à l'intérieur des travées
musculaires est d'ailleurs confirmée par certaiuL's
RANViKR. - Anal, générale. I. — 13
494 COEUR SANGUIN.
considérations de morphologie générale que je vais
vous exposer.
FiG. 40. — Cloison des oreillettes de la grenouille, traitée par le chlorure d'or. —
gg, petits ganglions nerveux situés sur le trajet des nerfs cardiaques, n; n', fibrille.-
nerveuses qui se rendent aux travées musculaires ??! ; h", liljrilles du plexus intra-
trabcculaire.
En examinant, même sans une grande attention et à
un grossissement moyen, de bonnes préparations obte-
nues à l'aide de la méthode de l'or, vous serez frappés
TiiRMINAISON DES NEUFS. 195
du petit nombre des fibres nerveuses terminales qui se
rendent aux travées musculaires. Chacune des cellules
qui composent ces travées ne reçoit donc pas directe-
ment une fibre nerveuse. Cependant, chaque cellule
cardiaque constitue une individualité histologique et
physiologique, au même titre qu'un faisceau primitif
des muscles volontaires. Celui-ci recevant toujours une
terminaison distincte, il en doit être vraisemblablement
de même de la cellule du myocarde. Ce n'est qu'au
moyen d'un plexus distribué dans l'intérieur des travées
musculaires que chacune des cellules qui les composent
peut être soumise individuellement, comme le sont les
faisceaux primitifs des muscles de la vie animale, à l'in-
fluence motrice.
11 est d'autres considérations qui plaident en faveur de
l'existence de ce plexus intralrabéculaire. Nous avons vu
que Langerhans (loc. cit., voy. p. 30), pour étudit^r les
terminaisons nerveuses dans le cœur, dissociait directe-
ment, avec les aiguilles, des fragments du myocarde
placés dans une goutte de sérum du sang. Il réussit de la
sorte à isoler des cellules munies de certains prolonge-
ments, tout à fait distincts des prolongements muscu-
laires, et qu'il considéra comme de nature nerveuse. Or,
un petit nombre de cellules seulement, une seule parfois
dans toute une préparation, montrait cette particularité,
ce qui conduisait à penser que fort peu d'entre elles
sont en réalité munies de ces prolongements. Toute-
fois, on pouvait attribuer ce résultai à l'imperfection
de la méthode employée, car, les éléments musculaires
étant solidement soudés entre eux, leur dissociation
496 COEUR SANGUIN.
immédiate avec les aiguilles est une opération assez
brutale. Aussi les dessins de Langerhans ne représen-
tent-ils pas des cellules intactes, mais bien plutôt des
fragments musculaires correspondant à peu près à des
cellules.
Il était donc nécessaire de répéter cette observation à
l'aide de procédés plus délicats. Un liquide dissociateur
était naturellement indiqué ; j'ai eu recours à l'alcool au
tiers. J'ai étudié le myocarde de différents animaux. La
tortue aquatique {Testudo europœa) et terrestre {Testudo
mauritanica) et la grenouille verte m'ont fourni des ré-
sultats très satisfaisants que vous avez pu apprécier, une
préparation des cellules cardiaques delà tortue aquatique
ayant été soumise à votre examen. En opérant de la
sorte, la dissociation se fait sans effort. Les cellules sont
toutes bien isolées, parfaitement intactes, et montrent
fort nettement les détails de leur structure ; cependant
celles qui sont munies de prolongements nerveux se
trouvent toujours excessivement rares.
La substance musculaire, colorée en jaune orangé par
le picrocarminate d'ammoniaque, se dislingue bien
nettement des prolongements nerveux qui restent à peu
près incolores. La tortue mauresque notamment m'a
donné une préparation démonstrative que j'ai disposée
sous l'un de ces microscopes. Au milieu des autres
cellules, vous en reconnaîtrez une qui est munie d'une
fibre nerveuse (A, fig. 41). Elle est allongée ; vous
distinguerez aisément son noyau, son protoplasma gra-
nuleux, sa substance contractile striée. La fibre nerveuse
qui s'y tixe était ramifiée ou arborisée, car elle montre
TERMINAISON DES NIÎRFS.
197
sur son trajet des dents qui sont évidemment les restes
des rameaux cassés.
A.mMJINSKL
FiG. il. — Cellules musculaires du cœur de la tortue mauresque, isolées après l'uction
de l'alcool au tiers. — A, cellule présentant un prolongement nerveux n\ B, celliil(>
cordifonne, dans laquelle on distingue une strie s, qui correspondrait ;i une fibrillr
nerveuse; j), protoplasnia central.
198 COKUR SANGUIN.
Dans une autre préparation, vous observerez plusieurs
cellules du myocarde, dans lesquelles vous distinguerez
presque constamment, sur le noyau ou à côté de lui, une
fibrille, bien distincte desfd3rilles contractiles, nullement
striée, non colorée et caractérisée en outre par une
réfringence spéciale (B, fig. 41). Elle est distincte
surtout quand elle passe au-dessus du noyau. Dans le
protoplasma, en effet, elle est masquée par les granula-
tions, mais sur la surface homogène et lisse du noyau,
elle ressort comme sur une plaque de verre. Quelque-
fois même elle semble traverser le nucléole, mais ce n'est
là qu'une apparence ; elle passe toujours soit au-dessus,
soit au-dessous du noyau.
Vous avez bien saisi, je suppose, la façon dont je
conçois les rapports des éléments musculaires et des
éléments nerveux. Les fibrilles nerveuses traversent les
cellules musculaires au niveau de leur masse protoplas-
mique centrale ou marginale, de telle sorte que ces
cellules, placées en séries longitudinales, se trouvent
enfilées comme les grains d'un chapelet. Au point où les
travées musculaires se ramifient ou s'anastomosent, et
où les cellules qui les constituent présentent la dis-
position cordiforme sur laquelle nous avons insisté
précédemment (voy. p. 31), les fibrilles nerveuses se
divisent ou s'anastomosent également, de telle sorte
que le réseau musculaire contient au sein de ses tra-
vées un plexus nerveux qui représente exactement sa
forme.
Je dois ouvrir maintenant une parenthèse pour vous
parler d'une observation de Fischer que j'ai mentionnée
TERMINAISON DES NERFS. 199
dans l'historique (voy. p. 181). Dans le ventricule du
chien, étudié par le procédé de Lôwit, Fischer a dé-
crit un réseau nerveux périfasciculaire complet. J'ai
appelé votre attention sur les dessins ([u'il en a donnés,
et je vous ai fait remarquer en particulier le diamètre
relativement considérable qu'il attribue aux rameaux
nerveux. J'ai insisté aussi sur ce fait que, d'après le même
auteur, les coupes transversales du cœur ne montre-
raient jamais de fibres nerveuses à l'intérieur des
travées musculaires.
Je suis convaincu que Fischer a pris pour un réseau
nerveux le réseau capillaire sanguin. Et ce n'est pas là
une opinion à priori ; j'ai appliqué aussi à l'étude du
cœur dii chien le procédé de Lowit, et j'ai constaté que
souvent le réseau vasculaire était imprégné, tandis que le
réseau nerveux restait incolore.
Il nous resterait à déterminer et à étudier en détail
les véritables terminaisons nerveuses. Il me paraît
impossible, en effet, que des nerfs moteurs se terminent
par un simple plexus. Certains détails de structure ont
dû nous échapper. Vraisemblablement, des fibrilles du
plexus intramusculaire, il se dégage de petites branches
qui se terminent librement, comme cela a lieu dans
les plaques électriques de la torpille et aussi dans les
plaques motrices des muscles de la vie animale. Je dois
avouer néanmoins que jusqu'à présent tous mes efforts
ont été infructueux pour démontrer objectivement
l'existence de ces terminaisons libres.
Passons maintenant à la physiologie des terminai-
200 COEUR SANGUIN.
sons nerveuses dans le muscle cardiaque. C'est là une
étude qui ne manque pas d'intérêt, comme vous allez
en juger vous-mêmes.
Vous vous souvenez du premier travail de Bidder.
Cet auteur fut frappé de voir le ventricule isolé se con-
tracter sous l'influence de l'excitation mécanique. Il
observa le même phénomène sur le cœur entier arrêté
par l'électrisation du pneumogastrique. Partant de la
connaissance qu'il avait acquise des ganglions ventricu-
laires, Bidder crut ces contractions de nature réflexe.
Cette manière de voir s'est conservée jusqu'à nos jours,
et elle subsiste encore dans l'esprit de certains physiolo-
gistes. Je n'en veux qu'une preuve. Dans un excellent
mémoire, publié en 1875, et dont j'aurai à vous parler
tout à rheure, Engelmann rapporte l'expérience suivante
de Pagliani. Ce dernier physiologiste dénude de son péri-
carde viscéral le cœur d'une grenouille et constate que
le myocarde ne se contracte plus quand on le touche
avec une aiguille sur la partie ainsi dénudée ; il se con-
tracte au contraire quand on l'excite sur les points où le
péricarde est conservé. Pagliani expliquait ce fait par
la présence dans le péricarde de nerfs sensitifs dont
l'excitation agit sur le centre réflexe qui provoque le
mouvement. Donc, tout récemment, la théorie de Bidder
subsistait encore et était discutée.
Engelmann a répété cette expérience et est arrivé à
des résultats différents. Je l'ai refaite moi-même, et je
me suis rendu compte que les faits observés par lui,
comme ceux que rapporte Pagliani, sont également
exacts. Les résultats diffèrent suivant les conditions de
l'HYSlOLOGll-: DES TliHMlNAlSONS MîUVEUSES. 201
l'expérience. Quand on extirpe le péricarde, on blesse
gravement les fibres musculaires sous-jacentes. Celles-ci
sont paralysées p&r le traumatisme, qui y détermine du
reste des altérations plus ou moins profondes. 11 n'est
donc pas étonnant que l'excitation portée sur elies ou
sur les fibres nerveuses qu'elles contiennent n'amène
aucune réaction. Mais si, au lieu de toucher la surface
de la partie lésée, on enfonce l'aiguille plus profon-
dément, le cœur alors se contracte fort bien, ainsi que je
l'ai vérifié.
Cette expérience peut être modifiée, de manière à
démontrer plus exactement ce que je viens d'avancer.
Détachons le ventricule par une section pratiquée à la
limite inférieure de son tiers supérieur, puis, réséquons
son extrémité du côté de la pointe. Si nous portons l'ex-
citation sur les deux surfaces de section, nous n'obte-
nons aucun résultat ; mais si nous touchons uiie partie
intacte de la surface du cœur, nous provoquons une
pulsation. Nous l'obtenons également si, au lieu de tou-
cher simplement les surfaces de section, nous enfonçons
l'aiguille profondément dans la substance musculaire.
Engelmann,dans le mémoire précité, rejette la théorie
de Pagliani et en formule une autre. Reprenant une
idée qu'il avait déjà exprimée cà propos des contractions
rythmées des uretères, il soutient que l'excitation se
transmet de cellule en cellule, sans aucune participation
des nerfs. On concevrait que chaque cellule qui se con-
tracte agît sur la cellule voisine par traction ou par choc,
et pût ainsi lui transmettre une excitation. Toutefois,
ce n'est pas ainsi qu'aurait lieu, d'après Engelmann, la
^0^ COEUR SANGUIN.
transmission des excitations. Elle se ferait par des mo-
difications moléculaires, absolument différentes de l'ex-
citation première, et se transmettant successivement
d'une cellule à l'autre. Voici ses propres paroles :
« Le processus d'excitation se propage directement de
cellule en cellule, sans l'intervention d'éléments anato-
miques spéciaux.
» Le muscle cardiaque étant éminemment sensible aux
excitations mécaniques, on pourrait penser que la con-
traction d'une cellule agit comme excitant mécanique
sur la cellule voisine. Mais cette hypothèse se trouve
réfutée par diverses considérations...
» Ce n'est pas la contraction qui propage l'excitation
de cellule en cellule, c'est le processus moléculaire
invisible qui, dans l'intérieur de la cellule, produit la
contraction (1) »
La théorie d'Engelmann ne me paraît pas plus exacte
que celle de Bidder. Et d'abord, celte propagation de
l'excitation, beaucoup plus rapide qu'une onde de con-
traction musculaire, comme l'indique très bien Engel-
mann, et indépendante de l'ébranlement, ressemble
étrangement à une propagation nerveuse. Nous devrions
ainsi conclure des observations d'Engelmann que la
conductibilité des muscles est égale à celle des nerfs,
ce qui est assez incompatible avec les notions acquises
aujourd'hui sur ce point.
(1) Engclinann, Ueher die Leitunrj der Erregmuj im Ilenmuskel (Arch. de
P/lùfjer, 1875, t. X[, p. 108-170).
PHYSIOLOGIE DES TIsRMINAISONS NERVEUSES. ^03
Nous ne nous contenterons pas cependant de cet
exposé sommaire. Nous avons, pour discuter la con-
ception d'Engelmann, des données sérieuses, et je vous
montrerai de plus qu'elle peut être soumise à la critique
expérimentale. C'est parle récit de ces expériences que
je commencerai la prochaine leçon.
TREIZIEME LEÇON
(29 janvier 187!))
Cœur sanguin.
Physiologie des terminaisov.s nerveuses dans le muscle cardiaque (suilL-j.
— Critique expérimentale de la théorie d'Engelmann sur la propagation de
l'excitation par action moléculaire. — La durée de la systole entière est la
même que celle de la contraction d'une fibre.
Phénomène de la bosse sanguine produite sur le cœur arrêté en diastole en
frappant le ventricule avec un stylet mousse. Ce i)hénomène est dû à un
cert;iin état de tonicité du point excité, qui rend sa systole moins étendue
et plus brève et sa diastole moins complète.
Expériences sur le cœur sectionné incomplètement en plusieurs parties, pour
faire la critique de la théorie d'Engelma.nn. — Le tracé graphique montre
que le cœur sectionné ne se contracte pas plus lentement que le cœur
intact.
La transmission de l'incitation motrice dans le cœur est excessivement
rapide ; elle est due à l'appareil nerveux.
Messieurs,
Je vous ai exposé, dans la dernière leçon, le mode
d'après lequel Engelmann conçoit la propagation de
l'excitation dans le muscle cardiaque. Elle ne se ferait
pas par les filets nerveux, mais par les éléments muscu-
laires eux-mêmes. Engelmann nedétermine pas le mode
de cette transmi.ssion; il établit seulement qu'elle n'est
pas due à l'ébranlement communitjué par une cellule ciui
se contracte à la cellule voisine, puisque le temps perdu
PHYSIOLOGIE DES TERMINAISONS NERVEUSES. 205
nécessaire à cet ébranlement successif serait bien supé-
rieur à la durre de la systole cardiaque. ,
Observons tout de suite que, si la propagation de Fiii-
cilation motrice se faisait réellement, comme le veut En-
gelmann, par la substance musculaire, il suivrait de là
que la fibre musculaire agirait à la façon de la fibre ner-
veuse. Mais, avant de discuter la théorie de cet auteur,
je dois vous parler de quelques expériences que j'ai faites
dans le but de vérifier si cette théorie est admissible.
Il est possible d'examiuer sous le microscope, à la
lumière transmise, les fibres du cœur de la grenouille
en pleine activité. On met cet organe à nu, on excise le
péiicarde, on lie soit isolément les trois veines caves,
soit le sinus veineux suffisamment loin de son embou-
chure pour ne pas arrêter les battements. Le cœur se
vide peu à peu par les artères. On y injecte alors par
une des aortes, l'autre restant ouverte, une solution de
chlorure de sodium à 6 pour iOOO. Quand le liquide
sort incolore, on lie la deuxième aorte, et l'on pousse
encore une certaine quantité de liquide pour distendre
modérément le cœur, et cependant ne pas l'arrêter. On
lie alors la seconde aorte au-dessous de la canule, et
l'on détache le cœur. Celui-ci, rempli de la solution phy-
siologique d'eau salée, bat régulièrement, et il pourrait
continuer à battre longtemps encore dans ces conditions.
Les oreillettes apparaissent alors suffisamment transpa-
rentes pour qu'on puisse en faire l'examen au micro-
scope. On se sert pour cela de l'appareil de Holmgren (1 )
1) Voy. Traité technique iV histologie, \^. 60'.
^06 COEUR SANGUIN.
légèrement modifié. Au-dessus du disque inférieur on
place une lame de verre porte-objet que l'on soutient
par des cales de liège ou de moelle de sureau, et qu'on
élève ainsi à une hauteur suffisante pour que le disque
supérieur à crémaillère puisse s'appliquer sur la surface
des oreillettes et la déprimer. On observe ainsi le réseau
des fibres musculaires, dont la striation apparaît nette-
ment lorsque pour faire l'examen on emploie des
objectifs forts, ce que permet l'appareil d'Hoimgren.
Mais il suffit d'un grossissement faible, 100 k 150 dia-
mètres,.pour faire l'observation dont je vais vous entre-
tenir maintenant. A chaque contraction, le raccourcisse-
ment des fibres rétrécit les mailles du réseau et modifie
leur forme. Je dois vous dire en passant que l'on n'aper-
çoit rien qui ressemble à des ondes de contraction; toutes
les fibres semblent entrer ensemble en systole ou en
diastole.
J'ai eu l'idée d'étudier la durée de la systole et de la
diastole d'une fibre cardiaque en particulier.
Pour mesurer la durée de la systole, on pourrait
noter le moment où une fibre commence à se con-
tracter, et celui où elle revient à sa longueur première;
mais ce ne serait pas chose facile. Prendre pour points
de repère les changements de forme d'une maille du
réseau musculaire ne serait guère plus aisé. Je me suis
ariêté au procédé suivant. Il existe des travées courbes,
qui, pondant la contraction, se tendent et deviennent à
peu près droites. A l'aide d'un oculaire micrométrique,
on repère exactement pendant les mouvements du cœur
le point où la travée fait la plus forte saillie. Il estclaii
PHYSIOLOGIE DES TERMINAISONS NERVEUSES. 207
qu'il suffira de noter le moment où la fibre quitte ce
point et celui où elle y revient pour connaître exacte-
ment la durée que nous cherchons. Comme le même
observateur ne peut regarder à la fois l'objet placé sous
le microscope et les aiguilles d'une montre, on se met
à deux, l'un regardant la montre, l'autre observant au
microscope; celui-ci frappe sur la table au début et à la
fin de chaque systole, et l'autre note le temps qui
s'écoule d'un bruit à l'autre.
Mais il n'est pas très commode d'observer exactement
le moment précis qui correspond au coup frappé sur la
table; et de plus, deux personnes étant employées à la
même observation, celle-ci se trouve entachée d'une
double cause d'erreur. Pour éviter cet inconvénient,
nous avons noté les temps d'une autre façon; nous
n'avons fait d'ailleurs que tirer profit d'un procédé déjà
connu. Nous avons placé sous le levier du myographe un
muscle gasirocnémien de grenouille. Ce muscle se con-
tractera à chaque rupture et à chaque clôture du courant,
et nous pourrons, en réglant les interruptions, inscrire
sur le cylindre enregistreur les intervalles de temps
qu'il nous plaira. Il suffira dès lors, pour noter la durée
de la systole des oreillettes, d'interrompre le courant
juste au moment du début de cette systole, et de fermer
le circuit au début de la diastole. La personne qui
observe au microscope peut le faire aisément ; et ainsi
la cause d'erreur double que nous signalions tout à
l'heure n'est plus à redouter. En opérant de la sorte
nous avons obtenu le tracé que voici (fig. 42). Deux
lignes verticales, séparées par un petit intervalle.
^208 COKUll SANGUIN.
iiuliqueut la systole; rintervalle beaucoup plus çjrand
ijui sépare deux groupes consécutifs correspond à la
diaslole.
FiG. 42. — Durée de la coniraction d'une fibre des oreillettes comparée à celle do la
systole auriculaire. — A, conimpiicciiientct fin de la contraction d'une libre, observés
au microscope et marques par l'obscrvalcur à l'aide d'un signal; B, systole auricu-
laire s'inscrivant directement au moyen du cardiographe.
Ce tracé obtenu, nous avons placé les oreillettes elles-
mêmes sous le levier du niyographe, inscrivant leurs
pulsations normales au-dessous du tracé précédent.
Nous avons pu constater alors, et vous pouvez le
faire à l'aide des tracés qui sont mis sous vos yeux,
que les battements des oreillettes entières coïncidaient
à peu près avec les contraciions d'une de leurs
travées.
La durée de la systole d'une travée musculaire est
donc égale à la durée de la systole auriculaire. Cela
nous montre avec évidence que l'excitation se trans-
met avec une très grande rapidité dans le cœur, et que
dès lors cette transmission n'est nullement comparable
a la propagation des ondes nuisculaires.
Dans une autre e.xpéi ience, nous avons lié le bulbe,
et, quand le sang avait rempli le cœur aux trois quarts
environ, nous avons lié le sinus veineux juste au lieu
d'élection. Nous avons alors détaché le cœur arrêté en
diastole, et contenant une provision suffisante de sang.
PHYSIOLOGIE DES TERMINAISONS NERVEUSES. 209
Avec un stylet mousse on louche le ventricule; celui-
ci exécute une contraction. Si l'on rec^arde alors le
point atteint par le stylet, on observe un phénomène
des plus intéressants. Juste en ce point apparaît à la fin
de la systole une bosse sanguine. On dirait au pretnier
abord une gouttelette de sang à la surface du péricarde;
mais on peut, à l'aide d'une languette de papier à filtrer,
s'assurer qu'il n'en est rien; en réalité, le sang se trouve
au-dessous du péricarde qu'il soulève. Si l'on répète
plusieurs fois de suite l'excitation au môme point, la
petite bosse sanguine augmente en hauteur et en sur-
face à chaque systole.
On peut, pour expliquer ce phénomène, hasarder
une hypothèse. La contraction commence au point
touché et rayonne de là dans tout l'organe. S'étant
trouvé le premier en systole, le point excité arrive aussi
le premier en diastole; et, le tissu musculaire du cœur
étant spongieux jusqu'à sa limite sous lé péricarde,
lequel n'est doublé lui-même que d'une très mince
couche musculaire, les fibres relâchées les premières
laissent passer le sang, qui s'accumule entre elles el
produit la bosse sanguine.
Cette hypothèse paraît séduisante. Elle est en ra|)port
avec les idées ayant cours aujourd'hui sur la contrac-
tion successive quoique rapide du myocarde. Elle serait
difficile à renverser par le raisonnement seul, et je
l'aurais conservée si je n'avais tenté d'autres expé-
riences.
11 est cependant une observation qui suscite un pre-
mier doute. Quand l'irritation mécanique a été suffi-
RANViER. — Ai;at générale. r n
210 COEUR SANGUIN.
samment forte, au point où, pendant la systole, a surgi
la bosse sanguine, on voit apparaître, dans le long repos
de diastole qui suit la contraction, une tache anémique.
On pourrait supposer dès lors que, l'excitation ayant
produit nn tétanos local de tonicité, le sang pénètre entre
toutes les autres fibres relâchées, tandis que celles qui
ont subi l'irritation restent contractées et ne le laissent
pas passer. Cette manière de voir ne va pas à l'enconlre
de notre première hypothèse. On doit se demander
cependant comment l'excitation qui produit l'état
tonique du muscle a pu diminuer d'abord sa résistance
jusqu'à provoquer la formation d'une bosse sanguine.
Pour savoir au juste ce qu'il en est, nous allons
procéder autrement. Comme précédemment, nous tou-
chons le ventricule, et nous faisons apparaître la bosse
sanguine suivie de la tache anén)ique. Au bout de quel-
ques instants, provoquons une nouvelle contraction par
l'excitation de l'oreillette. La bosse sanguine due à
l'excitation précédente se montre pendant tout le temps
de la nouvelle systole, quelquefois, il est vrai, un peu
moins développée; avec la diastole revient la tache
anémique.
Nous pouvons encore opérer d'une autre façon. Fai-
sons la ligature du sinus et attendons quelques minutes
le retour des pulsations cardiaques. Celles-ci sont très
espacées d'abord et recouvrent lentement la fréquence
du rythme primitif. Nous avons tout le temps, entre
deux systoles, de déterminer par une excitation méca-
nique du ventricule une contraction artificielle inter-
posée. Il se produit une bosse sanguine au point excité;
PHYSIOLOGIE DES TERMINAISONS NERVEUSES. "21!
elle est suivie d'une tache anémique. Une systole natu-
relle survient; la bosse sanguine se montre de nouveau ;
elle fait encore place à une tache anémique pendant la
diastole.
L'hypothèse que nous avions conçue en premier
lieu est donc renversée de fond en comble ; car on ne
peut admettre que, dans la systole spontanée ou pro-
voquée par l'excitation de l'oreillette, la contraction ait
commencé juste au point du ventricule qui avait été
excité mécaniquement d'abord.
Essayons d'une autre explication. Ne se pourrait-il pas
que la tonicité persistât longtemps encore après l'exci-
tation mécanique qui l'a provoquée, et que le myocarde,
à l'état de tonicité, eût des pulsations plus brèves qu'à
l'état physiologique?
Nous allons essayer de répondre à cette question à
l'aide de la méthode graphique. Voyons d'abord si la
systole est de moindre durée quand le muscle cardiaque
est en ton que lorsqu'il se trouve à l'état de relâchement
complet.
Prenons la pointe du cœur isolée de ses ganglions,
et transportons-la sous le levier du myographe. Déter-
minons sa contraction par des ruptures du courant
suffisant minimum. Nous pourrons, sur le tracé, mesurer
la durée de la systole.
Excitons alors mécaniquement ce même fragment du
myocarde, amenons-le à un certain degré Je tonicité
et reportons-le sous le myographe. Excitons-le à l'aide
du courant employé tout à l'heure, ou même à l'aide
d'un courant plus fort. Nous obtenons ainsi un second
212 COEUR SANGUIN,
Iracé (2, fig. 43) qui, comparé au premier, nous
montre des contractions d'une amplitude moins grande
et d'une moins longue durée.
FiG. i3 — Poinio dû cœur séparée, excitée par des ruptures isolées d'un courant d'iii-
Juclion. — I, à i'clat normal; 2, après avoir été mise en contraction tonique.
Cette expérience semble nous fournir la solution
du problème posé : il faudrait attribuer le phénomène
(le la bosse sanguine à ce que, les fibres en ton soumises
à une excitation se contractant moins complètement
que les autres, il resterait entre elles pendant la systole
cardiaque un espace plus grand où le sang s'accumu-
lerait, tandis qu'il serait chassé des autres interstices
musculaiiespar la contraction des fibres qui les limitent.
Pendant la diastole, au contraire, toutes les fibres du
cœur étant relâchées, le sang se précipiterait dans leurs
interstices et donnerait au cœur sa couleur rouge, tandis
que, les fibres excitées restant à leur état de tonicité,
les mailles qu'elles forment ne s'agrandiraient pas , et,
le sang ne pouvant y pénétrer, il se montrerait en ce
point une tache anémique. Mais, pour donner à cette
explication toute sa valeur, il faudrait encore admettre
que le muscle cardiaque en contraction tonique présente
à la distension une résistance moindre que pendant la
contraction d'une systole, car, à l'endroit où la bosse
sanguine se manifeste, le myocarde est évidemment
PHYSIOLOGIE DES TERMINAISONS NERVEUSES. 213
en tétanos de tonicité, tandis que partout ailleurs il
est dans les différentes phases de contraction d'une
systole. Quant à la tache anémique de la diastole, elle
se comprend, nous le répétons, puisqu'au moment où
elle se produit, toutes les fibres cardiaques sont relâ-
chées, à l'exception de celles qui ont été excitées méca-
niquement et qui sont en tétanos de tonicité.
Passons à une troisième série d'expériences, celles
qui ont servi de base à la théorie d'Engelmann.
Après avoir détaché le cœur avec le sinus veineux,
de façon qu'il continue ses battements rythmés, on
découpe le ventricule en plusieurs portions qu'on laisse
en relation les unes avec les autres par des ponts muscu-
laires. On constate que la portion du ventricule la plus
voisine des oreillettes se contracte la première, et que
la contraction s'étend au reste de l'organe en passant
par les ponts musculaires. C'est sur ce fait que s'est
fondé Engelmann pour prétendre que l'excitation n'est
pas transmise par les nerfs, mais bien par la substance
musculaire elle-même. On a tout lieu en etfet de sup-
poser que tous les nerfs qui partent des ganglions auii-
culo-ventriculaires pour se répartir dans le ventricule
ont été sectionnés dans l'opération que l'on a pratiquée.
J'ai répété et varié cette expérience, tant sur la gre-
nouille que sur la tortue, dont le cœur plus gros se
prête mieux à ces manipulations.
Voici le manuel opératoire. Au fond d'une soucoupe,
on place un verre de montre sur un triangle fait avec
une baguette de verre. On verse de l'eau dans la sou-
coupe, en prenant soin qu'elle ne pénètre pas dans le
214 COhUR SANGUIN.
verre de montre, et l'on recouvre le tout d'une plaque
de verre. On obtient ainsi une chambre humide, avanta-
geuse pour l'observation que l'on se propose de faire,
car on pourra, sans rien déplacer, pousuivre à la loupe
l'examen du cœur pendant l'expérience. Avec des
ciseaux bien tranchants (Engelmann insiste avec raison
sur ce détail), je pratique sur le ventricule des incisions
franches, dans la direction que je crois la plus conve-
nable, c'est-à-dire perpendiculairement à l'axe d u
cœur. La première incision partant de droite à gauche,
je fais la deuxième de gauche à droite, et ainsi de suite ,
en m'anèlant chaque fois à une petite distance du bord.
Le cœur est alors porté dans le verre de montre. Le
ventricule est immobile. Il ne faudrait pas croire, cepen-
dant, qu'Engelmann a imaginé son expérience. Atten-
dons une ou deux minutes, cinq minutes au plus, et
nous verrons reparaître les mouvements. Le premier
segment du ventricule, celui qui tient aux oreillettes,
lesquelles ont toujours conservé leur activité, bat le pre-
mier, puis les autres, les plus voisins d'abord, et enfin
les plus éloignés.
Si, au lieu d'agir sur le cœur entier, on opère
sur la pointe isolée de cet organe, celle-ci reste tou-
jours immobile, ainsi qu'on devait s'y attendre. Mais
soulevons le couvercle de verre, et touchons avec
une aiguille l'un des fragments extrêmes. Celui-ci se
contracte d'abord, et la conti'action se propage succes-
sivement aux autres. Cet effet se produit également
bien, que la base ou la pointe du ventricule ait été tou-
chée en premier lieu. Engelmann avait déjà fait cette
PHYSIOLOGIK DES TERMINAISONS NERVEUSES. 215
observation, et il en avait conclu que la transmission
de l'incilution motrice se fait de cellule en cellule
dans tous les sens.
Ces expériences soulèvent plusieurs questions.
Nous devons nous demander d'abord pourquoi,
lorsque le ventricule a été divisé, il est frappé de para-
lysie et reprend ensuite ses battements. Il n'est pas im-
possible de répondre h. cette question. Nous savons en
effet qu'une certaine dose d'excitation appliquée à la
pointe du cœur isolée la maintient en diastole, tandis
qu'une dose moindre provoque chez elle des mouve-
ments rythmés. Or rien ne nous empêche de supposer
que l'excitation produite par la section a une intensité
suffisante pour maintenir la diastole.
Cependant on pourrait admettre aussi que la section
amène un certain état de tonicité, et par conséquent
diminue la contractilité musculaire.
En outre, la section détermine des lésions des cellules
du myocarde. Pour s'en convaincre, on met à macérer
dans l'alcool au tiers des fragments de cet organe.
Quand on observe ensuite les cellules musculaires obte-
nues par dissociation, on s'aperçoit que toutes ne corres-
pondent pas à la description que j'en ai donnée. Quel-
ques-unes d'entre elles, celles qui se trouvaient en
rapport avec la surface des sections, présentent des
zones dans les([uelles la substance contractile paraît
comme tassée et ne montre plus de striatioii, tandis
qu'un peu plus loin de la section elles sont nettement
striées. C'est là une lésion traumatique, propagée à une
profondeur variable de la partie blessée, passagère
^210
COKUR SANGUIN.
d'ailleurs, et guérissant,
en partie du moins, après
un certain temps de repos.
Toutes les causes men-
tionnées ci-dessus expli-
quent suffisamment l'arrêt
du cœur.
Autre question : Le
ventricule a été divisé, de
la façon indiquée plus
haut, en quatre frag-
ments reliés entre eux
et placés dans la chambre
humide. Quand on l'exa-
mine à la loupe, on est
frappé de la lenteur en
apparence considérable
avec laquelle se propage
la contraction. Cette ob-
servation est-elle exacte ?
Elle demande à être pré-
cisée, et pour cela il faut
avoir recours à la mé-
thode graphique.
Le cœur en activité est
placé sous le levier du
myographc, et l'on prend
son tracé normal. On
pourra ainsi mesurer la
durée et l'amplitude de ses
PHYSIOLOGIE DES TERMINAISONS NERVEUSES. *217
pulsations. On le fragmente alors, et quand ses mou-
vements sont revenus, on le reporte sous !e myographe.
On prend un deuxième tracé juste au-dessous du pre-
mier. On constate ainsi (fig. 44) que l'amplitude des
pulsations est bien moins considérable que précédem-
ment. Cela n'a pas lieu de nous surprendre, puisque le
cœur divisé ne peut plus se gonfler ni soulever autant
le levier du myographe. Mais la durée des battements est
à peu de chose près toujours hi même. La petite dif-
férence que l'on remarque dans quelques expériences
n'est en tout cas nullement en rapport avec ce qu'on
aurait supposé d'après l'observation directe. Il faut en
conclure que celle-ci était erronée.
Cependant si dans d'autres expériences on observait
une légère augmentation de la durée de la systole,
il se pourrait fort bien que cette augmentation fût liée à
l'altération traumatique des fibres cardiaques. Aussi
allons-nous opérer sans leur faire subir de solution de
continuité. Nous exciterons le ventricule mécanique-
ment sur un point limité. Si la théorie d'Engelmann est
vraie, la contraction devra durer un temps plus long
qu'une systole spontanée ou qu'une systole produite
par l'excitation électrique qui agit à la fois sur toute la
masse du myocarde.
Pour réaliser cette expérience, il fallait, sous le myo-
graphe même, porter sur un point isolé du ventricule
une excitation mécanique, en évitant tout choc ca-
pable d'ébranler la masse entière du myocarde. A la
main, il est bien difficile de toucher toujours le même
point du cœur avec l'aiguille, et l'on risque de plus de
218 COKUR SANGUIN.
remuer chaque fois le levier. Nous allons modifier
1, I notre appareil (fi g. 45).
Sur le bord de la plaque de
verre A, on fixe une lame de clin-
i quant en l'engageant dans une borne
= électrique préalablement fendue B.
I La lame se termine par une pointe
I mousse, juste au niveau du bord
i du ventricule, de telle sorte que, si
= on l'écarté de sa position première,
J elle y revient comme un ressort,
"^ et frôle lés^èrement le ventricule.
1 L'appareil n'est nullement ébranlé ,
I et la surface extérieure du cœur
I seule se trouve excitée.
^ Nous savons que le cœur arrêté
f par la ligature du sinus veineux
I répond à l'excitation mécanique
^ par une contraction d'ensemble.
:| L'excitation électrique agit de
i^ môme dans les mêmes conditions.
[ I A l'aide du myographe modifié
■^ comme nous venons de le voir,
\i nous pouvons, sans rien déplacer,
^ 1 faire asjir sur le cœur l'un ou l'an-
H tre de ces deux excitants. Nous
l'^ pourrons même, en attendant un
i peu, prendre la courbe des con-
i tractions spontanées de l'organe.
Yoici les tracés que nous avons obtenus de la
PIIYSIOLOGIK DES TERMIIVAISONS NERVEUSES. 219
sorte (fig. 46). Les coiitraclions ont toutes la même
amplitude, et il est impossible de dire â priori quelles
sont les pulsations produites par l'excitation méca-
nique et celles qui ont été produites par l'excitation
électrique.
Tout nous conduit donc à admettre que la transmis-
sion de l'incitation motrice se fait dans le cœur avec
une excessive rapidité- En tout cas, il nous est impossible
d'appréciersa vitesse avec les instruments dont nous nous
sommes servis. Je ne vois môme pas comment il faudrait
opérer pour arriver à un tel résultat. L'amplitude et la
durée des contractions varient, en effet, beaucoup à
l'état normal; il suffît devons rappeler à ce sujet le phé-
nomène de l'escalier observé par Bowditch. Il faudrait
connaître avec précision les conditions de la contraction
physiologique avant d'aborder l'étude des contractions
produites par une excitation artificielle; mais les limites
de ce cours ne permettent pas de prolonger davantage
nos recherches sur ce point.
Nous nous arrêterons donc ici, et je vais vous exposer,
pour conclure, ce que je crois être le plus rapproché
de la vérité, relativement aux fonctions physiologiques
des terminaisons nerveuses dans les fibres cardiaques.
Je crois, avec Engelmann, que la transmission de
l'incitation motrice est excessivement rapide; mais il ne
me paraît pas possible d'admettre qu'elle se fasse de cel-
lule en cellule, et je ne connais aucun fait en histo-
physiologie qui soit en rapport avec une semblable
manière de voir. Assurément cela ne serait pas impos-
sible à priori ; mais l'hypothèse d'Engelmann , faite
S'iîO COtUU SANGUIN.
d'abord pour les uretères, où elle est analomiquement
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PHYSIOLOGIE DES TERMINAISOXS NERVEUSES. 221
invraisembliible, et ensuite pour le cœur sanguin, est
une mauvaise hypothèse, car, en bonne vérité, on ne
peut l'étayer sur aucun autre fait que sur cekii qu'elle
doit expliquer.
La conception à laquelle j'ai été amené et d'après
laquelle Tincitalion motrice est transmise par le plexus
nerveux intramusculaire est sans aucun doute préférable,
puisqu'elle est en harmonie avec la disposition anato-
mique du système nerveux, et qu'elle réduit la trans-
mission de l'excitation dans le cœur à n'être qu'un cas
particulier de? transmissions nerveuses en général. Vous
vous rappelez, en effet, la constitution du réseau
nerveux cardiaque terminal. Les cellules musculaires,
placées les unes au bout des autres, sont traversées
par des fibrilles du plexus nerveux, celui-ci correspon-
dant exactement au réseau musculaire. Ce plexus est
donc admirablement disposé pour la transmission de
l'incitation motrice, et il nous suffira, pour expliquer
tous les phénomènes que nous venons d'observer,
d'admettre que cette transmission peut s'y faire dans
tous les sens.
En dernière analyse, nous pensons que le plexus ner-
veux terminal dans le cœur, comme du reste dans tous
les organes musculaires de la vie organique, constitue un
appareil dont les différentes parties sont solidaires, afin
d'assurer la synergie fonctionnelle nécessaire et qui,
dans l'espèce, ne saurait se produire sous l'influence
seule des centres nerveux.
Nous en avons fini avec le cœur sanguin, et nous
22'2 COEUR SANGUIN.
aborderons dans la prochaine leçon l'étude des cœurs
lymphatiques.
Ces organes sont surtout développés chez les reptiles
et chez les batraciens, et c'est chez eux que nous les
examinerons. Cette étude est d'un haut intérêt au point
de vue de l'anatomie générale. Elle nous fournira
d'importants renseignements sur la significalion du
système lymphatique dans la série animale et sur
les rapports de celui-ci avec le système sanguin ; elle
nous éclairera sur la morphologie et la physiologie du
muscle en général.
Enfin elle jettera quelque lumière sur les termi-
naisons nerveuses dans les muscles striés.
QUATORZIÈME LEÇON
( 31 janvier 1878)
Cœurs Iyiii|tliatiquos,
llistorique. — Jean Miillcr (183-2); Panizza (1833); Weber (1835); Valentin
(1839); Stannius (1843j. — Volkmann (I8U); Eckliard (1849); Schiff
(18ô0i; Goltz (1863 et 186-1); Waldever (1864 et 1865); Suslowa (1867).
Cœur lymphatique de l'anguille. — Marshall Hall. — Whartou Jones.
Messieurs,
Nous abordons aujourd'hui l'élude des cœurs lympha-
tiques, spécialement au point vue de leur appareil ner-
veux. Mais, comme les recherches relatives à cet appa-
reil exigent une connaissance anatomique et histologique
préalable des cœurs eux-mêmes, une description dé-
taillée de ces organes me paraît indispensable.
La découverte des cœurs lymphatiques appartient
incontestablement à Jean Millier. Il publia à leur sujet
une première note en 183"2 (1). Dans cette note,
il signale chez la grenouille l'existence des cœurs lym-
phatiques postérieurs.
En 1833, Panizza (2) fait connaître le résultat de ses
recherches sur le système lymphatique des batraciens et
(1) Jean Millier, Anuales de. Poggendorjf, 183'2.
(2) Panizza, Sopra il sistema linfalico dei liettUi. Pavia, 1833.
2*24 COEUUS LYMPHATIQUES.
des reptiles. Il les avait entreprises peut-être avant la
publication du mémoire de MïiUer, dont il n'avait sûre-
ment pas eu connaissance. La description qu'il donne des
cœurs lymphatiques est plus complète et plus exacte. 11
sio-nale chez la grenouille une paire postérieure et aussi
une paire antérieure de « vésicules lymphatiques» , comme
il les appelle. Il étend ses recherches aux différents
ordres de reptiles et de batraciens, et chez ces animaux
il détermine, exactement la situation des cœurs lym-
phatiques, leur forme, leur volume et leur rapport avec
les veines ou les vaisseaux lymphatiques.
En 1834, et par conséquent après Panizza, dont il
ne connaissait peut-être pas le travail, Millier (i) décrit,
dans un nouveau mémoire, les deux cœurs antérieurs.
11 raconte comment une note de Marshall Hall, qui
croyait avoir observé des pulsations artérielles dans la
région sous-scapulaire de la grenouille, avait attiré
son attention sur cette région; et comment alors il
s'est aperçu que cet auteur avait pris pour des batte-
ments artériels le mouvement des veines jugulaires,
soulevées par les pulsations des cœurs lymphatiques. 11
donne des renseignements exacts sur le siège de ces or-
ganes et sur leurs rapports avec les vaisseaux sanguins et
lymphatiques. 11 insiste sur leur rôle physiologique, mais
ne décrit pas leur structure et, par suite, ne dit rien
de leur appareil nerveux.
Millier avait publié ce travail dans les Archives de
physiolocjie dont il était l'éditeur. La même année
(1)J. Miiller, Veher die ExLttenz von vier getrennlen, regelmiissig pulsi-
renden Herzen, etc. [Arcli. de Mùller, 183 i, p. "l^ôGj.
HISTORIQUE. 225
Weber lui adressa une lettre, qui fut insérée dans le
même volume et qui le renseignait sur les travaux de
Panizza.
Panizza avait aussi signalé des vésicules lymphatiques
chez les oiseaux; Millier ajoute, à ce propos, une note
à la lettre de Weber. Chez ces animaux, dit-il, les
vésicules lymphatiques ne sont nullement comparables
au cœur lymphatique des reptiles, car elles ne mon-
trent pas de pulsations rythmées, mais seulement des
mouvements résultant de l'acte respiratoire.
En 1835, Weber (1) étudie les cœurs lymphatiques
du Python Tigrh {P.molurus^ Gray). Chez cet animal,
ces organes sont assez gros pour qu'on puisse en faire
l'anatomie sans le secours de la loupe ou du microscope.
Aussi la description qu'en donne Weber est-elle plus
complète que les descriptions fournies par ses devan-
ciers. La paroi du cœur lymphatique serait d'après lui
formée de trois couches : une externe, conjonctive, le
rattachant aux parties voisines; une moyenne, mus-
culaire; et une interne, analogue à la tunique interne
des vaisseaux.
Weber décrit aussi les orifices des vaisseaux ; il en
compte deux pour les vaisseaux sanguins et trois pour
les lymphatiques. Les premiers ont des valvules semi-
lunaires qui ne se retrouvent pas chez les autres.
En 1839, le professeur Valentin (2), dans une lettre
(1) Weber, Ueber das Lymphherz einer Riesenschlange, Pijthon Tigris, etc.
{Arch. de Minier, 1835, p. 536).
("2) Valentin, Bemerkungen ùher die Structur der LijDiphhenen und der
Lijmphgefasse {Arch. de Millier, )83'J, p. 17(5).
RANVIER. — Anat. générale. i — 15
"l^Hj COi:URS LYMPHATIQUES.
adressée à Mi'illei', traite des cœurs lymphatiques du
serpent à sonnettes et de la couleuvre à lunettes {Naja
irijmdkms^ Merr.) ; il retrouve les trois couches indi-
quées pnr Weber et observe que les fibres musculaires
de la tunique moyenne sont des fibres striées.
Eu 1840, Mùller (1) reconnaît la striation des fibres
musculaires du cœur lymphatique chez la tortue.
En 1843, Stannius ("2) examine les cœurs lympha-
tiques des oiseaux et constate que leurs fibres mus-
culaires sont également striées. Ce fait établit que
ces vésicules sont bien des cœurs lymphatiques, con-
trairement à l'opinion de Millier.
C'est en 1844, dans un mémoire de Yolkmann dont
nous avons déjà parlé à propos du cœur sanguin, que
nous trouvons les premières données relatives à la phy-
siologie de l'appareil nerveux des cœurs lymphatiques.
Après avoir rnis à nu les quatre cœurs lymphatiques
d'une grenouille, Yolkmann (.S) coupe la tête à l'animal,
et constate qu'ils continuent à battre. Il plonge un
stylet dans le canal vertébral. Quand la pointe de l'in-
strument arrive au niveau de la troisième vertèbre, les
deux cœurs antérieurs s'arrêtent, mais non les posté-
rieurs. Ceux-ci s'arrêtent à leur tour, quand le stylet
a pénétré jusqu'au niveau de la huitième vertèbre.
Dans une autre expérience, Yolkmann coupe toutes
les racines nerveuses postérieures sans arrêter les mou-
(1) J. Millier, Ucber die Lijinphhenen der Schildkrolen {Arch. de Mûller,
1840, p. 1).
{•2) Stanius, i'eber Lijmphhenen der Vogel {Arch. de Mùller, 1843, p. 449).
(3j Volkmann, Sachweisumj der Nervencentra, von welchendie Bewegung
der Lympk-and BluUjelusshenen ausgeht (Arcli. de Mûller, 184! , p. 418).
HISTORIQUE. 227
vemenls des cœurs lyinpliatiques; mais, quand il coupe
les antérieures, les cœurs s'arrêtent. Il en conclut que
le centre des mouvements de ces organes est placé
dans la moelle épinièrc, et que ces mouvements ne
sont pas réflexes, puisqu'ils persistent après la section
des racines sensitives.
Volkmann soumet à l'examen microscopique les
nerfs qui se rendent aux cœurs lymphatiques; il y trouve
des fibres à myéline, mais n'y rencontre pas de fii)res
pâles, ni de cellules ganglionnaires. Les cœurs lym-
phatiques, dit-il, sont innervés par les fibres cérébro-
spinales, le cœur sanguin par des fibres sympathiques.
Ce dernier organe contient des cellules ganglionnaires
qui sont les centres de ses mouvements ; les cœurs lym-
phatiques, n'en contenant pas, ne peuvent avoir leurs
centres moteurs que dans la moelle épinière.
En 1849, Eckhard (1) reprend les expériences de
Volkmann. Il constate qu'après la destruction de la
moelle les cœurs lymphatiques s'arrêtent en effet. Mais,
quinze secondes à une minute et demie après, les mou-
vements recommencent dans quelques-unes de leurs
fibres musculaires jusqu'à ce qu'il se fasse une contrac-
tion d'ensemble. Puis pendant un quart d'heure sur-
viennent des contractions irrégulières et fortes.
Il établit que les nerfs qui se rendent au cœur lym-
phatique postérieur, chez la grenouille, viennent du
nerf coccygien antérieur, branche de la dixième paire
(1) Eckhard, Ueber lias Ahhaeng'ujkeitsverhaeltniss der Bewegunijen der
Lijmphherzen der Frôsche vom Rïtckenmark Zeitsch. f. rat. M&d 1849
t. VIII, p. 211).
228 COEURS LYMPHATIQUES.
spinale. La section des nerfs coccygiens, en effet, pro-
duit sur les cœurs postérieurs les mêmes résultats que la
destruction de la moelle épinière.
Excitant un des nerfs coccygiens par un courant inter-
rompu, il voit le cœur correspondant cesser de battre.
Quand il porte l'excitation sur la moelle, sans couper le
nerf coccygien, il obtient le même résultat.
Il en conclut que les nerfs spinaux agissent sur les
cœurs lymphatiques comme le pneumogastriijue sur
le cœur sanguin. Il existerait cependant une différence :
quand le cœur sanguin est ariêté par l'excitation du
pneumogastrique, il se contracte en donnant une pul-
sation toutes les fois qu'on fait agir sur lui une excila-
tion mécanique, tandis que l'on ne peut pas faire con-
tracter ainsi le cœur lymphatique arrêté par l'excitation
du nerf coccygien.
En 1850, Schiff (i) publie une note au sujet de
l'influence des nerfs sur les mouvements des cœurs
lymphatiques. Il conteste l'exactitude des faits observés
par Eckhard etdiscute l'interprétation qu'il en adonnée.
Schiff soutient d'abord que l'excitation des nerfs qui
se rendent aux cœurs lymphatiques ne les arrête pas en
diastole, mais les immobilise en contraction systolique.
Il insiste sur ce fait important qu'une excitation éner-
gique, de quelque nature qu'elle soit, et sur quelque
région du corps qu'elle soit portée, provoque un arrêt
momentané des cœurs lymphatiques. C'est là un phéno-
(1) Schiff, Vorlaiififje Bemerhxiwjen ilber den Einfluss der Nerven auf die
Dewegung der Lymplihenen {Zeilsch. f. rat. Med., 1" série, t. ix, 1850,
n. "259).
HISTORIQUE. ^29
mène réflexe, car il ne se produit plus dans les cœurs
lymphatiques postérieurs quand on a coupé les nerfs
coccygiens. SchifF ajoute que, dans le cas oi!i les cœurs
lymphatiques sont véritaJjlement arrêtés en diastole,
il est possible de les faire contracter sous l'influence
d'une excitation mécanique.
Lorsque l'on a détruit la moelle épinière, les mouve-
ments des cœurs lymphatiques reprennent, non pas pen-
dant un quart d'heure seulement comme l'a ditEckhard,
mais pour un temps beaucoup plus long, quelquefois
plusieurs heures. La destruction de la moelle n'agirait
pas par la suppression de l'innervation, mais par les
troubles qu'elle apporte à la nutrition et plus spéciale-
ment à la circulation. En elîet, la ligature du cœur
sanguin amène l'arrêt des cœurs lymphatiques aussi
bien que la destruction de la moelle épinière.
Schiff ajoute que chaque cœur lymphatique est formé
par un anneau musculaire sur lequel viendraient s'adap-
ter deux calottes hémisphériques qui formeraient, en
quelque sorte, comme le fond et le couvercle d'une
boîte.
En 1863, parurent, dans le Centralhlatt^ deux mé-
moires de Goltz (4) sur l'arrêt réflexe des cœurs lym-
phatiques. Après avoir coupé l'extrémité du museau
d'une grenouille pour empêcher les mouvements res-
piratoires qui pourraient gêner l'observation, Goltz
arrête les pulsations des cœurs lymphatiques en frap-
pant à petits coups sur l'intestin. Il obtient également
(1) Von Goltz, Reflexhemmung (1er Bewegung der Lymphherz-en (Central-
blatt, 1863, p. 17 et 197).
ScJO COI'URS l.YMPUA'llQlhS.
raiTL't des cœurs lyuiplialiques par récrasement des
oreillettes du cœur sanguin ; il l'obtient encore par
récrasement de l'intestin.
Cela n'a rien de surprenant, puisque toute excitation
un peu forte de n'importe quelle région de l'animal
amène le même résultat. Goltz, d'ailleurs, ne songe pas
à ce rapprochement et paraît ne pas connaître le tra-
vail de Schiff.
Fait intéressant, la section du nerf coccygien peut
arrêter pendant très longtemps le cœur lymphatique,
sans que cet arrêt soit définitif. Goltz a vu les pulsations
revenir au bout de trois semaines, et, chose plus sur-
prenante, détruisant alors la moelle, il a vu les autres
cœurs s'arrêter, tandis que seul le cœur dont le nerf
avait été coupé antérieurement continuait à battre.
En 1864, Goltz (i), dans un travail sur l'arrêt et la
contraction réflexes des organes à mouvements rythmés,
cherche à déterminer le trajet suivi dans la moelle épi-
nière par les fibres nerveuses qui déterminent la paraly-
sie réflexe des cœurs lymphatiques. Cette étude s'écarte
trop de notre sujet poiir que nous nous y arrêtions.
La même année parut le mémoire le plus complet, aux
points de vue anatomique et physiologique, que nous
possédions sur la question. Il est dû à Waldeyer (2), dont
les recherches ont été entreprises sous l'influence des
expériences de Goltz.
(1) Goltz, Neue Versuche ûber Erregtmrj von Reflexerschlaffung undReflex-
krampf rhijthmisch thiiliger Organe (Cenlralblatl, 18G4, p. 690).
(2j Wal(]eyer, Analomische uml phijsinlogische Untersuchungen tiher die
Lymphiterzen (1er Frosche (Zeilsch. f. rat. Med., 1864, t. XXI, p. 103).
iiisToiuQui:. '2'M
Si le cœur lymphatique continue ;i battre quaiul il
est séparé des centres nerveux, c'est qu'il porte en lui
des organes ganglionnaires. Néanmoins, dans sa paroi
examinée avec le plus grand soin, Waldeyer ne découvre
pas la moindre cellule nerveuse. Suivant les nerfs dans
leur trajet, il observe (pie le rameau ventral du nerf
coccygien, émané de la dixième paire, traverse, avant
d'arriver au cœur lymphatique postérieur, un amas de
pigment, dont l'existence avait déjà été signalée par
Panizza. Au niveau de cet amas et un peu au-dessus, il
y aurait quinze ou vingt cellules ganglionnaires. Wal-
deyer ajoute que ces cellules sont unipolaires ou multi-
polaires, mais il ne dit pas si elles appartiennent au
sympathique ou si elles dépendent du système cérébro-
spinal.
La paroi du cœur lymphatique de la grenouille est
formée de trois couches, suivant la description donnée par
Weber pour le cœur du python molure. Les fibres mus-
culaires sont striées et ramifiées, ainsi que Leydig l'a
dit dans son Traité d'histologie. Elles possèdent beaucoup
de noyaux et sont comparables aux fibres du cœur et de
l'intestin des crustacés.
Waldeyer ajoute que, malgré ses recherches, il n'a
pas pu découvrir la terminaison des nerfs dans les
fibres musculaires.
Dans la partie physiologique de son mémoire, il
reprend la plupart des expériences de ses devanciers. 11
soutient, comme Eckhard et contre SchifT, que l'exci-
tation du nerf coccygien arrête le cœur postérieur en
diastole. Cherchant le point le plus convenable pour
'23"2 COEURS LYMPHATIQUES.
obtenir l'arrêt défiiiilif par la section du nerf coccy-
gien, il constate que cette section obtient tout son etTet
quand elle est pratiquée au niveau de la tacbe pigmen-
taire ; mieux vaut même enlever celle-ci pour être sûr
du résultat.
En 1865, Waldeyer (l) revient sur ses conclusions
premières, et cela sans apporter de nouvelles expé-
riences à l'appui de son cbangement d'opinion. Il
abandonne complètement sa première manière de voir
relativement au rôle des cellules ganglionnaires de la
tache pigmentaire et place dans la moelle épinière les
centres des mouvements des cœurs lymphatiques. J'a-
voue, pour ma part, avoir quelque peine à comprendre
ce brusque revirement, que je m'expliquerai mieux
peut-être quand j'aurai fait une étude plus approfondie
du sujet.
En 1807, Suslowa (2), élève de Setschenow, donne
le compte rendu d'un certain nombre d'expériences
qu'il a faites sur les cœurs lymphatiques. Des résultats
de ses expériences il tire la conclusion que l'arrêt des
cœurs lymphatiques peut être déterminé par une exci-
tation de la moelle d'origine réflexe (c'est ainsi qu'on
peut les arrêter, par exemple, par l'excitation de l'in-
testin). Dans ses explications, il est dominé par l'idée,
juste d'ailleurs, de l'action réciproque des centres ner-
yeux les uns sur les autres.
'-(1) Waldoyer, Zur Analomie nnd Physiologie von Rana und Envjs Euro-
pœa {Studien des pltijuiol. Instituts zu Brpslau, \\[, p. 71, 1805j.
(2j Suslowa, Beilnige %ur Physiologie (1er Lymphhenen {Centralblatt,
1867, p. 833).
HISTORIQUK. 233
Pour compléter l'historique de la question qui nous
occupe en ce moment, je dois vous parler encore de
quelques travaux sur le. cœur caudal de l'anguille.
Marshall Hall a attire l'attention sur cet organe, que
la plupart des histologistes et des physiologistes ont
longtemps regardé avec lui comme un cœur veineux.
En 1867, Wharton Jones (1) a observé le singulier
phénomène ôesf/oifiïescksanf/ qui se produit dans la veine
caudale en avant de ce cœur. Cette veine montre dans
son intérieur chez l'animal vivant une série de gouttes
colorées qui sont séparées par des intervalles incolores.
A chaque systole du cœur caudal, une nouvelle goutte
de sang paraît projetée dans la veine. Wharton Jones
se demanda pourquoi, ce vaisseau étant cylindrique,
le sang, au lieu de remplir régulièrement son calibre,
y circule sous forme de gouttelettes isolées. Il s'expli-
qua ce phénomène en reconnaissant que le cœur cau-
dal envoie dans la veine, non pas les gouttelettes de
sang, mais le liquide incolore qui les sépare. En effet,
lorsqu'il cesse de battre, le sang coule dans la veine
d'une façon continue. Wharton Jones en conclut que
le cœur caudal est un cœur lymphatique, et qu'il pro-
jette à chacune de ses systoles une goutte de lymphe
qui vient interrompre la colonne sanguine.
Pour bien se rendre compte de ce phénomène,
on choisit une anguille de petite taille , que l'on
maintient en l'enveloppant d'un linge mouillé, en de-
hors duquel on laisse sortir seulement le bout de la
(1) Wharton Jones, The caudal heart of tlieEel a hjmphatlc heart (Procee-
dings of Ihe roijal Society, 1868, t. XVI, p. 230).
23i COEURS LYMPHATIQUES.
queue. Après quelque temps, l'animal reste immo-
bile, et, en applicpiant la queue sur une lame de
verre, on peut procéder à l'examen microscopique
à l'aide d'un faible grossissement, soit de 50 à 60 dia-
mètres.
Wharlon Jones (1) avait déjà étudié les contractions
rythmiques de certains vaisseaux. Il avait notamment
observé celles des petites veines des ailes des chauves-
souris. Il compara à ces pulsations celles du cœur caudal
de l'anguille et il étendit l'analogie aux cœurs lympha-
tiques des batraciens et des reptiles. Il remplaça alors
l'observation directe par une déduction â priori^ et, sa-
chant que les fibres musculaires des petites veines sont
des fibres lisses, il affirma qu'il en était de même dans
les cœurs lymphatiques, tant de l'anguille que des ba-
traciens et des reptiles. Il était, on le voit, peu au cou-
rant des travaux de ses devanciers sur la structure de
ces organes. Il ajouta môme que les fibres lisses suscep-
tibles de contractions rythmées constituaient une espèce
distincte des autres.
Comme vous le voyez, le sujet que nous abordons
aujourd'hui présente un vif intérêt et nécessite de nou-
velles recherches. Parmi les questions auxquelles nous
avonstouché dans cette rapide analyse, il y en a beaucoup
de disculées encore. Les auteurs que nous avons eu à
citer ont presque tous une grande autorité; dès lors, il
(2) Microscopical caraclers of the rhylhmicalhj contractile muscular coat
of the Ilat's iving, of the Itjmplialic hearls of thi frog, of the caudal heart
of the Eel (Ihid, p. 342).
est difficile de savoir ti ([iioi l'on doit s'arrêter au milieu
de la divergeuce de leurs opiuions.
Pour ce qui est relatif au centre moteui- des cœurs
lymi)hatiques, malgré les ti'avaux de Volkmann,
d'Eckliard et de Schifï, certainement vous ne sauriez
dire encore s'il est constitué par des ganglions périphé-
riques spéciaux ou s'il est placé dans la moelle épiuière.
D'après Eckhard et Waldeyer, l'excitation électrique
du nerf coccygien ou de la moelle épinièi'e arrête les
cœurs lymphatiques postérieurs en diastole, agissant
comme l'excitation du pneumogastrique sur le cœur
sanguin; d'après Schifï", au contraire, ils seraient alors
arrêtés en systole.
Enfin personne n'a vu encore les terminaisons ner-
veuses dans le cœur lymphatique.
Jamais je n'arriverais à traiter un sujet aussi compli-
qué en quelques leçons, si je ne m'y étais depuis
longtemps préparé. Ainsi je puis vous dire dès aujour-
d'hui que j'ai trouvé dans le cœur lymphatique des
terminaisons nerveuses, dont l'existence n'est encore
connue que des personnes qui m'entonrent et qui ont
vu mes préparations. Comme je vous l'ai déjà dit, Wal-
deyer avait abandonné leur recherche après des essais
infructueux.
Les fibres musculaires des cœurs lymphatiques sont
striées et ramifiées. Nous connaissons déjà dans l'orga-
nisme deux espèces de fibres qui présentent ces carac-
tères : celles du cœur sanguin et celles de la langue.
Mais elles sont loin de se ressembler ; tandis que les
fibres ramifiées des muscles de la vie animale sont
!236 COEURS LYMPHATIQUES.
composées de faisceaux primitifs, celles du cœur san-
guin sont constituées par des cellules soudées bout à
bout. Il s'agit de savoir de laquelle de ces deux espèces
de fibres se rapprochent celles des cœurs lymphatiques.
V''ous avez dû être surpris, comme je l'ai été moi-
même, de ne pas rencontrer un seul travail français sur
une question qui ne manquait cependant pas d'intérêt.
Je ne sais réellement pas pourquoi ce sujet a été ainsi
délaissé par nos compatriotes. Tout ce que j'ai pu
trouver chez les auteurs français se réduit à quelques
notes insuffisantes, consignées dans un ouvrage clas-
sique, \es Leço)ïs cV anatomie et de 'physiolorjie comparées
de M. Milne Edwards. Évidemment, le célèbre doyen
de la Faculté des sciences, quand il a eu à traiter des
cœurs lymphatiques, s'est contenté d'en parler d'après
les autres. Chez la grenouille, par exemple, il indique
vaguement le siège de ces organes, plaçant les posté-
rieurs dans la région antérieure et dorsale des cuisses,
les antérieurs dans la région scapulo-cervicale. Or les
premiers ne se trouvent pas sur la cuisse, mais de chaque
côlé du coccyx, immédiatement au-dessous et en dehors
du bord inférieur du muscle iléo-coccygien de Dugès,
et les antérieurs sont entièrement recouverts par le
scapulum.
QUINZIÈME LEÇON
(5 février 1878)
Cœurs lyiupliatiqucs.
Cœurs lymphatiques postérieurs de la grenouille. — Leurs battements sont
visibles à travers la peau. — Injection de gélatine dans leur intérieur pour
en étudier la forme. — Leurs rapports.
Cœurs lymphatiques antérieurs de la yrenouille. — Leurs battements ne
sont pas visibles même après que l'on a enlevé la peau. — Procédé à
suivre pour les découvrir. — Leur situation. — Leur forme, observée après
injection de gélatine dans leur intérieur. — Leurs rapports avec l'apo-
physe transverse de la troisième vertèbre. — Leur veine efférente. —
Valvules qui empêchent l'entrée dans le cœur lymphatique d'une niasse
injectée dans le système sanguin.
Veine efférente des cœurs lymphatiques postérieurs.
Nerfs des cœurs lymphatiques postérieurs. — Préparation : dissection dans
l'alcool au tiers. — Ces nerfs viennent du nerf coccygien antérieur, qui
reçoit slir son trajet des anastomoses du plexus lombaire et du grand
sympathique.
Messieurs,
Je n'ai pas rintention de décrire avec détail les rap-
ports et la forme des cœurs lymphatiques chez les divers
animaux ; il me sulfira d'étudier ces organes dans quel-
ques espèces.
Je commencerai par les batraciens anoures, dont
deux espèces, très répandues dans notre pays, la gre-
nouille verte et la grenouille rousse, ont plus particuliè-
rement attiré mon attention.
:i>88 COURS lyiMphatiquiîs
Cœur>: hj mphatiques postérieurs. — Chez la grenouille
rousse, dont les téguments sont beaucoup plus minces
(|ue ceux d(i la grenouille verte, on voit, sans prépara-
tion aucune, battre les cœurs lymphatiques postérieurs
de chaque côté de l'extrémité inférieure du coccyx.
Chez la rainette commune {Hyla arborea), cette obser-
vation est encore plus facile.
Quand la peau est enlevée, les pulsations sont plus
évidentes. Au premier abord, on éprouve quelque em-
barras à distinguer la diastole de la systole; mais une
observation prolongée permet de constater qu'au mo-
ment de la diastole le cœur apparaît comme une surface
plane, un peu plus translucide que les parties voisines.
Au moment de la systole, cet organe forme une légère
saillie. S'il ne bat pas, on a de la peine à le reconnaître.
Pour mettre les cœurs lymphatiques postérieurs à
découvert, on incise la peau de la grenouille sur la ligne
médiane depuis la base du coccyx jusqu'à sa pointe. Une
incision tranversale au niveau de la base de cet os
ouvre largement le sac lymphatique dorsal. En rabat-
tant en dehors les deux lambeaux de peau en forme de
volet, on aperçoit les cœurs Ij-mphatiques.
Si, avec la pince, les ciseaux fins et le scalpel, on
cherche à dégager un cœur lymphatique de l'aponé-
vrose qui le recouvre, le plus souvent on ouvre cet or-
gane, et il se présente sous l'aspect d'une cupule remplie
de lymphe et animée de battements. Ce procédé opé-
ratoire ne saurait donc conduire à une notion exacte de
sa forme et de ses rapports.
D'autre part si, grâce à la même dissection poursui-
POSTÉRIEURS DE LA GRliNOUILLE. 239
vie avec plus de bonheur, on arrive à dégager le cœur
lympliatique des parties voisines, il cesse de batlre, et
il est réduit à une petite masse informe.
Pour tourner celte difficulté, J. lAJi'iller eut recours à
l'insufflation. Il introduisait dans le cœur lymphatique
une canule effilée et poussait de l'air dans sa cavité;
il gonflait cet organe ainsi que quelques veines voisines.
Ce procédé a encore de grands inconvénients, puisque
le cœur lymphatique se dégonfle dès qu'on enlève la
canule.
Panizza injectait les cœurs lymphatiques avec du
mercure; mais la fluidité de ce métal rend cette
manière de faire presque aussi défectueuse que celle île
Millier.
Le procédé que j'ai employé a été indiqué parLudwig
pour l'étude du cœur sanguin, ainsi que j'ai déjà eu
occasion de vous le dire (voy. p. 73); il consiste à injecter
dans le cœur de la gélatine à une température peu élevée
au-dessus de son point de fusion.
Voici les détails de l'opération : La grenouille est soli-
dement fixée par ses quatre membres à l'aide de liga-
tures. On ne doit employer pour immobiliser l'animal ni
le curare parce qu'il supprime les battements des cœurs
lymphatiques, ni le chloroforme parce que son action est
passagère et que souvent l'animal se réveille au moment
où l'on aie plus besoin deson immobilité. Le cœur lym-
phatique est mis à nu. Quelquefois ses battements sont
arrêtés par suite de la douleur que provoquent les liga-
tures ou les incisions que l'on vient de pratiquer; mais
ils reprennent bientôt. On emplit de gélatine épaisse et
240 COEURS LYMPHATIQUES
sur le point de se prendre une seringue hypodermique
munie d'une canule à extrémité tranchante ; on enfonce
la pointe de la canule dans le cœur, et l'on y pousse la
masse d'injection. Comme elle se solidifie presque aus-
sitôt, il suffît de laisser la canule en place une demi-mi-
nute après avoir rempli le cœur pour n'avoir pas à
craindre que la masse revienne par l'ouverture que
l'on a faite. Le cœur reste ainsi distendu, et on peut
facilement le disséquer sous l'eau.
Une fois complètement isolé, il apparaît comme
une vésicule translucide et grisâtre ; sa forme, qui s'ap-
précie bien en faisant varier sa position, est celle d'un
parallélipipède à angles mousses. En d'autres termes,
pour le comparera un objet bien connu, il ressemble à
une fève.
Sa face supérieure, qui correspond à l'aponévrose, est
plane ou très légèrement convexe. Sa face ventrale au
contraire est fortement bombée. Ses faces latérales
sont moins convexes et plus étendues que les précé-
dentes, et son grand axe est oblique d'avant en arrière
et de haut en bas.
Les dimensions moyennes du cœur lymphatique
postérieur de la grenouille verte sont les suivantes :
Longueur, 3 millimètres et demi; largeur , 2 milli-
mètres et demi ; hauteur, 3 miUimètres.
Voici le procédé que j'ai suivi pour étudier les rap-
ports du cœur lymphatique postérieur avec les organes
voisins. L'animal entier est plongé dans de l'eau chauffée
à 55 degrés et maintenu dans ce bain durant quinze à
vingt minutes; puis on le laisse complètement refroidir.
ANTI-RIEURS DE LA GRENOUILLE. 241
et Ton procède à la dissection. Les aponévroses et les
cloisons tendineuses étant ramollies ou dissoutes, les
muscles sont bien accusés dans leur forme, et leur dis-
section se fait avec la plus grande facilité.
Sur une grenouille ainsi préparée, vous verrez que le
coccyx est relié aux os iliaques par un muscle épais, hémi-
pennirorme, l'iléo-coccygien de Dugès. Le bord posté-
rieur de ce muscle, qui est oblique d'avant en arrière
et de dehors en dedans, forme le bord antérieur d'une
fossette triangulaire, limitée en dedans et en arrière
par le muscle coccy-fémoral de Dugès, et en dehors
par le pelvifémoro-rotulien. Au fond de cette fossette,
qui communique avec la cavité viscérale, se trouvent
l'artère et le nerf sciatiques, au-dessus desquels est
situé le cœur lymphatique. Le reste de la cavité est
comblé par du tissu conjonctif riche en cellules adi-
peuses et pigmentaires, et surtout accumulé en grande
quantité en avant du cœur. 11 forme à ce "niveau un
nodule noirâtre, grâce auquel on reconnaît sans diffi-
culté la position de l'organe, même quand il ne bat pas.
En revanche, l'abondance du pigment et Tintrication
des fibres du tissu conjonctif rendent très difficiles la
dissection des nerfs du cœur lymphatique et l'étude de
ses rapports avec les vaisseaux sanguins.
Cœurs lymphatiques antérieurs . — Le siège des cœurs
lymphatiques antérieurs de la grenouille a été nette-
ment précisé par Panizza, qui les a découverts en 1833.
Ainsi que je vous l'ai déjà dit ailleurs, Jean iMlilIer,
dans un mémoire publié en 1834, prétendit avoir fait
la découverte des cœurs lymphatiques antérieurs. Son
RANVIER. — Anat. géiicralc. l. — 16
242 COEURS LYMPHATIQUES
alteiUiou, dit-il, avait été attirée sur ces organes par la
lecture d'un travail de Marshall-llall, qui, voyant battre
certaines veines de la région sous-scapulaire, avait
attribué à ces vaisseaux des pulsations qui leur étaient
imprimées en réalité par les cœurs lymphatiques sous-
jacents. C'est ainsi que J. Millier passe absolument sous
silence le travail de Panizza.
On ne voit pas les cœurs lymphatiques antérieurs
battre sous la peau, on ne les voit pas davantage
quand on a simplement enlevé les téguments; pour
les reconnaître, il faut réséquer ou soulever l'angle pos-
térieur de l'omoplate, qui les recouvre complètement.
Voici comment il faut procéder pour les mettre à nu
sans les ouvrir :
Par la section du muscle adscapulo-huméral de Dugès,
le bord interne du scapulum est mis à découvert; on le
soulève et l'on aperçoit deux muscles, les transverses
adscapulaires de Dugès; c'est au niveau de l'insertion de
ces deux muscles sur les apophyses transverses des troi-
sième et quatrième vertèbres que se trouve le cœur lym-
phatique. Cet organe repose par son extrémité antérieure
sur l'apophyse transverse de la troisième vertèbre, apo-
physe transverse la plus longue de toutes, et par son
corps sur les muscles intertransversaires situés entre les
apophyses transverses de la troisième et de la qua-
trième vertèbre. 11 y a ici une disposition remarquable
(flg. 47), analogue à celle que je vous indiquerai dans
une des prochaines leçons, lorsque je vous parlerai des
cœurs lymphatiques des ophidiens. L'apophyse trans-
verse de la troisième vertèbre présente à son extrémité
ANTÉRIEURS DE LA GRENOUILLE,
543
libre un arc cartilaii;ineux qui, prolongé et relié à l'apo-
physe transverse de la quatrième par un petit ligament,
forme avec l'omoplate, au cœur lymphatique, une sorte
de cage solide, indispensable, comme nous le verrons
plus loin, à son fonctionnement physiologique.
A.rj,Rmtnm
FiG. 'il. — Rapports des cœurs lympliitiques antoricurs avec le squeletto. — L, cœur
lymplialiqiic ; (-, i^, i', apophyses transvcrses des deuxième, troisième et quatrième
vertèbres; a, arc cartilaijiueux de la troisième vertèbre; /", ligament iutcrlransvcr-
saire.
Le cœur antérieur a une forme plus régulière que le
postérieur : ([u'on se représente un ovoïde régulier, dont
l'extrémité antérieure serait effilée, ou mieux encore
une poire dont la queue serait tournée en avant.
Ses dimensions, chez une grenouille de taille
moyenne, sont : longueur, 2""", 5; largeur, '"2 milli-
mètres. En général, le cœur lymphatique antérieur est
plus petit que le postérieur.
J'ai déjà décrit les rapports du cœur lymphatique
antérieur avec les os et les muscles; il me reste à
vous indiquer ses rapports avec les veines.
En insufflant de l'air dans cet organe, J. Millier avait
':244 coEUus lymfhatioues
vu se gonfler les veines voisines, et il avait conclu de
cette observation à la communication par les veines
entre le cœur lymphatique et le cœur sanguin. Voici
le procédé que j'ai employé pour déterminer ces rap-
ports :
Le cœur lymphatique antérieur étant découvert, j'y
pousse, au moyen d'une seringue à injection hypoder-
mique munie d'une ca-
nule à extrémité tran-
chante, une masse de
gélatine au bleu de
Prusse, chauffée seule-
ment à une tempéra-
ture de 34 à 35 degrés
centigrades. On voit la
vésicule se remplir, puis
la veine efférente et suc-
cessivement la veine
jugulaire, les veines
brachiales, la veine cave
supérieure, le sinus vei-
neux.
En disséquant avec
précaution la région, on reconnaît (dg. /|8) que la veine
efférente se dégage directement de l'extrémité anté-
rieure du cœur lymphatique et va se jeter, après un
trajet à peu près rectiligne, dans la veine jugulaire, à
la région temporale. La longueur de cette veine est
relativement considérable; sur la préparation que je
vous présente maintenant, elle a 0 millimètres.
FiG. 48. — Pinpports du cœur lymplia tique an-
térieur de la grenouille avec le système san-
guin.— L, cœur lymphatique antérieur; a,
veine jugulaire; b, veine provenant du cœur
lymphatique antérieur ; s, sinus veineux ;
i, veine cave inférieure ; c, veine cave supé-
rieure ; î;, ventricule; 0, oreillette; ?• et r",
veines brachiales.
ANTÉRIEURS DE LA GRENOUILLE. 245
Ainsi l'on peut injecter le système veineux par le
cœur lymphatique; ne pourrait-on pas faire l'inverse?
Nous l'avons essayé, et avec le même résultat négatif que
les observateurs qui nous ont précédé. Quand on injecte
le système veineux, toutes les veines que je viens de vous
nommer, veine jugulaire, veines brachiales, veines effé-
rentcs des cœurs lymphatiques, se remplissent ; mais
l'injection s'arrête au niveau du col de la vésicule, comme
s'il y avait un jeu de valvules en ce point. En effet, si l'on
regarde par transparence l'origine de la veine efférente
sur un animal ainsi injecté, on voit, à ce niveau, un
relief semi-lunaire qui ne laisse aucun doute à cet égard.
Cette disposition concorde d'ailleurs avec celle qu'a
signalée Weber dans les veines efférentes des cœurs
lymphatiques du python.
Jean Mûller dit avoir insufflé des vaisseaux lympha-
tiques .'iflérents. Je n'ai pas réussi à en injecter; j'ai rem-
pli seulement les espaces lymphatiques environnants, ce
qui me fait supposer que la lymphe arrive dans le cœur
directement et sans l'intermédiaire de canaux propre-
ment dits.
Pratiquées dans le cœur postérieur, les injections par
piqûre donnent des résultats analogues à ceux que nous
venons de décrire. Jamais on ne voit la masse fiénétrer
dans des vaisseaux lymphatiques; après avoir rempli le
cœur, elle file par sa veine efférente, qui se dégagea
son côté interne et antérieur, dans la veine sciatique,
puis dans les veines rénales, la veine cave inférieure, et
enfin, si l'on poursuit l'injection, elle remplit le cœur
sanguin et le système artériel. La veine efférente du
^46 COEUllS LYMPHATIQUES.
cœur lymplialique postérieur est très courte ; elle n'a
guère qu'un millimètre, et se jette tout de suite dans la
veine sciatique qui est située inmiédiatement au-dessous.
Je dois vous parler maintenant des nerfs qui se ren-
dent aux cœurs lymphatiques postérieurs, car c'est sur
ces derniers qu'ont spécialement porté les expériences
des physiologistes.
Pour préparer les nerfs de celte région on divise
une grenouille transversalement un peu au-dessus des
dernières vertèbres, on dépouille la moitié inférieure
de l'animal ; on enlève le paquet intestinal, on résèque
les membres et l'on dispose la pièce comprenant la par-
tie inférieure du tronc et le bassin avec -les cœurs lym-
phatiques dans une cuve à dissection contenant de l'al-
cool au tiers. Ce réactif a l'avantage de ménager les
fibres nerveuses en leur donnant une certaine opacité
qui permet de les distinguer plus facilement.
On voit très nettement les différents nerfs du plexus
sciatique. Le sympathique lombaire est aussi facile à re-
connaître, caractérisé par des filets très minces, munis
de renflements gangliformes. En suivant le coccyx, on
remarque, à l'union de son tiers antérieur avec ses deux
tiers postérieurs, un filet nerveux très petit, qui s'en
dégage et qui, situé sous l'aponévrose d'enveloppe du
muscle iléo-coccygien, se dirige obliquement en arrière
et en dehors : c'est le rameau ventral du nerf coccy-
gien. Si l'on retourne la pièce de manière à l'observer
par sa face postérieure, on voit se dégager de chaque
côté du coccyx, à peu près au même niveau, un petit
nerf qui se dirige en bas et en dehors : c'est le rameau
NERFS. 247
dorsal du nerf coccycieii. Le rameau dorsal dessert
la peau, le rameau ventral innerve le cœur lympha-
tique.
Le rameau ventral du nerf coccygien reçoit une
branche anastomolicjiie variable de dimension, qui lui
vient de la neuvième paire; il reçoit de plus des rameaux
très grêles du sympathique, et, arrivé au niveau de la
tache pigmentaire, il se divise en trois branches prin-
cipales. Une de ces branches est destinée au cœur lym-
phatique, les deux autres se rendent dans un plexus
remarquable situé entre la vessie et le rectum {plexus
recto-vésical).
En résumé, ce qu'il importe essentiellement de savoir,
c'est : 1" que les nerfs du cœur lymphatique postérieur
viennent de la branche abdominale du nerf coccygien ;
2" que ce nerf coccygien s'anastomose avec le plexus
lombaire; 3° qu'il reçoit aussi des branches du grand
sympathique.
SEIZIEME LEÇON
(5 fÙM'ier 1878)
Cœurs lyiiiphntifiuci^.
Cœurs Iijmpliatiqites des ophidiois. — On ne leur connaît que deux cœurs
postérieurs. — Manière de les découvrir. — Leur situalioii. — Petit thorax
dans lequel ils sont logés.
Structure des cœurs lymphatiques. — Difficultés que présente l'observation de
leur surface interne. — Injection de gélatine additionnée de nitrate
d'argent pour fixer leurs parois à l'état de distension. — Cloisons variables
de forme et d'étendue dans les cœurs postérieurs. — Réticulation au
niveau des orifices dans les cœurs antérieurs.
Endotbélium des cœirs lymphatiques. — Il présente les caractères del'endo-
théliuni lymphatique en général. — Importance de ce fait pour montrer
que les cœurs lymphatiques font en réalité partie du système lymphaliquc.
— Description du réseau musculaire.
Structure dos fibres musculaires du cœur lymphatique. — Procédés divers
pour en faire Tétude. — Ces fibres sont striées'; elles diffèrent de celles
des muscles striés ordinaires, parce qu'elles sont anastomosées, et de celles
du cœur sanguin, parce qu'elles ne sont pas composées de cellules soudées
bout à bout.
Messieurs,
Nous avons étudié les cœurs lymphatiques de la
grenouille dans leur forme extérieure et dans leurs rap-
ports avec les vaisseaux sanguins et lymphatiques et avec
les nerfs.
Avant de pousser ])lus loin cette analyse, nous nous
arrêterons quelques instants sur les cœurs lympha-
tiques des ophidiens. Les cœurs postérieurs seuls sont
connus chez ces animaux. Les antérieurs n'existent
COEURS LYMPHATIQUES DES OPHYDIENS. 249
probablement pas ; rien du moins dans le squelette ne
fait soupçonner leur présence.
Los cœurs lymphatiques postérieurs des serpents sont
situés à droite et à gauche de la colonne vertébrale, juste
au niveau du cloaque. Ils sont logés dans une cage
osseuse. Le squelette s'est adapté à leur usage et leur a
constitué comme un petit thorax. Panizza a fort bien
décrit cette disposition, et Weber, dans son mémoire sur
le python tigris, n'a fait que reproduire la description de
cet auteur.
Panizza a examiné le squelette de différents reptiles,
couleuvre d'Esculape, couleuvre à collier, boa, python.
Chez tous, la dernière côte est bifide, ainsi que les apo-
physes transverses qui la suivent. Entre leurs deux bran-
ches, ces os limitent une cavité destinée à recevoir le
cœur lymphatique. Cette disposition se montre nette-
ment sur ce squelette de python que nous a obligeam-
ment prêté M. Vaillant, professeur au Muséum d'his-
toire naturelle. En l'examinant à la fin de la leçon, vous
pourrez vérifier l'exactitude de la description de Panizza.
Je ferai cependant une remarque à ce sujet. Le pre-
mier os bifide est articulé, tandis que les suivants sont,
comme des apophyses transverses, soudés avec les ver-
tèbres correspondantes; mais cette différence est la seule
qui me paraît exister entre eux. Je serais tenté de croire
que les derniers sont plutôt des côtes que des apophyses
transverses, je n'oserais cependant pas affirmer qu'il en
soit ainsi . Cette question d'ailleurs est du ressort de l'ana-
tomie comparée, et tout à fait en dehors de notre sujet.
Dans ce squelette de python, quatre côtes ou apo-
*î>50 COEURS LYMPHATIQUES.
physes costales bifiirquées constituent la cage du cœur
lymphatique. Il y en a cinq dans ce squelette de cou-
leuvre d'Esculape, préparé par M. Lataste. 11 est fort
possible qu'il y ait des variations dans le nombre des os
qui constituent cette cage, même dans une seule espèce
de reptiles. Mais c'est encore là un point sur lequel nous
n'avons pas à nous arrêter.
Pour mettre à découvert le cœur lymphatique d'une
couleuvre, on pratique une incision longitudinale sur la
ligne latérale médiane, juste au niveau de l'anus. En
soulevant la peau, on met à nu les muscles sous-jacents;
deux entre autres, que Panizza nomme caiido-costal ai
long dorsal. Ceux-ci sont séparés par une gouttière lon-
gitudinale qu'il suffit d'élargir pour voir battre le cœur.
Pour mieux observer cet organe, on enlève les muscles
en opérant de la colonne vertébrale vers l'extrémité
libre des côtes, et en tenant le scalpel fortement incliné,
de façon à ne pas pénétrer dans la cage lymphatique.
On découvre de la sorte le bord ouvert de celle-ci, dans
laquelle le cœur sejnontre tout à fait à nu. Pendant la
diastole, il apparaît comme une membrane tendue;
pendant la systole, il se gonfle et prend l'aspect d'une
vésicule.
Chez les serpents, le cœur lymphatique est adhérent
aux côtes et aux muscles adjacents. Quand on veut l'en
séparer, sa dissection demande beaucoup de soins et d'at-
tention ; mais elle ne présente pas autant de difficultés
que chez la grenouille, parce que la paroi du cœur est
plus épaisse. Une fois isolé, le cœur lymphatique de la
couleuvre a l'aspect d'une vésicule allongée et aplatie,
STRUCTURE. 251
montrant à sa snrftice les faisceaux connectifs qui
l'unissaient aux tissus voisins. Ou y voit môine souvent
des fibres musculaires; mais elles proviennent des inter-
costaux que l'on a entamés.
Les notions que je viens de vous donner sur la topo-
graphie des cœurs lymphatiques nous sulfiront pour les
recherches que nous allons entreprendre et qui rentrent
davantage dans le cadre de l'anatomie générale.
Voyons d'abord quelle est la disposition de ce cœur
chez les batraciens. Quand, par mégarde, on l'aouvert,
il continue à battre, et sa face interne paraît lisse. A
l'œil nu et même à la loupe, il est impossible d'aperce-
voir dans son intérieur des travées formant un réti-
culum, comme dans le cœur sanguin; mais l'organe est
si petit, et sa paroi si mince, qu'il est indispensable
d'employer certains procédés spéciaux pour l'étudier
d'une façon convenable.
On ne peut recourir pour cela à l'injection de géla-
tine. En effet, lorsque l'on fait fondre cette substance
pour en débarrasser le cœur, celui-ci revient sur lui-
même et n'est bientôt plus qu'une masse informe.
11 faut fixer la paroi du cœur avant d'enlever la
gélatine. L'alcool, que nous avons essayé d'abord, a
l'inconvénient de faire ratatiner la gélatine et de déter-
miner par suite un certain retrait du cœur. Dans l'eau,
il est vrai, l'organe reprend sa forme, grâce au gontle-
ment que subit la substance injectée; mais, si alors on
élève la température à 35 ou 36 degrés, ce qui est néces-
saire pour faire fondre la gélatine, on s'aperçoit que
25^2 COEURS LYMPHATIQUES.
ralcool n'a pas donné aux tissus une rigidité suffisante.
Il est difficile de faire une bonne étude sur une sem-
blable préparation.
J'ai songé ensuite à l'acide osmique, qui nous a déjà
rendu des services quand nous avons étudié la cloison et
les parois des oreillettes. J'ai porté lecœur injecté de gé-
latine dans une solution de ce réactif à 1 pour dOO; je
l'y ai laissé quelques instants, et, après l'avoir lavé dans
de l'eau distillée, je l'ai plongé dans de l'eau à 35 ou
36 degrés. Je m'attendais à voir la gélatine se dissoudre
comme à l'ordinaire, mais j'ai vainement élevé la tem-
pérature de l'eau, la gélatine est toujours restée solide.
L'acide osmique rend la gélatine insoluble, même dans
l'eau bouillante et malgré uneébullition prolongée.
J'ai dû recourir à un autre procédé, qui enfin
m'a donné de bons résultats. J'ai injecté le cœur avec
une masse de gélatine au nitrate d'argent. Pour la pré-
parer, on met à gonfler une lame de gélatine de Paris
dans de l'eau distillée. Après un quart d'heure à une
demi-heure, on l'en retire, on la lave et on la fait fondre
aubain-marie sans addition d'eau. Puis on y ajoute un
tiers de son volume d'une solution de nitrate d'argent au
centième; on agite le tout dans le bain-marie de façon
à mélanger intimement les deux substances; on filtre à
travers delà flanelle et l'on opère avec le mélange comme
avec la gélatine seule. Pour l'injecter, on attend qu'il
soit sur le point de se prendre en masse; et comme il
est alors solidifié dans la canule, on chauffe celle-ci au
moment de pousser Tinjection. L'injection faite, on laisse
refroidir la préparation, et l'on dissèque le cœur avec
STRUCTURE. 253
soin. Il faut se servir seulement d'un scalpel bien tran-
chant ou de bons ciseaux ; car avec des pinces ou des
aiguilles on arracherait des lambeaux de tissu et l'on
altérerait les rapports des parties qu'il importe de mé-
nager. Après une première dissection incomplète^ on
porte le cœur dans de l'eau distillée, et, sous la loupe,
on achève de le dégager des tissus étrangers. On l'expose
ensuite à la lumière solaire, et quand, la réduction de
l'argent étant opérée, il a pris une coloration brune, sa
paroi est définitivement fixée. Alors, on le porte dans
■ de l'eau à 35 ou 30 degrés, la gélatine fond et s'échappe
à travers ses orifices. Par de légères pressions on renou-
velle le liquide dans son intérieur, et l'on fait disparaître
les dernières traces de gélatine sans produire aucune
déformation.
Il suffit ensuite d'ouvrir le cœur lymphatique pour en
observer l'intérieur. On pourrait, sous la loupe, et à
l'aide des ciseaux, découper des fenêtres dans sa paroi ;
mais il est préférable de le diviser en deux d'un seul
coup de ciseaux, suivant son plus grand diamètre et
plus près de sa face ventrale que de sa face dorsale. On
obtient ainsi deux calottes dont nous allons décrire les
détails.
L'examen est difficile à l'œil nu ; il se fait mieux
au microscope, à un faible grossissement. On voit
alors à l'intérieur des cœurs lymphatiques des cloisons
saillantes très variables de forme et d'étendue. J'ai dis-
posé sous ces microscopes les deux cœurs postérieurs
d'une môme grenouille de taille moyenne. Quoiqu'ils
aient été préparés tous deux de la même façon, leur dis-
554 COEURS LYMPHATIQUES.
position est loin d'être identi((iie. L'un d'eux (Â, fig. 49)
présente une seule cloison (tblique, divisant incom-
plètement la cavité cardiaque en deux portions inégales;
^ dans l'autre (B, fig. 49),
il y a deux cloisons obli-
ques reliées l'une à l'autre
par une troisième cloison
transversale. Il n'y a donc
pas lieu de décrire minu-
tieusement des dispositions
qui peuvent présenter au-
tant de variétés. Dans le
reste de leur surface, en
I I dehors des cloisons, les
^^ cœurs lymphatiques posté-
x^^^^^^^pr rieurs sont à peu près
^^^^^ lisses.
FiG.:49.-Cœuis lymphatiques postérieurs i rcpur<i. antpHpUrS
d'une gienouilio verte, vus h la loupe et ^^^ CUÎUIS rtUlCllOUia,
S*î::"Ç:£;ier'°'°''"^''"'' qui ne possèdent pas de
cloisons, présentent, au
niveau des orifices lymphatiques, une réiiculation peu
accusée.
Nous sommes naturellement conduits par cette prépa-
ration dans le domaine propre de l'histologie. Le nitrate
d'argent qui nous a servi à fixer la paroi du cœur a en
effet imprégné l'endothélium de sa face interne, qu'il
nous est maintenant facile de reconnaître.
Cet endothélium a été signalé par Waldeyer dans un
mémoire que j'ai déjà eu occasion de citer. Cet auteur
ENDOTHÉLIUM. '255
dit que la face interne du cœur lymphatique est tapis-
sée par un épithélium pavimenteux, mais il ne parle pas
de la forme des cellules de cet épilliélium et n'indique
aucune méthode pour l'observer. Ce sont cependant là
des points ([u'il importe de déterminer.
La nature de cet épithélium,, en effet, va nous per-
mettre de décider si les cœurs lymphatiques appartien-
nent au système vasculaire sanguin ou au système lym-
phatique; question à laquelle nous pourrions être tenté
de répondre à priori, si nousn'avions pour principe de
n'accepter aucune opinion ({ui n'émane directement
de l'observation des faits.
Nous savons, à la vérité, que cet organe contient de
la lymphe; mais, si nous songeons à la forme ovoïde du
cœur antérieur, et si nous nous représentons ses rap-
ports avec la veine efFérente à laquelle il semble comme
appendu, nous pouvons nous demander s'il ne de-
vrait pas être considéré, au point de vue morpholo-
gique, comme une dilatation ultime de cette veine. Les
dispositions de ce genre ne sont pas rares dans le sys-
tème veineux. Ainsi, dans le grand épiploon du lapin,
les veines se terminent par des dilatations en cul-de-
sac (i).
La forme de l'épithélium chassera tous les doutes.
Nous savons que, chez les mammifères et chez tous les
vertébrés (je ne connais du moins aucune exception),
les vaisseaux et cavités lymphatiques sont revêtus d'un
épithélium d'une forme toute spéciale. Les cellules qui le
(l) Du développement et de Vaccroissement des vaisseaux sancjuins [Tra-
laux du laboratoire aVdslologie du Collège de France, 187 i, p. Ii8).
"206 COEURS LYMPHATIQUES.
conslituent présenleiit sui' leurs bords des dentelures
mousses plus ou moins longues, mais toujours bien accu-
sées et s'engrenant les unes dans les autres. Les batra-
ciens n'ont ])as, d'ordinaire, comme les mammifères, des
vaisseaux lymphatiques proprement dits; ces vaisseaux
sont remplacés chez eux par un système lacunaire com-
muniquant avec de grands réservoirs désignés sous le
nom de sacs lymphatiques. Ceux-ci se voient sous la
peau, autour des viscères, entre les muscles, etc. L'en-
dothéhum qui tapisse ces lacu-
nes a partout la forme de l'en-
dothélium lymphatique. Pour
vous en donner un exemple ,
j'ai disposé sous un de ces mi-
croscopes, après l'avoir impré-
gnée d'argent, une partie de la
paroi du sac lymphatique dor-
sal de la grenouille, celle qui
correspond à l'aponévrose des
muscles iléo-coccygiens.
A propos de cette aponévrose,
j'ai omis plus haut de vous
signaler un détail. Elle n'est pas double; elle est com-
mune aux deux muscles. Après l'avoir transversalement
incisée en avant du coccyx, on peut la soulever dans
toute son étendue avec le manche du scalpel, ce qui
permet de l'enlever facilement après en avoir impré-
gné la face supérieure avec du nitrate d'argent.
Vous pourrez comparer les cellules endothéliales qui
revêtent cette membrane (fig.SO) à celles qui tapissent
FiG. 50. — Eiidollicliiim ilu sac
lyiii|ilialifjnc dorsal de la grc-
nouillo im|ir('giiô d'argent, au ni-
veau do l'apûiiL'vrosc iliio-coccy-
gicnne.
ENDOTHÉLIUM. 257
l'intérieur du cœur lymphatique (fig. 51) , et reconnaître
qu'elles ne sont pas difFérentes les unes des autres.
Celle ressemblance suffit à démontrer que les cœurs
lymphatiques appartiennent bien au système lympha-
tique et i:on au système sanguin ; en effet, vous le
savez, l'endothéliumdes veines et des artères a une tout
autre forme. Il me paraît inutile d'insister davantage
sur ce point.
Au-dessous de l'endothélium (fig. 51), le cœur lym-
phatique présente un réseau élégant formé par sa
■^> <Î^^C _^J>/V ,^J^--r
=»\^
^
)
Vc^J.
F(G. 51. — Paroi du cœur lymphatique postérieur de la grenouille verte, imprégnée
d'argent., — c, cellules ondotliclialcs; i, cimiMit intercellulaire imprégné par l'argent;
m, travées musculaires du cœur Iymphatii[uo.
tunique musculaire. Des travées assez épaisses limitent
des espaces arrondis que cloisonnent des travées plus
fines; on pourrait nommer réiiculation à rosaces cette
RANViER. — Anat. générale. i. — 17
258 COEURS LYMPHATIQUES.
disposition qui est analogue à celle que présente le
grand épiploon de l'homme et du chien. Les grosses
travées font une légère saillie dans l'intérieur du cœur,
les espaces compris entre elles sont déprimés et consti-
tuent des fossettes réticulées, au fond desquelles se trou-
vent habituellement les pores lymphatiques. Nous revien-
drons sur la disposition du réseau musculaire et sur les
pores lymphatiques, après avoir fait l'élude des fibres
musculaires elles-mêmes.
De toutes les questions relatives aux cœurs lympha-
tiques, celles qui concernent la structure de leurs fibres
musculaires sont assurément les plus importantes au
point de vue de l'analomie générale. Nous venons de
voir que ces fibres forment un réseau ; nous avons à
rechercher maintenant comment elles sont agencées
pour le constituer.
La m.élhode la plus simple pour arriver à ce résultat
paraît être de détacher le cœur lymphatique, de le séparer
des parties voisines dans l'eau ou le sérum iodé, de
compléter la dissection sous la loupe et, une fois le cœur
débarrassé des tissus qui ne lui appartiennent pas en
propre, de l'ouvrir, de l'étaler sur une lame de verre
et de le dissocier avec des aiguilles.
Les préparations obtenues par ce procédé ne sont
pas démonstratives, parce que les fibres musculaires du
cœur lymphatique de la grenouille sont très délicates, et
parce que le tissu conjonctif abondant dans lequel elles
sont plongées empêche de les isoler convenablement.
On observe bien ainsi quelques fibres musculaires dé-
gagées sur une faible étendue et vers leurs extrémités;
FIBRES MUSCULAIRES. 259
mais on ne peut les étudier sur une longueur suffisante.
On constate seulement qu'elles sont striées, constata-
tion qui se fait d'ailleurs aussi facilement dans l'eau
que dans tout autre réactif. Dès lors, je ne conçois
pas comment Wharton Jones a pu dire qu'elles étaient
lisses et comparables aux fibres musculaires des veines
périphériques. Vous verrez également qu'elles sont
minces, que des noyaux sont disposés à leur surface,
non dans leur intérieur ; mais c'est là une obser-
vation que l'on fait mieux à l'aide de la méthode
suivante :
On aspire, dans une seringue, de 20 à 25 centi-
mètres cubes de liquide de Millier; on introduit la ca-
nule dans un sac lymphatique sous-cutané. Il convient
de choisir un sac de la jambe, celui qui recouvre le
gastrocnémien, ce qui permet de faire ainsi une ligature
comprenant à la fois la canule et le membre entier. On
pousse le piston de la seringue, et le liquide,- gagnant •
de sac en sac, remplit tout le système lymphatique.
Si l'injection est poussée avec force, il arrive souvent
que le sac rétro-lingual est gonflé au point de faire
sortir la langue de la bouche.
Tous les organes de la grenouille se trouvent ainsi
plongés dans le liquide de Millier, la peau de l'animal
servant de récipient commun. Après vingt-quatre heures,
on ouvre la grenouille, et l'on trouve les cœurs lym-
phatiques entourés et remplis du réactif. Ils sont suftî-
samment fixés, et l'on peut sans trop de peine les isoler,
puis les dissocier sur une lame de verre. Les fibres
musculaires que l'on obtient ainsi sont colorées au picro-
A
1=,-,' ISlU'flitl^"
260 COEURS LYMPHATIQUES.
carininato d'ammoniaque auquel on substitue lentement
de la gycérine.
Je vais vous indiquer une
autre méthode qui fournit
des résultats encore préfé-
rables. Après avoir injecté le
cœur de gélatine sur le point
de se prendre, on le plonge
pendant quelques minutes
dans une solution d'acide
osmique au centième; puis
on le porte dans de l'eau
distillée, on l'incise et l'on
extrait en une seule masse
le moule interne de gélatine.
Celui-ci entraîne bien avec
lui les cloisons intérieures,
mais il laisse l'enveloppe in-
tacte. Les préparations que
l'on obtient en dissociant
ensuite avec soin cette enve-
loppe fixée par l'acide osmi-
que, montrent nettement les
fibres musculaires (fig. 52);
mais jamais celles-ci ne sont
isolées sur une grande éten-
due, ce qui lient à leurs
nombreuses anastomoses et
à la résistance du tissu con-
jonclif abondant dans lequel elles sont comprises.
/ "//'^m/
Fig. 5-2. — Filircs musculaires du
cœur antérieur de la grenouille,
dissociées après l'action de l'acido
osmique, colorées au picrocarminato
d'ammoniaque et conservées dans
la fflycérine. — n, noyau.x; ;;, pro-
toplasnia ; m, substance musculaire.
FIBRES MUSCULAIRES. 261
Vous verrez ù la fin de la leçon des préparations
faites suivant ces deux mélhodes. Vous observerez que
les libres musculaires présentent des divisions et que
leur diamètre est très variable; vous apercevrez leur
slriation transversale, d'autant plus nette qu'elles ont
été mieux tendues. Enfin, vous pourrez remarquer la
disposition suivante qui ne manque pas d'intérêt : à
la surface de cbaquc fibre striée se montrent des
monticules de protoplasma granuleux, contenant des
noyaux en nombre plus ou moins considérable. En
général, ces fibres ne possèdent pas de noyaux dans leur
épaisseur.
En résumé, les fibres musculaires des cœurs lympha-
tiques sont striées, arborisées et à noyaux marginaux,
du moins chez la grenouille (nous nous occuperons tout
à l'heure des ophidiens). Or, chez la grenouille, tous
les muscles du tronc et des membres sont striés, mais
nullement arborisés, et outre les noyaux qui sont situés
au-dessous du sarcolemme, il y en a d'autres en plus
grand nombre dans l'intérieur mônîe des faisceaux pri-
mitifs. Le muscle cardia(iue est strié, arborisé et réticulé
comme la paroi musculaire du cœur lymphatique de la
grenouille, mais il se compose de cellules soudées bout
à bout et dont les noyaux sont compris dans l'épaisseur
des travées. Le muscle du cœur lymphatique constitue
donc une espèce à part.
Il faut avoir recours à une autre méthode pour
pousser plus loin cette étude, dans laquelle, comme
vous voyez, nous avançons peu à peu.
Chaque libre, malgré ses noyaux rassemblés dans une
262 COEURS LYMPHATIQUES.
masse protoplasmique marginale, ne serait-elle pas sus-
ceptible d'être décomposée en segments cellulaires ta
novaux simples ou multiples? Pour nous renseigner à
cet égard, appliquons la méthode qui démontre si bien
la structure cellulaire du muscle cardiaque, employons
la potasse à 40 pour 100. D'un coup de ciseaux déta-
chons rapidement un morceau de la paroi du cœur
lymphatique, et plongeons-le dans un centimètre cube
de ce réactif. Laissons-le y baigner dix minutes ou un
quart d'heure, puis portons-le sur une lame de verre.
11 suffît de l'agiter dans une goutte de la solution de po-
tasse pour obtenir une dissociation convenable, qu'il
serait d'ailleurs désavantageux de pousser à son extrême
limite.
A l'examen microscopique, nous retrouvons la môme
disposition réticulée que par les autres modes de prépara-
tion ; elle paraît même plus accusée, parce que la potasse
a dissous le tissu conjonctif qui précédemment gênait
l'observation. Les fibres musculaires des cœurs lympha-
tiques ne sont donc pas constituées par des cellules sou-
dées bout à bout.
Les préparations à la potasse sont démonstratives,
mais elles ne sont pas persistantes. Pour obtenir des
fibres musculaires du cœur lymphatique que l'on puisse
conserver, il faut avoir recours à un autre agent disso-
ciateur : la chaleur. Une grenouille tout entière est
plongée dans de l'eau à 55 degrés. On l'y laisse sé-
journer un quart d'heure à vingt minutes. Après ce laps
de temps, le tissu conjonctif, en partie converti en géla-
tine, ne présente plus de résistance. Rien de plus facile
FIBRES MUSCULAIRES. 263
alors que de dégager le cœur, de l'enlever et de le
dissocier dans une solution
de picrocarminate d'am-
moniaque. Pour rendre la
préparation persistante, il
suffit de substituer sous
la lamelle de verre de la
glycérine à ce dernier
réactif.
Vous constaterez sur une
préparation faite au moyen
de ce procédé (fîg. 53)
que les fibres musculaires
en s'entre-croisant forment
de véritables chiasmas, au
niveau desquels elles sont
plongées dans une masse
protoplasmique commune.
Aux points d'entre-croise-
ment des fibres, les noyaux
semblent situés dans l'épais-
seur de la substance mus-
culaire. Mais ce n'est là
qu'une apparence; en effet,
quand deux fibres se super-
posent, leurs noyaux se
trouvent compris entre cel-
les-ci, quoiqu'ils soient ex-
térieurs à chacune d'elles.
En résumé, chez la grenouille la musculature des
FiG. 53. — Une portion du réseau mus-
culaire du cœur lyuipliatique postérieur
de la grenouille verte, isolée après que
que l'animal a séjourné quinze minutes
dans l'eau à 55 degrés. Coloration avec
le liicrocarminate d'ammoniaque. Con-
servation dans la glycérine. — jj, proto-
plasma ; n, noyaux.
264 COEUUS LYMPHATIQUES.
cœurs lymphatiques dilï'ère des muscles de la vie animale
par ses anastomoses ; du muscle cardiaque par la struc-
ture de ses fibres ; et de ces deux espèces de muscles
par la situation de ses noyaux. On conçoit tout l'intérêt
que présentent ces faits au point de vue de l'anatomie
générale.
Quant à la forme de leur striation, les fibres muscu-
laires des cœurs lymphatiques ne diffèrent pas des autres,
ainsi qu'il est facile de s'en convaincre sur les prépa-
rations obtenues au moyen de l'acide osmique par la
méthode que je vous ai indiquée. Je ne discuterai
pas ici la question de savoir si le muscle du cœur lym-
phatique est comparable sous ce rapport aux muscles
rouges ou aux muscles blancs du lapin ; je dirai seule-
ment qu'il présente, comme les muscles rouges, des
disques minces relativement épais.
Chez la couleuvre à collier, les fibres musculaires du
cœur lymphatique, bien plus volumineuses, sont égale-
ment striées et anastomosées enlre elles. Elles possèdent
aussi des noyaux marginaux, et ceux-ci, quoique moins
nombreux, sont plongés de môme dans une masse pro-
toplasmique saillante; mais, en outre, chaque fibre pos-
sède des noyaux centraux et se montre sous ce rapport
semblable aux fibres du tronc.
DIX-SEPTIEME LEÇON
(1-2 fJvrior 1878)
Ciriirs Eyinithntiqucs.
Structure des cœurs lymphatiques (suite). — Charpente conjonctive. — Elle
n'est pas constituée par un tissu conjonotif particulier. — Son aspect spé-
cial est dû aux cellules pigmentaires qu'elle contient.
Procédés divers pour étudier les vaisseaux sanguins du cœur lyniphatiriue.
— Distribution irrégulière de ces vaisseaux, ne ressemblant en rien à leur
distribution dans les muscles striés ordinaires.
p^tude des voies lymphatiques de la grenouille au moyen de Vmjeclion d'une
masse bleue à la gélatine dans les sacs lymphatiques. — Pores lympha-
tiques. — Mode de communication des sacs lymphatiques entre eux. —
Étude des pores lymphatiques après injection de gélatine argentée dans les
cœurs lymphatiques.
Nerfs des cœurs lymphatiques postérieurs. — Variations nombreuses qu'ils
présentent dans leur origine et dans leur parcours ; ces .variations sont
la cause des divergences et des contradictions des physiologistes. —
Cellules ganglionnaires sur le trajet des nerfs ; elles se rencontrent par
exception.
MliSSIEURS,
Nous allons coutimier aujourd'liiii l'analyse histolo-
gique des cœurs lyniphaliques; nous passerons, dans
la leçon suivante, à l'étude pbysiologiiiue de ces or-
ganes.
Nous avons observé déjà la disposition intérieure des
cœurs lymphatiques des batraciens et des reptiles. Chez
les batraciens anoures, les cœurs postérieurs nous ont
266 COEURS LYMPHATIQUES.
montré des cloisons plus ou moins saillantes et variables
de nombre et de forme, cloisons qui manquent absolu-
ment dans les antérieurs.
Nous avons observé également l'endolbélium de ces
organes, et nous nous sommes assurés qu'il est sem-
blable à l'endothélium qui tapisse les cavités lympha-
tiques de la grenouille, cavités généralement connues
sous le nom de sacs lymphatiques. C'était là un point
important à co.nstater, car il établit nettement que les
cœurs lymphatiques appartiennent au système lympha-
tique et non pas au système sanguin.
Notre examen a porté enfin sur la musculature de
ces organes. Leurs fd)res musculaires, ramifiées et
anastomosées comme celles du cœur sanguin, diffèrent
de ces dernières parce que, au lieu d'être composées
de cellules soudées bout à bout, elles sont continues et
possèdent des noyaux marginaux plongés dans des
masses protoi)lasmiques.
Occupons-nous maintenant de la charpente conjonc-
tive des cœurs lymphatiques. Nous avons déjà constaté
l'abondance du tissu conjonctif dans ces organes quand
nous avons eu à dissocier leurs fibres musculaires. Son
importance physiologique ressortira plus tard quand
nous étudierons leurs fonctions, spécialement au point de
vue de la circulation de la lymphe.
Les fibres connectives des cœurs lymphatiques consti-
tuent un système continu depuis l'endothélium qui
en recouvre la surface interne jusqu'aux pièces osseuses
ou conjonctives qui les rattachent au leste de l'orga-
nisme. D'ailleurs, leur distribution et leur importance
CHARPENTE CONJONCTIVE. ^67
sont variables, suivant qu'il s'agit de tel ou tel animal,
et de la paire antérieure ou de la paire postérieure des
•cœurs lymphatiques.
Pour ce qui concerne le cœur postérieur des batra-
ciens, vous avez vu qu'il est placé au-dessous d'une
expansion de l'aponévrose dorsale, laquelle fait suite à
l'aponévrose des muscles iléo-coccygiens, et qu'il lui
est si intimement soudé, qu'il est très difficile, sinon im-
possible, de l'en séparer. Cela tient à ce que les fibres
propres du cœur se continuent directement avec les
fibres aponévrotiques.
C'est, du reste, une loi générale que le cœur lympha-
tique est toujours disposé entre des plans résistants dé-
pendant du squelette osseux ou de la charpente con-
neclive de l'animal. Jamais il n'est librement suspendu
au milieu d'une cavité séreuse comme le cœur sanguin
dans le péricarde.
Le cœur antérieur des batraciens repose par son col
sur la troisième vertèbre et se trouve protégé par l'arc
cartilagineux qui la termine en dehors. De plus, et c'est
là un détail sur lequel j'ai omis d'insister précédemment,
il adhère solidement à ces parties et aussi à une mem-
brane fibreuse résistante, tendue entre les apophyses
transverses delà troisième et de la quatrième vertèbre. Si
donc il est libre en dessus, sa face inférieure du moins et
une partie de ses faces latérales sont intimement reliées
aux parties voisines.
Cette disposition n'est pas sans analogie avec celle
que présentent les cœurs lymphatiques des serpents.
Logés dans la cage osseuse que je vous ai déjà décrite,
•268 COEURS LYMPHATIQUES.
ces cœurs sont attachés solidement par une quantité con-
sidérable de petits cordages aux différentes parties
osseuses et ligamenteuses de ce petit thorax. En effet,
le tissu conjonctif qui forme la charpente du cœur se
dégage de tous les points de sa surface, et ses faisceaux
vont se continuer avec ceux du périoste ou des liga-
ments interosseux. J'aurai, du reste, à revenir sur cette
union intime du cœur lymphatique avec les parties voi-
sines, à propos du mécanisme de la diastole.
Remarquons toutefois (jue la constitution des cœurs
lymphatiques ne s'accorde guère avec l'ancienne con-
ception de Weber et de Waldeyer qui leur décrivaient
trois tuni(pjes : V intime, séreuse, la moyenne^ muscu-
laire, et \ adventice^ connective.
Il est singulier que toute description d'un organe
quelconque appartenant au système vasculaiie soit
toujours fondée sur cette division devenue classique,
mais qui, dans la plupart des cas, est purement arbi-
traire. En réalité, le cœur lymphatique se compose :
Y de l'endolhélium interne ; 2° d'une trame fdjreuse
commençant immédiatement au-dessous de l'endothé-
lium et se prolongeant jusqu'aux pièces de soutien; et
3" de fibres musculaires logées dans les interstices du
stroma conjonctif. Je ne vois pas l'utilité de compliquer
autrement la description de sa texture.
Le tissu conjonctif des cœurs lymphatiques ne pré-
sente pas une structure spéciale, quoique l'observateur
soit frappé d'abord par la teinte grisâtre qu'affecte cet
organe et qu'il doit aux cellules pigmentaires répandues
dans son épaisseur. Ces dernières ne sont cependant
VAISSEAUX SANGUINS. 269
pas exceplionnellcment abondantes. Leur nombre est
en rapport avec la quantité considérable du tissu con-
jonctif compris dans la paroi des cœurs lymphatiques.
J'ai cherché à me rendre compte de la ([uantité de
fibres élastiques que pouvait contenir ce tissu. Pour
cela j'ai fait usage de la solution dépotasse à lOpour iOO
qui,- vous le savez, ne respecte que les fibres élastiques.
Or, contrairement à ce que je supposais, j'ai constaté
qu'elles sont en nombre assez restreint.
Passons à une autre question. Le cœur lymphatique
contient-il des vaisseaux sanguins? Vous savez que le
cœur sanguin de la grenouille n'en possède pas. La
nutrition et la respiration de la fibre cardiaque se font
aux dépens du sang qui la baigne. Arrivant par les
veines pulmonaires et les trois veines caves et s'échap-
pant par le bulbe aortique, le sang contenu dans le
ventricule, mélange de sang artériel et de sang veineux,
se trouve suffisamment oxygéné pour les besoins des
éléments cardiaques, étant donnée la lenteur avec
laquelle s'exercent les fonctions de nutrition chez les
batraciens. D'ailleurs, le ventricule de la grenouille ne
forme pas, comme celui des mammifères, une masse
compacte creusée de deux cavités; c'est plutôt une
véritable éponge, dans les interstices de laquelle le sang
peut pénétrer, et oii les mouvements de systole et de
diastole entretiennent une circulation très active. Mais
je n'ai pas à revenir sur cette disposition dont assu-
rément vous avez été frappés, et que vous n'avez pas
oubliée.
Si l'on se place au point de vue de la théorie zoo-
^70 COEURS LYMPHATIQUES.
logiciue de l'évolution, on peut considérer la réticuUa-
tlon rudinientaire du cœur des vertébrés supérieurs
comme un vestige de la disposition que nous présente le
cœur dépourvu de vaisseaux de la grenouille et de la
plupart des batraciens. Mais laissons là ces considé-
rations philosophiques et rentrons dans le domaine de
l'observation des faits.
La plupart d'entre vous con naissent les travaux récents
sur la lymphe qui ont été faits dans le laboratoire de
Ludwig. Ces travaux ont établi que la lymphe est ex-
cessivement pauvre en oxygène. Cependant, comme ils
ont porté uniquement sur la lymphe du chien, ils ne
sauraient rien prouver pour la lymphe de la grenouille.
Il est môme fort probable que la lymphe des batraciens
est plus oxygénée que celle des mammifères, parce
qu'elle peut facilement faire des échanges gazeux
avec le milieu extérieur. Cependant elle provient tou-
jours du liquide transsudé des vaisseaux sanguins, et,
quand elle arrive dans les cœurs lymphatiques , elle
a déjà servi à la nutrition des éléments et se trouve
chargée de leurs déchets; elle leur a notamment
fourni de l'oxygène et leur a pris en retour de l'acide
carbonique. Elle est donc peu convenable à la nu-
trition, et je crois (jue le cœur lymphatique ne pourrait
fonctionner s'il n'était arrosé que par elle. Mais la
nature, pour employer une expression faniilière aux
anciens naturalistes, a pris ses précautions; elle a
établi dans la paroi des cœurs lymphatiques un riche
réseau capillaire sanguin.
Ce réseau est rendu évident par différentes méthodes :
VAISSEAUX SANGUINS. 271
la plus simple consiste à reaiplir tout le système lym-
phatique de liquide de Mùller (voy. p. 259) . Vingt-quatre
heures après, il est facile d'isoler le cœur antérieur.
On le fend suivant sa longueur, on l'étend sur une lame
de verre, on le colore au picrocarminate et on le con-
serve dans de la glycérine picrocarminée. Les glo-
bules du sang qui remplissent les capillaires sont fixés
par le liquide de Millier, et les vaisseaux, déjà appa-
rents par leur propre contour, sont rendus plus nets
encore par les globules rouges qu'ils contiennent.
Cependant il serait difficile, sur une semblable pré-
paration, debiensuivreleurdistribution et d'étudier con-
venablement leurs rapports avec le réseau musculaire.
11 est préférable de remplir le système sanguin d'une
injection de gélatine colorée, et je vous conseille d'em-
ployer de préférence la masse au bleu de Prusse, plus
facile à préparer que la masse au carmin. Pour 25 par-
ties d'une solution concentrée de bleu de Prusse soluble,
on prend une partie de gélatine. Cette masse est liquide
à 35 ou 36 degrés; on plonge la grenouille dans de l'eau
élevée ta celte température : précaution qui offre ce
double avantage de paralyser l'animal et d'éviter la soli-
dification de la gélatine refroidie dans son passage à tra-
vers les vaisseaux capillaires. Il importe aussi, avant de
faire l'injection, d'avoir provoqué une hémorrhagie suffi-
sante pour vider le système sanguin de la plus grande
partie de son contenu. L'injection peut se faire aussi
bien par la veine abdominale antérieure que par le
bulbe aortique; les résultats sont les mêmes dans les
deux cas.
275 COEURS LYMPHATIQUES.
Lo réseau vasculaire ainsi injecté présente, dans les
cœurs lymphatiques, une. forme toute spéciale. Ses
mailles sonl arrondies ou irrégulièrement polyédriques,
inégales de forme et de dimension, et disposées sur
différents plans; mais, comme la paroi de ces cœurs est
fort mince, on ne saisit bien cette différence de niveau
qu'en employant un grossissement suffisant, de 200 dia-
mètres par exemple.
Cette irrégularité du réseau sanguin destiné à la
tunique musculaire des cœurs lymphatiques est tout à
fait exceptionnelle. En effet, dans les muscles striés et à
faisceaux parallèles des membres et du tronc , dans
les muscles striés et ramifiés de la langue, de même que
dans les muscles lisses, ceux de l'intestin ou de la vessie
par exemple, le réseau capillaire a une forme déter-
minée, commandée par la forme des faisceaux muscu-
laires eux-mêmes. Dans ces muscles, au seul aspect
du réseau injecté, quand tout le reste de la préparation
a été rendu transparent par le baume du Canada, un
histologiste reconnaît sans peine un réseau musculaire.
11 n'en serait certes pas de même pour le réseau du cœur
lymphatique; rien ne saurait indiquer qu'il appartient
à un muscle.
Pour bien se rendre compte du rapport des branches
de ce réseau avec les fibres musculaires, l'examen à plat
de la paroi des cœurs lymphatiques n'est pas suffisant, et
il importe de l'observer sur des coupes transversales.
Ces coupes eussent été difficiles sur un cœur de gre-
nouille, dont les parois sont extrêmement minces;
aussi j'ai préféré m'adresser à la couleuvre à collier,
VAISSEAUX SANGUINS. 573
dont les cœurs lymphatiques ont des parois d'un milli-
mètre d'épaisseur à peu près.
Le système sanguin des ophidiens s'injecte aisément.
On met l'aorte à découvert et, après y avoir fait une in-
cision pour laisser le sang s'écouler, on y introduit une
canule munie d'un arrêt bien prononcé. Gomme on n'a
besoin d'injecter que la partie postérieure, on peut lier
sur la canule tout le tronc de l'animal. On se sert indif-
féremment d'une masse au bleu dePrusse ou d'une masse
au carmin, et l'on a soin d'élever à 36 ou 38 degrés la
température de la couleuvre, afin d'éviter la solidifica-
tion de la gélatine dans les vaisseaux capillaires.
Je dois vous prévenir de la possibilité d'un accident
qui se présente fréquemment dans le cours de l'opéra-
tion. L'injection s'exécute sans difficulté et, si l'on fait
usage d'une masse au carmin, on voit peu à peu rougir
les écailles et, plus encore, la muqueuse du cloaque.
Mais, ainsi que Panizza et Rusconi l'ont démontré, les
artères sont contenues dans des gaines lymphatiques. Il
en résulte que les artères, étant libres dans Tintérieur
de ces gaines et n'étant dès lors pas soutenues par les
tissus voisins, se rompent facilement; et, sans que l'opé-
rateur s'aperçoive d'aucun soubresaut ni d'aucune di-
minution dans la résistance, la masse pénètre dans les
lymphatiques, et notamment dans la citerne rétro-
péritonéale, au moins aussi développée chez les couleu-
vres que chez les batraciens.
D'ordinaire, cependant, l'injection remplit tout le
réseau sanguin du cœur lymphatique. Vous en jugerez
sur une préparation à plat de cet organe obtenue dans
RANViiiR. — Auat. générale. I. _ 18
274 COEURS LYMPHATIQUES.
les conciliions que je viens de vous indiquer. Sur une
coupe transversale du même orojane, vous verrez que
les vaisseaux sont répartis dans toutes ses couches mus-
culaires et conjonctives jusqu'au-dessous de son endo-
thélium.
[.nuMORcnir
FiG. 5L — Paroi du cœur lyiiipliatifiiic aiiti'ricui' An la griMioiiilIo vcrk', dont les vais-
seaux ont été injectés. — v, vaisseaux sanguins ; m, fibres musculaires; -p, pores Ijiii-
plialiriues; c, cellules iiigmcntaircs.
L'i disposition des vaisseaux sanguins est d'ailleurs
la môme chez les reptiles et chez les batraciens.
Quant aux vaisseaux lymphatiques, je n'ai constaté
leur existence ni chez la grenouille, ni chez la couleuvre.
INJECTION DU SYSTÈMb: LYMPHATIQUE. 275
(Cependant, je dois avouer que mes recherches n'ont pas
été suffisamment nombreuses chez les reptiles, et je
n'oserais affirmer que les vaisseaux sanguins compris
dans la paroi de leurs cœurs lymphatiques soient dé-
j)Ourvus de gaines lymphatiques. Je n'ai pas eu à ma
disposition un nombre suffisant d'ophidiens. Mais, pour
ce qui concerne les batraciens, il me paraît que leurs
cœurs lymphatiques ne possèdent pas de vaisseaux lym-
phatiques propres.
La grenouille n'a môme pas de vaisseaux lymphatiques
afférents; c'est par de simples pores que la lymphe
pénètre dans ses cœurs lymphatiques. Voici le procédé
auquel j'ai eu recours pour le démontrer :
La grenouille étant immobilisée par immersion dans
l'eau chauffée à 36 degrés, on fait pénétrer sous la peau,
par une incision pratiquée au niveau du tendon d'A-
chille, la canule d'une seringue remplie d'une masse de
bleu de Prusse additionné de gélatine. On dirige la pointe
de la seringue vers le corps de la grenouille et l'on fixe
solidement la canule, munie d'un arrêt, par une ligature
qui embrasse la patte entière de l'animal. En poussant
le piston de la seringue, on voit la masse d'injection
remplir d'abord les sacs lymphatiques de la jambe, puis
passer dans le sac lymphatique du dos, pénétrer dans
les sacs de l'autre jambe, et enfin gonfler tout l'animal
jusqu'à distendre le sac rétrolingual et faire saillir la
langue à fextérieur. C'est à ce moment qu'il faut s'ar-
rêter, afin d'éviter les ruptures. Il importe, du reste,
d'opérer lentement. Pour une grenouille de moyenne
taille, il faut de 50 à 55 centimètres cubes de masse.
276 COEURS LYMPHATIQUES.
Quand l'animal est refroidi (il conviendrait, en été,
de le plonger dans un bain d'eau glacée), on ouvre le
sac dorsal par une incision longitudinale, et en écartant
les lèvres de la fenle on constate qu'il est entièrement
rempli de gélatine. Sa forme est parfaitement dessinée.
C'est un sac impair et symétrique. Çà et là des brides
de tissu conjonclif recouvertes d'endothélium et renfer-
mant des vaisseaux et des nerfs le traversent obliquement
pour se rendre' à la peau. Quand on a enlevé la géla-
tine qui le remplissait, les cloisons qui le séparent des
sacs latéraux s'aperçoivent nettement ; elles sont tendues
par l'injection solidifiée dans les sacs voisins et forment
comme les côtés d'une boîte ayant pour fond la colonne
vertébrale, le coccyx, les os iliaques et les muscles cor-
respondants.
En ouvrant et vidant de la même façon le sac latéral
et les sacs de la cuisse, j'ai remarqué que chacun d'eux
se termine en pointe vers le cœur lymphatique, de sorte
que ce dernier se trouve ainsi au confluent de plusieurs
réservoirs en forme d'entonnoirs polyédriques limités par
des cloisons résistantes.
Le cœur lymphatique postérieur, qui lui-même est
gonflé par l'injection, est adhérent à toutes ces cloisons
par son tissu connectif qui se continue avec le leur, et
il est maintenu tendu par elles à la façon des. pièces ana-
tomiques que l'on suspend dans des cadres par des fils
tendus pour les faire sécher.
Au fond de ces entonnoirs se trouvent les pores lym-
phatiques qui les font communiquer avec le cœur et que
nous distinguerons plus nettement par d'autres procédés.
INJECTION DU SYSTÈME LYMPHATIQUE. 277
Mais, avant d'aller plus loin dans cet examen, je dois
vous donner quelques renseignemenls qui n'ont, il est
vrai, qu'un rapport indirect avec la question ([ui nous
occupe, mais que vous attendez sans doute. Comment
la masse d'injection a-t-elle pu pénétrer de sac en sac
sous la peau de la grenouille?
Si vous regardez attentivement la paroi d'un de ces
sacs débarrassé de la masse d'injection, tandis qu'elle est
encore en place dans les sacs voisins, cette paroi vous
apparaîtra lisse, brillante et comme vernie. Mais, en
certains points, vers la racine des membres postérieurs
par exemple s'il s'agit du sac dorsal, vous découvrirez
de petites surfaces arrondies d'un aspect tout difTérent
et où la o'élatine se montre h nu. Enlevez la masse de
l'autre côté de la cloison, et vous vous assurerez que
ces surfaces correspondent à de petits pertuis ayant un
dixième de millimètre, un demi-millimètre, 1 milli-
mètre au plus de diamètre. Isolés ou groupés comme
les trous du mésentère, ces pertuis constituent les voies
par lesquelles la masse a pénétré d'un sac lymphatique
dans l'autre, de même que la lymphe y pénètre à l'état
physiologique.
Faisons remarquer ici que jamais dans ces prépa-
rations nous n'avons pu trouver un seul vaisseau lym-
phatique, c'est-à-dire un canal possédant des parois
propres.
Quant aux pores des cœurs lymphatiques, vous les avez
déjà vus sur les préparations que vous avez examinées
à la fin de la leçon précédente (voy. fig. 54), et sûre-
ment ils ont attiré votre attention. On les retrouve d'ail-
278 COILURS LYMPHATIQULS.
leurs sur les préparations obtenues par n'importe (j^iel
procédé.
Ils correspondent à des mailles du réseau musculaire
du cœur plus larges que les autres et renforcées par une
sorte de couronne musculaire ou de sphincter. Le canal
qu'ils forment dans les parois du cœur étant oblique,
il est souvent assez difficile de le reconnaître.
La meilleure méthode pour étudier ces porcs con-
siste à injecter directement dans le cœur lymphatique,
en y enfonçant' la pointe de la canule d'une seringue
hypodermique, une masse de gélatine au nilrate d'ar-
gent. Le cœur est ensuite ouvert, et, après avoir enlevé
la gélatine, on étale sur une lame de verre des fragments
de sa paroi, la face interne dirigée en haut. On y
reconnaît sans peine les pores lymphatiques, sur les bords
de l'ouverture desquels l'endothélium se replie pour les
revêtir. Leur direction dans la paroi du cœur est tou-
jours oblique, comme celle des uretères dans la vessie.
Ils sont dépourvus de valvules, que leur obliquité et
le sphincter musculaire qui les entoure rendiaientsuper-
flues. C'est, en effet, quand le cœur se contracte que ses
communications avec l'extérieur doivent être interrom-
pues ; et alors toutes les fibres se raccourcissent, y com-
pris celles des sphincters : les pores lymphatiques se
ferment donc au moment de la systole.
Nous pouvons maintenant aborder l'étude de Tinner-
vation du cœur lymphatique, vers laquelle doivent con-
verger toutes nos recherches. J'ai déjà dit que les nerfs
des cœurs postérieurs de la grenouille, les seuls dont je
vais m'occuper maintenant, proviennent de la dixième
NERFS. 279
paire rachidienne par le nerf coccygien antérieur, et
qu'ils contractent des anastomoses variables avec les
nerfs delà huitième et de la neuvième paire, c'est-à-dire
avec le plexus lombaire. J'ai dit aussi qu'ils s'anastomo-
sent avec des rameaux du sympathique.
Comme des expériences physiologiques faites dans des
conditions identiques m'ont donné sur les diverses gre-
nouilles des résultats contradictoires, j'ai dû reprendre
avec plus de soin l'étude de ces nerfs. Je me suis aperçu
alors que rien n'est plus variable que leur origine et
leurs rapports.
Le nerf coccygien, par exemple, présente, suivant
les individus et môme suivant le cùté chez le même indi-
vidu, un diamètre très différent. Il manque même dans
certains cas, et le cœur lymphatique est innervé alors par
des rameaux provenant des huitième et neuvième paires.
Plus variables encore sont les rapports du système
sympathique avec les nerfs coccygiens et avec les nerfs
des huitième et neuvième paires. Si vous disséquez soi-
gneusement les nerfs des deux cœurs postérieurs d'une
grenouille, vous retîcontrerez souvent des différences
sensibles entre l'un et l'autre côté.
Le premier procédé que nous avons employé pour
étudier les nerfs des cœurs lymphatiques a été de déta-
cher d'une grenouille, après l'avoir écorchée et avoir
mis à nu le plexus lombaire, un fragment comprenant
les deux dernières vertèbres, le bassin et les cuisses avec
leurs muscles, et de le plonger tout entier dans l'acide
osmique à i pour 1000 pendant une heure environ.
Mais ce procédé a l'inconvénient de noircir les masses
280 COEURS LYMPHATIQUES.
musculaires, de telle sorle que les filets nerveux placés
au-devant, bien qu'ils soient plus fortement colorés, ne
se distinguent pas très bien. Nous avons obtenu de meil-
leurs résultats par le procédé suivant :
On injecte dans les sacs lymphatiques de la cuisse
quelques centimètres cubes d'uu mélange à parties
égales d'alcool et d'acide osmique au centième. On opère
doucement et avec précaution, en malaxant l'animal de
façon à faire bien circuler le mélange. Celui-ci arrive
dans la citerne rétropéritonéale et se trouve en rapport
avec le plexus lombaire. Après dix minutes ou un quart
d'heure, on ouvre la grenouille. On en sépare, comme
précédemment, le tronc avec le bassin et les cuisses, et
on porto la pièce dans une cuvette contenant de l'eau ou
de l'alcool au tiers, pour faire, sous la loupe, la dissection
des nerfs. Les nerfs à myéliue sont fortement colorés en
noir, et les muscles sont beaucoup moins foncés par ce
mode de préparation que lorsqu'ils ont été plongés dans
la solution d'acide osmique au millième.
La première question dont nous devons nous occuper
maintenant est celle de l'existence de cellules ganglion-
naires sur le trajet du nerf coccygien.
Je vous ai dit (voy. p. 231) que Waldeyer avait dé-
couvert des cellules nerveuses sur le trajet des nerfs du
cœur lymphatique postérieur, au-dessus ou à l'intérieur
de la tache pigmentaire. J'ai vainement cherché ces cel-
lules sur plusieurs grenouilles. J'ai fini cependant par en
découvrir quelques-unes sur le trajet du nerf coccygien,
au niveau de son anastomose avec les fiilets sympathiques
lombaires. Ces cellules existent donc quelquefois, et
CELLULES GANGLIONNAIRES. 281
l'observation de Waldeyer n'est pas erronée; mais elles
ne sont pas constantes, et, quand elles se montrent,
leurs rapports avec les nerfs sont des plus variables.
g' Ces cellules, qui possèdent des fibres spirales, parais-
sent appartenir au système sympathique, et leur pré-
sence sur le nerf coccygien s'explique par les anasto-
moses de ce nerf avec le cordon sympathique lombaire.
Il était très important d'établir que l'appareil nerveux
du cœur lymphatique postérieur de la grenouille pré-
sente de grandes variations. Ces variations pourront
nous expliquer les divergences d'opinions des diffé-
rents auteurs, et nous donner la clef de certains phé-
nomènes physiologiques qui, sans cette connaissance
préalable, nous paraîtraient tout à fait mystérieux,
sinon contradictoires.
DIX-HUITIEME LEÇON
( 14 (■(•■vricr 1878)
Cœurs Iynii>lintl(|iics.
Terminaisons des nerjs dans les cœurs lijui])haliques. — Difficultés (iiii sup-
posent à leur étuile ciiez hi grenouille. — iMéthodes pour éludier ces
terminaisons chez la couleuvre.
Distribution des nerfs dans le cœur lymphatique de la couleuvre. — Les tubes
nerveux perdent leur myéline peu avant d'arriver aux faisceaux muscu-
laires et possèdent des arborisations terminales analogues à celles des
muscles des membres. — Le protoplasma granuleux s'étend au delà des
branches de l'arborisation.
Etude plajsiologiqtie des cœurs lymphatiques. — La décapitation arrête tem-
porairement les cœurs, par excitation de la moelle. — La destruction delà
moelle arrête les cœurs antérieurs quand on est arrivé au niveau de la
troisième, les postérieurs au niveau de la hnilième vertèbre. — La sec-
tion des racines postérieures n'arrête pas les cœurs lymphatiques. — La
section du nerf coccygieu n'arrête pas constamment le cœur lymphatique
correspondant.
L'excitation de la moelle épinièrc arrête le cœur lymphatique va\ diastole. Ce
fait est plus net sur le cœur lymphatique antérieur de la grenouille,
parce qu'il repose sur un plan résistant. L'observation est encore plus con-
vaincante sur le cœur de la couleuvre.
L'excitation directe du cœur lymphatique par un courant à interruptions fré-
quentes l'arrête en systole.
La section de la moelle chez la couleuvre arrête les cœurs lymphatiques.
L'excitation par des ruptures isolées d'un courant électrique amène des pulsa-
tions correspondantes, puis rétablit pour quelque temps le rythme spontané.
Dans ces conditions, les cœurs lymphatiques sont arrêtés par des interrup-
tions fréquentes du même courant.
Messieurs,
Nous arrivons aujourd'hui à la partie la plus impor-
tante de notre sujet, l'étude des terminaisons nerveuses
dans les cœurs lymphatiques.
TERMINAISONS DES NERFS. '^HS
Les difTérentes métliodes que nous avons employées
pour étudier les terminaisons nerveuses dans les co'urs
lymphatiques des batraciens ne nous ayant donné que
des lésultats irréguliers, nous avons cherché un autre
objet d'étude. Au point de vue de l'anatomie générale,
auquel nous nous plaçons toujours, il est indifférent de
s'adresser à une espèce ou à une autre. C'est au con-
ti'aire une pratique à recommander, qui d'ailleurs est
généralement suivie par les histologistes et dont, pour
ma paît, je me suis toujours bien trouvé, de mettre un
soin tout particulier à bien choisir ses objets d'étude.
Tel organe qui, chez tel animal, présente des difficultés
insurmontables à Texamen, s'observe au contraire avec
la plus grande facilité dans une autre espèce. Inutile de
vous citer des exemples qui sans doute se sont déjà pré-
présentés d'eux-mêmes à votre esprit, comme les prépa-
rations démonstratives que nous ont fournies les tendons
filiformes de la queue des rongeurs, l'aponévrose crurale
de la grenouille, etc. C'est ainsi que la couleuvre à
collier et la couleuvre d'Esculape m'ont paru très favo-
rables pour l'étude des terminaisons nerveuses dans les
cœurs lymphatiques. Chez ces ophidiens, en effet, connue
chez les sauriens, les plaques motrices des muscles de
la vie animale se montrent avec la plus grande netteté,
et il est facile d'en faire de bonnes préparations.
Pour observer les nerfs dans les cœurs lymphatiques,
je vous recommanderai spécialement deux méthodes,
auxquelles je me suis arrêté après bien des tâtonnements.
On met à nu le cœur lymphatique d'une couleuvre
vivante. On le voit battre dans sa cao^e. Avec une serin-
284 COEURS LYMPHATIQUES.
giie hypodermique munie d'une canule en or, on l'in-
jecte d'un mélange à parties égales d'acide osmique à
i pour 100 et d'alcool à 36 degrés. Comme je vous
l'ai dit déjà, il importe que ce mélange soit préparé au
moment même de s'en servir. A mesure que l'on pousse
l'injection, le mélange s'échappe par la veine efférente
et par les vaisseaux lymphatiques. Mais, comme il s'in-
troduit avec une certaine force et une certaine vitesse,
le cœur est distendu et ses éléments sont fixés dans
leur forme. On enlève alors le cœur avec hi cage osseuse
qui le renferme, et on le porte dans un baquet conte-
nant de l'alcool au tiers. A l'aide des pinces et des
ciseaux, et en usant de beaucoup de précautions, on
l'isole successivement de toutes les côtes ainsi que des
muscles et ligaments intercostaux. Ainsi disséqué, l'or-
gane présente la forme d'un ovoïde irrégulier, légère-
ment aplati, à peu près deux fois plus long que large. On
le fend suivant son plus grand diamètre, on le nettoie
avec un pinceau et on le plonge quelques heures dans
une solution de picrocarminate d'ammoniaque à i pour
100. La coloration se fait fort bien dans ces conditions,
parce que l'action de l'acide osmique n'a été ni trop
forte ni trop prolongée. A cet égard, l'addition de
l'alcool à l'acide osmique est très avantageuse. C'est,
du reste, une méthode que nous avons eu occasion d'em-
ployer l'an dernier pour les terminaisons des muscles
de la vie animale, et cette année pour les nerfs de la
cloison du cœur de la grenouille.
Quand le cœur lymphatique est coloré, on le lave k
l'eau distillée et l'on en retranche, avec des ciseaux, de
TERMINAISONS DES NERFS. 285
petits fragments que l'on dissocie à l'aide des aiguilles.
Cette opération est assez difficile, le tissu conjonctif se
montrant fort résistant. On obtient ainsi de petits lam-
beaux frangés sur les bords. Ces lambeaux sont placés
dans l'acide formique concentré, qui leur donne de la
transparence sans exercer aucune action fâcheuse sur
les éléments déjà fixés par l'acide osmique. La prépara-
tion, recouverte d'une lamelle et conservée dans la
glycérine, convient surtout pour l'étude de la distribu-
tion des nerfs. Ceux-ci, en effet, comme Volkmann
l'avait déjà remarqué, contiennent un grand nombre
de tubes nerveux à myéline. Ces tubes sont colorés en
noir par l'acide osmique et sont dès lors nettement
visibles.
En examinant des fragments du cœur aussi préparés,
on est frappé tout d'abord de la richesse considérable
de leurs nerfs. On voit les petits rameaux nerveux,
munis de leurs gaines de Henle, se diviser,- se subdi-
viser et s'anastomoser entre eux. Les tubes nerveux
qui cheminent isolément se divisent aussi. Quelques-
uns d'entre eux conservent leur gaine médullaire jus-
qu'à leur terminaison ; la plupart, cependant, perdent
leur myéline avant d'arriver aux faisceaux muscu-
laires. Jusqu'à cette limite, tous possèdent une double
enveloppe : la gaîue de Henle et la membrane de
Schwann.
Au point de contact de la fibre nerveuse avec la fibre
musculaire, on aperçoit nettement une éminence termi-
nale. Celle-ci paraît granuleuse et possède ses noyaux
spéciaux (fig. 55). Je ne reviendrai pas d'ailleurs sur
'ii^Q COEURS LYMPHATIQUES.
cette structure dont j'ai dt'^jù traité l'an dernier (1).
Quant aux faisceaux musculaires, ils sont très nettement
striés; ils constituent même
d'excellents objets pour l'é-
tude de cette striation.
La seconde méthode que
j'ai employée pour l'examen
des terminaisons nerveuses
est la coloration par le chlo-
rure d'or, suivant le procédé
de Lœwit. C'est elle qui m'a
donné les meilleurs résultats.
FiG. 55. — Eniiiiencc nerveuse ter-
minale d'une fibre musculaire di
cœur lymphatique de la couleuvre
à collier, préparée par injection J'r^j ffj^ USaSe aUSSl dCS prO"
d'un mélange d'alcool et d'acide ^ '■
m, muscle ; ;y, plaque cédés aHalogucsquc je vous
d'i
osmiqnc.
motrice.
ai déjà exposés, et notam-
ment du mélange d'acide formique et de chlorure d'or
bouillis ensemble (voy. p. il7); mais, autant que je
puis en juger d'après le petit nombre de mes essais, ces
procédés ne valent pas celui de Lœwit.
Yoici comment il faut procéder : On enlève le cœur
avec la cage qui le contient et l'on plonge le tout dans
l'acide formique au tiers. Le tissu conjonctif se ramollit,
et il devient fiicile, avec les pinces et les aiguilles, de dé-
tacher le cœur des côtes et des parties voisines. Avec
des ciseaux fins, on complète la dissection -^ et quand
enfin le cœur, transparent, mais conservant sa forme,
nage librement dans h liquide, on le transporte dans
une solution de chlorure d'or à 2 pour 100, où on le
(\j Voy. Lerons sur rhàtolofjie du sijstone nerveux, t. U, p. 305.
TERMINAISONS DES NERFS. 287
laisse séjourner pendant dix minutes à un quart d'heure.
Puis on le place vingt -quatre heures dans l'acide
forniique au tiers, vingt-quatre heures encore dans
l'acide formique ordinaire, le tout à l'obscurité; enfin
on le lave à l'eau distillée.
La dissociation est focilc après l'emploi de cette mé-
thode. L'or a donné aux fibres musculaires une certaine
consistance que ne détruit pas complètement l'acide for-
mique employé en dernier lieu. Le tissu conjonctif, au
contraire, devenu gélatineux, n'offre plus aucune résis-
tance. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire, et il serait
même nuisible, de fiiire
une dissociation trop com-
plète.
Les préparations sont
conservées dans la glycé-
rine ou dans le baume du
Canada.
En examinant celles que
je mets sous vos yeux, vous
serez frappés certainement
de la richesse extraordi-
naire des éminences et des
arborisations terminales. La
structure de celles-ci (fig. 56) est d'ailleurs la môme
que dans les muscles de la vie animale, des costo-peau-
ciers ou des intercostaux par exemple. Une préparation
de ces derniers a été disposée sous un de ces micro-
scopes, pour que vous puissiez faire la comparaison.
Il y a une différence cependant. Les faisceaux mus-
Fir,. 50. — Émiiienco et arborisation ner-
voiise terminale d'nne fîbrc musculaire
du cœur lymphatique do la couiouvro
à collier. — Prdparatiou par la méthode
de l'or. — m, muscle; n, nerf alTérent ;
a, arborisation terminale.
*288 COEURS LYMPHATIQUES.
culaires du cœur lymphatique ont uu diamètre biou
plus petit que ceux des intercostaux et des costo-peau-
ciers; leurs éminences et leurs arborisations nerveuses
ont également une moins grande étendue, et dès lors
il faut, pour les observer, avoir recours à de plus forts
grossissements. Vous avez sans doute remarqué ce fait,
qui n'a d'ailleurs aucune importance au point de vue
général auquel nous nous plaçons ici. En outre, tandis
que dans les autres muscles l'arborisation se poursuit
jusqu'aux bords de l'éminence, dans les cœurs lympha-
tiques la matière granuleuse s'étend le plus souvent bien
au delà de l'arborisation. Vous pourrez également ob-
server, sur les préparations du cœur lymphatique obte-
nues comme je viens de vous l'indiquer, que le,nombre
des éminences terminales y est relativement très consi-
dérable, et que certaines fibres musculaires possèdent
môme deux plaques motrices situées dans le voisinage
l'une de l'autre.
On pourrait essayer d'autres méthodes ou modifier
celles que j'ai indiquées. Je n'ai pas fait de l'innervation
du cœur lymphatique une étude absolument complète;
mais, telles qu'elles sont, mes recherches suffisent à
prouver que les nerfs se terminent dans cet organe
comme dans les muscles de la vie animale.
Vous n'en devez pas être surpris; car vous savez ((ue
les faisceaux musculaires du cœur lymphatique, bien
qu<; ramifiés et anastomosés, n'ont pas la structure
qui caractérise le myocarde; ils se rapprochent au con-
traire des muscles de la vie animale.
Il n'en est pas moins singulier de voir un organe
PHYSIOLOGIE. 289
appartenant, à la vie organique construit sur le type
des organes de la vie animale. Du reste, vous recon-
naîtrez bientôt que les propriétés physiologiques du
cœur lymphatique sont parfaitement d'accord avec sa
constitution anatomique.
Quand nous résumerons les faits recueillis dans le
cours de ces recherches et que nous tâcherons d'en
déduire des conclusions générales, nous aurons à nous
demander pourquoi le système lymphatique, alors qu'il
est surtout développé chez les vertéhrés inférieurs, pos-
sède dans sa constitution des tissus d'un ordre relati-
vement élevé. Chez les mammifères, aucun organe de
la vie organique, si ce n'est l'œsophage dans ses por-
tions supérieures, ne possède de muscles construits sur
le type des muscles de la vie animale. Mais ce n'est pas
encore le moment d'aborder ces questions; nous avons
préalablement à étudier les propriétés physiologiques
des organes contractiles du système lymphatique.
Je ne saurais me résoudre en effet à me limiter stric-
tement au point de vue anatomique, dans les questions
dont j'entreprends l'étude. Si d'ailleurs j'agissais ainsi,
jesortirais des traditions de l'école française. Parcourez,
par exemple, le Traite d anatomie générale {Iq Bichat, et
vous serez frappés de l'attention qu'il accorde, non seu-
lement aux propriétés physiques et chimiques des tissus,
mais encore à ce qu'il appelle leurs propriétés vitales
et que ses successeurs ont nommé leurs propriétés phy-
siologiques. Je dois, à son exemple, m'occuper des pro-
priétés et des fonctions physiologiques, non pas des
organes, mais des tissus qui les constituent. Ainsi, j'ai
RANVIER. — Anat. générale. I. — 19
290 COEURS LYMPIIATIQUliS.
ilû, à propos des cœurs lymphatiques, examiner les pro-
priélésdes muscles dont ils sont formés et les comparer
à celles des autres muscles que nous connaissons. J'ai
fait dans ce but une série d'expériences que je vais vous
exposer et dont une partie sera répétée devant vous.
i" Expérience. — Sur une grenouille rousse, on met
à découvert les quatre cœurs lymphatiques , et l'on
constate qu'ils sont tous les quatre en activité. Voici
une grenouille ainsi préparée. Je vous ai déjà dit com-
ment se pratiquait l'opération et je n'y reviendrai pas
aujourd'hui.
La systole se dislingue aisément de la diastole, même
à l'œil nu. Le cœur est convexe dans la systole ; dans la
diastole sa convexité diminue et même sa surface libre
devient plane ou légèrement concave. Aussi pouvons-
nous ccnstater aisément que les (juatre cœurs lympha-
tiques ne battent pas ensemble, ainsi que Jean Millier
l'avait déjà signalé; de plus, ils n'exécutent pas dans le
même temps le même nombre de battements. A plus
forte raison ne sont-ils pas synchrones avec le cœur
sanguin.
2' Expérience. — Les quatre cœurs étant mis à nu
et battant, on coupe la tête de la grenouille. Les quatre
cœurs sont aussitôt arrêtés, mais ils reprennent bientôt
leurs mouvements, et ceux-ci même alors paraissent plus
rapides. C'est là une observation que beaucoup d'au-
teurs avaient déjà faite, Suslowa entre autres. L'arrêt
des cœurs dans ce cas est dû à l'excitation causée
par la décollation, ainsi que l'établiront les expériences
suivantes. Ce qui prouve bien, d'ailleurs, qu'il en est
rnYSiOLOGiE. ^291
ainsi, c'est qu'après un temps variable les pulsations
réapparaissent et montrent une vivacité nouvelle.
8' Expérience. — Cette expérience a été faite d'abord
par Volkmann. On prépare une grenouille comme pré-
cédemment, on la décapite de même et l'on attend que
les cœurs aient repris leurs battements; puis on intro-
duit dans le canal vertébral un stylet mousse, au moyen
duquel on détruit progressivement la moelle épinière du
haut en l)as. On constate que les cœurs antérieurs s'ar-
rêtent au moment oi!i le stylet arrive au niveau de la
troisième vertèbre, et les postérieurs quand il atteint la
huitième.
ïl faut ajouter cependant qu'il n'en est pas constam-
ment ainsi. Le phénomène inverse peut se produire : le
stylet ayant pénétré jusqu'à la troisième vertèbre, nous
avons vu les cœurs postérieurs s'arrêter, tandis que les
antérieurs continuaient à battre. Nous avons même été
témoin d'un fait encore plus singulier : la moelle épi-
nière tout entière ayant été détruite, trois des cœurs se
sont arrêtés, mais le quatrième, un cœur antérieur, a
continué à battre, et ses battements ont persisté même
lorsque nous avons ouvert le canal rachidien et que
nous en avons raclé la surface de manière à détruire
complètement la moelle.
Par conséquent, si, dans la plupart des cas, on ob-
tient dans cette expérience le résultat que Volkmann a
annoncé, il faut bien avouer aussi qu'il se montre des
exceptions.
Or, si les faits ne sont pas les mômes, nous devons en
conclure que les conditions de l'expérience ne sont pas
292 COEURS LYMPHATIQUES.
identiques dans les différents cas. Je n'entends pas
parler ici des conditions extérieures, telles que la saison,
l'état de vigueur ou l'espèce des animaux. Nos obser-
vations ont été faites à la même époque, sur la même
espèce de grenouilles. Les conditions qui varient sont,
comme nous l'avons vu, les dispositions anatomiques,
c'est-à-dire les anastomoses des nerfs les uns avec les
autres ou avec le systènie sympathique. Les résultats
de nos expérie-nces, d'accord avec nos observations,
nous montrent que les centres d'innervation des cœurs
lymphatiques ne se trouvent pas constamment dans les
mêmes points de l'organisme.
Volkmann a fait une autre expérience dans le but de
démontrer que le mouvement des cœurs lymphatiques
n'est pas dû à une action réflexe. Coupant successive-
ment toutes les racines postérieures des nerfs spinaux,
il constata que les cœurs continuaient à battre. Us
s'arrêtèrent lorsqu'il coupa les racines antérieures.
La section des racines de la moelle par le canal ver-
tébral ouvert est une opération longue et délicate, mais
elle ne présente aucune difficulté réelle. Il est inutile
d'entrer dans de plus longues explications à ce sujet.
4' Expérience. — Comme la précédente, cette expé-
rience a été faite d'abord par Yolkmann et répétée ensuite
par tous ses successeurs. Elle consiste à couper les nerfs
qui se rendent aux cœurs lymphatiques. On a surtout
opéré sur la branche abdominale du nerf coccygien,
laquelle va innerver le cœur lymphatique postérieur.
Voici le manuel opératoire : La grenouille étant con-
venablement fixée, on pratique sur l'aponévrose ileo-
PHYSIOLOGIE. 293
coccygienne une incision transversale au niveau de l'ar-
ticulation supérieure lUi coccyx. Conirairement à ce que
disent les auteurs, celte aponévrose est commune aux
deux muscles et s'étend d'un os iliaque à l'autre, sans
s'insérer au coccyx. On la détache; puis, à l'aide de
pinces et de ciseaux, on enlève, fibre à filireen quelque
sorte, le muscle iléo-coccygien d'un côté, jusqu'à ce
que l'on arrive h sa face profonde. En écartant au moyen
de crochets mousses les quelques fibres qui restent, on
découvre facilement le rameau abdominal du nerfcoc-
cygien.
En général, le cœur lymphatique postérieur s'arrête
, après la section de ce nerf, mais assez fréquemment
aussi, après avoir exécuté quelques mouvements con-
vulsifs, il reprend ses contractions rythmiques. Wal-
deyer a reconnu ce fait, et il ajoute que, pour être cer-
tain d'arrêter le cœur lymphatique, il faut pratiquer la
section du nerf dans le voisinage immédiat de cet or-
gane, c'est-à-dire dans la masse pigmentaire. Il avoue
cependant que, môme en suivant ce procédé, il a ren-
contré deux cas dans lesquels le cœur lymphalifjue ne
s'est pas arrêté.
5' ExpÉniENGE. — L'un des nerfs coccygiens ayant été
sectionné et le cœur correspondant continuant à battre,
j'ai coupé la tête à la grenouille et détruit sa moelle épi-
nière. Les trois autres cœurs se sont arrêtés, mais
celui dont le nerf avait été préalablement coupé a
continué à battre.
Celte expérience rappelle celle de Goltz dont je vous
ai déjà parlé. Ce physiologiste, après avoir pratiqué la
^94 COEURS LYMPHATIQUES.
section sous-cufanée du nerf coccygien, avait observé
Tarrct du cœur lymphatique correspondant. Il aban-
donna ensuite la grenouille à elle-n)ême et vit, trois
semaines après, ce cœur battre de nouveau. Il détruisit
la moelle sans en arrêter les battements. L'expérience
que je viens de vous rapporter enlève beaucoup de sa
valeur à celle de Goltz.
6* Expérience. — La sixième expérience est une
expérience d'Eckhard.
Une grenouille ayant été décapitée et ses cœurs bat-
tant, on excite la moelle par un courant d'induction,
en mettant la pince électrique en contact avec la sur-
face de section. Une excitation faible n'exerce aucune
iiitluence; une excitation forte arrête le cœur. Cet arrêt
a-t-il lieu en diastole, comme Eckhard l'a dit, ou en sys-
tole, comme Schiff l'a soutenu? 11 est difficile de le déter-
miner par l'examen des cœurs lymphatiques postérieurs,
parce que ces cœurs sont entourés de muscles que l'ex-
citation de la moelle fait également contracter et dont
les mouvements gênent l'observation des contractions
du cœur. Le cœur antérieur, au contraire, repose sur
la troisième vertèbre et sur l'aponévrose qui la relie
a la suivante, et il est protégé extérieurement par un
arc cartilagineux que vous connaissez. Cette disposition
permet d'apprécier facilement sa forme, alors môme
que l'on excite la moelle épinière par des courants
relativement forts.
Ce matin même j'ai fait l'expérience, et M. Weber la
répétera tout à l'heure devant vous. Or, après examen
attentif et réitéré, je crois pouvoir affirmer que, sous
PHYSIOLOGIE. 295
r influence d'un courant fort, le cœur s'arrête en dia-
stole.
Si, au lieu d'exciter la moelle, on excite directement
le cœur lui-même, il s'arrête alors en systole.
L'observation sur la grenouille est excessivement dé-
licate, et l'expérience, quoiqu'elle ait pleinement sulTi à
enti'aîner ma conviction, n'est pas cependant assez
nette pour ne laisser aucune place à la discussion.
Pour établir ce résultat nous avons expérimenté sur
la couleuvre. Chez cet animal, le cœur est bien plus
gros et il est contenu dans son petit thorax osseux,
dont la forme varie peu sous l'influence de l'excitation
électrique. Quand on l'a dégagé des muscles qui le
recouvrent, on peut encore retrancher l'extrémité des
côtes qui le protègent, et on l'aperçoit alors parfaite-
ment isolé dans sa cage, à laquelle il n'adhère plus que
par le fond-
Quand le cœur est ainsi découvert, on constate d'a-
bord qu'il se contracte en masse, sa contraction ne
rappelant en rien une onde qui se propagerait d'une
extrémité à l'autre, à la façon de mouvements péristal-
tiques. Encore moins cet organe pourrait-il être décom-
posé, comme le cœur sanguin, en parties présentant
quelque analogie avec une oreillette et un ventricule. Il
se ramasse dans tous ses diamètres pendant la systole
et s'allonge de même dans la diastole.
Quoique ce phénomène s'observe fort bien à l'œil nu,
l'examen à la loupe me paraît néanmoins préférable.
La loupe, ainsi que je vous l'ai déjà dit, ne grossit pas
seulement les objets, elle les isole aussi, tous les points
296 COEURS LYMPHATIQUES.
de l'objet que l'on examine n'étant pas en même temps
au foyer; et ce qui peut être dans certains cas un incon-
vénient est ici un avantage. 11 faut avoir soin de faire
tomber obliquement la lumière sur le cœur en mouve-
ment. Une fois tout disposé, il suffit de porter son atten-
tion sur un seul point de l'organe, sur lequel la lumière
se reflète, pour savoir quand a lieu la diastole et quand
a lieu la systole.
Il était nécessaire de vous donner tous ces détails
avant de vous rendre compte des deux expériences sui-
vantes.
1" Expérience. — Une couleuvre d'Esculape étant
convenablement fixée, on dégage un de ses cœurs lym-
phatiques et l'on dispose une pince électrique de telle
sorte que ses deux mors, en fil de platine mince et
souple, suffisamment écartés l'un de l'autre, reposent
sur les deux extrémités de ce cœur. On l'excite par des
clôtures et des ruptures isolées d'un courant, faible
d'abord, mais dont on augmente progressivement l'in-
tensité. Aucun effet n'est produit d'abord. Puis les
muscles voisins se contractent à chaque rupture, le
cœur lymphatique continuant ses battements réguliers
et paraissant comme étranger à ce qui se passe autour
de lui. Mais si Ton soumet alors le cœur à une série
d'interruptions rapides de ce même courant dont les
ruptures isolées étaient sans effet, on le voit aussitôt
s'arrêter en systole. L'observation est très nette; si
elle laissait des doutes chez la grenouille, il n'en saurait
être de même ici. Cette systole persistante est l'analogue
du tétanos que l'on obtient dans les mêmes conditions
PHYSIOLOGIE. 297
sur un muscle rouge. Les muscles rouges possèdeiit
en effet, vous vous en souvenez, ce caractère dislinctif
qu'un courant dont la rupture simple n'exerce aucune
action sur eux, y produit une contraction tétanicpie
lorsqu'il agit par une série d'interruptions rapides. Nous
verrons d'ailleurs que le muscle du cœur lymphatique
possède d'autres propriétés qui lui sont communes avec
les muscles rouges du lapin et avec les muscles <Ies
membres de la tortue mauresque.
8' Expérience. — Le cœur lymphatique d'une cou-
leuvre étant découvert et battant, nous coupons l'a-
nimal par le milieu du corps. Les cœurs lymphatiques
s'arrêtent et restent en repos. Nous ne pouvons indiquer
la durée de ce repos, parce qu'après quelques minutes
nous l'avons troublé par la suite de nos expériences.
Appliquant les deux électrodes à l'extrémité sec-
tionnée de la moelle, et examinant à la loupe le cœur
lymphatique, on excite l'axe médullaire par des ruptures
et des clôtures d'un courant faible dont on augmente
progressivement l'intensité. Il ne se produit d'abord
rien ; mais, bientôt, chaque lupture amène une pulsa-
tion.
Autre phénomène intéressant à noter dans cette expé-
rience : Quand, après deux ou trois excitations isolées,
le cœur est abandonné à lui-même, il ne reste plus im-
mobile, comme il l'était avant la première excitation ; il
bat quelques instants, donnant de quatre à douze pul-
sations rythmées ; puis il s'arrête de nouveau.
Mais, si, pendant que ces pulsations rythmées se pro-
duisent, nous soumettons le cœur à un courant fré-
•298 COEURS LYMPHATIQUES.
quemment interrompu et de même intensité que celui
dont lii rupture isolée suffisait à produire une pulsation,
nous voyons l'organe s'arrêter immédiatement en
diastole.
Ainsi, un même courant peut, par une rupture, pro-
voquer une pulsation du cœur, et, quand il est inter-
rompu fréquemment, paralyser les centres moteurs de
cet organe, et l'arrêter en diastole. Les expériences
faites sur la couleuvre donnent donc des résul-
tats concordants avec les précédents, et nous devons
adopter sur ce sujet l'opinion d'Eckhard et non celle
de Schiff.
DIX-NEUVIÈME LEÇON
(19 fiivricr 1878)
Cœurs lymphatiques.
Etude des mouvements des cœurs lympliatiques à l'aide de la méthode gra-
phique. — Description de l'appareil qui permet d'inscrire les battements des
cœurs lympliatiques de la grenouille en place. — Amplitude et nombre de
ces battements. Leur forme. Leur rythme. Fusion de deux systoles. — Obser-
vation des battements sur la grenouille décapitée. La ligne des abscisses
présente des ondulations; elles sont dues aux mouvements péristaltiques
de la masse intestinale, qui soulèvent le cœur lymphatique.
Manière de prendre le tracé du cœur lymphatique chez la couleuvre. — Ré-
gularité des pulsations. — Application de l'excitation électrique à la moelle
épinière. — Une rupture isolée d'un courant suffisant détermine une con-
traction. Après quelques secousses, le cœur exécute un groupj de batte-
ments spontanés. Forme de la contraction. Temps perdu du cœur lympha-
tique. La contraction spontanée a plus d'amplitude que la provoquée. —
excitation avec des courants tétanisants. Un courant faible n'a aucune
action. Un courant fort arrête le cœur en systole.
Messieurs,
Dans la leçon précédente nous avons observé directe-
ment le mode de contraction des cœurs lymphatiques
des reptiles et des batraciens. 11 convient maintenant
(l'appliquer la méthode graphique à cette étude. Nous se-
rons suffisamment guidés dans ces recherches nouvelles
par les quelques expériences préalables que nous venons
de taire.
Laissez-moi vous faire remarquer à ce propos que la
300 COEURS LYMPHATIQUES.
méthode graphique est essentiellement une méthode
d'analyse, et qu'on risquerait souvent, en l'employant
seule, de perdre de vue l'ensemble des phénomènes; de
plus, elle ne fournit que des résultats bruts, qu'il faut
ensuite interpréter en détail et relier entre eux. J'estime
donc qu'on ne doit l'appliquer à l'étude d'une question
qu'après avoir acquis sur celle-ci des notions générales;
c'est ainsi que nous procédons actuellement. Gomme
vous le verrez tout à l'heure, la simple observation n
l'œil nu du mouvement des cœurs lymphatiques nous
a fourni des résultats que la méthode graphique ne
pourra pas reproduire; mais en revanche les tracés nous
rendront attentifs à certains détails, que sans eux nous
n'aurions pas su distinguer.
Chez les batraciens et chez les reptiles un cœur lym-
phatique, quand on l'a entièrement isolé des parties voi-
sines, et quelles que soient les précautions prises pour ne
pas le blesser, reste immobile et pour toujours. Nous
avons du moins attendu dix minutes et même un quart
d'heure sans voir renaître ses battements.
C'est en vain que, l'ayant porté sous le levier du
myographe, nous l'avons excité par des ruptures isolées
ou par un courant tétanisant. Le cœur de la couleuvre,
qui cependant est assez gros, n'a pas effectué la moindre
contraction. A deux reprises nous avons sans succès
tenté l'expérience. Et c'est à notre grand regret qu'il
nous a fallu enregistrer ces résultats négatifs, car la
forme des pulsations du cœur isolé aurait pu nous fourni r
des renseignements importants sur quelques-unes des
questions que nous avions à résoudre.
PHYSIOLOGIE. 301
Je ne voudrais cependant pas décourager les personnes
qui désireraient renouveler ces tentatives. L'expérience
réussirait peut-être dans de meilleures conditions. Moi-
même je compte la reprendre quand j'en aurai le loisir,
et je vous en ferai connaître alors les résultats; mais je
ne puis actuellement m'arrôter plus longtemps sur ce
point.
Pour étudier la contraction du cœur lymphatique en
place sur l'animal, il a fallu apporter quelques modifica-
tions ta notre myographe ordinaire. Voici l'appareil dont
nous nous sommes servis. Je ne le décrirai pas en détail,
je vais simplement vous indiquer les points par lesquels
il diffère de l'autre. J'ai remplacé la tige perpendiculaire
au levier, et dont la base élargie était destinée à reposer
sur l'organe contractile, par une épingle à insectes, aplatie
au marteau sur une enclume, de façon à présenter assez
bien la forme d'un sabre turc. Celle-ci est passée
de bas en haut dans la paille qui sert de- levier, sa
tête, qui doit appuyer sur le cœur lymphatique, étant
dirigée en bas. Elle est maintenue en place par l'élas-
ticité des fibres de la paille qu'elle a simplement écartées,
et l'on peut aisément la faire monter ou descendre, sui-
vant la taille de l'animal et les conditions de l'expé-
rience.
Ainsi que je vous l'ai ditdéjcà, chez la grenouille rousse,
qui a la peau plus mince que la verte, on voit sans aucune
préparation battre les cœurs lymphatiques postérieurs.
L'observation, il est vrai, est moins facile dans la
saison actuelle, qui coïncide avec la période annuelle du
rut chez cette espèce. On vient de pêcher les grenouilles
80^2 COEURS LYMPHATIQUES.
que l'on nous apporte, et sous l'influence de leur séjour-
aquatique et sans doute aussi de leur état physiologique,
leurs sacs sous-cutanés sont distendus par la lymphe^
dont la proportion est beaucoup plus considérable qu'en
toute autre saison. La lymphe, d'ailleurs, ne s'est pas
bornée à l'cmplir les sacs; elle s'est aussi accumulée
dans le derme lui-môme qui se montre fortement
épaissi.
Pour imn'.obiliser la grenouille, on attache des liens à
ses quatre pattes, et l'on fixe ceux-ci par des épingles
sur une lame de liège. On évite ainsi l'excitation que
produirait la piqûre des épingles et qui ne serait pas
sans influence sur les mouvements des cœurs lymphati-
ques. De plus, comme il s'agit de prendre des tracés
délicats et qu'il importe d'éviter les moindres mouve-
ments de l'animal, on emprisonne les cuisses de la
Gfrenouille dans des arceaux de fil de cuivre dont on
CI
enfonce • les extrémités dans la lame de liège. Vous
pourrez examiner l'appareil (fig. 57) tout à l'heure.
Quand la grenouille se sent solidement attachée, il
semble qu'elle ait conscience de son impuissance. Tou-
jours est-il qu'elle ne cherche plus à se dégager de
l'appareil, tandis qu'elle renouvelle constamment ses
tentatives de délivrance quand on n'a pas pris la précau-
tion de maintenir ses cuisses. La grenouille ainsi dis-
posée, on glisse, entre elle et la plaque de liège, la lame
de verre du myographe, et l'on fait reposer la tête de
l'épingle sur Tun des cœurs lymphatiiiues postérieurs.
Vous vous rappelez que cet organe est situé au fond
d'une logette triangulaire; la tête de l'épingle a préci-
PHYSIOLOGIE. 303
sénieat la dimension qu'il faut pour pénétrer dans celte
logette, refouler le cœur au-dessous d'elle et transmettre
="^ g
? o £
par conséquent au levier tous les mouvements qu'il
pourra présenter. En effet, dès que l'épingle est bien
304 COKllRS LYMPHATIQUES.
appliquée, on voit osciller le levier et l'on n'a plus qu'à
rapprocher le cylindre pour enregistrer la courbe des
mouvements du cœur.
Nous avons modifié, pour l'étude de ces mouve-
ments, la disposition du cylindre enregistreur de Marey.
Il est monté sur un support spécial, et le mouvement
lui est communiqué par une poulie commandée elle-
même par une seconde poulie dix fuis plus petite et fixée
sur l'un ou sur. l'autre des axes du régulateur Fou-
cault. Nous évitons ainsi, en plaçant le moteur à dis-
tance, les trépidations que ce régulateur imprimerait
au cylindre et même au support du cardiographe. Cette
disposition est importante pour faire l'analyse de mou-
vements aussi peu étendus et de différences aussi
petites que celles qu'il s'agit d'observer dans les cœurs
lymphatiques. Suivant l'axe du régulateur sur lequel
nous plaçons la poulie de commande, le cylindre possède
une vitesse soit de 1 minute 58 secondes, soit de 13 mi-
nutes, c'est-à-dire que pendant ce temps il déroule de-
vant le style du cardiographe toute sa circonférence,
soit 41 centimètres.
Prenons d'abord le tracé des mouvements normaux
du cœur lymphatique.
L'amplitude des pulsations est assez considérable; elle
mesure de 1 millimètre et demi à 1 millimètre trois
quarts.
Leur nombre est de 60 par minute, soit une par se-
conde; et leur rythme se conserve très longtemps.
Si nous les faisons inscrire d'abord sur le cylindre
animé du mouvement rapide (fig. 58;, dans le but d'exa-
PHYSIOLOGIE. 305
miner la forme de la contraction, nous voyons que la
ligne d'ascension est obli- ^ .
que, c'est-à-dire que la ^^ S
contraction est lente. La c ;
décontraction est un peu 3 s
plus lente. C'est du reste,
comme vous le savez, une
règle générale : dans toute
secousse musculaire, la dé-
contraction est plus lente
que la contraction. <^
Les pulsations sont siin- ^
pies. Vous savez que le ^
myographe, appliqué au ^
cœur sanguin, inscrit à la S
fois deux pulsations, celle V
de l'oreillette et celle du S
ventricule, dont les tracés c^
se combinent ou se con- ^ S ^ ^ S -^ i
}
fondent plus ou moins. Le ■-, ? ) c )
cœur lymphatique ne pré- '^ <' l j )
sente rien d'analogue, et il
n'y a pas lieu de décompo- <-
se r ses battements en deux ,:' S'^ ) ^ )
parties distinctes. Le plus b ^ ) j \
souvent, la systole et la -^j" ?
diastole sont de durée à P >
^ X <" ^ s
peu près égale. Mais, quand ^' S s "^ )
le cœur est fatigué, la dia- ^ *"
stole est plus longue que la systole.
RANViEK. — Anal, générale. ^^
a .
«j c
306 COEURS LVMIMIATIQUES.
Examinons maintenant de plus près les conditions
de l'expérience, afin d'en écarter autant que pos-
sible tout ce qui pourrait en altérer les résultats, ou du
moins de tenir compte de ces causes d'altération, si
nous ne pouvons nous soustraire à leur influence.
La grenouille exécute des mouvements respiratoires
dont l'influence se fait sentir sur tout le corps. 11 serait
possible qu'ils eussent une action sur notre tracé. Pour
le reconnaître, nous avons appliqué le cardiographe
sur un autre point du dos de l'animal, de manière à re-
cueillir seulement le tracé de la respiration. Or, nous
avons constaté que les oscillations presque impercep-
tibles causées par ce mouvement n'exerçaient pas
d'influence appréciable sur le tracé donné par le
cœur lymphatique.
Au début de l'application du cardiographe, les con-
tractions sont irrégulières. La tête de l'épingle com-
prime le cœur lymphatique et le refoule peu à peu au
fond de la fossette triangulaire dans laquelle il est con-
tenu. Le cœur est irrité par cette action mécanique;
aussi les pulsations sont-elles plus rapprochées au début
B mmm.mmM.wll^HMimmmMNÂKWM^^'MmMUMmu^MMW^mMmMM^^.■
Fia. 59.;;— Conti-aclions du co:'in' lymplialique iiosl.jrieiii- de la jjrijiiouille rousse,
insci'ilcs sur lo rylindic à mouvomeiit lent. — A. Débul de l'apjilicalioii du cardio-
graplio. Les contrariions snnt irrôifulicros à cause de roxcilalioii du cœur lympha-
lique. — B. Coiilracliciiisdevpnups ri'n-uli(Tes lorsque le cœur s'i'sl hal>itué à la pression
du levier du cardin^raphe,
de l'expérience (A, flg. 59) et présentent-elles de Tune à
l'autre de grandes différences d'amplitude, quoique leur
IMlYSIOl-OGIli:. .'307
durée ne soit pas considérablenieiit modifiée. Peu à
peu le cœur s'habitue à la pression de l'épingle, et les
mouvements se régularisent (B, fig. 59).
Vous remarquerez, en outre, sur un des tracés queje
vous ai montrés, une irrégularité singulière qui y est
marquée en plusieurs points (c, fig. 58). Deux contrac-
tions voisines sont si rapprochées l'une de l'autre, qu'il
y a entre elles fusion incomplète, le levier ayant été
arrêté avant la fin de sa descente par une seconde
systole, ou môme fusion complète, la seconde systole
étant survenue avant que la première eût cessé.
On a ainsi l'occasion d'observer un tétanos par fusion
de deux secousses.
C'est là un fait intéressant au point de vue de la phy^
siologie générale et qui distingue nettement le cœur lym-
phatique du cœur sanguin. Nous avons vu ce dernier^
sous l'influence de certaines excitations, entrer en téta-
nos de tonicité; mais ici, sans excitation d'aucune sorte,
et comme par hasard, nous avons occasion d'observer
le cas le plus simple du tétanos par fusion de secousses^
un tétanos élémentaire pour ainsi dire.
Autre fait à relever : l'amplitude de toutes les pulsa-
tions n'est pas la même, sans qu'il existe pour cela
aucune relation entre l'amplitude de l'une d'elles et la
durée du repos qui l'a précédée. Vous vous rappelez
qu'il en est autrement pour le cœur sanguin, dont, après
une diastole plus longue, la systole a une amplitude plus
grande.
Coupons maintenant la tête à la grenouille et conti-
nuons nos observations.
308 COliLlltJ LVMrilATlQUKS.
Lorsque Ton coupe la lêle à une grenouille, on arrête
les mouvements respiratoires, mais les cœurs lympha-
tiques, vous le savez, continuent à
battre. Nous avons recueilli le tracé
d'un de ces organes dans ces nouvelles
conditions, et nous avons remarqué
que la ligne représentant la base de
l'ensemble des pulsations, au lieu
d'être droite comme chez la gre-
nouille normale, présentait tantôt une
concavité, tantôt une convexité (A,
fig. 60) peu accusées. Pour manifester
davantage cette forme de courbe trop
allongée dans le mouvement rapide du
cylindre, nous avons repris l'expé-
rience en employant le mouvement
lent (treize minutes) et nous avons
obtenu le tracé que je vous présente
ici (B, fig. 60), dans lequel vous voyez
les systoles du cœur lymphatique avoir
f I ^ leur base sur une ligne courbe présen-
^fl tant elle-même comme des systoles
Itl d'une durée environ vingt fois plus
considérable que celles du cœur. Il
s'agissait de savoir quels mouvements
[1-è s'inscrivaient ainsi; des mouvements
Zïh d'ensemble de tout le cori)s? ou bien
"'■ des mouvements de la masse intesti-
nale se conanuniquant au cœur lymphatique par le
fond de la lugette triangulaire dans laquelle il est situé?
s co
- o 5
PHYSIOLO(iIE. .i09
Nous avons enlevé la masse inlestinale, et nous avons
reconnu (jiie la ligne formée par l'ensemble des pul-
sations redevenait droite. C'est donc bien une systole
rythmée des intestins qui soulève périodiquement les
cœurs lymphatiques. Nous reviendrons sur ces mouve-
ments et sur leur cause quand nous traiterons des fibres
musculaires lisses.
L'amplitude des systoles est un peu amoindrie parla
décapitation de l'animal, et leur nombre est légèrement
augmenté.
Nous avions coupé la tète à la grenouille dans le but,
non seulement de supprimer l' influence des mouve-
ments respiratoires, mais aussi d'observer les elTets de
l'excitation de la moelle épinière sur le cœur lympha-
tique et d'en obtenir le tracé. Nous avons dû renoncer
à cette expérience. Lorsque la moelle est excitée par un
courant interrompu, la contraction de tous les muscles
de l'animal est si énergique, qu'elle fait monter le levier
du cardiographe et masque absolument l'effet produit
sur le cœur. Cet organe, dansées conditions, vous vous
en souvenez, s'arrête en diastole. Pour obtenir le tracé
graphique que nous désirions, nous avons dû nous
adresser à la couleuvre.
Il est très facile d'immobiliser une couleuvre. On lui
passe dans la bouche un lien qu'on noue sur la nuque;
on attache un autre lien à la queue, et par ces deux ex-
trémités on fixe l'animal sur une règle. Pourvu qu'il
soit suffisamment tendu, il reste parfaitement immobile.
Le cœur lymphatique étant découvert, les extrémités
des côtes qui constituent sa logette sont réséquées, de
,S10 COEURS LYMPHATIQUES.
manière à permettre à la léle de l'épingle du cardio-
graphe de s'appliquer sur la paroi de l'organe. La règle
sur laquelle est attaché l'animal est disposée sur deux
supports; la lame de verre placée sur une mince plaque
de liège est passée sous le corps de l'animal, l'épingle
appliquée sur le cœur, et la contraction s'inscrit aussi
facilement que chez la grenouille.
Le nombre des pulsations est en général moindre que
chez la grenouille ; mais il varie beaucoup suivant l'in-
dividu soumis' à l'expérience. ïl est de 50 par minute
dans ce tracé (fig. 61).
/'A^L.'v\A^AVi/'/VT-nj"i.^^A/vv",/\-/v'/vvvv'y'./vvvvv/v-^^y'^j-/vv-yvvvvvvv'v-^-v/v^/y\AA/v^
Fie. Cl. — Contractions du cœur lyiii|iliatique de la couleuvre à collier.
Ce qui vous frappera tout d'abord, c'est la régularité
du rythme. L'immobilité de l'animal étant absolue, on
peut inscrire les pulsations, sans interruption, pendant
huit, dix minutes et môme plus. On dirait les oscillations
d'un diapason entretenu.
L'animal est coupé en travers par le milieu du corps:
le cœur lymphatique cesse de battre. Introduisant alors
les électrodes dans le canal rachidien, on excite la moelle
épinière par des secousses isolées de clôture et de rup-
ture, en employant d'abord un courant faible et en rap-
prochant successivement les bobines. On arrive à un
point où l'intensité du courant est suffisante et où cha-
PHYSIOLOGIE. 311
que rupture détermine une pulsation du cœur. Le tracé
de celte pulsation (/•, fig. 62) se compose d'abord d'une
dépression, puis d'une élévation due à la systole car-
diaque. Après quelques excitations suffisantes, le cœur
exécute un groupe de systoles spontanées, puis s'arrête
brusquement.
~T~'>'"^^^^^Z!^.^.._... Z^.'Z^^ZC^y'. r^":^
Fig. 02. — Effets ilos oxcilations do la moollo epinièro sur les cœnva lyiniiliatiijiies de
la couleiivro. — r, r, systoles produites |)ar dos ruptures isolées du courant; sp,
contractions spontanées consécutives à ces excitations.
Cette expérience nous fournit à considérer trois faits
intéressants qu'il nous faut maintenant étudier en
détail.
Le premier de ces faits est la dépression (r, fig. 62)
de la ligne droite du tracé qui précède l'élévation due à
la systole cardiaque. Voici quelle me paraît être l'expli-
cation de ce phénomène : Les muscles de la vie animale
extérieurs à la cage du cœur lymphatique et venant
s'insérer aux côtes qui la forment tendent, quand ils
se contractent, à élargir cette cavité. Celle-ci s'agrandit
à peu près comme fait le thorax pulmonaire dans
les mouvements inspiratoires et, le cœur s'aplatissant
alors, le levier s'abaisse. Ajoutons que les muscles
propres à la cage lymphatique, ou la recouvrant, qui
auraient pu contre-balancer l'action des muscles exté-
rieurs, ont été en grande partie détruits par la dissection.
Je crois, néanmoins, que ces mouvements d'expansion
existent même à l'état normal, et qu'il nous faudra en
'M "2 COI'llRS LYMPHATIQUES.
tenir compte pour expliquer la diastole du cœur lym-
phatique.
En second lieu, vous remarquerez que la distance entre
le commencement de la dépression et le conmiencement
de la systole est de 3/4 de millimètre, ce qui , vu la vitesse
de notre cylindre (41',4en 13 minutes), correspond à
une durée d'une seconde et quatre dixièmes. En faisant
l'observation de ces contractions à l'œil nu et en comp-
tant le temps au moyen d'un pendule à secondes, nous
avions trouvé qu'il s'écoulait environ une seconde et
demie entre l'excitation de la moelle et la contraction du.
cœur lynqDhatique. La durée de 1",4 que nous donne
notre tracé graphique est un peu plus petite ; elle con-
stitue la différence enire le temps perdu de la contrac-
tion des muscles ordinaires et celui des muscles du
cœur lymphatique.
Le temps perdu du muscle du cœur lymphatique (ce
que les Allemands appellent la période de l'excitation
latente) est donc très considérable, et je ne connais .
aucun organe musculaire qui puisse lui être comparé
sous ce rapport.
Toutefois, avant d'aller plus loin, nous devons nous
demander si cet intervalle est bien effectivement le
temps perdu du muscle. 11 serait possible, en effet, que
l'influx nerveux (je me sers de ce mot faute d'un meil-
leur) parcourût des voies différentes pour se rendre au
cœur lymphatique et aux muscles voisins, et dès lors,
le relard de la systole du cœur lymphatique pourrait
être attribué, soit à la longueur et à la complexité des
voies que parcourrait cet influx pour se ri^ndre à l'or-
^^
^5S
PHYSIOLOGIE. ^\ 3
gane, soit, à des arrêts qu'il subirait dans des cellules
ganglionnaires interposées. C'est pour lé- i
soudre cette question qu'il serait important | ^
de pouvoir réaliser l'expérience dont nous
avons parlé au début de cette leçon, c'est-
à-dire de faire contracter le cœur isolé.
Si Ton trouvait par ce moyen un temps
perdu à peu près égal à celui que nous
avons indiqué, on en conclurait avec cer-
titude que la transmission est directe.
" Un troisième fait sur lequel j'attire votre
attention est celui-ci : les contractions spon-
tanées du cœur lymphatique ont une ampli-
tude et une durée plus grandes que celles
qui sont provoquées par l'excitation électri-
que de la moelle (fig. 63). Ce fait curieux
sépare complètement le cœur lymphatique
du cœur sanguin. Ce dernier, en effet, vous
vous en souvenez (voy. p. 14'2), donne, sous
rinfluence de l'excitation électrique, une
systole maximum, quelle que soit l'intensité
de l'excitant ; le cœur lymphatique, au con-
traire, donne dans les mêmes conditions
une systole d'amplitude moindre que la
spontanée. La grandeur de cette dernière
comparativement à la secousse provoquée
semble même autoriser l'hypothèse que
l'excitation normale de la systole du cœur
lymphatique ne proviendrait pas tout en-
tière de la moelle épinière. On s'expli-
•- 2
Oh aj
«< 3
814 COEURS LYMPHATIQUES.
q lierait ainsi (iiruno excitation simplement cérébro-
spinale ne pût pas déterminer l'amplitude maximum.
Lorstiue le cœur lymphatique est arrêté par la sec-
tion de la moelle , après deux ou trois pulsations arti-
ficiellement déterminées par l'excitation médullaire, il
recommence à battre spontanément d'une façon rythmée
(fig. 0*2). Il se rapproche en cela du cœur sanguin. Vous
vous rappelez en effet que le ventricule, isolé avec ses
ganglions, présente des mouvements rythmés qui s'étei-
gnent après un certain temps. Excité, il reprend son
rythme et puis s" arrête encore, jusqu'à ce qu'une nou-
velle excitation le remette en activité.
J'ai suffisamment insisté sur ce fait à propos du cœur
sanguin, et j'ai cherché à établir que l'excitation s'accu-
mulait dans les ganglions de Bidder. L'excitation
emmagasinée était ensuite distribuée au muscle et
suffisait quelque temps à entretenir son activité. Il doit
en être de même dans le cœur lymphatique, et, d'après
cette propriété, c'est, non à l'oreillette, mais au ventri-
cule du cœur sanguin que cet organe serait compa-
rable.
Mais à côté de cette analogie il existe une différence.
Quand le ventricule a été enlevé avec ses ganglions, il
emporte avec lui une certaine dose d'excitation qui lui
permet de se contracter avec fréquence au début, puis
plus lentement, jusqu'à ce que ses mouvements s'étei-
gnent tout à fait. Il n'en est pas de même du cœur
lymphatique. Lorsque, sous l'influence de l'excitation
réitérée de la moelle épinièrc par des ruptures isolées
du courant, il a accumulé une dose suffisante d'exci-
PHYSIOLOGIE. 315
tation pour fournir à son activité pendant quelques
instants, les pulsations conservent leur fréquence ou
l'augmentent même un peu, puis s'arrêtent brusque-
ment.
Après avoir étudié les effets de l'excitation de la moelle
sur le cœur lymphatique, voyons maintenant ce que
nous apprendra l'excitation directe de cet organe. La
méthode graphique serait difficilement applicable dans
ce cas au cœur de la grenouille. Aussi, pour ne pas com-
pliquer d'une difficulté nouvelle ces recherches déjà si
délicates, nous adresserons-nous encore à la couleuvre.
L'animal est préparé comme il a été dit précédem-
ment; son cœur est disposé entre les deux branches
d'une petite pince électrique; celle-ci, construite avec
deux fils de platine, est engagée dans une masse de cire
à modeler, ce qui permet de la fixer commodément sur
la règle et de lui donner une position convenable sui-
vant les besoins de l'expérience.
La rupture d'un courant d'induction faible n'amène
aucun résultat. Quand le courant est un peu plus fort,
sa rupture agit sur les muscles voisins du cœur, et la
contraction de ceux-ci se traduit maintenant par une
ascension de la courbe; ce sont en effet les muscles
intertransversaires qui reçoivent surtout l'action du
courant ; en se contractant, ils rapprochent entre eux
les os de la cage et diminuent sa cavité : le cœur se
trouve ainsi soulevé au-dessus de sa position normale.
Donc, à chaque rupture, le levier du myographe
trace un petit crochet sur le cylindre. Quant au cœur
lymphatique lui-même, il paraît complètement étranger
f\\C) COliURS l.YMIMIATIQUI'S.
à ce qui se passe autour de lui, et sou rythme n'est nulle-
ment altéré.
Un courant tétanisant itiible détermine le tétanos des
muscles de la cage, qui soulèvent le levier suivant une
courbe sur laquelle continuent de s'inscrire les pulsa-
tions du cœur non modifiées (fig. 64).
T -- -X
Fie. Ci. — Excilalion direclo du cœur lymiiliali(|uc do la ronlciivi-o par un roui'anl
k'UinisaiU faible de T en X. — Les pulsations du cœur lymplialirpio ne sont |ias
inodiliées et continuent re'gulièremont. Le levier est soulevé par suite de la contrac-
tion des muscles voisins qui resserrent ja ca^re osseuse où est compris le cœur.
rr
FiG. 65. — Cœur lymphatique de la couleuvre. riu|itures isolées d'un courant d'indue
tion appliquées h la moelle épinière intacte. — A chaque rupture, r, r, les pulsations
du cœur lymphatique sont écartées les unes des autres.
:AA/>AAAAAAAyAAAMA-'--A^---V.V.AA/^
FiG. CO. — Cœur lymplialique de la coulcuvie. — Excitation de la moelle épinièri' in
tacte par un courant tétanisant de T en x. — Les battements du cœur lymplialique
s'écartent les uns des autres. La courbe générale descend par suite de la conti'action
des muscles voisins qui élargissent la cage.
Un courant tétaniscint fort arrête le cœur en systole.
Enfin, nous avons recherché quelles sont les modifi-
cations qu'exerce l'excitation appliquée sur la moelle
épinière, l'animal étant intact et le cœur battant. Pour
cela, après avoir découvert les cœurs lymphatiques et
avoir disposé le cardiographe, nous avons appliqué sur
les deux côtés du corps de la couleuvre, à peu près à sa
partie moyenne, les mors d'une pince électrique, de
manière à faire passer le courant à travers la moelle.
riiYsioLor.iE. 317
Nous avons constaté que des ruptures isolées d'un cou-
rant fort écartent les systoles les unes des autres (/•, i\
fig. 65). Un courant tétanisant amène un ralentissement
considérable ou un arrêt en diastole (fîg. 66).
VINGTIEME LEÇON
(24 février 1878)
. Cœur»^ lymphatiques.
Action du curare sur les cœurs lymphatiques. — Observations de Kollikcr.
— D'après Bidder, la réplétion des sacs lymplialiquos dans l'intoxication
par le curare est due à l'arrêt des cœurs lympiiatiques. — Cet arrêt n'est
pas le seul facteur qui soit en jeu ; il faut y ajouter la paralysie des mus-
cles des artères qui amène la réplétion des capillaires, et par suite l'ex-
sudation et la diapédèsc.
Étude de l'action du curare au moyen de la métliode graphique. — Les bat-
tements des cœurs lymphatiques conservent leur régularité et leur vitesse;
leur amplitude diminue progressivement jusqu'à l'arrêt complet.
tlésiimé des connaissances acquises sur l'analonùe et la physiologie des cœurs
lymphatiques.
Messieurs,
Je dois encore, à propos de la physiologie des cœurs
lymphatiques, vous dire quelques mots des effets du
curare sur ces organes.
A la suite des mémorables travaux de Ci. Bernard,
KollikeV publia sur l'action de cette substance toxique
une note insérée aux Comptes fendus de l'Académie des
sciences, et bientôt suivie d'un mémoire dans les Ar-
chives de Virchow (1). Dans ses expériences, dont les
l[) KiJllikor, Phijsiolofiische Unlersuchunijen ïiber die Wirkung einiger Gifle
(Arch. de Virchow, 1856, t. X, ]). bij.
ACTION DU CURARE. 819
résullats généraux sont les mômes que ceux de l'il-
lustre physiologiste français, Kolliker signala l'aclion
du curare sur les cœurs lymphatiques et montra que
ces organes sont les premiers à subir l'influence du
poison.
En effet, si l'on soumet une grenouille à l'action du
curare, on remarque qu'au moment où l'intoxication
commence à se faire, ses cœurs lymphatiques cessent
de battre. Tous les physiologistes (car il n'en est pas un
qui, depuis les découvertes de G\. Bernard, n'ait répété
celle expérience) ont constaté ce fait.
En 186<S, Bidder, faisant de nouvelles expériences
physiologiques avec le curare, a remarqué que, lors-
que l'on injecte aux grenouilles une dose de curare
suffisante pour amener la paralysie complète, mais
non la mort, les sacs lymphatiques se remplissent de
lymphe. Il a attribué cette réplétiou à la stase occa-
sionnée par arrêt des cœurs lymphatiques.
Le fait est vrai, mais Texplication n'est pas complète :
la réplétion des cœurs lymphatiques reconnaît encore
une autre cause. Le curare, qui agit si puissamment
sur les terminaisons nerveuses des muscles volontaires,
laisse, comme vous le savez, le cœur sanguin conti-
nuer ses baUements. En revanche, il exerce son action
sur les artères et surtout sur les artéiioles, en détermi-
nant la paralysie des fibres musculaires qui entrent
dans la constitution de leur paroi. Aussi, chez une gre-
nouille cnrarisée, la circulation est-elle plus large et
plus complète qu'à l'état normal. C'est là une expé-
rience dont la plupart de vous ont été témoins. Il suffit
3'20 COEURS LVAirilATlQUIiS.
d'étaler ia membrane interdigitale d'une grenouille et
de l'examiner à un faible grossissement pour recon-
naître que la circulation normale y présente une grande
irrégularité. Souvent elle est arrêtée dans certains dis-
tricts capillaires; dans d'autres, elle se fait tantôt dans
un sens, tantôt dans un autre. Chez une grenouille
complètement curarisée, elle est au contraire régulière
dans toutes les parties, ce qui tient à ce que les arté-
rioles désormais paralysées ne peuvent plus la modifier.
11 résulte de celte paralysie des artérioles une tension
considérable dans le système capillaire, ce qui amène
une exsudation plus considérable, accompagnée d'une
diapédèse des globules blancs également plus abon-
dante. C'est donc non seulement à l'arrêt des cœurs lym-
phatiques, comme le croyait Bidder, mais pour une
bonne part aussi à l'exsudation et à la diapédèse qu'il
faut attribuer l'état de réplétion des sacs lymphatiques,
qui se montre le quatrième ou le cinquième jour après
l'administration du curare. TarchanofT a établi ce fait
dans un mémoire publié dans les travaux de notre labo-
ratoire (1).
Il n'en est pas moins vrai que le curare exerce una
action considérable sur les cœurs lynqjhatiques ; on a
même dit que, de tous les muscles de la grenouille, ceux
([ui constituent ces organes subissent le plus facilement
l'influence de ce poison. Il suffît en efTet de quelques
gouttes d'une solution au millième pour les arrêter.
(Ij Turchanofî, De rbillucnce du curare sur bi qumlUé delà hjniplie et
l'émigralioH des globules blancs du sxn-j i Travaux ilu lahoraloire d'hislologie
du Collège de bran y, 1875, p. 3.j).
ACTION DU CURARE. 321
Chez la couleuvre, il est nécessaire d'employer une
dose bien plus grande pour arriver au même résultat.
Nous avons dû injecter sous la peau de cet animal jus-
qu'à 2 grammes d'une solution au centième pour
obtenir la paralysie des muscles volontaires et celle des
cœurs lymphatiques.
Mais il ne nous suffît pas de constater l'arrêt des
cœurs lymphatiques; nous devons nous demander com-
ment il se produit. La paralysie qui atteint ces organes
est-elle précédée de phénomènes d'excitation tels que,
par exemple, le nombre ou l'amplitude de leurs pulsa-
tions augmenterait d'abord pour diminuer graduelle-
ment ensuite, ou bien, au contraire, s'arrôtent-ils brus-
quement? La méthode graphique nous permettra de
donner des réponses nettes à ces différentes questions.
Tout d'abord, et sans avoir recours à cette méthode,
il est facile de se convaincre que la paralysie des mus-
cles volontaires n'est pas précédée de phénomènes
d'excitation. Injectons dans les sacs lymphatiques d'une
grenouille deux gouttes d'une solution de curare à
1 pour 100. L'animal est placé sous une cloche; au bout
d'un instant, il reste parfaitement tranquille; il ne pré-
sente aucun mouvement convulsif et garde son attitude
normale jusqu'à la curarisation complète, de telle sorte
que c'est seulement en le prenant à la main que l'on
constate sa paralysie absolue.
Mais quelle est la nature de cette action progressive
du curare sur les nerfs moteurs? Le curare agit-il sur
chaque nerf moteur d'une manière régulièrement pro-
gressive, ainsi que pourrait le faire supposer son action
RANViER. — Anat. générale. i. — 21
32'2 COEURS LYMPHATIQUES.
sur l'animal entier? Pour répondre à cette question, il
faudrait, pendantla curarisation, soumettre à intervalles
réguliers un nerf, le sciatique par exemple, à une
excitation toujours la môme et enregistrer chaque fois
l'amplitude de la contraction d'un muscle ou d'un
groupe de muscles desservis par ce nerf. 11 est dif-
ficile de faire cette expérience : car pour la réussir il
faudrait se procurer d'abord une source d'excitation
conslante, et puis il faudrait construire, pour l'appli-
quer au nerf, un appareil délicat.
Les cœurs lymphatiques nous fournissent pour ainsi
dire cet appareil tout construit. Leurs muscles se con-
tractent, à intervalles réguliers, sous l'influence d'un
excitant naturel d'mtensité constante. Ils vont donc
nous donner d'eux-mêmes, grâce à leurs contractions
spontanées rythmiques, la réponse que nous cherchons.
Voici l'expérience qu'il faut faire et que nous avons
répétée à plusieurs reprises ces jours derniers : une
grenouille étant immobilisée par des moyens mécani-
ques (voy. p. 303), nous appliquons sur l'un des cœurs
lymphatiques le petit cardiographe que nous avons
décrit. Le tracé nous montre des pulsations, irrégulières
au début, mais qui bientôt deviennent régulières. Nous
introduisons alors sous la peau de l'animal deux ou trois
gouttes d'une solution de curare à 1 pour 100, dose
considérable pour la grenouille. Tout d'abord on ne
remarque aucune modification dans le tracé; les pulsa-
tions continuent en même nombre avec la même ampli-
tude et la même régularité. Mais, après deux à trois
minutes, leur amplitude diminue d'une manière pro-
ACTION DU cuRAUfc:. 3^:^.1
gressive, et, au bout de trois à quatre minutes, elles ces-
sent complètement. Pendant cet afïaiblissement et jus-
qu'à leur disparition complète , leur rythme est resté
constamment le môme; vous pouvez vous en convaincre
par l'examen du tracé que je vous présente (fig. 67).
Ji .vJ^*VJ»;fJ\«;J^JJrfyJ^f-»J^J^•-^y^A^^A^M-^J^J^wJJ^^w*'.■J.'-^JJrfJiJrf-•-vJ.^^.^;.N^^
FiG. 07. — Action ilii oiiraro sur les cœurs lyiu|ili.iti([ues. — A, baltemuiils du cœur
Jynipliatiffue postérieur d'uiiG g-reaouille vorte. — B, battements de ce cœur après in-
jection dans le sac dorsal de deux gouttes d'une solution de curare ;i 1 pour 100 ;
c, c, contractions intestinales. ^
Lorsque les pulsations du cœur lymphatique sont
sur le point de s'arrêter, on voit apparaître les courbes
qui correspondent à la contraction intestinale. Il se pro-
duit donc, sous l'influence du curare, un phénomène
semblable à celui que nous avons constaté chez les
grenouilles auxquelles nous avions coupé la tête (voy.
p. 308).
Je viens de vous décrire une expérience type; eu
réalité, on obtient quelquefois des résultats qui s'en
écartent en quelques points. Pour ne vous en citer
qu'un exemple, je vous dirai que, chez les grenouilles
accouplées, les mouvements intestinaux se dessinent sur
le tracé, même en dehors de toute action du curare,
et chez les mâles aussi bien que chez les femelles.
Autre fait intéressant que je vous signale en passant :
324 COEURS LYMPHATIQUES.
on sait que, clans la saison des amours, les sacs lyaipha-
tiques des batraciens anoures sont remplis de lymphe ;
leur peau même en est infiltrée. Or, il se pourrait que
cette stase et cette infiltration fussent dues à une paré-
sie des cœurs lymphatiques; ces organes, en effet,
n'ont à cette époque que des battements faibles et irré -
guliers.
Des quelques expériences que nous avons faites il
résulte que :
4" Le curare paralyse les cœurs lymphatiques; 2° la
période de paralysie n'est pas précédée d'une période
d'excitation ; S" pendant toute la durée de l'action
latente du curare, les pulsations du cœur lymphatique
sont semblables aux pulsations normales ; 4° la cura-
risation des éléments moteurs est lente et graduelle.
Nous avons remarqué de plus que , si les pulsations
sont afTaiblies, elles ne sont ni plus ni moins nom-
breuses; en d'autres termes, leur rythme n'est pas
changé. Concluons de là que le curare n'agit pas sur
les organes qui produisent le rythme ; c'est-à-dire qu'il
n'exerce son influence ni sur les muscles ni sur les
organes centraux. Il ne peut donc affecter que les
nerfs moteurs.
Reportons- nous à nos recherches anatomiques. Dans
les cœurs lymphatiques de la couleuvre, vous ne l'avez
pas oublié, les nerfs se terminent par des éminences et
des arborisations que l'on a confondues sous le nom
de plaques motrices. Vous savez d'autre part que
le cœur sanguin, qui n'est pas arrêté par le curare,
ne possède pas de plaques motrices. En rapprochant
RÉSUMÉ. 325
ces deux faits, nous sommes donc conduits à admettre,
comme l'ont dit plusieurs physiologistes et notamment
M. Vulpian, que le curare agit tout particulièrement,
sinon spécialement, sur les plaques motrices.
Le moment est venu de nous résumer et de faire
le bilan de ce que nous savons sur la structure et les
propriétés des cœurs lymphatiques.
Et d'abord, au point de vue anatomique, nous avons
constaié que :
1° Les cœurs lymphatiques sont des organes simples,
formés par une seule vésicule contractile, et nullement
composés de parties distinctes comparables aux oreil-
lettes et au ventricule du cœur sanguin.
â^Les cœurs lymphatiques présentent une disposition
intérieure variable. Leur cavité est tantôt tout à fait
lissé, tantôt divisée par des cloisons incomplètes dont la
forme et le nombre diffèrent, non seulement d'un in-
dividu à l'autre, mais même d'un cœur à l'autre chez
le même individu.
3° Les cœurs lymphatiques appartiennent bien au
système lymphatique et non au système veineux. Gela
est prouvé parja forme de l'endothélium qui revêt leur
€avité.
4° Les fibres musculaires qui entrent dans la consti-
tution de leurs parois sont striées, ramifiées et anasto-
mosées comme celles du cœur sanguin. Elles en dif-
fèrent en ce qu'elles ne sont pas composées de cellules
placées bout à bout, et chez les grenouilles en ce que
les noyaux qu'elles présentent ne sont pas centraux.
326 COEURS LYMPHATIQUES.
mais, au contraire, marginaux et noyés dans une masse
protoplasmique commune. Nous avons vu cependant
que cette situation des noyaux n'a rien d'absolu et que,
dansles fibres entre -croisées, il y a des noyaux au centre
des fibres.
Chez la couleuvre, les fibres musculaires des cœurs
lymphatiques sont plus volumineuses, analogues à celles
des muscles volontaires, dont elles diffèrent cependant
par leurs ramifications et leurs anastomoses.
5" Le tissu conjonctif des cœurs lymphatiques est
composé de fibres nombreuses et résistantes; il pos-
sède une grande quantité de cellules pigmentaires qui
lui donnent une teinte grise particulière, marquée sur-
tout chez la couleuvre.
6" Les cœurs lymphatiques sont pourvus de vaisseaux
sanguins ; ce fait est remarquable surtout chez la gre-
nouille, dont le cœur sanguin n'en possède pas.
7" Les nerfs des cœurs lymphatiques postérieurs de
la grenouille ont une origine, un trajet, une distribution
et des anastomoses essentiellement variables. Les cel-
lules ganglionnaires signalées par Waldeyer sont varia-
bles également de nombre et de situation, et quelque-
fois elles manquent complètement.
8" Les nerfs des cœurs lymphatiques de la couleuvre
se terminent par des arborisations comprises dans des
éminences, analogues à celles des muscles volontaires,
par des plaques motrices, en un mot.
Relativement ù la physiologie, nous avons constaté
que :
1" La destruction de la moelle épinière exerce sur
RÉSUMÉ. 327
les cœurs lymphatiques des efïets variables. Ce fait est
important, car tous les auteurs qui nous ont précédé
ont décrit la section ou la destruction de la moelle
comme étant suivie constamment d'effets semblables,
et c'est pour cette raison qu'ils sont loin de s'entendre
sur la nature de ces effets. Nous avons remarqué fré-
quemment que la destruction complète de la moelle
épinière arrête un certain nombre de cœurs sans exercer
aucune action sur les autres.
Les expériences de Volkmann, d'Eckhard, de Wal-
deyer, de Goltz et de Scliiff sont donc à refaire, les
unes et les autres, et, sans doute, en tenant compte des
différences anatomiques individuelles, tous les faits en
apparence contradictoires , observés par ces divers
auteurs, se trouveront confirmés ou expli(}ués.
2° La pulsation du cœur lymphatique est une pulsa-
tion simple; elle n'est pas comparable à celle du cœur
sanguin qui se dédouble. Lsl physiologie se trouve sur
ce point en accord parfait avec Tanalomie : le cœur
lymphatique est une vésicule simple, comparable au
ventricule du cœur sanguin.
3" La systole du cœur lymphatique représente une
seule secousse musculaire, telle que la produit un
muscle ordinaire sous l'influence d'une rupture de cou-
rant. Cependant elle donne lieu quelquefois à un phéno-
mène sur lequel je dois revenir à cause de son impor-
tance. Nous avons vu deux pulsations se rapprocher, se
géminer et se fondre plus ou moins l'une dans l'autre.
Cette fusion de deux secousses spontanées, ce tétanos
élémentaire pour ainsi dire, est un fait important au
S^S COEURS LYMPHATIQUES.
point (le vue de la théorie de Helmholtz sur la genèse du
tétanos.
4° L'excitation directe du cœur lymphatique par un
courant interrompu détermine son arrêt en systole.
5° L'excitation de la moelle épinière et des centres
cérébro-spinaux amène, si elle est faible, une diminution
du nombre des pulsations des cœurs lymphatiques ; si
elle est forte, un arrêt en diastole;
6° Le temps perdu du cœur lymphatique est consi-
dérable. Nous avons vu qu'il s'écoulait au minimum
une seconde et quatre dixièmes entre l'excitation de la
moelle épinière et la contraction du cœur chez la cou-
leuvre. Aucun muscle, à ma connaissance, n'a une
période d'excitation latente aussi longue. Ce phénomène
rapproche les muscles des cœurs lymphatiques des
muscles de la tortue et des muscles rouges du lapin /avec
lesquels ils ont d'autres analogies encore, comme la
forme de la secousse et l'accumulation de l'excitation.
Ainsi, dans le cœur lymphatique comme dans le muscle
demi-tendineux ,du lapin, un courant dont la clôture
ou la rupture isolée ne détermine aucun effet, produit
un tétanos quant il est fréquemment interrompu.
Les muscles des cœurs lymphatiques doivent donc
être classés parmi les muscles ultra-rouges.
7° L'étude de l'action du curare sur les cœurs lym-
phatiques nous a permis de démontrer à peu près com-
plètement que cette substance toxique agit sur les pla-
ques motrices, ainsi que l'ont avancé un certain nombre
de physiologistes.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 329
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE SYSTÈME LYMPHATIQUE.
Après l'étude que nous venons de faire de la struc-
ture et des fonctions des coeurs lymphatiques, on en
vient naturellement à se demander pourquoi ces organes
ne se rencontrent que chez quelques vertébrés à l'exclu-
sion des autres ? N'y aurait-il pas dans le système lym-
phatique de ces derniers des organes qui correspondent
aux cœurs lymphatiques?
Cette question nous amène à comparer entre eux le
système lymphatique des mammifères et celui des batra-
ciens. Si nous arrivons à démontrer que, malgré les
différences profondes que présente ce système chez les
uns et chez les autres, il est cependant réductible au
même type, nous aurons accompli une tâche incombant
spécialement à l'anatomie générale.
Chez les mammifères, les capillaires lymphatiques
prennent leur origine dans les mailles des cavités séreuses
et dans les interstices du tissu conjonctif. Cette concep-
tion est déjà ancienne ; elle remonte à Bichat, qui l'a
exposée dans son Anatomie générale ^ sans l'appuyer, il
est vrai, sur des preuves suffisantes. Aujourd'hui, établie
sur un groupe de faits nombreux et bien observés, elle
a pris une solidité telle qu'elle peut êtreconsidérée comme
démontrée.
Des cavités séreuses el des mailles du tissu conjonctif
se dégagent des canaux à parois extrêmement minces,
et possédant déjà leur endothélium caractéristique.
Bientôt munis de valvules, ces canaux s'anastomosent
330 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
largement les uns avec les autres, de manière à fornKM^
dans les organes et autour d'eux de riches réseaux.
Quand ils ont acquis un certain diamètre, à peu près
celui que nous connaissons aux chylifères, ils se mon-
trent munis de fibres musculaires lisses, dont la direc-
tion est transversale ou légèrement oblique. Ils sont
munis de valvules et présentent au-dessus d'elles des
renflements qu'il convient de nommer renflements supra-
valvulaires . Dans la paroi de ces renflements, les fibres
musculaires s'entrelacent dans divers sens et forment un
plexus. Cette structure rapproche les renflements supra-
valvulaires des mammifères des cœurs lymphatiques des
batraciens. Il existe cependant entre ces organes cette
différence, que les plexus des renflements supra-valvu-
laires sont constitués par des fibres lisses, tandis que l'en-
veloppe musculaire des cœurs lymphatiques est formée
de fibres striées.
L'analogie peut être poussée plus loin. Bichat raconte
qu'ayant ouvert un chien vivant il vit les vaisseaux
lymphatiques présenter au niveau du foie des batte-
ments rythmés. Cette observation est restée isolée ;
personne n'a pu la reproduire ; je l'ai essayé sans
y parvenir. Il est probable qu'il faut pour cela se pla-
cer dans des conditions dont la détermination a jusqu'à
présent échappé aux expérimentateurs.
Néanmoins, le fait indiqué par Bichat s'expliquerait
parfaitement bien par l'action des renflements supra-val-
vulaires, qui auraient ainsi un rôle analogue à celui
des cœurs lymphatiques. Le vaisseau étant supposé
rempli de lymphe, la systole de ces renflements aurait
SUR LE SYSTÈME LYMPHATIQUE. 331
pour premier effet de fermer la valvule située immédia-
tcnienl au-dessous d'eux, et pour résultat effectif de
faire cheminer le contenu des vaisseaux lymphatiques
vers le système veineux, comme le font les cœurs
lymphatiques pour le contenu des sacs lymphatiques
des batraciens.
Chez les mammifères le système lymphatique con-
tient en outre des organes spéciaux que l'on a désignés
sous le nom de ganglions ou de glandes lymphatiques,
et qui se trouvent à l'origine des membres et à la racine
des grands organes splanchniques; nous devons nous
demander quelle est leur signification physiologique.
Je vous rappellerai en quelques mots leur structure. A
l'intérieur d'une capsule fibreuse, de laquelle se déga-
gent des travées fibreuses qui constituent la charpente
du ganglion, se trouve un système caverneux cloisonné
dans lequel s'ouvrent les vaisseaux afférents d'une part,
les vaisseaux efférents de l'autre, et où la circulation
de la lymphe se fait facilement.
Dans l'intérieur de cette cavité, qui les entoure de
toutes paris, se trouvent logés des organes spéciaux,
follicules lymphatiques^ maintenus par les travées qui
parcourent le système caverneux. Ces follicules, dont la
constitution ne ressemble en rien à celle des glandes,
possèdent un réticulum de fibres extrêmement déli-
cates et sont parcourus par de nombreux capillaires
sanguins. Les mailles laissées entre les capillaires et les
fibres du réticulum sont comblées de cellules lympha-
tiques. Toutes les cavités et toutes les travées du gan-
glion sont revêtues d'une couche endothéliale, aussi
332 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
bien dans le système caverneux que dans le système
folliculaire.
Ainsi constitués, les ganglions situés sur le trajet des
vaisseaux lymphatiques sont des appareils de perfection-
nement dont la fonction paraît être relative à l'élabora-
tion de la lymphe. Mais, comme les cellules lymphatiques
peuvent se former également dans d'autres parties de
l'organisme, ces ganglions ne sont pas indispensables.
Aussi connaissons-nous beaucoup d'animaux qui n'en
possèdent pas et chez lesquels le système lymphatique
est néanmoins très développé.
Chez les batraciens, le système lymphatique ne
présente quelque chose qui ressemble à des vaisseaux
calibrés que dans la membrane interdigitale, dans les
expansions de la queue des larves et dans les gaines
périvasculaires du mésentère; partout ailleurs, comme
vous avez pu vous en convaincre quand nous l'avons
injecté, il est purement lacunaire. Les vastes espaces
qui se trouvent sous la peau ont reçu le nom de sacs
lymphatiques. Entre les différents muscles et dans leur
épaisseur il existe des espaces semblables, dont la dis-
position essentielle est la même, quoiqu'ils n'aient pas
reçu de nom spécial. Derrière les viscères se trouve la
citerne lymphatique rétro-péritonéale. Enfin le péri-
toine lui-même doit être considéré comme un vaste sac
lymphatique dans lequel plongent les viscères; cela a
été pleinement démontré depuis longtemps par les
observations de Schweigger-Seidel et Dogiel, qui ont
constaté l'existence de trous de communication entre
cette cavité et la citerne rétro-péritonéale. D'ailleurs,
SUR LE SYSTÈME LYMPHATIQUE. 333
ainsi que vous l'avez vu, une injection, faite lentement
et avec une masse pénétrante, arrive facilement des sacs
sous-cutanés au système lymphatique tout entier.
Le système lymphatique est donc très développé chez
les batraciens. Mais les diverses cavités dans lesquelles la
lymphe est contenue ne possédant pas dans leurs parois
d'éléments musculaires spéciaux, sa circulation ne sau-
rait s'y produire que par les mouvements généraux de
l'animal ou la contraction de tel ou tel muscle com-
primant des espaces qui l'avoisinent. Il est indispen-
sable, cependant, qu'après avoir concouru à la nutrition
des éléments qu'elle baigne et avoir reçu leurs déchets
elle revienne se mélanger au sang, pour recevoir à
son contact une élaboration indispensable à sa recon-
stitution.
Aussi, la communication du système lymphatique
avec le système sanguin n'est-elle pas aussi étroite chez
les batraciens que chez les mammifères. La lymphe
débouche dans le système veineux des batraciens par
quatre orifices, et les cœurs lymphatiques, placés à
leur niveau, ont pour fonction de la rassembler et de la
pousser dans le torrent circulatoire.
Étudions maintenant la manière dont les cœurs lym-
phatiques exécutent cette fonction. Nous avons constaté
que, chez la grenouille, ils ne possèdent pas de vaisseaux
lymphatiques afférents. Chaque cœur lymphatique est
placé au confluent d'un certain nombre d'entonnoirs
polyédriques juxtaposés et rayonnant autour de lui. Au
sommet de chacun de ces entonnoirs se trouvent, au lieu
de vaisseaux, des ouvertures simples ou multiples que
384 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
j'ai désignées sous le nom de pores lymphatiques, et par
lescpielles le cœur puise autour de lui la lymphe qu'il
projette dans le système veineux.
Les feuillets aponévrotiques qui hmitent ces enton-
noirs, envoyant leurs fibres dans l'épaisseur même des
parois des cœurs lymphatiques, leur communiquent
ainsi un certain degré de tension et maintiennent béante
la cavité de ces organes pendant la diastole. Le méca-
nisme de la diastole utile est donc très différent de celui
que nous connaissons dans le cœur sanguin. Dans ce
dernier, en effet, les grosses veines, en se contractant,
poussent le sang dans les oreillettes, et celles-ci le chas-
sent dans le ventricule. Dans le cœur lymphatique,
quand, après la systole, les fibres musculaires se relâ-
chent, les fd^res connectives, qui entrent dans sa consti-
tution et se continuent dans les partis avoisinantes,
tendent les parois de cet organe. Grâce à leur élasti-
cité, elles élargissent sa cavité et la maintiennent dilatée
jusqu'à la systole suivante. La lymphe y est ainsi aspirée
comme par le jeu d'un soufflet et y pénètre par les pores
ouverts.
Chez les reptiles, chez les ophidiens du moins, rien ne
rappelle les différentes cloisons aponévrotiques à la con-
vergence desquelles sont situés les cœurs lymphatiques
de la grenouille. Mais leurs cœurs lymphatiques sont
contenus dans de petits thorax ; après chaque systole, ils
sont ramenés à l'état d'extension par les fibres qui les
rattachent aux côtes, et la diastole est passive comme
chez les batraciens. L'ampleur de la cavité qui con-
tient le cœur lymphatique est encore augmentée par
SUR lAl SYSTÈME LYMPHATIQUE. 335
l'élasticilé des côles et par la traclion que peuvent exer-
cer sur elles les muscles qui s'y attachent (voy. p. 311),
Dans la systole, la fermeture des pores lymphatiques
s'opère par la contraction des fibres qui les entourent et
qui agissent à la façon d'un sphincter; l'occlusion est
encore favorisée par la disposition oblique de ces pores.
La lymphe est projetée dans la veine, dont les valvules
s'ouvrent sous la pression venant du cœur lymphatique.
La lymphe entre donc dans le cœur lymphatique par
aspiration et elle pénètre dans les veines par propulsion.
VINGT ET UNIEME LEÇON
(11 mais 1878).
œsophage.
Les muscles de l'œsophage appartiennent à la vie organique. — Ils sont
composés en partie de fibres striées et en partie de fibres lisses.
L'excitation électrique appliiiuéo au nerf pneumogastrique fait contracter cet
organe simultanément dans toute sa longueur.
Étude physiologique des mouvements de l'œsophage.
Revue historique. — Yolkmann : le pneumogastrique n'a aucune action sur
les mouvements de déglutition dans l'œsophage; ceux-ci se produisent par
association avec ceux du pharynx. — Wild : La propagation de l'excita-
tion se fait en partie par action successive des centres nerveux, en partie
par action réflexe. — Mosso : Étude de l'excitabilité de l'œsophage au
moyen de sondes à olive que l'on y introduit. Section de l'œsophage : les
mouvements se continuent. Théorie du clavier.
Messieurs,
Après avoir fait l'étude de l'appareil nerveux du
cœur sanguin et des cœurs lymphatiques, nous allons
nous occuper maintenant de l'innervation de la tunique
musculaire de l'œsophage.
Les fibres musculaires qui concourent à la formation
de la paroi de l'œsophage appartiennent essentiellement
à la vie organique, puisqu'il nous est impossible de le
mettre en contraction par un effet direct de la volonté.
En effet, les mouvements de déglutition, volontaires
au début dans le pharynx, se poursuivent automatique-
ment au delà.
OEsoPHAGi-:. 387
Une fuis cngas^é dans le pharynx, le bol alimentaire
descend dans l'estoniac avec rapidité. Si donc, comme
je l'ai dit souvent, la striation du muscle est en rap-
port avec la rapidité de sa contraction , les fibres
musculaires de l'œsophage doivent être striées.
Il y a plus de quarante ans que l'illustre Schwann a
découvert la striation des fdjres musculaires de l'œso-
phage de l'homme. Cette observation a été consignée
par J. Millier dans le compte rendu des travaux de
Tannée 1836(1). Schwann n'a pas publié cette décou-
verte dans un mémoire spécial; il a sans doute trouvé
suffisant qu'elle fût portée par son maître, J. Millier, à
la connaissance du monde savant. Confirmée depuis par
tous les histologistes, elle se trouve reproduite dans tous
les traités classiques que vous avez entre les mains,
quoique souvent le nom de son auteur ne soit pas
mentionné. Bien que, selon toute apparence, Schwann
lui-même n'ait pas attaché une grande importance à
cette découverte, il me paraît juste de rappeler que
nous la lui devons.
Dans tous les traités classiques d'anatomie humaine
on trouve une description de la structure de l'œso-
phage. Les auteurs lui assignent trois couches, une
muqueuse, du tissu conjonctif sous-muqueux et une
tunique musculaire. Ils indiquent que la muqueuse est
recouverte d'un épithélium pavimenteux stratifié, comme
la muqueuse du pharynx et de la cavité buccale; qu'elle
est hérissée de papilles, bien plus développées chez
[I) Màlkr's ArcliiiK 183G, p. xi.
RANVIEU. — Allât, qénéralc. I, — ±2
838 OHSOIMIAGE.
l'adulte que chez l'enfiinl, et enfin qu'elle contient des
glandes en grappe, plus ou moins abondantes suivant
la région, profondément situées dans la muqueuse et
même dan? le tissu sous-muqueux, et s'ouvrant dans
le canal œsophagien par des conduits spéciaux.
Ils font connaître la nature lâche du tissu conjonctif
sous-muqueux, particularité qui permet d'isoler facile-
ment la muqueuse de la tunique musculaire.
Ils apprennent encore :
Que la muqueuse contient elle-même en son milieu,
entre deux couches de tissu conjonctif, une couche spé-
ciale de libres musculaires lisses à direction lonmtudi-
nale ;
Que la tunique musculaire est dans toute sa longueur
composée de deux couches : une extérieure, à fibres
longitudiriales, commençant au cartilage cricoïde, ren-
forcée sur son trajet par l'adjonction des muscles
voisins, notamment des muscles bronchiques, et une
interne, à fibres annulaires, prenant naissance au
même point et se continuant avec la couche analogue
du cardia;
Que cette tunique musculaire est composée dans sa
moitié supérieure de fibres striées, et de fibres lisses
dans le reste de son étendue : ces deux sortes de fibres
étant mélangées d'abord au point de transition, puis
occupant chacune exclusivement son domaine ;
Que les nerfs de l'œsophage sont fournis par diffé-
rentes branches du pneumogastrique, et qu'ils contien-
nent sur leur trajet des ganglions microscopiques,
observés d'abord par Remak ;
OliSOPHAGE. 339
Enfin, que le plexus ganglionnaire myentérique
d'Auerbach, qui existe tlans toute l'étendue des intestins,
se montre aussi dans l'œsophage , entre la couche
musculaire longitudinale et la transversale.
Chez les mammifères qui d'habitude servent à nos
recherches, l'œsophage n'a pas absolument la môme
structure que chez l'homme; sa musculature est sou-
vent plus compliquée. Klein (1) a étudié cet organe chez
le lapin, chez le chien, chez le chat et chez d'autres
animaux. Chez le lapin, la musculeuse présente dans le
premier quart de sa longueur les deux mêmes couches
que chez l'homme ; mais il n'en est plus de même dans
sa partie moyenne, où elle possède trois couches : une
externe longitudinale , une moyenne transversale et
une interne longitudinale. Les fibres lisses n'apparais-
sent que dans le dernier quart ; au voisinage du cardia,
les fibres striées ont complètement disparu.
Il ressort de cette description que le muscle de l'œso-
phage contient des fibres lisses et des fibres striées.
L'étude de cet organe vient donc ici parfaitement
à sa place, au moment où nous allons quitter l'étude
de l'innervation des muscles striés, pour nous occuper
de celle des muscles lisses.
Nous aurons à rechercher d'abord si la partie striée du
muscle œsophagien est comparable au muscle du cœur
lymphatique, à celui du cœur sanguin ou à ceux du
tronc et des membres.
En second lieu, comme la structure du muscle œso-
(1) Klein, Œsophagus {Manuel de Stricker, 187:2. p, 378).
340 OKSOPHAGE.
phagien varie dans les différents points de sa longueur,
tandis que l'excitation nerveuse lui est apportée dans
toute son étendue par le même nerf, cette disposition
spéciale nous permettra de démontrer que le mode de
contraction d'un muscle dépend de sa constitution et
non des nerfs qui le commandent.
Avant d'entrer dans le détail des recherches, avant
même de vous exposer l'historique des travaux concer-
nant la physiologie de l'œsophage, je crois devoir faire
devant vous une expérience qui n'est pas nouvelle, mais
que je regarde comme fondamentale, et (pii nous
indiquera la direction à suivre dans l'étude de cet
organe.
Un lapin étant immobilisé par la section du bulbe,
nous excitons un des pneumogastriques au moyen d'un
courant d'induction interrompu : le muscle œsopha-
gien se contracte en masse, et sa contraction est rapide
comme celle des muscles blancs.
L'expérience que je viens de faire devant vous date
de 1841. Elle est due à Volkmann. Cet auteur remarqua
fort bien ce fait, sur lequel je viens d'attirer votre at-
tention, que l'excitation électrique du nerf pneumogas-
trique fait contracter l'œsophage dans toute sa longueur
si elle est produite par une simple rupture du courant,
et qu'elle amène le tétanos de tout l'organe quand on
fait usage d'un courant à interruptions fréquentes. Or il
est clair que, dans ces conditions, le jeu du tube œso-
phagien ne peut en rien déterminer la translation du
bol alimentaire dans un sens ou dans l'antre et n'a par
iiisTORiQui:. 341
conséquent rien d'analogue au mouvement de dégluti-
tion ou de régurgitation.
Nous louclions ici, vous le voyez, à un véritable para-
doxe : L'excitation d'un nerf moteur ne produit pas les
phénomènes fonctionnels que ce nerf détermine à l'état
physiologique.
Ce paradoxe avait frappé Yolkmann, et il avait cher-
ché à l'expliquer. Dans son travail (1), il soutient que
le pneumogastrique n'agit pas pour produire les mou-
vements de déglutition, et il s'appuie pour le démon-
trer sur diverses expériences. Ayant coupé à un veau
les deux pneumogastriques, il remarqua que l'animal
continuait à manger et à déglutir comme à l'état nor-
mal. 11 no dit pas qu'il ait mis à découvert l'œsophage
et observé directement les mouvements périslalti(jues :
le fait brut de la déglutition lui paraît suffisant. Ses
autres expériences portent sur la grenouille, chez
laquelle il voit le bol alimentaire descendre le long de
l'œsophage, malgré la section des pneumogastriques.
L'action des cils vibratiles à elle seule suffirait parfaite-
ment pour produire ce phénomène sans aucune inter-
vention des muscles. La descente du bol alimentaire
n'implique donc pas la contraction du muscle œsopha-
gien, et de plus il n'est pas possible de conclure de
l'œsophage de la grenouille à celui des mammifères.
Partant de ces expériences, sur lesquelles il se fonde
pour affirmer que le pneumogastrique ne joue aucun
(1) W. Volkmann, Ueber die Dewegungen des Athmens und Sehluckens
mit besonderer Berïicksichtigiing neurolofjisciter Streitfragen {Archives de
Miiller, 18il, p. 3i7).
342 OESOPHAGE.
rôle dans ladéglulition, Yolkmann développe unethéorie
d'après laquelle la conlraclion de l'œsophage dépendrait
de celle du pharynx, cette dernière étant sous l'influence
de la volonté. Les mouvements de l'œsophage, mouve-
ments involontaires, seraient associés {{ux mouvements
volontaires du pharynx, de la môme manière que dans
d'autres actes de l'organisme, la parturilion, la défé-
cation, etc., il y a association de ces deux espèces de
mouvements.
Volkmann attaque ensuite la théorie émise en 1833
par Marshall Hall. Celui-ci avait soutenu que les
mouvements de l'œsophage sont déterminés par l'exci-
tation directe du bol alimentaire. Yolkmann fait
remarquer que celte théorie n'explique pas comment
la contraction se produirait seulement en arrière du
bol alimentaire, pour le faire cheminer de haut en bas
dans le troisième temps de la déglutition.
Je dois vous parler maintenant d'un travail presque
aussi ancien, celui de Wild (1), daté de 1846. Les expé-
riences de Wild, faites avec les conseils et l'assistance
de Ludwig, ont porté sur le chien.
L'auteur s'occupe d'abord des muscles et des nerfs
de l'œsophage. Il fait remarquer que les fibres muscu-
laires n'y forment pas des couches distinctes, mais que,
disposées en spirales plus ou moins obliques, elles s'entre-
croisent dans différents sens, les profondes devenant
superficielles, et inversement. Il donne une bonne
(1) Wild, Ueber die peristaUisclie Bewegtmg des Œsophagus, nehst einigen
Beinerkiingen ueber diejenige des Daims IZeilschrift fur ration. Medicin
18i6, t. V, p. 76.1.
HISTORIOUE. 343
description des nerfs qui se rendent à l'œsophao^e chez
le chien.
Au point de vue physioloûjique, Wild a observé que,
sur les chiens soumis à l'influence narcotique de
l'opium, les excitation* des piliers ou du voile du palais
provoquent constamment un mouvement de dégluti-
tion dans le pharynx. Ces mouvements ne sont pas néces-
sairement suivis chacun d'un mouvement péristaltique de
l'œsophage; quelquefois c'est seulement cà la deuxième
ou à la troisième contraction du pharynx que l'on voit
se produire une déglutition complète. Cependant,
plus les chiens sont profondément narcotisés, plus il
arrive fréquemment que les mouvements soient associés
dans toute l'étendue du pharynx et de l'œsophage.
Dans une autre série d'expériences, l'œsophage étant
mis à nu, Wild l'excite sur un point limité, soit mécani-
quement, soit électriquement, soit par des réactifs chi-
miques. Il remarque constamment une contraction,
également limitée; jamais il ne survient de mouvement
péristaltique. En revanche, et là se trouve l'intérêt de
cette expérience, si, au lieu de l'irriter localement avec
une aiguille par exemple, on presse l'œsophage entre
les doigts de manière à le comprimer dans loule son
épaisseur, il survient un mouvement péristaltique
qui s'étend jusqu'à l'estomac.
Ce mouvement, fait observer Wild, se répand toujours
de proche en proche, sans sauter aucune partie de
l'œsophage. Lorsqu'il a commencé, il est difficile de
l'arrêter. Ainsi, lorsqu'il entraîne une boule introduite
dans l'œsophage, et que l'on saisit cette boule au pas-
344 OESOPHAGE.
sage, il n'eu continue pas moins dès qu'on cesse de lu
retenir. Pour arrêter défiuilivement la boule, il faut la
maintenir pendant un cerlain temps.
L'auteur a ensuite pratiijué des sections transversales
de l'œsophage ; il a remarqué qiie les mouvements de
déglutition ne se propageaient pas au delà du point sec-
tionné. Tout au contraire, les sections longitudinales les
]»lus étendues n'ont jamais empêché la continuation du
mouvement péristaliique.
Dans une autre expérience, Wild, choisissant des
rameaux nerveux symétriques se rendant à l'œsophage
à la même hauteur, en fait la section des deux côtés;
l'œsophage se tiouve paralysé dans la portion qui cor-
respond à la distribution de ces nerfs.
La section des nerfs pneumogastriques au niveau du
larynx paralyse la partie inférieure de l'œsophage,
mais non la partie supérieure, ce qui s'explique par la
disposition des nerfs.
Jamais par l'excitation des pneumogastriques Wild
n'a pu produire de mouvements périst;ilti(]ues; enthi,
jamais, dans aucune circonstance, il n'a observé de
mouvements antipéristaltiques.
Après avoir donné les résultats généraux de ses expé-
riences, Wild se demande comment se produisent les
mouvements de l'œsophage à l'état physiologique. Il
écarte d'abord toutes les explications qui ne feraient pas
intervenir les centres nerveux.
Quant à la théorie de Volkniann, ou de l'association,
il y fait une première objection ; les contractions
de l'œsophage sont loin d'être la suite constante de
HISTORIQUli. 345
la déglulition pharyngienne; cette dernière se produit
souvent sans les amener à sa suite.
Une autre considération qui milite encore contre
la théorie de Volkmann, c'est que les mouvements du
pharynx et de l'œsophage sont loin d'être simultanés
comme les autres mouvements associés que l'on con-
naît; au contraire, la propagation du mouvement est
lente, et de plus elle présente quelquefois des temps
d'arrêt.
La théorie à laquelle Wild et Ludwig se rattachent,
tout en regrettant expressément de ne pouvoir en dé-
montrer complètement la justesse, est une modification
de la théorie des réflexes. D'après leur manière de
voir, la contraction du pharynx excite le centre nerveux
réflexe de cet organe; celui-ci communique alors au
centre réflexe de l'œsophage une excitabilité exagérée
qui le rend sensible k des excitations d'ordinaire insuf-
fisantes et provoque par conséquent les mouvements
péristaltiques. En d'autres termes, la propagation de
l'excitation se fait en partie par incitation successive des
centres nerveux, en partie par voie réflexe.
Depuis 1845 jusqu'à ces dernières années, cette
question a été à peu près complètement abandonnée,
et l'on s'est occupé surtout de l'origine des fibres ner-
veuses qui animent l'œsophage.
Déjà en 1841, Longet (l) avait dit c[ue le nerf pneu-
mogastrique est purement un nerf de sensibilité,
analogue aux racines postérieures des nerfs rachidiens;
(1) Longet, Traité dephysioloitie, 2= édition, 186U, t. Il, p. 499.
340 OESOPHAGfc:.
il avait soiileiui que ce nerf emprunte ses fibres nioti'ices
à d'autres nerfs.
En 186'^, Chauveau (i) démontra, par des expérien-
ces faites sur les grands animaux, que les racines du
nerf pneumogastrique renferment des fibres motrices.
En 1863, Van Kempen (^2), qui déjà en 1842 avait
attaqué les conclusions de Longet, reprend l'opinion
qu'il avait soutenue à cette époque et fétaie sur de
nouvelles expériences. L'existence de fibres motrices
dans les racines du pneumogastrique semble donc
complètement établie aujourd'hui. C'est là, du reste,
une question qui s'éloigne du sujet que j'ai l'intention
de traiter devant vous.
En 1873, Mosso (3) reprend l'étude des mouvements
de l'œsophage au point de vue auquel s'étaient placés
Volkmann, Ludwig et Wild.
Les expériences sur lesquelles est fondé le travail de
cet habile physiologiste ont été faites à 1 Institut phy-
siologique supérieur de Florence, alors sous la direc-
tion de SchitT.
Mosso, qui était au courant des expériences antérieu-
res de Volkmann et de Wild, pose la question d'une
autre façon. Il commence par affirmer qu'il est impos-
sible de faire des mouvements de déglutition quand
(1) Glmuveau, Du nerf pneumogaslrique considéré comme agent excitateur
et comme agent coordinateur des contractions œsophagiennes dans l'acte de
la déglutition (Journal de l'anatomie et de la physiologie, t, V, p. 190).
i'i) Van Keinpcii, Aourelles recherches sur la nature fonctionnelle des
racines du nerf pneumogastrique et du nerf spinal (Journal de l'anatomie
et la physiologie, l. VI, p. iSij.
(3) Mosso, / movimenti del Esofago {Giornale délia 11. Acad. di 3Iedicina
di Torino, 1873j.
HisïOHiQui!:. 347
on n'a rien ;i avaler. Il est vrai, ajoute-t-il, qu'excep-
tionnellement certaines personnes peuvent exécuter
dix à douze mouvements de déglutition consécutifs,
à la suite desquels surviennent des mouvements
péristaltiques de l'œsophage; mais généralement cela
n'est guère possible, et, pour que la déglutition se fasse,
il faut toujours un objet à déglutir.
Partant de là, JMosso divise ses expériences en trois
séries : dans la première, il étudie le mécanisme des
contractions musculaires de l'œsophage dans leur rap-
port avec l'innervation de cet organe ; dans la seconde,
il s'occupe de l'excitabililé de l'œsophage, et dans la
dernière, des ujouvements partiels qui surviennent dans
l'œsophage isolé.
Parlons d'abord des procédés d'expérimentation aux-
quels l'auteur a eu recours. Pour déterminer la déglu-
tition, il emploie plusieurs moyens : il remplit d'eau la
bouche de l'animal ou bien lui en injecte par les
narines; il comprime la région hyoïdienne; enfin il
dénude le laryngé supérieur et en excite le bout central.
Chaque excitation de ce nerf, lorsque le courant d'in-
duction employé pour la produire est suffisant, déter-
mine des mouvements de déglutition qui se propagent à
tout l'œsophage.
Pour étudier ces mouvements, au lieu de faire une
large plaie et de dénuder l'organe sur une grande
longueur, Mosso se sert d'une boule en forme d'olive
fixée à une tige méhiUique et analogue aux sondes à
olive qui servent aux chirurgiens à pratiquer le cathé-
térisme. Cette boule, introduite dans l'œsophage par
348 OESOPHAGE.
une l>outonnière faite à ce conduit au niveau du larynx,
peut Hve placée à différentes hauteurs.
Afin de faciliter l'opération et de la rendre moins
douloureuse, les animaux en expérience sont insensibi-
lisés par différentes substances : le bromure de i)Otas-
sium, l'étlier et surtout la morphine. Nous devrons tenir
compte de cette circonstance, lorsque nous ferons la
critique des conclusions de Mosso. J.es chiens sur les-
quels ces expériences ont été faites n'étaient pas en
effet des chiens physiologiques, si je puis m'exprimer
ainsi ; ils étaient profondément modifiés par l'action de
la morphine.
La boule étant introduite dans l'œsophage, elle est
immédiatement entraînée par des mouvements périslal-
tiques jusque dans l'estomac. Si on la retient quelques
secondes par sa tige métallique et qu'ensuite on l'aban-
donne, elle est de nouveau entraînée. Lorsque l'on essaye
de la retii-er, on éprouve en certains points des résis-
tances considérables, si bien que, dans quelques cas, il
faut attendre un peu de temps pour franchir ces sortes
de rétrécissements spasmodiques.
Si la boule est maintenue pendant quelques minutes
en un point de l'œsophage, celui-ci s'habitue à l'excita-
tion, et, quand on lâche la tige métallique, la boule
reste immobile; c'est alors que l'on peut commencera
expérimenter. Le pharynx étant excité par l'un des pro-
cédés mentionnés plus haut, il se produit un mouvement
de déglutition; celui ci continue dans l'œsophage et
entraîne la boule dans l'estomac.
Mosso a répété également les expériences de Wild
HISTOHIQUE. 349
par la section transversale de l'œsophage, et il a obtenu
un résultat inverse. Il divise incomplètement l'œsophage
avec un couteau; les mouvements se continuent par-
dessus la plaie. Il divise ensuite complètement l'œso-
phage, et, excitant le pharynx, il constate que les
mouvements péristaltiques se produisent encore dans
toute l'étendue de cet organe, comme s'il n'était pas
sectioimé.
Pour étudier plus en détail ce résultat inattendu,
Mosso complique son outillage expérimental de la façon
suivante : Prenant un tube de bois du diamètre de
2 centimètres environ, il y passe la tige de son olive,
qu'il loge elle-même dans la partie inférieure du tube
évidéeà cet effet. 11 introduit alors ce tube dans l'œso-
phage, auquel il le fixe par une ligature, ce qui lui permet
de continuer à observer les mouvements de l'olive dans
une partie inférieure du conduit.
Les résultats observés par Mosso l'amènent à se dé-
clarer contre l'hypothèse de Volkmann. En effet, si l'on
peut non seulement sectionner l'œsophage, mais encore
en réséquer des portions considérables (et dans un cas
Mosso en a retranché jusqu'à 6 centimètres) sans em-
pêcher la transmission des mouvements, il faut en con-
clure que cette transmission ne se fait pas de proche en
proche. Dès lors il faut en chercher la clef ailleurs. Mosso
la trouve dans le système nerveux central. Pour lui, le
mouvement de l'œsophage est « un mouvement réflexe
» qui reconnaît pour cause essentielle une irritation
» mécanique du pharynx. Cette irritation se transmet
» par l'intermédiaire des nerfs sensitifs à un centre de
350 OESOPHAGE.
» réflexion situé clans la moelle allongée, centre d'où
» partent une série d'excitations qui produisent une série
» coordonnée de mouvements dans l'œsophage. La di-
» rection constante de ces mouvements fait supposer
» l'existence d'un mécanisme qui, pour une irritation
» donnée, excite d'abord les nerfs de la partie supérieure
» et ensuite seulementceux de la partie inférieure.»
On voit que cette conclusion ne diffère pas beaucoup
de celle de Wild. L'un et l'autredecesdeux expérimen-
tateurs font jouer au système nerveux central un rôle
important dans la production des mouvements péristal-
tiques de l'œsophage.
A la fin de celte première partie de son travail, Mosso
rapporte une expérience ingénieuse. 11 a attaché à la tige
métallique de l'olive introduite dans l'œsophage un fil
passant sur une poulie et supportant de l'autre côté un
plateau horizontal. A l'aide de cette disposition, il a pu
constater que pendant quelques minutes l'œsophage
du chien pouvait soutenir, en se contractant, un poids de
450 grammes.
Dans la seconde partie de son mémoire, Mosso étudie
réxcitabililé du muscle œsophagien. Il emploie à
cet effet une petite vessie en caoutchouc mince uu'il
introduit dans l'œsophage. Cette vessie est reliée
par un tube en caoutchouc à un manomètre dans
la longue branche duquel est engagé un flotteur
surmonté d'une tige en verre et d'une plume qui
peut tracer les oscillations du niveau sur un cylindre
enregistreur. La boule étant maintenue immobile dans
l'œsophage jusqu'à ce que celui-ci ait cessé ses mouve-
HlSrORIQUE. 351
ments péristaltiques, on excite le piieuniogaslrique par
des ruptures d'un courant induit faites à intervalles
égaux, comme dans les expériences de Bowditch sur la
pointe diî cœur (voy. p. 59). On remarque alors un
phénomène analogue à celui que Bowditch a désigné
sous le nom de phénomène de l'escalier. Le courant
étant toujours de la même intensité, la seconde secousse
a une amplitude plus grande (jue la première, la troi-
sième est encore plus haute; puis, au bout de deux à dix
secousses, toutes les subséipientes ont constamment la
même amplitude.
Dans la troisième partie de son mémoire, l'auteur
étudie les contractions partielles de l'œsophage. Dans ce
but, il l'enlève complètement du corps, le lie àses extré-
mités après l'avoir insufflé modérément et le suspend
dans unechaiidire humide. Chez le chien, l'œsophage
présente des mouv(3ments partiels et non coordonnés
pendant deux heures. Chez le chat, et bien qu'on fût au
commencement de l'été, ces mouvements, étudiés de la
même façon, continuèrent pendant trente-deux heures.
Ils consistaient en des contractions des rd:)res longitudi-
nales qui élevaient l'œsophage, ou en des étranglements
survenant en divers points, ou enfin en mouvements de
torsion, de flexion, de va-et-vient, causés par des con-
tractions d'une partie seulement des faisceaux lon-
gitudinaux.
Les travaux de Volkmann, de Wild et de Mosso sont
les seuls que je connaisse sur le sujet qui m'occupe en ce
moment. Si j'essaye de faire le bilan de ce ({u'ils nous
apprennent sur le mécanisme des mouvements de Tœso-
352 OESOPHAGE.
pliage, je dois avouer que le paradoxe dont je vous par-
lais au début de cette leçon subsiste tout entier.
Le pneumogastrique est bien le nerf moteur de l'œso-
phage, puisque, lorsqu'il est coupé, les mouvements
péristaltiques s'arrêtent. La théorie de Volkmann n'est
donc pas fondée. Quant à la théorie de Wild et de
Mosso, que j'appellerais volontiers la théorie du clavier,
a priori elle me paraît bien extraordinaire. Une dispo-
sition de ce genre serait tout à fait exceptionnelle. Nous
voyons en effet que les organes de la vie organique pos-
sèdent généralement en eux-mêmes les centres nerveux
qui déterminent leurs mouvements. C'est ainsi que le
cœur contient son centre moteur. Le syslème nerveux
central paraît avoir pour rôle unique de modifier et de
diriger ces mouvements pour les mettre en harmonie
avec les besoins de l'organisme. Aussi ne comprendrais-
je que difficilement qu'il existât dans le système nerveux
central un mécanisme qui agirait successivement sur les
différentes libres de l'œsophage et les ferait contracter
dans l'ordre voulu pour exécuter le mouvement péristal-
tique de la déglutition.
VINGT-DEUXIÈME LEÇON
(il mars 1878)
nosogtliage.
Stniclure de l'œsophage. — Méthodes à employer pour l'étudier. — Exten-
sion de l'œsopliage à plat avec des épingles : ses inconvénients. — Dis-
tension de l'œsophage par un liquide durcissant. Coupes transversales
et longitudinales.
Épithéliuni. Ses différentes couches. Il n'a pas découche superficielle cornée,
comme l'épiderme. — Papilles. — Tissu conjonctif. Fibres musculaires
lisses de la muqueuse. — Glandes à mucus. — Tunique musculaire pro-
prement dite : Elle est composée, chez l'homme, de fibres striées dans la
partie supérieure, de fibres lisses dans la partie inférieure de l'œsophage,
bissociation des fibres musculaires lisses après l'action du liquide de Millier.
Œsophage du chien. — Faisceaux de fibres lisses et faisceaux musculaires
striés. — Le faisceau primitif strié n'est pas l'analogue du faisceau de fibres
lisses ; il correspond à la fibre-cellule.
Œsophage du chat. — Plis qu'il présente à son extrémité inférieure. — Le
segment inférieur de cet organe est constitué uniquement pai' des fibres
lisses. — Le cardia est formé par un renforcement delà couche musculaire
annulaire. — Les plis de l'œsophage sont dus à des saillies papillaires.
Œsophage du lapin. — Sa tunique musculaire est composée d'une couche de
fibres annulaires comprise entre deux couches de fibres longitudinales.
— Ses fibres striées sont analogues à celles des muscles blancs.
Terminaisons nerveuses dans le muscle œsophagien. — Méthode de l'or. —
Procédé du jus de citron. Détails de son application. Succès ([u'il donne
pour la cornée.
Les muscles de l'œsophage sont munis d'éminences terminales analogues à
celles des muscles striés ordinaires. Richesse de leur distribution, corres-
pondant aux mouvements compliqués de l'œsophage.
Messieurs,
Avant d'aborder la critique des théories physiolo-
giques sur les mouvements de l'œsophage, nous devons
RANVIER. — Anat. générale. i. — 23
354 OESOPHAGE
étudier les rapports du système nerveux avec la tunique
musculaire de cet organe. Pour cela, il nous est indis-
pensable tout d'abord de connaître la structure et la
disposition de cette tunique chez les différents animaux
qui serviront à nos recherches. Les coupes longitudinales
et transversales de l'œsophage nous donneront aisément
une première connaissance de celte structure.
Nousconstateronsainsi laquantité relative des fibres qui
forment les différents plans musculaires et les directions
qu'elles y affectent. Mais il importe, pour cela, de ne pas
soumettre le tissu à des manipulations qui déplacent ces
fibres les unespar rapport aux autres. C'est une précaution
à prendre chaque fois que l'on a des coupes à exécuter
dans un tissu ; mais la chose est surtout importante ici.
On peut avoir recours à deux méthodes pour durcir
l'œsophage sans en déranger les éléments. La première
et la plus simple consiste à tendre régulièrement et à
maintenir tendu à l'aide d'épingles, sur une lame de
liège, un fragment d'œsophage, avant de le plonger
dans le liquide durcissant. Mais l'opération, pour être
bien faite, demande du temps et des soins; et elle
entraîne forcément avec elle une cause d'erreur. La
membrane est plus fortement tendue aux points d'at-
tache des épingles que dans les points intermédiaires;
les faisceaux musculaires prennent par suite une direc-
tion différente de celle qu'ils ont à l'état normal, et la
coupe ne permet plus de constater celle-ci avec une pré-
cision suffisante.
il est préférable de limiter entre deux ligatures et
de remplir du liquide durcissant un segment de l'organe.
DE l'hommi!:. 355
On peut préparer ainsi l'œsophage du la[)iii lont enliei'.
Après l'avoir dégagé à ses deux exlrémilés, on pose une
première ligature à sa partie inférieure, dans le voisi-
nage du cardia, et on lie son bout supérieur sur une
grosse canule, introduite dans son intérieur. On injecte
le liquide durcissant, on lie de nouveau au-dessous de
la canule- et on transporte l'organe dans un l)ain du
môme iiipiide. Il est clair qu'on n'a ainsi nullement mo-
difié la direction des fibres musculaires. Le procédé
n'est cependant pas lui-même absolument exempt de
toute cause d'erreur, et nous aurons plus tard à en
signaler une.
Le diuTissement s'obtient à l'aide de différents réac-
tifs, mais celui qui convient par excellence quand on
veut faire des coupes d'ensemble d'un organe, c'est
l'alcool. Un séjour de vingt-quatre heures dans l'alcool
absolu donne une consistance trèssuffisanteà l'œsophage.
Si cependant on se propose d'obtenir des coupes très
minces, il est bon de compléter le durcissement par la
gomme et l'alcool. Je n'ai pas à m'arrôter sur le détail
de ce procédé que vous connaissez tous.
11 faut faire des coupes transversales et longitudinales,
et il importe de parfaitement orienter les unes et les
autres. Des coupes obliques, en effet, ne donneraient pas
la solution du problème que nous cherchons : la direction
desfibresdanslesdifférentsplans musculaires. Les coupes
seront colorées à l'hématoxyline ou mieux au picro-car-
minate d'ammoniaque, et dans ce cas elles seront conser-
vées dans de la glycérine additionnée d'acide formique.
356 OESOPHAGH
Examinons d'abord des coupes transversales de
rœsophao:e de l'homme, faites à 1 ou 2 centimètres
au-dessus du cardia.
L'épithélium étant le même dans toute la longueur
du lube œsophagien, nous allons le décrire une fois
pour toutes. Il est semblable à celui du pharynx. C'est
un épithélium pavimenteux stratifié comme l'épiderme
extérieur, mais entièrement dépourvu de couche cor-
née. Ses couches, superficielles sont formées de cellules
aplaties et munies de noyaux; or, vous le savez, dans
lescehules de la couche cornée de l'épiderme les noyaux
ont disparu.
L'œsophage de l'homme est pourvu de papilles peu
prononcées, qui se montrent déjà chez l'enfant, s'accu-
sent plus tard et peuvent môme arriver à un grand
développement chez les vieillards. Leur accroisse-
ment prend quelquefois des proportions considérables.
M. Auguste Ollivier, médecin des hôpitaux, a soumis
à notre examen, ces dernières années, un grand
nombre de pièces dans lesquelles l'épithélium œsopha-
gien, épaissi, formait de véritaljles verrues, parfai-
tement semblables à celles que l'on rencontre sur la
peau des mains, par exemple. C'est là un cas d'hyper-
trophie qui mérite à peine le nom de pathologique, et
que je signale en passant aux personnes qu'il peut inté-
resser.
Dans la couche sous-jacente à l'épithélium, le tissu
conjonctif ne se montre pas différent de ce qu'il est dans
les autres muqueuses. Je ne m'arrêterai pas davantage
sur .sa structure; mais je dois vous donner quelques rensei-
Dii l'homme. 357
ornements sur les libres musculaires lisses à direction
longitudinale qu'il contient dans son intérieur Sip^na lées
d'abord par Brïicke, leur existence a été ensuite con-
firmée par tous les autres auteurs. Elles ne forment pas
à proprement parler une couche continue, mais de
petits faisceaux isolés les uns des autres. Vers la partie
inférieure de l'œsophage seulement, ces faisceaux se
montrent plus nombreux et se rapprochent au point de
former une couche complète.
C'est au-dessous de ce plan musculaire que se trou-
vent les glandes muqueuses. Leur canal excréteur, qui
s'ouvre à la surface de l'épithélium, pénètre dans la
profondeur, se divise et se subdivise pour aboutir enfin
à une série de culs-de-sac glandulaires. Ces culs-de-sac
sont remplis de cellules caliciformes disposées sur un
seul rang et sécrètent le mucus qui lubrifie l'intérieur
du canal œsophagien et facilite ainsi le glissement du
bol alimentaire.
La tunique musculaire proprement dite forme la
troisième couche de l'œsophage. Elle est elle-même
composée de deux couches, une exlùrne à fibres longi-
tudinales et une interne à fibres circulaires. Les libres
de la couche externe ne sont pas rigoureusement
parallèles à l'axe de l'œsophage, elles lui sont plus ou
moins obliques, ainsi que Wild l'avait déjà reconnu
chez le chien. Dans la partie supérieure de l'œsophage,
ces fibres sont striées; mais, dans sa région inférieure,
elles sont remplacées peu à peu par des fibres lisses.
En ce point, les deux couches musculaires se mon-
trent plus nettement distinctes l'une de l'autre, et la
,S58 OKSOPIIAGli
direction des fibres longitudinales est alors parfai-
tement parallèle à l'axe de l'œsophage. Il en est ainsi,
du moins, chez Thomme et chez le chat. Les deux
espèces défibres se mélangent, comme vous savez, chez
le lapin et chez le chien, où l'on i encontre des fibres
striées jusqu'au voisinage du cardia.
Chez l'homme, vingt-quatre heures après la mort,
les fibres musculaires lisses de la région inférieure de
l'œsophage ont déjà subi des modifications cadavéri-
ques considérables, sous l'influence de la diffusion des
sucs contenus dans l'estomac. Pour étudier ces fibres
tout à lait normales, il convient donc de s'adresser aux
animaux dont l'œsophage peut être recueilli immédia-
tement après la mort.
Le procédé par lequel Kolliker a réussi à décomposer
le tissu musculaire lisse en ses éléments constituants,
les fibres-cellules, consiste à laisser macérer des frag-
ments de ce tissu pendant douze à vingt-quatre heures
dans de l'acide azotique à 20 pour iOO. Il donne de bons
résultats. Mais une méthode que j'ai indiquée ailleurs
me paraît préférable : on laisse séjourner le tissu pen-
dant vingt-quatre heures dans le liquide de iMùller, puis
un temps égal dans de l'eau distillée. La dissociation avec
les aiguilles se fait alors avec facilité.
Je soumetsà votre examen une préparation des fibres
musculaires lisses de l'œsophage de l'homme, faite par
ce procédé.
La première chose qui vous frappera dans celte pré-
paration, c'est lagrande longueur des fibres-cellules. Vous
serez surpris aussi de voir combien leurslructure répond
' DU CHIEN. 859
peu aux descriptions classiques. C'est la conséquence de
l'altération cadavérique, beaucoup plus rapide et plus
intense dans la région ([ue nous étudions, ([ue partout
ailleurs. Après la mort, en eiïet, le cardia se relâche, et
les liquides de l'estomac remontent dans lœsophage.
Ils digèrent en partie les cellules musculaires. C'est
pour cela que la substance qui les compose est frag-
mentée et constitue dans leur intérieur des blocs de
volume et de forme variés. Ces blocs sont réfringents
et se colorent plus fortement par le carmin que les
parties intermédiaires.
Chez le chien, l'épithélium œsophagien est plus
mince que chez l'homme, et les papilles de la muqueuse
sont rares et rudimentaires. Cette membrane contient,
comme chez l'homme, une couche de fibres lisses à
direction longitudinale, et des glandes muqueuses,
volumineuses et abondantes. Les acini sont logés entre
la couche musculaire de la muqueuse et la tunique
musculaire proprement dite; dans certaines régions,
ils sont si rapprochés les uns des autres qu'ils forment
une couche continue, conmie l'indique KoUiker.
Pour ce qui concerne la musculeuse, il n'y a rien à
ajouter à la description de ^Vild. Les fibres musculaires
y sont disposées en sautoir, de telle sorte qu'une coupe
transversale les rencontre toujours obliquement et les
atteint sous différents angles. Il en est ainsi, du moins,
pour les portions supérieures de l'œsophage.
Les coupes transversales, au voisinage du cardia,
montrent dans la couche lons;itudinale un mélange
intime des fibres musculaires striées et des fibres
360 OblSOPHAGE
lisses. A coté de la section d'un faisceau strié, vous
observerez des faisceaux de fibres lisses coupés en tra-
vers. Les libres musculaires striées s'accusent par le
dessin spécial de leur substance musculaire (champs de
Cohnheim) et par l'existence de noyaux marginaux
placés sous le sarcolemme. La section des faisceaux de
fibres musculaires lisses montre une série de champs
dont chacun correspond à une cellule musculaire. Quel-
ques-uns de ces champs présentent dans leur milieu la
coupe d'un noyau; ce fait seul suffit à faire distinguer
les faisceaux de fibres lisses des faisceaux striés.
A un examen superficiel, on serait tenté de considt'rer
les faisceaux de fibres lisses que l'on remarque dans ces
coupes transversales comme correspondant aux fais-
ceaux primitifs des muscles striés. Ils ont à peu près les
mêmes diamètres, et les uns et les autres paraissent
constitués par des groupes d'éléments plus petits : les
cylindres primitifs d'une part, les cellules musculaires
d'autre part.
Cette analogie n'est qu'apparente. En effet, bien qu'il
puisse être décomposé en un certain nombre de cylin-
dres primitifs, le faisceau strié ne correspond cependant
qu'à une seule cellule, cellule à noyaux multiples
bien limitée par sa membrane d'enveloppe, le sarco-
lemme.
Les fibres musculaires lisses, au contraire, correspon-
dent chacune à une cellule, et par conséquent les fais-
ceaux qu'elles constituent sont en réalité composés
d'une grande quantité d'individualités cellulaires.
Je dois vous dire à présent quelques mots de l'œso-
DU CHAT. 361
pliage du chat. Sa muqueuse ne présente rien de parti-
culier, si ce n'est dans son quart inférieur où elle est
silioiHiée par des plis transversaux très accusés, que l'on
ne retrouve ni chez le chien, nichez le lapin, ni chez
l'homme. Ces plis ne doivent pas leur origine à une con-
traction accidentelle des fibres longitudinales; car, si
l'on ouvre l'œsophage, on peut le tendre complète-
ment dans sa longueur sans les effacer. Nous verrons,
en étudiant des coupes longitudinales, qu'ils sont dus
à une disposition papillaire, comme les crêtes de la
paume des mains et de la face palmaire des doigts.
La musculeuse, non plus, ne présente rien de particu-
lier dans sa partie cervicale et dans la première moitié de
son parcours thoracique. Mais, au delà, comme chez
l'homme, elle est exclusivement composée de fibres
lisses. C'est là un point important ii noter. Cette struc-
ture, en effet, nous permettra de faire, chez le chat,
des expériences qui n'étaient pas possibles chez. le chien
ou chez le lapin, et d'apprécier ainsi le rôle qui incombe
spécialement à chacune des deux espèces d'éléments
contractiles dans la déo-lutilion.
i.es deux couches que forment les fibres lisses dans la
partie inférieure de l'œsophage du chat sont parfaitement
accusées, et leur direction est absolument longitudinale
dans l'une et transversale dans l'autre. Au niveau du
cardia, la couche des fibres annulaires prend une épais-
seur considérable et constitue un véiitable sphincter.
Nous devons connaître la structure de ce sphincter, dont
le rôle important sera mis en lumière par nos expé-
riences. Chez le chat, l'anneau du cardia est exclu-
S&l OCSOPHAGI-:
sivenient composé de fibres lisses et peut ôlre envisagé
comme un épaississement de la couche annulaire de
la musculeuse œsophagienne. Les faisceaux qui le
composent, comme ceux de la couche à fibres lon-
gitudinales, vont se perdre dans les tuniques corres-
pondantes de l'estomac. Il en résulte que la muscu-
leuse œsophagienne, dans la portion oi!i elle ne contient
que des fibres lisses, peut être considérée comme la
continuation de la musculeuse stomacale. Chez le
chien et le lapin, oi^i la portion inférieure de l'œso-
phage est formée de fibres striées et de fibres lisses,
on doit la regarder comme résultant de la combi-
naison des tuniques musculaires de l'estomac et de
l'œsophage.
Lorsque l'estomac et l'œsophage ont été ouverts par
une section longitudinale, ils se montrent séparés du
côté de la muqueuse par un rebord net et festonné.
Leur limite est du reste facilement reconnaissable :
l'œsophage apparaissant comme vernissé à sa surface,
gràoeàl'épithéliuin stratifié qui le recouvre, et l'estomac
ayant un aspect tout différent, dû à ses plis revêtus
d'épithélium caliciforme.
Une coupe longitudinale de l'œsophage du chat va
nous permettre d'apprécier du même coup la structure
de ses plis transversaux et le rapport de ses deux cou-
ches musculaires.
Vous reconnaîtrez aisément que les plis sont bien cer-
tainement dus à des saillies papillaires; ils sont formés
|)ar des excroissances du chorion muqueux, émettant
elles-mêmes des papilles secondaires, et revêtues d'un
DU LAPIN. 303
épithélium épais. Âu-dessoiis de ces plis, et sans pren-
dre part à lenr formation, s'étend la couche de fibres
musculaires lisses de la muqueuse. Au niveau du cardia
se trouve une dernière rangée de papilles, sur laipielle
répithélium pavimenteux de l'œsophage fait place à l'é-
pithélium stomacal formé d'une seule couche de cellules
caliciformes. I.alignede démarcation est très nette. C'est
au même point aussi qu'apparaissent du côlé de l'es-
toniac les glandes à pepsine. 11 était nécessaire que le
sphincter du cardia interrompît complètement la com-
mnnication entre l'estomac et l'œsophage, et empêchât
le suc gastrique de remonter dans celui-ci; sans cette
disposition, la muqueuse œsophagienne, qui n'est pas,
couMiie l'estomac, protégée ()ar un revêtement de cel-
lules caliciformes, eût été attaquée par les sucs digestifs.
Chez le lapin, comme Klein l'a indiqué, la tunique
musculaire de l'œsophage présente trois couches : une
à fibres annulaires, comprise entre deux autres à fibres
longitudinales. Cet animal convient admirablement pour
l'étude de la distribution et de la terminaison des nerfs
dans la musculature de l'œsophage, à cause de la min-
ceur que présente chez lui la paroi de cet organe. Nous
allons l'examiner à l'aide de méthodes variées. Nous
commencerons par en fixer les éléments au moyen de
l'acide osmi(|ue. Voici comment on opère :
On enlève l'œsophage à un lapin fraîchement tué et
on le remplit du mélange à parties égales d'alcool et
d'acide osinique; puis, quand il est gonflé, on le plonge
dans nn tube bouché contenant une i)etite quantité du
même mélange. 11 suffit de diiiw à trois minutes pour
364 OESOPHAGE
fixer les tissus. L'organe est alors ouverl, lavé à l'eau
distillée el divisé en fragments qui vont servir à nos
préparations.
Commençons par en faire des coupes microscopi(jues.
Le durcissement est complété par la gomme et, l'alcool,
et les coupes sont faites d'abord dans le sens transversal.
Je ne connais pas d'organe plus favorable que l'œso-
phage du lapin pour l'étude des fibres musculaires
striées en coupes transversales ou longitudinales. Vous
en jugerez par les préparations qui seront mises sous vos
yeux et qui me paraissent tout à fait démonstratives.
Dès la partie moyenne de l'œsophage, on commence
à distinsiuer les trois couches de la musculeuse.
Vous serez sûrement frappés de la différence consi-
dérable que présentent dans leur diamètre les fibres an-
nulaires delà couche médiane, vues en longueur dans
la préparation (fig. 68) , et les fibres coupées en travers
des deux autres couches. Les premières sont de beau-
coup moins larges; mais cette différence doit être attri-
buée au procédé dont nous avons fait usage pour fixer les
tissus. Quand nous avons gonflé l'œsophage par l'injec-
tion, ses fibres annulaires seules ont été distendues, et
les fibres longitudinales sont librement revenues sur
elles-mêmes. Il n'est donc pas étonnant de trouver ces
dernières beaucoup plus épaisses que les autres, qui se
sont allongées aux dépens de leur diamètre transversal.
Les champs de Cohnheim se montrent avec une admi-
rable netteté sur les fibres coupées transversalement.
La préparation qui se trouve placée sous l'un de ces
microscopes, et dont voici le dessin (fig. 68), fournit à
DU L AVI IV.
365
peu près toutes les notions (jue l'on peut acquérir sur la
structure des fibres musculaires, à l'aide de sections
transversales ou longitudinales.
'^^
l!5?K
^'(^KilMISII
ABUi
l'iG. 08. — Coupo transversale <li' l;i liiniiinc iiiusculairc de l'œsopliaye ilii lapin. —
a, couche de fibres longitudinales; b, courlie de fibres transversales; c, coiiclic de
libres longitudinales doublant intérienrenuTnt la conclie de fibres annulaires et luoii-
traiit très nettement les champs de Cohnhcim.
On peut aussi, avec l'œsophage du lapin distendu et
iixé par le mélange d'acide osmique et d'alcool, faire
des préparations de fibres musculaires isolées. Il suffit
pour cela de dissocier avec les aiguilles un fragment de
cet organe. On colore au picrocarminate d'ammoniaque,
on lave à l'eau distillée, et l'on fait agir ensuite l'acide
formique concentré. Nous savons qu'après l'action de
l'acide osmique l'emploi de ce réactif ne modifie plus
aulant les fibres musculaires.
Vous verrez tout à l'heure une préparation obtenue de
366 OESOPIIAGF.
hi .sorte. Elle vous permettra de constater, et c'est un
point sur lequel j'insiste avec intenlion, que les fais-
ceaux primitifs de l'œsophage du lapin ont la structure
des faisceaux des muscles blancs du môme animal. Vous
savez que les faisceaux primitifs des muscles rouges dif-
fèrent de ceux des muscles blancs, surtout par l'abon-
dance de leurs noyaux, qui sont logés dans de petites
excavations formées par l'écartement des cylindres
primitifs. Vous verrez qu'ici les noyaux ne sont pas
plus nombreux que dans un muscle blanc quelconque,
et qu'ils font saillie à l'extérieur, sous le sarcolemme.
Le muscle œsophagien est donc semblable aux muscles
(lu tronc et des membres.
Nous voici arrivés à l'étude des terminaisons ner-
veuses.
Les notions que nous avons déjà acquises sur les ter-
minaisons des nerfs dans les muscles de la vie animale
nous font prévoir, a priori, que les fibres musculaires
striées de l'œsophage sont munies d'éminences et d'ar-
borisations terminales, de plaques motrices, en un mot.
Mais ce n'est là qu'une hypothèse, et il est indispensable
de la vérifier.
On peut appliquera l'œsophage tous les procédés dont
on se sert pour mettre en évidence les terminaisons ner-
veuses dans les muscles de la vie animale. Mais la mé-
thode de l'or est celle qui donne les meilleurs résultats.
Lespréparations qu'elle fournil sont en effet parfaitement
nettes etdémonstratives. Seulement, comme à l'aide des
MÉTHODK DE l'oR. 'U)7
procédés anciens, ceux de Colinheini, d'Hénociiue, de
Lœwit, etc., je ne réussissais que bien rarement ;i
obtenir une imprégnation convenable, j'en ai ima-
giné un autre dont je vais vous faire part aujour-
d'hui.
Ce procédé, je l'ai d'abord essayé sur la cornée; car,
vous le savez, c'est à cette membrane que Cohnheim
a appliqué pour la première fois la méthode de l'or, et
elle constitue encore aujourd'hui le meilleur objet pour
déterminer la valeur relative des différents procédés
suivant lesquels on peut employer cette méthode.
Pour que le métal contenu dans le chlorure d'or se
réduise sur les nerfs, il est une condition indispensable
qui n'avait point échappé à Cohnheim. Il faut que les
tissus, avant d'être soumis à l'action du chlorure, aient
été d'abord placés dans un milieu acide, ou bien que la
solution d'or soit elle-même acidifiée. Or les acides que
l'on a employés jusqu'à présent (acide chlorhydri-
que, acide acétique, acide formique) déterminent dans
les fibres nerveuses les plus fines, celles que Ton se pro-
pose précisément de déceler par l'action de l'or, des
modifications plus ou moins profondes, qui en altèrent
la forme avant que le chlorure d'or vienne les atteindre.
J'ai cherché un liquide acide ayant une action moins
délétère que ceux qui avaient été employés jusqu'ici, et
je l'ai trouvé dans le jus de citron. Le jus de citron, en
effet, conserve pendant un temps assez long leur forme
à des éléments très délicats, les bâtonnets de la rétine,
par exemple. Il conserve même certaines propriétés
très passagères que possèdent ces éléments. C'est ainsi
368 OESOPHAGli.
que la coloration rouge de la rétine, découverte par Boll,
persiste dans le jus de citron.
La cornée d'un lapin tout à tait fraîche, mise pendant
cinq minutes dans le jus de citron, lavée rapidement à
i'eau distillée, portée ensuite dans une solution de chlo-
rure d'or à i pour 100, où on la laisse pendant vingt-
cinq minutes, puis lavée dans l'eau distillée et conservée
pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures dans de
Teau légèrement acidifiée par de l'acide acétique, montre
ensuite, sur des préparations convenablement faites, et
cela d'une façon à peu près constante, tous les détails
compliqués de son appareil nerveux.
C'est ce procédé que j'ai appliqué à l'étude des ter-
minaisons nerveuses dans l'œsophage, en le combinant
avec celui deLœwit.
Les fragments de l'œsophage, après être restés cinq
minutes dans le jus de citron, ont été i)lacés dans une
solution de chlorure d'or à i pour 100, et, après y avoir
séjourné vingt-ciu'q minutes, ils ont été lavés à l'eau
distillée, puis conservés pendant vingt-quatre heures à
l'abri delà lumière du jour, dans une solution d'acide
formique au quart. La réduction de l'or étant alors com-
plète, ils ont été lavés de nouveau ; puis, en me servant
de la pince, des aiguilles et des ciseaux, j'ai séparé des
fragments de la tunique musculaire que j'ai montés en
préparations persistantes dans la glycérine.
En les examinant, vous aurez été sûrement frappés
de la beauté et du nombre des terminaisons nerveuses
qu'ils renferment (fig. 69).
Je ne connais aucun muscle, à l'exception des cœurs
TERMINAISONS NERVEUSES. 369
lymphatiques des reptiles, où les éminences terminales
se montrent aussi nombreuses que dans le muscle œso-
phagien. C'est là un fait à noter, car il est en rapport
avec le rôle important et compliqué que joue le système
nerveux dans les contractions périslalliques de l'œso-
phage.
FiG. 69. — Arborisations terminales de l'œsophage du lapin. — n, nerf entouré de sa
gaine de Honlo; (/.bifurcation de ce nerf; a, arborisation terminale vue de face; a',
arborisation terminale vue de profil.
L'étendue de ces éminences est ^à remarquer aussi.
Elles sont comparables, sous ce rapport, à celles qui
se voient dans les muscles des membres ou dans les
muscles spinaux des lézards, du lézard vert, parexemple.
Quant à la netteté des arborisations terminales qu'elles
contiennent, elle est due au procédé que nous avons
employé.
Ces arborisations ne se montrent pas toutes orientées
de la même façon, comme cela a lieu dans la plupart
des muscles. Il y en a, dans une même préparation, qui
RANViER. — Anat. générale.
r. — "24
370 OESOPHAGE.
se présentent de face, d'autres de trois quarts, d'autres
de profil. Elles affectent, en un mot, toutes les direc-
tions.
Enfin les tubes nerveux conservent leur myéline jus-
qu'au niveau des arborisations terminales.
VINGT-TROISIEME LEÇON
(19 mars 1878)
Œsophage.
Terminaisons nerveuses dans le muscle œsophagien (suite). — Les noyaux
des éminences correspondent aux diverses espèces de noyaux que l'on
connaît dans les éminences des muscles des membres.
Le grand nombre des éminences terminales permet de supposer que chaque
faisceau primitif reçoit des terminaisons nerveuses venant des deux pneu-
mogastriques.
Ganglions nerveux de l'œsopliage. — Analogies et différences qu'ils présen-
tent avec les ganglions du plexus d'Auerbach dans l'intestin. — Modes
d'union des fibres nerveuses avec les ganglions. — Toutes les fibres nerveuses
sont en rapport avec un ganglion avant de se rendre à une éminence ner-
veuse terminale. — Analogie de cette disposition avec les tubes nerveux
en T des ganglions spinaux.
Physiologie du muscle œsophagien. — Comparaison du mode de contraction
des muscles blancs, des muscles rouges, du muscle cardiaque et du muscle
de l'œsophage chez le lapin. Étude des contractions de l'œsophage isolé
sous l'influence des courants d'induction. Procédé opératoire. Les inter-
ruptions isolées déterminent des contractions dont l'amplitude est en
rapport avec leur intensité. Un courant tétanisant détermine une courbe
de contraction générale sur laquelle vient s'inscrire le rythme du amscle
œsophagien.
Messieurs,
Nous traitions, à la fin de la dernière leçon, des ter-
minaisons nerveuses dans les faisceaux striés de la
tunique musculaire de l'œsophage.
Vous avez vu que les tubes nerveux provenant des
37^ OESOPHAGE.
pneumogastriques s'y terminent par des éminences en
tout semblables à celles qui existent dans les muscles
striés du tronc et des membres.
Nous n'avons pas encore observé les noyaux de ces
éminences; mais nous allons le faire aisément de la
façon suivante. Un petit segment de l'œsophage du
lapin est injecté du mélange d'alcool et d'acide osmique,
et plongé dans une certaine quantité du même liquide.
Un bain de quelques minutes suffit à fixer les éléments
musculaires de cet organe à l'état d'extension. L'œso-
phage est ensuite ouvert dans l'eau. A l'aide des
pinces, des aiguilles et des ciseaux, on détache des frag-
ments de la tunique musculaire. Ceux-ci sont colorés
au picrocarminate d'anmioniaque, lavés, soumis quel-
ques instants à l'action de l'acide formique concentré,
et enfin conservés dans de la glycérine additionnée
d'acide formique. Les noyaux des éminences terminales
se montrent alors très nettement. Sur une préparation
ainsi obtenue que vous pourrez examiner à la fin de la
leçon, vous en dislinguerez facilement les différentes
espèces : noyaux vaginaux, noyaux de l'arborisation et
noyaux fondamentaux.
Ainsi, ces éminences sont identiques à celles des mus-
cles de la vie animale (1).
J'ai déjà insisté sur le nombre considérable de ces
éminences dans le muscle œsophagien.
Je vous ferai remarquer à ce propos qu'il serait bien
possible qu'un même faisceau primitif présentât plu-
(1) Voy. Leçons stir l'histologie du système nerveux, t. 11, p. 307.
TERMINAISONS NERVEUSES. 373
sieurs éininences terminales, ce qui aurait un grand
intérêt au point de vue de l'innervation de l'œsophage.
Nous concevons, en effet, que deux tubes nerveux pro-
venant l'un du pneumogastrique droit, l'autre du pneu-
mogastrique gauche, puissent donner des terminaisons
à un même faisceau musculaire, et c'est ainsi que s'éta-
blirait la synergie des deux nerfs. Pour les fibres longi-
tudinales, il est très possible aussi que des fibres des
deux nerfs arrivent à un même faisceau primitif. Vous
verrez, en effet, sur une préparation (je vous indiquerai
plus tard la méthode au moyen de laquelle je l'ai obte-
nue), qu'un même rameau nerveux peut avoir une
distribution très étendue et qu'il innerve l'œsophage
dans les trois quarts ou même dans la totalité de sa cir-
conférence. La disposition anatomique s'accorde donc
avec l'hypothèse physiologique que je vous ai in-
diquée. Pour en démontrer rexaclitiide il faudrait
faire des expériences et, si, par exemple, l'excitation
du pneumogastrique di'oit produit le même mouve-
ment de l'œsophage (|ue celle du pneumogastrique
gauche, nous devrons en conclure que chaque faisceau
primitif est innervé en môme temps par les deux
nerfs.
Un autre point que je dois signaler à votre attention
est celui-ci : nous rencontrons dans T'œsophage un
deuxième exemple d'un muscle de la vie organique
composé de faisceaux striés et muni d'éminences ner-
veuses terminales. Cela établit d'une manière incontes-
table que le mode de terminaison des nerfs dans un
muscle est en rapport avec la structure de ce muscle,
374 OESOPHAGE.
et non pas avec la fonction de son appareil nerveux
considérée d'une manière générale à la façon de Bichat,
dépendante ou indépendante de la volonté.
Si nous faisions une étude spéciale de l'œsophage,
nous aurions à traiter actuellement des terminaisons
nerveuses dans les fibres lisses de la muqueuse et de la
portion inférieure de la musculeuse œsophagienne. Mais
ces terminaisons sont identiques à celles qui s'observent
dans les fibres lisses des autres organes, et il n'y a pas
lieu de séparer leur étude de celle que nous ferons bientôt
des terminaisons des nerfs dans les fibres lisses en
général.
D'ailleurs nous n'en avons pas fini avec les terminai-
sons nerveuses dans les fibres striées de l'œsophage,
car l'examen que nous venons d'en faire soulève un
problème :
Les tubes nerveux, que nous avons vus se terminer
dans des éminences, viennent-ils en droite ligne du
pneumogastrique? Ou bien rencontrent-ils en route
quelques organes qui, combinant leur action avec celle
des centres nerveux, modifieraient d'une façon déter-
minable leur activité fonctionnelle?
Je ne discuterai pas l'origine réelle des tubes nerveux
qui se rendent aux éminences terminales. Ils viennent
des pneumogastriques. Cela est bien démontré, puisque
la section de ces nerfs détermine la paralysie de l'œso-
phage, et que l'excitation de leur segment périphérique
provoque la contraction de cet organe.
Je chercherai seulement la solution du problème que
je viens de poser. Dans ce but, l'étude préalable des
APPAREIL NERVKUX. 375
organes ganglionnaires répandus dans l'intérieur du
muscle œsophagien nous est indispensable.
Déjà, à propos de l'historique de la question qui nous
occupe, je vous ai donné quelques renseignements sur
ces ganglions, en vous rappelant que Remak avait
signalé l'existence de petits nodules ganglionnaires sur
les rameaux nerveux œsophagiens, et que le plexus
myentérique d'Auerbach se poursuit dans la tunique
musculaire de l'œsophage.
Il y a cependant des différences considérables entre le
plexus œsophagien et le plexus intestinal.
E.Vei^hOni.t'N :
FlG. 70. — Plexus invontcririiie do l'inlestiii grêle du la|iiii manifesté par le Irailement
au chlorure d'or. — n, nœud du.|ilexus: /, travée; m, maille du plexus.
Le plexus intestinal ne possède pas de fibres à myéline.
Dans le plexus œsophagien, au contraire, ces fibres sont
370 («SOPHAGE.
iioml)reuses. Les ganglions du plexus de l'œsophage sont
bien plus volumineux que ceux de l'intestin et leurs
Fie. 71. — Plexus nerveux de l'œsopliage du lapin, manifeste par la méthode de l'or.
— n n, filets nerveux afférents; {/, ganglions nerveux; /, tube nerveux à myéline lon-
geant un ganglion sans y pénétrer ; a, arborisation terminale.
cellules nerveuses beaucoup plus grandes. Le plexus
ganglionnaire de l'œsophage a des mailles beaucoup
plus étendues que celles du plexus intestinal.
APPARtlL NERVEUX. 377
De toutes ces différences, la plus iiiiportanle, la plus
frappante, c'est l'existence de tubes nerveux à myéline
dans le plexus œsophagien. Pour que vous puissiez bien
vous en rendre compte, j'ai fait disposer sous ces micros-
copes deux préparations, l'une du plexus myentérique
(fig. 70;, l'autre du plexus œsophagien (fig. 71). Toutes
deux proviennent d'un môme lapin et ont été faites
d'après le même procédé, celui que je vous ai indiqué
dans la dernière leçon et sur lequel je n'ai pas ta reve-
nir ici. Vous pourrez juger d'après elles de l'exactitude
de ma description.
Déplus, elles vous permettront devoir les rapports des
arborisations terminales, des tubes nerveux et des gan-
glions. Tantôt un tube à myéline traverse un ganglion,
continue son trajet au delà, se divise et se subdivise, tou-
jours au niveau des étranglements annulaires, et émet
enfin des branches qui vont se terminer dans les émi-
nences.
D'autres fois vous verrez se dégager d'un tilet nerveux
un tube nerveux à myéline isolé, qui longe simplement
un ganglion, et auquel arrive un filament nerveux sans
myéline provenant de ce ganglion. Ce n'est pas là le cas
le plus commun, mais c'est assurément le plus intéres-
sant de tous.
C'est toujours au niveau d'un étranglement annulaire
que le tube à myéline reçoit le filament nerveux gan-
glionnaire. L'anastomose se voit d'ordinaire très nette-
ment, le filament nerveux étant fortement coloré par
l'or ainsi que le tube à myéline. Du reste, ce n'est là
qu'un cas parlicuher d'une disposition très générale,
378 OESOPHAGE.
que j'ai , pour la première fois, rencontrée clans
les ganglions spinaux, et qui s'observe dans le sys-
tème nerveux périphérique, chaque fois qu'un tube à
myéline se trouve en rapport avec une cellule ganglion-
naire. Les ganglions spinaux émettent des fibres à
myéline qui vont s'aboucher avec les tubes à myéline
des racines sensitives de la moelle, rencontrant ces der-
nières au niveau d'un étranglement annulaire. Elles for-
ment ainsi la figure d'un T ; et c'est pour cela que j'ai
désigné sous le nom de tubes en T ces tubes nerveux
o-ansflionnaires.
C'est la même disposition que nous venons de ren-
contrer dans l'œsophage, avec cette importante dif-
férence cependant que les cellules ganglionnaires
œsophagiennes , multipolaires , émettent des fibres
sans myéline, tandis que les cellules des ganglions
spinaux sont unipolaires et émettent des fibres à
myéline.
Sur la préparation que j'ai soumise à votre observa-
tion, vous pourrez constater l'existence des deux dispo-
sitions que je vous ai signalées ; vous verrez des tubes
nerveux à myéline, soit traverser des ganglions, soit les
côtoyer et en recevoir des branches anastomotiques.
Mais il est impossible de déterminer si toutes les fibres
nerveuses destinées aux muscles œsophagiens se com-
portent de cette façon, c'est-à-dire si toutes sont
en rapport avec un ganglion. En arrachant, en effet,
des lambeaux de la musculeuse, nous avons rompu un
certain nombre de tubes nerveux et détruit leurs
relations.
APPAREIL NERVEUX. 379
Peut-être qu'une préparation faite avec plus de soin
permettrait de suivre tous les tubes nerveux et de se
prononcer en toute sécurité. Mais il vaut mieux ne pas
aborder de front de semblables difficultés et cbercher
un moyen plus favorable pour résoudre le problème.
Voici celui que je conseille :
Un œsophage de lapin est compris entre deux liga-
tures, et moyennement gonflé par une injection d'eau
salée à 6 pour 1000. On l'enlève, on lave sa surface et
on le plonge dans une solution d'acide osmique à 1 pour
500, contenue dans un tube bouché dont le diamètre est
à peine supérieur à celui de l'œsophage, ce qu i permet
d'employer une quantité moins considérable de la solu-
tion d'acide osmique. Un bain de trois ou quatre
minutes suffit pour que le réactif diffuse à travers toute
l'épaisseur de la membrane. On enlève alors l'organe,
on retranche les ligatures, on l'incise longitudinalement
et on le laisse dégorger quelques heures dans de l'eau
salée. L'acide osmique continue son action, et, finale-
ment, les nerfs sont suffisamment colorés, les fibres
nuisculaires ne l'étant pas trop. C'était là le point
important, car il s'agit de les bien distinguer les uns
des autres.
Sur une préparation ainsi obtenue, il est facile de
suivre dans toute l'épaisseur de la membrane les tubes
à myéline. On constate alors que les rameaux nerveux
se distribuent sur une grande étendue de la tunique
musculaire ; on en voit même qui couvrent de leurs
ramifications une bande transversale complète de
celte tunique, de telle sorte qu'une branche nerveuse
oSO OKSOPHAGE.
venue (lu pneumogastrique droit, par exemple, innerve
aussi bien le côté gauche que le côté droit du tube
œsophagien. On constate, en outre, que chaque tube
nerveux, avant d'atteindre une éminence terminale,
est en rapport au moins avec un des ganglions du
plexus œsophagien.
Quant au plexus ganglionnaire lui-même, il a une
existence indépendante jusqu'à un certain point des
fibres à myéline qui le traversent. Ses travées, dans les-
quelles sont comprises seulement quelques fibres à moelle
provenant des nerfs œsophagiens, sont presque entière-
ment composées de fibres sans myéline qui, au niveau des
nœuds du plexus, sont mélangées d'un nombre varial)le
de cellules ganglionnaires.
Si nous rapprochons ces derniers faits de ceux que
nous avons déjà observés dans la tunique musculaire
de l'œsophage au moyen de la méthode de l'or, nous
sommes conduits au schéma suivant :
Un tube à myéline des nerfs œsophagiens, avant d'ar-
river à sa terminaison dans les fibres musculaires, ren-
contre sur son trajet un ganglion du plexus. En ce point,
au niveau d'un de ses étranglements annulaires, il reçoit
une fibre sans moelle venant de ce plexus, et qui lui
permet d'en subir l'influence. Au delà, il se rend direc-
tementàune éminence terminale, ou bien il se divise et se
subdivisede manière à en fournir plusieurs. Il en résulte
que les impressions sensitives qui atteignent le plexus
peuvent être transmises directement aux fibres mo-
trices , et que l'incitation motrice venue par les
branches œsophagiennes du pneumogastrique peut être
PHYSIOLOGIE. 881
modifiée sous l'influence de l'activité des cellules gan-
glionnaires.
Avant d'aborder l'étude physiologique de l'appareil
nerveux de l'œsophage, il importe d'examiner quelles
sont les propriétés du muscle œsophagien lui-même.
Nous dégagerons ainsi son action propre de l'action du
système nerveux. C'est d'ailleurs ainsi que nous avons
procédé dans les recherches que nous avons faites sur le
cœur sanguin.
Nous avons observé déjàque, chez le lapin, le muscle
œsophagien est strié dans toute sa longueur jusqu'au
cardia. A ce niveau, il est vrai, les fibres striées sont mé-
langées de libres lisses; mais elles se poursuivent jusque-
là. Chez le chat au contraire, l'œsophage, dans sa por-
tion inférieure, est uniquement composé défibres lisses.
Nous trouvons donc, chez ces deux espèces d'animaux,
les deux types les plus difl"érenls. C'est pour cela que
nous les prendrons pour examiner quelles sont les pro-
priétés physiologiques du muscle œsophagien.
Commençons par le lapin. Nous avons déjà reconnu
que les faisceaux primitifs de la tunique musculaire de
l'œsophage possèdent les caractères histologiques des
muscles blancs du même animal (voy. p. 366). Nous
devons déterminer maintenant si les propriétés physio-
logiques du muscle œsophagien sont bien réellement
celles des muscles blancs. Nous nous servirons du myo-
graphe ou cardiographe que vous connaissez déjà (voy.
fig. 5); nous exciterons les muscles par un courant
d'induction, interrompu dix fois par seconde.
â8'2 OESOPHAGE.
Immo])ilisons l'animal par la section du bulbe et
maintenons la vie de ses organes par la respiration ar-
tificielle, afin de pouvoir étudier successivement ses
différentes espèces de muscles à l'état vivant.
Enlevons une portion d'un muscle blanc, le grand ad-
ducteur, par exemple, et plaçons-la sous le levier du
myographe. Faisons passer le courant interrompu. Nous
observons une contraction brusque; la ligne ascension-
nelle de la courbe atteint d'emblée sa hauteur maximum ;
puis le muscle entre en tétanos incomplet, chaque inter-
ruption du courant se traduisant par une secousse sur
la ligne du tétanos. Quand on supprime le courant, la dé-
contraction est brusque comme la contraction.
Remplaçons ensuite dans le myographe le muscle
blanc par un muscle rouge, soit par le demi-tendineux.
Excitons celui-ci à l'aide du même courant. Cette fois
la contraction est plus lente; le tétanos dessine une
ligne continue; la décontraction est lente et progressive.
Puis, à la place du muscle rouge, mettons la pointe
du cœur, en employant le courant minimum suffisant,
et avec le même nombre d'interruptions. Elle effectue
une série de contractions rythmées.
Enfin, expérimentons sur un fragment du muscle
œsophagien pris dans la partie moyenne de l'organe. La
ligne ascensionnelle de la courbe est brusque comme
celle d'un muscle blanc, et, quand le courant n'est pas
trop fort, la ligne du tétanos présente une série d'on-
dulations. Mais le nombre et l'étendue de ces ondula-
tions ne sont pas en rapport avec les interruptions du
courant. Enfin la décontraction est brusque.
PHYSIOLOGIE. 883
Celte expérience, qui ne demande pas plus de dix mi-
nutes à un quart d'heure, nous montre de la façon la
plus nette que le muscle œsophagien se contracte connne
un muscle blanc, et en outre qu'il est fortement rythmé.
Ce sont les parties moyenne et inférieure de l'œsophage
qui présentent au plus haut degré les phénomènes du
rythme; ils sont à peine marqués dans la région cervicale.
Le muscle œsophagien et le muscle cardiaque possè-
dent donc quelques propriétés communes. Mosso a même
soutenu que le muscle œsophagien, comme le myocarde,
pouvait donner lieu au phénomène de l'escalier de
Bowditch (voy. p. 59).
Avant de vérifier cette assertion, je dois vous entre-
tenir d'une autre expérience que j'ai faite chez le lapin.
L'animal étant attaché sur le dos et soumis à la respi-
ration artificielle, nous avons dégagé l'œsophage. Ayant
placé sur cet organe une ligature au niveau du cardia,
nous y injectons par une incision en boutonnière faite
à sa partie supérieure de Teau salée à 6 pour 1000, et,
après l'avoir rempli à moitié à peu près, nous plaçons
une nouvelle ligature au-dessous de la canule.
La présence de l'eau salée dans le canal œsophagien
suffit à déterminer dans cet organe des mouvements
convulsifs énergiques; mais ceux-ci s'afFaibhssent bientôt,
et [après une minute environ le calme est absolument
rétabli. Alors, en provoquant des efïorts de déglutition,
on peut observer les mouvements péristaltiquesdans toute
la longueur de l'œsophage. Nous reviendrons dans la
suite sur celte partie de l'expérience.
Lorsque les mouvements de l'œsophage sont calmés,
384 OKSOPHAGE.
il est enlevé avec l'eau salée qu'il contient et porté tout
entier sur le myographe.
Disposons-le d'abord de manière à ce que le levier re-
pose sur sa partie moyenne, et soumettons-le à l'excita-
tion électrique. Cherchons l'intensité du courant dont la
rupture détermine une secousse. Nous serons étonnés
de voir cette secousse, au lieu de se traduire comme
d'ordinaire par une ascension du levier, se tracer au-
dessous de l'abscisse.
Si nous employons ensuite un courant tétanisant ,
nous verrons également s'inscrire au-dessous de l'abscisse
la ligne générale du tétanos, avec des ondulations cor-
respondant au rythme œsophagien. Il est facile de s'expli-
FlG. 72. — Œso[^ihnge ilii lapin, rempli d'eau salée à 6 pour 1000 et séparé par des liga-
tures cri trois portions. Portion moyenne placée sous le levier du myographe, excitée
par une rupture isolée r et à partir de t par des interruptions fréquentes du courant.
— Le muscle inscrit son lytlime sur la courbe générale de contraction.
quer comment la contraction de l'œsophage se traduit
par une dépression. Cela tient à ce que les fibres circu-
laires, en se contractant au niveau du point atteint par
le courant et placé sous le levier du myographe, dimi-
nuent le diamètre de l'œsophage en ce point, en chassant
le liquide dans les parties qui sont relâchées. Mais, si par
des ligatures on divise l'œsophage en petits segments de
2 centimètres de longueur environ et légèrement dis-
tendus par l'eau salée, la contraction se traduit par l'as-
cension du levier (fig. 72).
pnvsioLOdiK. .S85
Revenons maintenant au phénomène île Tescalier.
Pour constater s'il existe réellement dans le muscle œso-
phagien, plaçons sous le levier du myographe un segment
de l'œsophage de la région thoracique, rempli d'eau salée
à la température de 39 degrés. Excitons-le d'abord par
des interruptions isolées du courant électrique, et nous
constaterons que, dans certaines limites, l'amplitude de
la secousse est en rapport avec l'intensité de ce courant.
Ce phénomène sépare déjà le muscle œsophagien du
myocarde qui, placé dans les mômes conditions, donne
des pulsations dont la hauteur est indépendante de l'in-
tensité du courant. Cherchons maintenant le courant
suffisant minimum et excitons le muscle œsophagien
par des ruptures de ce courant à des intervalles de
quatre secondes. Nous constaterons que la hauteur des
secousses est variable, ce qui est en rapport avec la pro-
priété du muscle de se contracter rylhmiquement. Mais
le phénomène de l'escalier ne se produit pas. Il arrive
bien quelquefois ([ue la seconde excitation donne une
secousse d'une plus grande amplitude que la pre-
mière, mais l'inverse se produit également.
Allât, générale.
VINGT- QUATRIEME LEÇON
{■20 mars 1878)
(■'^•«oiiliage.
Elu le physiologique du muscle œsophagien. — L'excitation d'un segment de
l'œsophage du lapin par des ruptures isolées ne donne pas le phénomène
de l'escalier de Bowditch. — Le tracé de la partie inférieure de l'œsophage
a une base ondulée, correspondant aux contractions des fibres musculaires
lisses.
Muscle œsophagien du chat. — La partie supérieure striée se comporte
comme un muscle blanc du même animal; la partie inférieure donne le
tracé des fibres musculaires lisses. — Mouvements pendulaires spontanés
de la partie inférieure de l'œsophage observés par Mosso. — Reproduc-
tion de cette expérience.
Physiologie de Vœsophage. — Expériences entreprises pour tenter d'expli-
quer le paradoxe œsophagien.
Expériences sur le chien. — Procédé opératoire : Boule de liège attachée à
une tige et introduite dans l'œsophage par une boutonnière. — Confirmation
des faits observés par Mosso. — Manière de prendre le tracé de la des-
cente de la boule. — L'excitation des deux pneumogastriques n'arrête pas
les mouvements de déglutition. La section d'un pneumogastrique paralyse
en partie l'œsophage; l'excitation soit du bout central soit du bout péri-
phérique de ce nerf ne fait pas descendre la boule. — La section des
deux pneumogastriques amène une paralysie complète. — L'excitation de
leurs bouts centraux ou périphériques n'a aucun résultat.
Expériences sur le chat. — La boule descend rapidement dans la partie supé-
rieure de l'œsophage , et très lentement dans sa partie inférieure. — Ex-
périence avec le curare. — La boule introduite dans l'œsophage reste im-
mobile dans sa partie striée; dans sa partie inférieure lisse, elle a son
mouvement de descente normal. — Le curare agit sur les plaques motrices,
puisque la partie supérieure de l'organe en possède, tandis que sa partie
inférieure n'en possède pas.
L'excitation des deux pneumogastriques à la fois arrête le cœur lorsque
l'animal est complètement curarisé.
Messieurs,
A la fin de la dernière leçon, nous avons recherché
si l'œsophage présentait, comme le cœur, le phéno-
PHYSlOLOGllî. 387
itièiie de l'escalier. Nous avons constaté que ce phéno-
mène n'existait réellement pas pour le muscle œsopha-
gien. Quelquefois la première secousse était plus
grande que la deuxième, tandis que d'autres fois l'in-
verse avait lieu. Quand le phénomène de l'escalier se
présente, c'est donc un pur accident, et il n'y a aucun
rapprochement à faire sous ce rapport entre le myocarde
et la musculature de l'œsophage.
Tous les tracés que nous mettons sous vos yeux ont
été donnés par les portions moyenne et inférieure de
l'œsophage. Ils nous montrent, indépendamment des
lignes droites correspondantes aux contractions succes-
sives du nmscle strié, une ondulation générale de la
courbe, due à la contraction des fibres lisses de la mu-
queuse ou de celles de la tunique musculaire elle-même.
FiG. 73. — Œsophage du lapin. Parlie infoiiciiro. A. Excitation loules les quatre se-
condes parla rupture d'un eourant électrique. Les contractions produites par les
excitations s'inscrivent sur une courbe due aux contractions des libres musculaires
lisses. — B. Courbe de contraction des libres musculaires lisses, en l'absence de
toute excitation.
Cette courbe est bien accusée quand les interruptions du
courant se trouvent espacées par quatre secondes; elle
se montre aussi indépendamment de toute excitation.
Voici d'ailleurs deux tracés fournis par l'œsophage,
excité dans le premier cas, et dans l'autre abandonné à
lui-même. Les ondulations lentes sont probablement
388 OESOPHAGE.
SOUS la dépendance du plexus nerveux œsophagien. Elles
sont plus courtes et plus rapprochées quand l'organe est
excité. Il ne faudrait pas les confondre avec les pulsa-
tions rythmiques dont nous avons parlé.
Pour compléter l'élude physiologique du muscle
œsophagien, il est indispensahle que nous expérimen-
tions aussi sur le chat. Comme le lapin, le chat a des
muscles rouges et. des muscles blancs qui diffèrent les
uns des autres par leur coloration, leur structure et
leurs propriétés physiologiques. Nous pouvons donc en-
core, chez cet animal, comparer la tunique musculaire
de l'œsophage aux muscles blancs et aux muscles rouges,
aux jumeaux et au soléaire par exemple.
Dans sa portion supérieure et moyenne, l'œsophage du
chat se comporte comme l'œsophage du lapin. Il se con-
tracte brusquement et se décontracte de même, à la
manière des muscles blancs. Sur la ligne du tétanos, il
exécute une série d'ondulations qui ne sont nullement
en rapport avec les interruptions du courant.
Dans sa portion inférieure, l'œsophage se comporte
autrement. Portons celle-ci sous le levier du myographe.
Nous remarquerons d'abord que, soit pour la faire con-
tracter, soit pour la mettre en tétanos, il faut avoir
recours à des courants bien plus énergiques. Une rup-
ture isolée du courant produit une secousse assez pro-
longée, qui se traduit par une ascension oblique et par
une descente beaucoup plus oblique encore. Le courant
tétanisant produit une contraction progressive qui s'ae-
croît très lentement jusqu'àson maximum; après la ces-
riivôîOLOGiii:. 389
sation de l'excitation, le muscle se décontracté avec une
lenteur extrême. C'est une forme de tétanos que nous
connaissons comme propre aux muscles lisses.
Les contractions spontanées de la partie inférieure de
l'œsophage sont plus accusées que chez le lapin. Cest
là un résultat auquel nous devions nous attendre,
puisque chez le chat cette portion ne contient que des
fibres lisses. Les contractions s'affaiblissent à mesure que
l'organe se refroidit, et il est nécessaire de le réchauffer
si l'on veut les observer plus longtemps. En d'aulres
termes, l'œsophage est ce que Calliburcès aurait appelé
un muscle thermo-systallique.
Cette observation m'a conduit à répéter Texpérience
deMosso, dontje vous ai parlé. Elle consistait, vous vous
en souvenez, à exposer au soleil, sous une cloche, un
œsophage de chat suspendu librement, et à lui voir
exécuter des mouvements pendulaires. Le soleil nous
manquant, nous avons dû procéder d'une façon diffé-
rente. Après avoir gonflé l'œsophage avec les gaz de
l'estomac et l'avoir lié à ses deux bouts, nous l'avons
détaché et, après qu'il élail refroidi, nous l'avons porté
sur un bain d'eau salée à G pour 1000, chauffé à 36 ou
38 degrés. Dès qu'il a été au contact de l'eau chaude,
nous l'avons vu exécuter des mouvements de deux
sortes : les uns d'oscillation, de gauche à droite et réci-
proquement, dus au raccourcissement des fibres longi-
tudinales; les autres, de conslriction, dus au raccour-
cissement des fibres annulaires. Les uns et les autres ne
se montraient, du reste, que dans la portion inférieure où
la tunique musculaire est constituée par des fibres lisses.
390 OESOPHAGE.
Ces mouvements spontanés sont communs à tout le
tube digestif et connus depuis longtemps. Je ne crois
pas du moins que ceux de l'œsophage difièrent de ceux
qu'on observe dans l'estomac et l'intestin grôle. Ils sont
sous la dépendance des centres ganglionnaires de ces or-
ganes. Ainsi, l'expérience de Mosso, qui pouvait paraître
surprenante au premier abord, n'a rien qui doive nous
étonner. Elle s'explique aisément par les propriétés des
fibres lisses et la présence du plexus myentérique.
En résumé, nous avons reconnu dans l'œsophage
l'existence de fibres striées et de fibres lisses. Ces deux
espèces de fibres sont réparties en proportions variables,
suivant la hauteur où on les considère dans le tube œso-
phagien,et suivant l'animal. Ainsi, chez l'homme, l'œso-
phage, dans son quart inférieur, est, comme chez lechat,
uniquement composé de fibreslisses. Chezle chien et chez
le lapin, au contraire, il y a des fibres striées jusqu'au
cardia. Chacune de ces espèces de fibres donne à la
portion du tube œsophagien où elle prédomine son
mode de contraction caractéristique.
Dans ces recherches, nous n'avons pas pu, comme
nous l'avons fait pour le cœur, étudier la contraction
des muscles en dehors de l'influence des cellules
ganglionnaires, parce que ces cellules sont disséminées
dans toute l'étendue de la tunique musculaire de l'œso-
phage. On aurait donc le droit de dire que la propriété
du rythme observée dans l'œsophage n'appartient pas
au muscle, mais bien à l'appareil ganglionnaire. A cela
je répondrai qu'a priori on aurait pu faire la même
objection pour le cœur, et que cependant il nous a été
PHYSIOLOGIE. 391
facile de la réfuler. Par analogie, il y a tout lieu de
croire que dans l'œsophage, comme dans le cœur, le
rythme appartient à la fd^re musculaire.
Cela dit, je passe à l'étude physiologique de l'inner-
vation de l'œsophage. J'aurai à revenir plus tard sur
la disposition de ses nerfs et de son plexus; mais ce que
nous en savons actuellement est suffisant pour nous per-
mettre de continuer nos recherches. Nous allons nous
occuper spécialement du rôle que joue le système ner-
veux dans les mouvements péristaltiques.
Vous vous souvenez de ce paradoxe physiologique : La
section des nerfs pneumogastriques supprime complè-
tement les mouvements péristaltiques du troisième temps
de la déglutition, et cependant l'excitation de ces nerfs
ne provoque pas des mouvements ])éristaltiques, mais
une contraction en masse de tout l'organe.
Nous commencerons par ré[)éter les premières expé-
riences de Wild et de Mosso, en employant comme ces
auteurs une boule que l'on introduit dans l'œsophage.
Nous opérerons d'abord sur le chien ; puis nous éten-
drons nos recherches au chat et au lapin, car les résul-
tats ne sont pas les mêmes suivant que l'on expérimente
sur l'un ou sur l'autre de ces animaux.
Comme nous n'avons pas voulu recourir aux nar-
cotiques pour n'avoir pas a tenir compte de leur in-
fluence, nous avons dû songer d'abord à maintenir
l'animal parfaitement immobile. Nous nous servons
pour cela d'un appareil très simple. Il se compose d'une
petite table ordinaire en sapin, de 80 centimètres de
89'2 oiiSOPiiAGii:.
longueur environ sur 40 cenlimèlres de large. Le chien
y est couché sur le dos. Des liens à nœuds coulants passés
autour de ses quatre pattes sont attachés aux quatre
pieds de la table et servent à immobiliser l'animal.
A l'un des bouts de la table est fixée une tige de fer
horizontale qui en prolonge Taxe. Sur cette lige peut se
mouvoir une tigeverlicale, munie à sa partie supérieure
d'un anneau assez grand pour recevoir le museau du
chien et pi'rcé, suivant son diamètre horizontal, de
deux trous dans lesquels est passée une anse de ficelle.
Le chien étant étendu sur le dos et ses quatre membres
attachés, son museau est passé dans l'anneau, et l'anse
de ficelle est engagée sous la nuque, derrière les
oreilles, de manière qu'en exerçant une traction sur les
deux chefs on attire la tête de l'animal en avant, la
ficelle étant empêchée de glisser par la saillie de l'occi-
pital. De cette façon, la tête de l'animal est prise en ar-
rière par l'anse de ficelle, en avant par l'anneau de fer,
et la ficelle étant nouée sous le museau, la tête est main-
tenue. Il suffit alors, pour la disposer convenablement,
de faire glisser la tige qui supporte l'anneau sur la tige
horizontale, et de l'arrêter à la distance voulue au moyen
d'une vis de pression. On peut ainsi à volonté tendre
plus ou moins la région du cou et, en inclinant la tige
(jui porte l'anneau, faire tourner la tête adroite ou à
gauche. De plus, il n'y a que le museau de l'animal qui
soit engagé dans l'appareil ; la tête et le cou sont abso-
lument libres.
Le chien étantainsi fixé sur le dos, on pratique au côté
gauche du cou,, inunédiatement au-dessous du larynx,
rilYSlOLOGIlî. 31)3
une incision longitudinale de 5 centimètres environ ;
on soulève la trachée, onpasseun fil sous l'œsophage, et,
dégageant celui-ci, on l'ouvre par une incision en bou-
tonnière.
Pour provoquer et observer les mouvements de déglu-
tition, la méthode suivie par Mosso est préférable à celle
de Wild. Celui-ci taisait avaler au chien des boules en-
tièrement libres, tandis que Mosso se servait de boules
fixées à une tige métallique, et, par suite, susceptibles
d'être retirées.
Il importe que les boules aient un assez fort diamètre.
Les petites boules dont j'ai fait d'abord usage ne provo-
quant pas toujours un mouvement de déglutition, j'en
ai fait de plus grandes. J'ai essayé des boules de cire à
cacheter, de bois, de caoutchouc; celles de liège m'ont
paru les meilleures, et la forme en olive est celle qui
convient le mieux. On peut les tailler dans un bouchon.
Pour un chien de taille moyenne, la boule à laquelle je
me suis arrêté a '2'2 millimètres d'épaisseur sur 30 de lon-
gueur. Pour la retenir, j 'ai adopté, après plusieurs tâton-
nements, un fil de cuivre rouge de '^ millimètres de dia-
mètre. La boule de liège est prise suivant son grand axe
dans une anse du fil de cuivre; on tord les deux chefs
pour bien la serrer, et l'on cache le bout du petit chef
dans l'intérieur du liège, pour éviter les traumatismes
qu'il pourrait produire dans l'œsophage. Ce petit ap-
pareil est ainsi très solide ; la boule est parfaitement
maintenue et ne risque pas de s'échapper. De plus, la
lige a une certaine souplesse, ce qui est souvent utile;
sa longueur est de 2*^ centimètres.
394 OESOPHAGE.
Nous trouvant ainsi outillés, introduisonsla boule dans
Tœsophage par la boutonnière que nous y avons prali-
quée. Aussitôt, sans aucun mouvement de déglutition
dans le pharynx, la boule se trouve entraînée vers l'es-
tomac d'un mouvement uniforme. Ramenons-la jusqu'à
i ou 2 centimètres au-dessous de la boutonnière, et
nous verrons se reproduire le même phénomène. Nous
pourrons faire cette observation jusqu'à quatre fois de
suite.
Quand la boule est arrivée à peu près au bout de sa
course, elle s'arrête tout à coup pendant une seconde à
une seconde et demie, puis, généralement après un
mouvement d'inspiration, elle continue sa route et s'ar-
rête peu après d'une manière déflnitive. Ce temps
d'arrêt se reproduit chaque fois que la boule arrive au
même niveau, mais la reprise du mouvement n'est pas
toujours précédée d'une inspiration. La longueur de la
course après le temps d'arrêt est de 1 centimètre 1/2 à
2 centimètres, suivant la taille de l'animal et suivant sa
conformation individuelle. Si Mosso n'a pas observé ce
temps d'arrêt au niveau du cardia, cela tient probable-
ment à ce que les boules qu'il a employées étaient d'un
trop petit dianiètre.
J'ai eu l'idée de faire inscrire ce mouvement sur le
cylindre enregistreur. Pour cela, j'ai construit un petit
chariot se mouvant verticalement sur deux fils de cuivre
(fig. 74). A sa partie supérieure est fixé un fil de lin qui,
passant sur une poulie très mobile disposée au-dessus du
chariot, est attaché par son autre extrémité à la tige
métallique qui maintient la boule. Le chariot est muni
physiologil:. 395
d'une plume qui trace son mouvement sur le cylindre
enregistreur.
Lorsque la boule est entraînée dans l'œsophage par le
mouvement de déglutition, le chariot est soulevé. Si le
cylindre était immobile, la plume tracerait une ligne
verticale ; mais, comme le papier se déroule devant elle
pendant son mouvement d'ascension, la ligne (jui s'in-
scrit est oblique; elle se rapproche d'autant plus de la
verticale que la vitesse du mouvement de déglutition est
plus grande. Les tracés que nous avons obtenus (fig. 75)
nous permettent de constater que 3 à 4 centimètres
avant l'arrêt la vitesse augmente.
L'arrêt se traduit par une ligne horizontale; et puis,
à ce moment, un mouvement d'inspiration ramenant la
boule en arrière, un petit crochet se dessine sur la
courbe. Alors l'ascension du chariot reprend son cours
jusqu'à ce que survienne l'arrêt définitif.
Que démontre cette observation? Quand la boule ar-
rive au cardia, elle le trouve fermé. Elle s'arrête comme
pour frapper à la porte; alors le cardia s'ouvre. Elle
s'engage dans sa cavité et la traverse avec une rapidité
égale à celle qu'elle avait dans la dernière portion de
l'œsophage. Il y a donc un quatrième temps à ajouter
aux trois temps dans lesquels Magendie divisait la déglu-
tition : à la déglutition duns la bouche, le pharynx,
l'œsophage, il fiiut ajouter la déglutition dans le cardia.
Quand la boule est descendue dans l'estomac et qu'on
la ramène au niveau supérieur de l'œsophage, elle des-
cend de nouveau dès qu'on la laisse libre. On peut re-
nouveler l'opération trois, quatre, même cinq fois, sui-
o9() Ol-SOPHAGE.
vaut la sensibilité de l'animal, et suivant (jue les rapports
PHYSIOLOGIE.
397
du volume de la boule avec le calibre de Toesophage sont
plus ou moins convenables. Mais enfin l'œsophage se fati-
gue el, dans certaines régions, la boule n'est plus entraî-
née. C'est le plus souvent
dans les régions cervicale
et thoracique supérieure
qu'elle reste immobile. Vers
la fin de la région thoraci-
que et dans la région abdo-
minale,elleesl toujours fata-
lement entraînée. Constam-
ment d'ailleurs se reproduit
au niveau du cardia le phé-
nomène d'arrêt que nous
avons constaté.
Si on laisse reposer l'œso-
phage en retirant la boule,
lorsqu'on la réintroduit au
bout de quelques minutes,
les phénomènes se montrent
les mômes qu'au début de
l'expérience.
Quand, avant que la fati-
gue soit survenue, on cher-
che à retirer la boule parve-
nue au milieu de son trajet,
on éprouve une résistance
parfois très grande. C'est un
faitsur lequelMossoa déjà attiré l'attention. Pour vaincre
cette résistance, pour ramener la boule immédiatement,
FlG. 75. — Tracé de la ticscente de la
boule dans l'œsopli.ige du chien. — ac,
descente dans la partie inférieure de
l'œsopliaje ; cb, temps d'arrêt au niveau
du cardia; bd, reprise du mouvonieiil
après rpie le s|diincter du cardia a élô
franchi.
^598 OKSOPUAGK.
il hui employer quelquefois toutes ses forces. L'expres-
sion n'a rien d'exagéré, parce que l'on a peu de prise sur
la tige qui retient la boule. Cette constriciion énergique
dure au moins une demi-minute, plus de temps que ne
met un mouvement péristallique à parcourir la longueur
entière de l'œsophage. La résistance d'ailleurs n'existe
qu'au-dessus delà boule; on a delà peine à la retirer,
mais on peut l'enfoncer aisément.
Cela démontre que la contraction qui se produit dans
la tunique musculaire de l'œsophage n'est pas seulement
le résultat de l'irritation déterminée par la présence du
corps étranger, mais qu'elle est toujours en rapport avec
le but de la nature de faire arriver l'aliment dans l'es-
tomac. Ce fait est fort importani, et l'on doit en tenir le
plus grand compte dans les théories sur le mécanisme de
la déglutition.
Si, lorsque la boule est entraînée par un mouvement
automatique deTœsophage indépendant des mouvements
de déglutition du pharynx, on la retient en place pendant
une à plusieurs minutes, l'organe s'habitue à sa présence,
et elle demeure immobile quand on lâche la tige qui la
maintient. C'est dans ces conditions que l'on peut étudier
l'influence de la déglutition. En effet, si l'on provoque
alors un mouvement du pharynx, soit en faisant avaler de
petites quantités d'eau à l'animal, soit en comprimant la
base de la langue, soit en excitant lebout central du nerf
laryngé supérieur, les péristaltiques se propagent dans
toute la longueur du tube œsophagien et le plus souvent
entraînent la boule avec eux. Quelquefois cependant ils
la dépassent sans l'entraîner. 11 arrive môme, et c'est là
PHYSIOLOGIE. 399
une observation ancienne, que la déglutition pharyn-
gienne se produise seule et ne soit pas suivie de mouve-
ments péristalliquesde l'œsophage.
Si l'œsophage est divisé en deux segments, soit par
une ligature, soit par une section, le mouvement se pro-
page au delà de l'interruption, ainsi que Mosso l'a par-
faitement établi.
Voici maintenant une expérience intéressante : on
commence par dégager l'un des pneumogastriques, et,
pendant que la boule descend, soit à la suite d'un mou-
vement du pharynx, soit directement sous l'influence
de la contraction œsophagienne, on excite le nerf. On
peut employer des courants d'intensité variée, des rup-
tures isolées ou des courants tétanisants : dans tous les
cas, la descente de la boule continue. Il en est de môme
quand l'excitation est portée sur l'autre pneumogastrique
ou sur les deux nerfs à la fois. L'œsophage est forte-
ment tétanisé, mais la boule descend toujours.
J'avais déjà fait cette expérience, lorsque, relisant l'ex-
cellentmémoirede Chauveau, j'ai vu qu'il avait observé
que, chez le cheval, la déglutition se poursuit alors môme
que l'œsophage est tétanisé par l'excitation du pneumo-
gastrique.
Voici une autre expérience que j'ai faite hier sur un
chien. Après avoir constaté que la boule introduite dans
l'œsophage opère bien sa descente, on coupe l'un des
deux pneumogastriques (nous avons coupé le gauche)-,
et l'on étudie de nouveau les mouvements de la boule
dans les différentes parties de l'œsophage. Dans la région
cervicale elle reste immobile ; dans la partie inférieure
400 OESOPHAGE.
de la région Ihoracique également; elle ne descend plus
que lorsqu'elle est placée dans la partie supérieure de
cette région et dans une étendue très limitée; alors elle
se met à cheminer, puis elle s'arrête à 3 centimètres
environ au-dessus du cardia. Les résultats se sont mon-
trés constants dans cette expérience.
Pour expliquer ce phénomène, on peut faire deux hy-
pothèses. Ou bien la partie de l'œsophage oi^i le mou-
vement se produit encore serait plus excitable que les
autres, et un seul pneumogastrique suffirait à lui donner
les mouvements réflexes à la suite de l'excitation ; ou
bien cette partie serait innervée par le pneumogas-
trique droit, tandis que celles qui sont paralysées rece-
vraient leurs nerfs du pneumogastrique gauche.
Pour savoir si cette dernière explication est la bonne,
il faudrait prendre un nouveau chien et pratiquer sur
lui la section de l'autre pneumogastrique. On pourrait
en même temps limiter avec précision le champ d'action
de chacun des deux nerfs. Mais comme, a priori, je ne
croyais guère à cette explication, je n'ai pas jugé à
propos de faire souffrir un nouvel animal sans nécessité ;
j'étais en outre pressé par le temps. J'aurai peut-être
plus tard occasion de suppléer à cette lacune, et je vous
rendrai compte alors du résultat de mon expérience.
L'œsophage n'étant plus innervé que par le pneumo-
gastrique droit, j'ai eu l'idée, pendant que la boule était
en marclie, d'exciter successivement le bout central et
le bout périphérique du pneumogastrique gauche. La
boulea continué son trajet comme si de rien n'était. Alors
j'ai retenu la boule en un point de l'œsophage jusqu'à :e
rHVSlOLOGIE. 401
qu'elle demeurât immobile, et j'ai essayé de provoquer
son départ en excitant le bout central du nerf sectionné.
La boule ne s'est pas déplacée. Les résultats ont été les
mêmes quand j'ai, dans les mômes conditions, excité le
l>uut périphérique du môme nerf.
Puis j'ai coupé aussi le pneumogastriipie droit. Dès
lors, à quelque point de l'œsophage que la boule fût
placée, elle demeurait immobile. Elle ne s'est pas dé-
placée davantage quand j'ai excité, soit le bout central,
soit le bout périphérique de chacun des deux nerfs ou
des deux ensemble.
J'ai expérimenté ensuite sur le chat. Il était impor-
tant de le faire, parce que la structure de la tunique
musculaire de l'œsophage n'est pas la même chez cet
animal que chez le chien.
Un chat ayant été chlorotormé, on a attendu qu'il
fût tout à fait réduit à l'impuissance pour l'attacher so-
lidement sur une tablette et le mettre dans l'impossibi-
lité de nuire. On s'est servi du mors à lapins que vous
connaissez et que je ne décrirai pas ici. On a eu soin de
plus, pour se mettre à l'abri de ses griffes, d'envelopper
solidement de linges les extrémités de ses pattes. Puis on
a mis à découvert la trachée, on a passé un fil sous
l'œsophage et l'on a attendu le réveil de l'animal. Alors
seulement on a expérimenté à l'aide de la boule. Les
portions supérieures de l'œsophage se comportent comme
chez le chien ; mais il en est tout autrement de ses por-
tions inférieures. Dans le dernier quart de sa longueur,
la boule descend lentement, ce qui est en rapport
RANViER. — Anat. générale. I. — 26
402 OESOPHAGE.
avec la structure cle la niusculeuse de l'œsophage dans
cette région.
C'est alors que nous avons tenté une expérience, dans
l'intérêt de laquelle nous avions entrepris toutes ces re-
cherches sur l'œsophage.
Voici quel était notre raisonnement: L'œsophage est
un conduit musculeux composéen partie de fibres striées,
en partie de fibres lisses, qui toutes sont sous la dépen-
dance du même nerf, puisque les unes et les autres se
contractent quand on l'excite.
Or, nous savons que le curare paralyse rapidement
les muscles à plaques motrices, comme ceux des mem-
bres et ceux des cœurs lymphatiques, taudis qu'il n'a
pas la même action sur les muscles sans plaques mo-
trices (cœur sanguin, fibres musculaires lisses). Ici nous
avions, dans un même organe et sous la dépendance
d'un même nerf, des fibres musculaires munies de pla-
ques motrices et d'autres sans plaques motrices. Nous
allions donc pouvoir faire une expérience décisive : car
si l'action du curare s'exerce, en effet, d'abord sur les
plaques motrices, la partie supérieure de l'œsophage
devait être paralysée, tandis que l'inférieure ne le serait
pas encore.
Voici comment nous avons opéré. Mettant à nu la veine
jugulaire, nous avons injecté dans son bout central
5 décigrammes d'une solution de curare à 1 pour 100,
soit 5 milligranmies de curare. Quand les progrès de la
paralysie ont commencé à gêner les mouvements respi-
ratoires, nous avons pratiqué la respiration artificielle.
Puis nous avons attendu que l'excitation des nerfs des
PHYSIOLOGIE. i03
membres demeurât sans effet, pour commencer nos ob-
servations.
La boule a été introduite dans l'œsophage. Dans la
portion striée elle restait immobile ; mais, dans l'autre
partie du canal, elle descendait du même mouvement
lent qu'avant la curarisation. La partie striée de la tu-
nique muscidaire était donc paralysée, tandis que les
fibres lisses de la partie inférieure conservaient l'inté-
grité de leurs fonctions.
C'est ici que se trouve le point intéressant de l'expé-
rience, comme vous allez en juger. Labouleétant poussée
dans la deuxième portion de l'œsophage, nous l'y avons
maintenue quelques instants immobile, jusqu'à ce que,
cessant de la retenir, elle ne fût plus entraînée par le
mouvement de déglutition. Nous avons excité alors le
pneumogastrique gauche par un courant interrompu ;
et, après un instant, la boule s'est mise en marche.
L'expérience, reprise plusieurs fois, nous a toujours
donné les mêmes résultats.
Pour contrôler celte observation, nous avons ouvert
la cavité tboracique et abdominale, et, l'œsophage étant
sous nos yeux dans toute sa longueur, nous avons excité
le pneumogastrique gauche. Nous avons vu la partie
inférieure de l'œsophage présenter des mouvements pé-
ristaltiques, sa partie supérieure demeurant immobile.
L'excitation directe de la partie supérieure de l'œso-
phage provoque d'ailleurs la contraction de sa tunique
musculaire. Comme on le sait, il en est de même pour les
muscles striés ordinaires. Quand l'animal est complète-
ment curarisé, l'excitation d'un nerf moteur ne déter-
404 OESOPHAGE.
mine aucun mouvement dans les muscles correspondants,
tandis que ces muscles se contractent quand on les excite
directement. Le chat sur lequel nous avons expérimenté
était précisément dans ces conditions. Les nerfs mo-
teurs des membres étaient chez lui complètement para-
lysés.
Au moment où, sous l'intluence de l'excitation d'un
pneumogastrique , l'œsophage présentait des mouve-
ments dans sa partie inférieure, le cœur continuait à
"battre. De ce fait, du reste bien connu, on pourrait con-
clure que le curare agit également sur les terminaisons
du pneumogastrique dans le cœur, puisque ce nerf ne
semble plus exercer son action d'arrêt. Cependant si, au
lieu d'exciter un seul pneumogastrique, on porte l'exci-
tation sur les deux nerfs en même temps, en appliquant
la pince électrique de façon à ce que chacun de ses élec-
trodes touche un des nerfs, le cœur s'arrête.
VINGT-CIiNQUIEME LEÇON
(i(j mars 1878)
Physiologie de l'œsophage. — Expériences sur le chat (suite). — L'action du
curare s'exerce spécialement sur les émincnces terminales. — Objection
tirée de l'action sur le cœur, où le curare empêche l'action fréiialrice du
pneumoijastrique. Réponse à celte objection. — La partie inférieure de
l'œsophage (muscles lisses) exécute encore des mouvements malgré la
curarisation. — Conséquences que l'on pourrait en tirer pour expliquer le
paradoxe physiologique de l'œsophage.
Expériences sur le lapin. — Essais infructueux avec diverses espèces de
boules. — Considérations qui ont porté à employer un bol alimentaire
liquide. — Procédé opératoire et détails de l'expérience. — La section
d'un des pneumogastriques ne produit aucun effet. — La section du second
pneumogastrique arrête la déglutition. — L'excitation de l'un ou de l'autre
des segments périphériques des pneumogastriques coupés produit la con-
traction en niasse de tout l'œsophage. — Conclusion de ces expériences :
Les pneumogastriques peuvent se suppléer l'un l'autre, ce qui est en har-
monie avec l'existence de deux éminences terminales sur un même fais-
ceau primitif.
Essai d'arrêter dans son cours la contraction péristaltique en sectionnant les
deux pneumogastriques pendant sa durée. Résultat négatif. La contraction
péristaltique suit son cours.
Critique des théories de Marshall Hall (action réflexe), de Volkmann (mouve-
ments associés), de Wild et de Mosso (clavier cérébral).
Essai d'une théorie dans laquelle s'ajouterait à l'action d'un clavier cérébral
l'accumulation de l'excitation dans les ganglions de l'œsophage. — Ces
ganglions, recevant l'excitation des centres, la distribueraient successi-
vement aux fibres musculaires, agissant ainsi d'une façon analogue aux
ganglions de Bidder dans le ventricule du cœur de la grenouille.
Vérification de l'expérience de Mosso, d'après laquelle le pneumogastrique
garderait sa vitalité plus longtemps que les aulnes nerfs. — Cause de son
erreur.
Messieurs,
A la fin de la leçon précédente, je vous parlais d'une
expérience faite sur le chat en vue d'élucider quelques
400 OESOPHAGE.
points relatifs à la physiologie de l'œsophage. Ayant
soumis cet animal à l'action du curare, nous avons
constaté que, sous l'influence de ce poison, la partie su-
périeure de l'œsophage était paralysée, de môme que
tous les muscles des membres. Cependant le pneumo-
gastrique n'avait pas perdu son excitabilité, puisqu'il
pouvait encore déterminer la contraction de la partie
inférieure de l'œsophage et l'arrêt du cœur. Cette expé-
rience est tout à fait en rapport avec ce que l'on sait
de l'action du curare. Il n'agit pas sur les nerfs moteurs;
il n'agit pas sur les muscles, mais seulement sur les
terminaisons motrices.
Nous pouvons préciser encore davantage : Vous
vous en souvenez, la partie inférieure de l'œsophage
du chat contient exclusivement des fibres lisses,
tandis que la partie supérieure renferme des fibres
striées. Or, les nerfs se terminent dans ces dernières
par des éminences terminales (plaques motrices) ; dans
les fibres lisses, au contraire , les terminaisons ner-
veuses ont une autre forme que nous étudierons
bientôt. Nous sommes donc conduits à admettre, avec
un certain nombre de physiologistes, que le curare
exerce une action toute spéciale sur les éminences ter-
minales.
Cette action n'est pas exclusive, cependant, et en
général il faut se garder de croire qu'aucun poison ait
une spécificité histologique absolue. C'est ainsi que, chez
un animal complètement curarisé, le pneumogastrique
n'agit plus avec la même puissance sur le myocarde, qui
cependant ne possède pas de plaques motrices ; les fibres
PHYSIOLOGIf'. 407
musculaires lisses elles-mêmes peuvent èlre paralysées
par le curare.
Je (lois vous indiquer maintenant quelques expé-
riences que j'ai faites sur l'œsophage du lapin. J'ai
essayé de déterminer des mouvements péristaltiques en
introduisant dans l'œsophage des boules des différentes
grosseurs, suivant le procédé que Mosso avait employé
chez le chien. Je n'ai pas obtenu de résultats satisfaisants.
J'ai vu quelquefois la boule entraînée, mais c'était
toujours d'une façon irrégulière. Le plus souvent elle
restait immobile au point où on la plaçait. En un mot,
la contraction de l'œsophage, quoique réussissant par-
fois à faire descendre la boule, n'est ni assez énergique
ni assez constante pour qu'on puisse expérimenter de
cette façon chez le lapin avec quelques chances de succès.
Songeant alors que le lapin se nourrit généralement
d'herbes fraîches; que, si on lui donne des végétaux
desséchés, il les mâche longtemps et les réduit à l'état de
bouillie avant de les avaler, j'ai pensé que le canal
œsophagien de cet animal était incapable de déglutir
un bol alimentaire solide. Ei! effet, la tunique muscu-
laire de son œsophage, bien que constituée par des
fibres striées, est mince et dès lors n'a pas une très
grande force.
Du reste, le mode de déglutition et même la manière
de manger de chaque animal sont jusqu'à un certain
point en rapport avec la musculature de son œsophage.
Le chien, qui avale tout d'un coup des bols alimentaires
volumineux, possède un œsophage dont la tunique mus-
W8 OESOPHAGH.
culaire est forte et striée dans toute sa loiigueui'. Le chat
se précipite sur sa proie ; mais, dès qu'il l'a saisie, il pro-
cède avec une prudente lenteur : son œsophage pré-
sente des fibres lisses dans la moitié de sa longueur. Le
lapin, étant donné son mode d'alimentation, déglutit
constamment. Chez lui les bols alimentaires qui se
succèdent, arrivent rapidement dans l'estomac : la
couche musculaire de l'œsophage est mince, mais elle
est striée dans toute son étendue.
J'élais sur le point d'abandoimer toute expérience
sur le lapin, lorsque ces considénitions m'ont déterminé
à les reprendre. Je me suis aperçu alors que cet animal
convient d'une manière toute spéciale pour faire des
expériences sur la déglutition, à la condition qu'on lui
fasse avaler des liquides.
Voici comment j'ai institué l'expérience. Le lapin
est solidement fixé sur le dos; une incision longitudinale
est pratiquée depuis le larynx jusqu'au sternum. La
trachée étant mise k nu et écartée, on isole l'œsophage
et l'on passe un fil au-dessous de hii. Faisant alors la
respiration artificielle, on ouvre le thorax, et Von achève
de découvrir l'œsophage jusqu'au cardia. On le lie à son
extrémité inférieure, et l'on y fait une boutonnière
au-dessous du larynx. Par celle-ci on y introduit envi-
ron 2 centimètres cubes d'eau salée à 0 [)our 1000, et
on le lie au-dessous de la boutonnière. Le liquide se
trouve de la sorte emprisonné. AussitcM l'opération faite,
commence une séiie de mouvements désordonnés qui
cessent bientôt.
Lorsque l'on injecte une plus grande quantité de
PHYSIOLOGIE. 409
liquide, le désordre des mouverneuts est plus considé-
rable et dure plus longtemps. Cela tient à ce que, en dis-
tendant le canal œsophagien, le liquide produit une irri-
tation mécanique. Nous comprenons dès lurs pourquoi
les grosses boules introduites dans l'œsophage y déter-
minent des mouvements péristaltiques de haut en bas,
tandis que des boules plus petites restent facilement en
place ou ne sont entraînées (jue par des mouvements de
déglutition énergiques, dont le point de départ est dans
le pharynx.
Quand l'œsophage du lapin, n'ayant pas été trop dis-
tendu, a cessé ses mouvements désordonnés, on pro-
voque, en comprimant la base de la langue, un mouve-
ment de déglutition. On constate alors que chaque élé-
vation du larynx, qui correspond au deuxième temps
de la déglutition, est suivie d'une contraction de la
partie supérieure de l'œsophage, celle-ci se propageant
dans la région cervicale et thoracique jusqu'au cardia.
Les ondes péristalticpies cheminent rapidement d'a-
bord : elles mettent à peine deux secondes pour se rendre
du pharynx àrœsophage. Mais, l'animal s'affaiblissant peu
à peu par suite de l'opération, elles deviennent de plus
en plus lentes, et au bout d'un certain temps elles met-
tent quatre secondes à faire leur trajet.
Pour celte expérience, il faut choisir des lapins
adultes, parce que chez les jeunes la sensibilité de
l'œsophage est beaucoup plus considércible, que les
mouvements désordonnés du début durent plus long-
temps et que les ondes péristaltiques parcourent l'œso-
phage en un temps beaucoup plus court.
410 OESOPHAGE.
Au début, chaque compression de la base de la langue
est nécessairement suivie d'une contraction de l'œso-
phage; mais il n'en est plus de même si l'expérience est
répétée cinq ou six fois de suite; l'appareil nerveux est
alors fatigué. Il se produit quelquefois dans ce cas un
mouvement incomplet de déglutition ; d'autres fois
Texcitation est absolument sans résultat.
Quand on coupe l'un des pneumogastriques, la déglu-
tition n'est pas modifiée. On croirait les deux nerfs
absolument intacts.
Si l'on sectionne les deux pneumogastriques, le mou-
vement de déglutition se trouve supprimé. Les mouve-
ments du deuxième temps de la déglutition se produi-
sent, mais ils ne se propagent pas dans l'œsophage.
Si on excite le bout périphérique de l'un des pneumo-
gastriques, l'œsophage se contracte en masse. De même
quand on agit sur l'autre ou sur les deux ensemble. Ces
deux nerfs ne se partagent donc pas entre eux le terri-
toire de l'œsophage; ils se suppléent réciproquement.
A propos des terminaisons nerveuses de l'œsophage,
nous avons été conduits à admettre, étant donné le nombre
considérable des éminences nerveuses terminales dans
les fibres musculaires, que chacime de ces fibres pos-
sède au moins deux plaques motrices. Tune dépendant
du pneumogastrique gauche, l'autre du pneumogas-
trique droit. Ainsi s'expliquerait la propriété qu'ont ces
deux nerfs de se suppléer l'un par l'autre, propriété qu'ils
paraissent être les seuls à posséder dans l'organisme.
Il me reste une dernière expérience à vous exposer;
PHYSIOLOGIE. 411
elle est difficile à exécuter, mais elle donne des résultats
concluants.
Je dois d'abord vous fournir quelques renseignements
sur les idées qui m'ont Conduit à la faire. Wild et Mosso,
vous vous en souvenez, ont soutenu que les mouvements
péristaltiques de l'œsophage, se propageant de haut en
bas, étaient sous l'influence d'une sorte de clavier situé
dans les centres et dont le pneumogastrique transmet-
tait les excitations successives. Mosso fondait son opinion
sur cette expérience ancienne que l'excitation du pneu-
mogastrique ne pouvait reproduire les péristaltiques de
l'œsophage, et sur ce que la section transversale de cet
organe n'empêchait nullement la propagation de la con-
traction.
S'il en était ainsi, les fibres nerveuses du pneumogas-
trique devraient relier les cellules ganglionnaires du cla-
vier, disposées dans un certain ordre, aux fibres muscu-
laires de l'œsophage disposées dans le môme ordre, et
la transmission de l'excitation devrait se faire de telle
sorte que la première cellule, en agissant sur la pre-
mière fibre musculaire, influencerait la seconde cellule;
celle-ci, à son tour, exciterait une deuxième fibre, puis
agirait sur la troisième cellule, et ainsi de suite.
La propagation des mouvements péristaltiques exige
par conséquent l'intégrité de toutes les fibres du clavier.
Dès lors, il est évident que si, pendant les deux secondes
que mettent ces mouvements à se propager du pharynx
au cardia, on coupe le pneumogastique, c'est-à-dire les
fibres du clavier, on doit arrêter brusquement l'onde de
contraction.
W'-l OESOPHAGE.
Peur vérifier la théorie du clavier, il fallait donc,
sur un lapin disposé comme pour l'expérience précé-
dente, provoquer par l'excitation du larynx les mouve-
ments de dét^lutition, et sectionner les deux pneu-
mogastriques une demi-seconde après l'excitation. Si
le mouvement continuait à se propager, il fallait rejeter
absolument cette théorie ; dans le cas contraire, celle-ci
était encore admissible etsoutenable.
Voici comment nous avons procédé. Nous avons
attendu que, sous l'influence de la fatigue, les mouve-
ments de désilutition eussent subi un certain ralentisse-
ment. Puis, M. Weber observa attentivement Tœso-
phage dans sa partie inférieure, tandis que je l'exami-
nais dans sa partie supérieure. Les deux pneumogastri-
ques avaient été préalablement placés sur l'une des
branches d'une paire de ciseaux bien tranchants. Je
comprimai la base de la langue, j'attendis que l'onde
musculaire se manifestât, puis d'un seul coup de ciseaux
je tranchai les deux pneumogastriques. L'onde péri-
staltique continua néanmoins son cours jusqu'au niveau
(lu cardia.
Cette expérience est susceptible d'une simplification.
Les mouvements péristaltiques se produisant après la
section d'un des pneumogastriques comme sous l'in-
fluence des deux, on peut commencer par couper l'un
de ces nerfs. 11 suffit dès lors de sectionner le second
pneumogastrique pendant la durée de l'onde péristal-
tique et d'observer attentivement le résultat.
Cette expérience, établissant clairement que la section
des pneumogastriques n'empôche pas la propagation
PHYSIOLOGIK. 4l.i
de l'oiide conimencée, paraît renverser la théorie du
clavier.
Les iails que nous avons constatés dans le courant de
ces recherches sont, je crois, suffisants pour nous per-
mettre d'apprécier d'une façon convenable les carac-
tères de la déaflutition œsophagienne et de discuter
les diverses théories qui se sont produites sur cette
fonction.
Examinons ces théories. Celle de Marshall Hall,
d'après laquelle les mouvements péristaltiques de la
déglutition œsophagienne seraient le résultat de l'exci-
tation directe produite par le bol alimentaire, n'est pas
soutenable. Elle a contre elle l'expérience qui consiste
à déterminer des mouvements péristaltiques de l'œso-
phage sans bol alimentaire, sous l'influence de la com-
pression de la base de la langue ou de l'excitation du
bout central du nerf laryngé supérieur. En outre,
comme Volkmann l'a déjà fait remarquer, le bol
alimentaire détermine une contraction de la tunique
musculaire de l'œsophage immédiatement au-dessus de
lui, tandis qu'elle est relâchée au-dessous. Il devrait en
être tout autrement si la théorie de Marshall Hall était
fondée; car, si le bol alimentaire agissait simplement
comme un corps étranger, il déterminerait la contraction
de toutes les fibres musculaires qui l'entourent. Enfin,
contre la manière de voir de Marshall Hall, il faut noter
encore ce fait que toute déglutition est impossible après
la section des pneumogastriques.
Quant à la théorie de Volkmann, d'après laquelle les
414 OESOPHAGE.
mouvements péristalliques involontaires de l'œsophage
seraient associés aux mouvements volontaires du
deuxième temps de la déglutition et seraient absolument
indépendants du pneumogastrique, on peut lui oppo-
ser : 1° que la section des nerfs arrête absolument le
troisième temps de la déglutition; ^2" que les mouve-
ments péristalliques de l'œsophage peuvent commencer
sur un point quelconque de sa longueur et qu'ils ne sont
pas nécessairement associés k ceux du pharynx.
La théorie du clavier central, imaginée d'abord par
Wild et soutenue dernièrement par Mosso, qui y a
apporté cependant quelques modifications, a plusieurs
faits à son actif: en premier lieu, la paralysie de l'œso-
phage consécutive à la section des pneumogastriques,
tandis que l'excitation du segment périphérique de ces
nerfs détermine, non pas des mouvements péristalli-
ques, mais une contraction en masse de la musculature
œsophagienne ; en second lieu, et surtout, l'expérience
ingénieuse de Mosso, dans laquelle il a vu l'onde péri-
staltique du troisième temps de la déglutition se pour-
suivre de haut en bas au delà d'une section complète ou
d'une lio-ature de l'œsophage.
Mais en même temps plusieurs faits lui échappent
ou sont difficilement expliqués par elle.
Les mouvements de déglutition ne commencent pas
nécessairement au pharynx. C'est ainsi que lorsqu'une
boule a été introduite dans l'œsophage, ils peuvent com-
mencer seulement au niveau de cette boule elle-même.
Il faudrait admettre, pour concilier ce résultat avec la
théorie du clavier central, que la première excitation
PHYSIOLOGIE. 415
ne provient pas nécessairement de la première cellule
nerveuse. Cela supposerait Texistence, non pas seule-
ment d'un clavier moteur, mais aussi d'un clavier
sensitif, ce qui serait bien compliqué. L'excitation com-
mencerait par la cellule sensitive correspondante au
point où serait placée la boule, se propagerait à la
cellule motrice correspondante et de là réagirait suc-
cessivement sur les cellules motrices suivantes.
La stricture persistante de l'œsophage au-dessus de
la boule, lorsqu'on l'empêche de descendre en la rele-
nant au moyen de la tige qui lui est adaptée, est encore
difficilement expliquée par la théorie du clavier central.
Car, si un certain nombre de fibres musculaires de
l'œsophage restent contractées au-dessus du corps
étranger, cela paraît bien être dans le but de le faire
descendre, et dès lors leur état de contraction devrait
dépendre de la mise en activité de quelques-unes seu-
lement des cellules nerveuses centrales qui appartiennent
au clavier. On ne comprend |pas dès lors pourquoi, cer-
taines cellules étant mises enjeu, celles qui correspon-
dent à des touches inférieures n'entrent pas en acti-
vité.
Mais il est un fait moins conciliable encore avec la
théorie du clavier central. Lorsque les deux pneumo-
gastriques sont excités par un fort courant d'induction
interrompu jusqu'à produire le tétanos du muscle œso-
phagien, une boule introduite dans l'œsophage n'en est
pas moins entraînée par les mouvements péristaltiques.
On ne comprend pas comment l'action d'un pareil cou-
rant sur les pneumogastriques n'entraverait pas une
4 h) OKSOPHAGE.
action nerveuse aussi délicate, dans laquelle les fibres
nerveuses contenues dans le pneumogastrique devraient
jouer un rôle aussi important.
Enfin, si, comme nous avons cru l'observer dans les
expériences faites sur le lapin, le mouvement péristal-
lique de l'œsophage, une fois commencé, se poursuit
lorsque Ton a sectionné les pneumogastriques^ un clavier
central n'est pas nécessaire pour déterminer les mouve-
ments associés qui caractérisent le troisième temps de la
déglutition.
11 me semble dès lors qu'il convient de proposer une
autre théorie dans laquelle on ferait jouer un certain
rôle au plexus œsophagien. Il est clair que les cellules
nerveuses comprises dans ce plexus ne peuvent pro-
duire à elles seules des mouvements réguliers de la
tunique musculaire de l'œsophage. Cela est incontes-
table, puisque cet organe est paralysé après la section
des deux pneumogastriques. C'est seulement dans sa
région inférieure, chez les animaux où elle est composée
de fibres musculaires lisses, que l'on voit se produire dans
la tunique musculaire œsophagienne des mouvements
péristaltiques automatiques, mais ces mouvements ne se
produisent pas toujours dans le même sens.
Toutefois, si les cellules ganglionnaires de l'œsophage
ne sont pas capables d'y déterminer spontanément des
contractions coordonnées, elles pourraient bien recueillir
et même emmagasiner une excitation motrice venue
des centres et la distribuer ensuite dans un certain
ordre. Nous avons vu, en effet, que le ventricule du
cœur sanguin, séparé avec ses ganglions, après s'être
PHYSIOLOGIE. 117
contracté énergiquement, s'arrête bientôl, et qu'il
recommence à battre pour un certain temps après
chaque excitation suffisante et convenablement appli-
quée (voy. p. 55). Il pourrait en être de même pour
l'œsophage. Néanmoins, il faudrait admettre encore que
l'appareil «anglionnaire de cet organe est associé d'une
certaine façon avec les centres nerveux, et que les cel-
lules qui le composent agissent les unes sur les autres de
haut en bas.
Cette théorie possède à son actif : ia lenteur avec
laquelle se produit le mouvement péristallicpiede l'œso-
phage ; chez le lapin il met deux secondes à s'acconiplii'
et chez le chien il dure encore plus longtemps. Cette
durée n'est guère en rapport avec la vitesse de la trans-
mission dans les centres nerveux, transmission que sup-
pose la théorie du clavier central ; elle est bien plutôt en
harmonie avec le transport relativement lent des exci-
tations nerveuses dans les plexus ganglionnaires.
Cette théorie permet de concevoir qu'une onde de
contraction commencée dans la région supérieure de
l'œsophage puisse se continuer malgré la section des
pneumogastriques. Avec toute autre, on ne saurait com-
prendre non plus comment les mouvements péristaltiques
peuvent se faire lorsque les deux nerfs vagues sont
soumis à une forte excitation.
Néanmoins on peut lui opposer la paralysie partielle
de l'œsophage à la suite de la section de quelipies-uns
des rameaux nerveux (|ui se rendent à cet organe, et
ensuite la continuation, au-dessous d'une ligature ou
d'unesection,des mouvements péristaltiques commencés
RANViER. — Allât, gi-iiéralc. i. — 27
418 OiiSOPIIAGE.
dans la région supérieure de l'œsophage. Aussi faut-il
admettre que s'il existe, comme je le pense, un clavier
périphérique, il est associé jusqu'à un certain pointa
un clavier central.
Cette discussion suffit à montrer que nous n'avons
pas encore une bonne théorie des mouvements de
l'œsophage. Celle que je vous propose, si elle est plus
en rappoi t que les autres avec les résultats de l'expé-
rimentatiou, n'est pas cependant, comme vous le voyez,
à l'abri de toute criticiue.
En terminant, je vous dirai quelques mots d'une
question soulevée dans le cours de ces recherches.
Quoiqu'elle soit un peu en dehors de notre sujet actuel,
elle ne manque cependant pas d'intérêt. Dans son tra-
vail, Mosso dit avoir constaté que les éléments nerveux
et musculaires de l'œsophage présentent une résistance
considérable à la mort, il cite à l'appui de sa manière de
voir l'exemple suivant. Chez un chien auquel il avait
coupé l'un des pneumogastriques pour faire des expé-
riences sur la déglutition et qu'il avait abandonné pen-
dant deux mois et demi, il sectionna le second pneumo-
gastrique. Cinq jours après, le chien vivait encore, et le
segment périphérique du nerf coupé le dernier provo-
quait, sous l'influence de l'excitation électrique, des
contractions de l'œsophage. Or, Longel avait soutenu
que, chez tous les animaux, quatre jours après l'opéra-
tion, le segment périphéiique d'un nerf sectionné était
entièrement dégénéré. Partant de cette affirmation et
s'appuyant sur l'expérience qu'il \;jenait de faire, Mosso
PHYSIOLOGIE. 419
conclut, de la durée exceptionnelle de la conduclibilité
nerveuse qu'il avait observ(.^e, que les nerfs de l'œsophage
ont plus de vitalité (jue les autres. Il partage évidemment
Topinion générale, (jue depuis quelques années je m'ef-
force de renverser sans beaucoup de succès : il croit que
la dégénération du segmimt périphérique d'un nerf sec-
tionné est un phénomène de mort. Je pense, au con-
traire, et je crois avoir démontré que cette dégénération
est due à une suractivité vitale des éléments accessoires
des tubes nerveux (1). C'est pour cela ({u'elleest p'ns ra-
pide chez les animaux jeunes que chez les adultes, chez
les animaux sains que chez les malades.
Dans le cas de Mosso, la lenteur de la dégénératiou
ne doit pas être attribuée à un excès de vitalité, mais bien
à l'état maladif du chien, qui avait déjà été opéré une
fois, et qui, depuis cinq jours, devait présenter les acci-
dents consécutifs à la section des deux pneumogastriques.
Je ne me suis pas contenté d'ailleurs de ce raison-
nement à priori. J'ai soumis l'hypothèse de Mosso au
contrôle de l'expérience.
Vous savez que, chez un lapin adulte vigoureux, le
segment péri[)hérique d'un nerf sectionné perd ses
propriétés motrices quarante-huit heures après la sec-
tion. J'ai coupé l'un des nerfs pneumogastriques à un
lapin. Quarante-huit heures après, le nerf pneumogas-
trique sectionné ayant été découvert, j'ai excité son bout
inférieur, et je n'ai obtenu aucune contraction de l'œso-
phage.
(I) Voy. Leçons sur iliisloloijie ihi sijs'eme nerveui, l. 11, p. 19-21.
^"20 OESOPHAGE.
J'ai alors ouvert la cavité thoracique et mis à nu
l'œsophage sur toute sa longueur. Il présentait des niou-
venienls désordonnés ({ui ont duré pendant un quart
d'heure, ce qui semhlerait prouver que la section du
pneumogastrique avait rendu l'œsophage plus excitable.
Le second pneumogastrique ayant été coupé, les mou-
vements ont éié supprimés complètement.
Reprenant l'excitation des segments intérieurs des
deux nerfs, j'ai observé que celle du pneumogas-
trique fraîchement sectionné déterminait des mou-
vements, tandis ({ue l'autre était sans action. Cepen-
dant l'excitation de ce pneumogastrique dégénéré
ralentissait encore les battements du cœur; il y avait
donc quelques fibres cardiaques qui avaient résisté à la
destruction et qui continuaient à exercer leur action sur
cet organe.
L'expérience démontre donc que les nerfs de l'œso-
phage dégénèrent avec la même rapidité que les autres
nerfs dans les mêmes conditions. Il reste à expliquer
l'excitabilité spéciale de l'œsophage mis à nu. Elle tient,
non pas à la section du premier pneumogastrique, mais
à ce que le lapin opéré était jeune. J'ai repris en effet
rexpérience sur un lapin plus âgé, et je n'ai plus re-
trouvé celte excitabilité toute particulière.
VINGÏ-SIXJÈME LECOX -
(-28 iiiJirs 1878 1
Tci'ininaisioli des ncrfe dans les muscles lisses.
.}fuscles à fibres lisses. — Les muscles de la vie org:inii[ue ne sont pas tous
lies muscles à fibres lisses. — Chez les vertébrés, tous les muscles lisses
appartiennent à la vie organique. Chez les articulés, tous les muscles, soit
(le la vie animale, soit de la vie organique, sont striés. — Chez les mol-
lusques, tous les muscles sont lisses.
Découverte de la fibre musculaire lisse; Henle et Kolliker.
Procédés pour isoler les fibres musculaires lisses; leurs formes.
Structure de la fibre musculaire lisse. — Absence du sarcolemme. — Slria-
tion longitudinale; sa nature. — Noyau; sa forme; sa situation sur le
bord de la fibre; substance granuleuse qui l'entoure et qui va jusqu'à la
limite de la fibre. — Nucléoles.
Tissu musculaire lisse. — Dispositions variées que prennent les cellules pour
constituer des réseaux ou des faisceaux. — Méthodes pour observer le
ciment qui les unit.
Vaisseaux des muscles lisses.
Messieurs,
Avant d'aborder la question de la terminaison des
nerfs dans les muscles lisses, il faut que je vous rappelle
en quelques mots les notions que l'on po.ssède aujour-
d'hui sur ces muscles.
Les muscles lisses sont aussi appelés quelquefois
muscles organiques ou muscles de la vie organique.
Mais nous avons vu que chez les vertébrés un certain
nombre de muscles striés appartiennent également à la
AU"-} MUSCLES LISSHS.
vie organique. Ainsi en est-il du myocarde, du muscle
œsophagien et de la musculature des cœurs lymphati-
(jucs. La synonymie que je viens de vous donner n'est
donc pas exacte, car elle exclurait un certain nombre
de muscles, qui cependant appartiennent très manifes-
tement à la vie organique. En revanche, chez les verté-
brés, tous les muscles lisses sont des muscles de la vie
organitpje. On les rencontre dans un grand nombre d'or-
ganes, et en particulier dans les organes vasculaires,
puisque les artères et les veines en possèdent. Il est inu-
tile de vous en donner ici la distribution; elle se trouve
indiquée dans tous les traités classiques.
Si l'on envisage la répartition du tissu musculaire
lisse dans la série animale, on est frappé d'un fait : chez
les mollusques, les muscles de la vie animale sont lisses
aussi bien que ceux de la vie organique; chez les arti-
culés, au contraire, les muscles de la vie organique sont
striés tout comme ceux de la vie animale. Je n'affirme
pas que ce soit là une règle tout à fait générale, et
qu'il n'y ait pas chez certains mollusques quelques mus-
cles striés, tandis qu'inversement les articulés posséde-
raient certains muscles lisses. Cependant, dans mes
recherches, je n'ai jamais rencontré ces exceptions.
Ce sont là des études à compléter dans le domaine
de la zoologie. C'est aux zoologistes à vérifier si la règle
que je viens d'énoncer est tout à fait générale, et à
rechercher chez quels animaux commence cette diffé-
renciation si considérable.
Je ne m'occuperai du (issu musculaire lisse que chez
les vertébrés ; cependant, pour faire comprendre cer-
iiisiouiQui:. 423
tains détails, je devrai examiner aussi celui de quelques
mollusques et de (juelques annélides.
On fait généralement remonter la découverte des
fibres musculaires lisses à Kolliker, en 1848 (1). Tou-
tefois, d'Aus,'VAnatomw r/é/iérak âe Henle (2), on trouve
déjà la menlion du tissu musculaire lisse. Henle avait
isolé de l'intestin du cochon des plaques munies de
noyaux et présentant une stiiation longitudinale vague.
11 en a donné de bous dessins, desquels il résulte que ce
qu'il a vu n'est pas autre chose que des cellules muscu-
laires. Ces élémeuts étaient donc connus avant le travail
de Kolliker. Mais ce qui fait qu'on lui en attribue la dé-
couverte, c'est qu'il a donné une méthode à l'aide de la-
quelle il est toujours possible de les isoler. Cette méthode
a fait faire un grand pas à la question; elle a permis
de mieux reconnaître la structure du tissu musculaire
lisse, et, d'autre part, d'en retrouver lesélémentsdansdes
tissus où on ne soupçonnait pas jusque-là leur existence.
En effet, Henle et les autres auteursqui avaient étudié
le tissu musculaire lisse avaient pris des fragments de
l'estomac, de l'intestin ou de l'utérus, et les avaient
dissociés dans l'eau. Ils avaient obtenu ainsi des éléments
dont ils avaient pu entrevoir la structure ; mais ies résul-
tats auxquels ils étaient arrivés n'étaient pas toujours les
mêmes, et il restait par conséquent des doutes sur la
constitution des organes qu'ils avaientexaminés. De plus,
(I) Kolliker, Deitraerje zur Kenntniss (1er glalten Muskeln (Zeilschr. f.
wissensch. Zoologie, 1848, p. 48).
(:2) Honle, Analomie générale. Encyclopédie anatomiqua, trad. Jourdan
t. VU, p. 118, et pi. IV, fig. !2.
i^'t MUSCLES LISSES.
partout où les cellules musculaires sont en faible propor-
tion, comme, par exemple, dans la peau, dans le dar-
tos, etc., ils n'avaient pu les distinguer, et, pour rendre
compte des mouvements de ces parties, ils étaient obligés
d'admettre une espèce particulière de tissu conjonctif,
tissu conjontif contractile. C'est seulement dans les or-
ganes où le tissu musculaire est abondant, comme par
exemple dans Testoniac ou dans l'intestin, qu'ils en
avaient reconnu l'existence.
Les éléments du tissu musculaire lisse, que nous
appellerons fibres-cellules, fibres musculaires lisses,
cellules musculaires lisses (tous noms plus exacts que
celui de fibres musculaires de la vie organique) , doivent
être isolés par des procédés différents, suivant qu'il s'agit
de dissocier ceux qui forment des masses musculaires
considérables, ou de rechercher des fibres lisses dans
des parties qui n'en contiennent qu'un petit nombre,
comme la peau, le dartos, etc.
Pour isoler les fibres-cellules dans les tissus qui en
sont constitués uniquement ou pour la plusgrande partie,
on possède des méthodes assez nombreuses. Je citerai
d'abord la méthode ancienne, la dissociation dans l'eau ;
puis la dissociation après macération dans l'acide azo-
tique à 20 pour 100 (Kolliker), dans le sérum iodé faible
pendant plusieurs jours, dans l'alcool au tieis pendant
vingt-quatre heures, dans l'acide chromique très dilué
à 1 pour 10000. dans les bichromates de potasse et
d'ammoniaque en solutions faibles à i pour 1000 pen-
dant vingt-quatre heures.
STRUCTUKIi. 4^5
Si, ail contraire, on se propose de recoiiiiaîlre la pré-
sence des cellules musculaires dans un sironia dense, au
milieu duquel elles sont plus ou moins dispersées, la
meilleure méthode est celle que Weismann a appliquée
au muscle cardiaque, la méthode de Molescholt, qui
consiste à faire macérer le tissu dans une solution de
potasse caustique à 40 pour 100 (40 parties de potasse
pour 60 parties d'eau). Il estimporlant,pourla réussite du
procédé, d'employer de la potasse réellement causli(|ue
et non de la potasse plus ou moins carbonatée, comme
elle l'est souvent lorsqu'elle a séjourné plus ou moins
longtemps dans des flacons imparfaitement bouchés.
De très petits fragments du tissu à examiner sont placés
dans un verre de montre avec quelques gouttes de la so-
lution de potasse. Il suffit généralement d'une macéra-
tion d'un quart d'heure à vingt minutes pour atteindre
le résultat désiré; mais on peut la prolonger sans incon-
vénient jusqu'à une heure, deux heures et même plus.
Le tissu conjonctif est alors dissous ; les fibres élastiques
et les cellules musculaires lisses seules ont résisté à l'ac-
tion du réactif. Les cellules musculaires demeurent
facilement reconnaissables à leur forme en fuseau et
à leur noyau. Mais elles sont trop altérées dans leur
structure histologique pour que l'on puisse en faire l'étude
après les avoir ainsi isolées. Aussi celte méthode n'est-
elle utile que pour apprendre s'il existe de ces fibres dans
le tissu que l'on examine, et pour se procurer une no-
tion approximative de leur quantité.
Pour apprécier la structure des cellules musculaires
lisses, il faut avoir recours à la dissociation après macé-
4'26 MUSCLliS LIS.Si:s.
ration dans l'nn desTéaclils dissociateurs qnej'ai men-
tionnés plus haut, surtout les chromâtes alcalins. Au lieu
de les employer très ddués, il vaut mieux en prendre
des solutions de 1 à *2 pour 100, y laisser le tissu vingt-
quatre heures, puis le laver soigneusement et le con-
server pendant vingt-quatre heures dans l'eau distillée.
L'acide osmique, employé en injections interstitielles,
permet également d'oblenir de bonnes préparations de
cellules musculaires.
Les cellules musculaires isolées sont fusiformes, mais
cette forme est plus ou. moins pure. Il en est qui pré-
sentent l'aspect d'un fuseau à peu près régulier et qui
possèdent un noyau à leur centre.
D'autres fois, tout en gardant la même forme géné-
rale, ces cellules sont aplaties et comme rubanées.
Elles se montrent ainsi dans les tuniques membraneuses
de l'intestin fixées à l'état d'extension.
Souvent les cellules musculaires se divisent à leurs
extrémités en deux pointes. Dans certains cas, elles
affectent des formes très irrégulières qui dépendent de
la pression exercée sur elles par les éléments voisins.
On en observe un exemple des plus remarquables dans
les cellules de la tunique moyenne de l'aorle et des
artères que l'on doit rattacher au typeaortique, comme,
par exemple, la carotide.
Je dois vous parler maintenant de la structure de la
cellule musculaire elle-même.
Les cellules musculaires ne possèdent pas de mem-
brane que l'on puisse comparer au sarcolemme; la
substance contractile paraît s'y limiter elle-même.
STRUCTURE DES CELLULES MUSCULAIRES LISSES. 42!7
Dans certaines conditions, celte substance se montre
très nettenaent striée en long; on aperçoit même une
strialion longitudinale vague sur des fibres simplement
dissociées dans le sérum ou même dans l'eau puie.
Pour l'accuser davantage, il faut fixer les éléments
dans leur forme avant la dissociation ; on y réussit aisé-
ment an moyen de l'alcool au tiers, dont on remplit
par exemple l'estomac ou l'intestin, que l'on maintient
ensuite pendant vingt-cpiatre heures dans le môme réac-
tif. L'acide osmique donne également de bons résul-
tais. Une injection interstitielle d'un mélange à parties
égales d'alcool et d'une solution d'acide osmique à
1 pour 100, pratiquée dans un muscle lisse, en fixe les
éléments très rapidement, et, deux à trois minutes
après, il est facile de les dissocier dans l'eau. On peut
opérer ainsi sur l'estomac et l'intestin de la grenouille,
sur l'estomac, l'intestin et rœso[)hage du lapin, sur le
muscle reco-ctoccygien du même animal, sur les muscles
de Y Hetij" powatm et eu particulier le muscle rétracteur
du corps. Citez ce dernier animal, il est rare, étant
donnée la puissance de rétraction que possèdent ses
fibres nmsculaires, que celles-ci soient toutes tendues
quand le réactif y arrive ; il est même impossible
qu'elles soient toutes fixées immédiatement, puisque
l'injection interstitielle se répand progressivement du
centre à la périphérie. Aussi, à côté de quelques fibres
où vous observerez des stries longitudinales reclilignes,
vous en remarquerez d'autres qui présentent des ondu-
lations.
Si j'attire votre attention sur ces ondulations, c'est
i^8 CELLULliS MUSCULAIRI.S I.ISSKS.
pour vous signaler l'aspect moiré particulier (pi'elles
présentent et qui rappelle celui des plis que l'on observe
dans les faisceaux de tissu conjonctif ordinaire. Dans
liin et l'autre élément, cet aspect moiré est dû à. des
til)rilles. La cellule musculnire est donc eu réalité
constituée par des fibrilles, et elle serait sous ce rap-
port comparable au faisceau primitif strié, si ce n était
que la striation transversale y fait complètement défaut.
Cependant quelques auteurs, parmi lesquels je dois
citer Krause, ont signalé dans certaines fibres m.uscu-
laires lisses l'existence] de stries transversales distantes
les unes des autres; j'y reviendrai lorsque je vous parle-
rai du muscle recto-coccygien du lapin, sur lequel
Krause a observé cette particularité.
Enfin, Schwalbe (I) a décrit dans les fibres muscu-
laires de différents invertébrés (annélides, mollusques,
échinodermes) une striation oblique entre-croisée for-
mant une série de petits losanges. J'ai moi-même con-
staté ce fait sur les grandes fibres musculaires du poulpe ;
mais comme mon observation date de plus de douze ans
et qu'à cette époque je ne possédais pas encore de
bonnes méthodes, je ne puis y accorder une entière
confiance. J'engage les personnes qui ont l'occasion de
travailler au bord de la mer à reprendre l'étude de ces
fibres musculaires, en les traitant par de bons réactifs
fixateurs, comme l'acide osmique ou le mélange d'al-
cool et d'acide osmique. J'avoue que je ne comprends
pas trop à quelle structure peuvent correspondre ces
(1) Scliwalbe, Ueher den feineren Uau lier MHnl>ell'aser)i ivirbrl laser TItiere
(ArcJi. f. micr. Anat., ISfi'J, t. V, p. "20")).
STRUCTURE. ^'ii)
stries s'entre-croisant en losanges, et jusqu'à nouvel
examen je réserve mon opinion sur leur existence.
Je reviens à la strialion longitudinale. Â un faible
grossissement, on aperçoit une striation longitudinale
grossière; à un grossissement plus fort, on distingue en
outre une striation beaucoup plus fine. Sur des coupes
transversales réussies, faites après l'action de l'acide
osmique, on peut reconnaître que la substance de la
cellule musculaire n'est pashomogène, etque cette cellule
n'est pas uniquement constituée par des fibrilles dispo-
sées à côté les unes des autres. L'interposition d'une
substance spéciale entre les fibrilles se remarque encore
mieux sur les cellules musculaires de petits vaisseaux
examinés à plat après qu'ils ont été fixéspar le bichromate
d'ammoniaque et colorés parle picrocarminate d'anmio-
niaque. Sur le bord du vaisseau, les cellules musculaires
de la tunique moyenne présentent leur coupe optique
sous forme de saillies demi-circulaires. Chacune de ces
cellules, lorsqu'elle est examinée à un grossissement suffi-
sant, paraît composée d'un certain nombre de grains ou
de champs distincts. Ces champs correspondent, non pas
aux fibrilles, mais aux cylindres primitifs des muscles
striés. Si vous vous reportez à ce que je vous ai dit à
propos de ces nmscles sur les cylindres primitifs, vous
comprendrez facilement que c'est la substance proto-
plasmique qui sépare les uns des autres les cylindres
ou champs que vous observez, et que cette substance
va jusqu'à lasurface de l'élément, de manière à enve-
lopper de toutes parts la substance contractile propre-
ment dite.
4^U) CIÎLLUI.ES MUSCULAIRES LISSES.
Je passe à l'élude des noyaux des cellules musculaires.
Ces noyaux sont sphériques chez certains animaux. Chez
les verlébrés, ils sont toujours plus ou moins ovalaires ;
(iuel({uetbis cette forme s'accuse davantage, jusqu'à
revôtir celle d'un bâtonnet. On a même considéré les
noyaux en forme de bâtonnets comme caractéristiques
des cellules musculaires ; mais il est facile d'établir qu'il
n'en est pas ainsi, et que ces cellules présentent au con-
traire des noyaux de toute forme, depuis la sphérique
jusqu'tàla plus allongée.
Ces noyaux sont granuleux, surtout après l'action des
réactifs lixateurs. L'acide azotique à 20 poui- 100, par
exemple, les rend tellement granuleux que tous leurs
détails intérieurs échappent complètement, et que l'on
n'y distingue pas de nucléoles. C'est pour cela que l'on
a donné l'absence de nucléoles comme un caractère
spécial des noyaux des cellules musculaires; vous trou-
verez cette opinion exprimée dans la plupart des traités
classiques.
Les nucléoles peuvent cependant être reconnus dans
les noyaux des cellules musculaires, lorsqu'elles ont été
traitées par les acides faibles, l'acide acétique à i pour
dOO, l'acide chromique d'abord et l'acide acétique
ensuite, ou enfin par le mélange de Moleschott, alcool
et acide acétique. Ces nucléoles ont été décrits d'abord
par un élève de Moleschott, Piso-Borme (1), et ensuite
par Frankenhaeuser (2), dans son travail sur les ter-
minaisons nerveuses dans les muscles lisses.
(Ij Piso-Iiormc, voy. Manuel de Slriker, p. 140 :
(i) l'iaiikciiliaeuscr, voy. plus loin Terminaisons nerveuses.
sTuuCTURi-:. i.i I
Lorsque les noyaux sont sphériques, ils n'oiil habi-
tuellement qu'un seul nucléole ; lorsqu'ils sont allongés,
ils en présentent généralement deux. Ces nucléoles sont
arrondis et ne possèdent aucun caractère spécifique; ils
sont très avides de carmin ; mais, comme le noyau dans
lequel ils sont logés l'est aussi, leur coloration n'em-
pêche pas qu'ils ne nous échappent souvent.
Sur des coupes transversales bien réussies, soit après
l'action de l'acide osmiijue, soit après celle du bichro-
mate d'ammoniaque, de la gomme et de l'alcool, faites
par exemple sur l'intestin du chien, vous pourrez recon-
naître que les noyaux n'occupent pas exactement le
centre des cellules musculaires; ils sont plus rapprochés
de l'un des bords, et même quelquefois ils le touchent ou
n'en sont sépaiés que par une couche très mince.
On peut également se rendre compte de celte dispo-
sition en examinant des cellules musculaires isolées que
l'on fait rouler dans la préparation. Lorsque l'une ou
l'autre de ces cellules paraît avoir son noyau situé k
son centre, il suifilde la déplacer dans la préparation et
de la voir tourner sur elle-même pour constater qu'en
réalité ce noyau est près de la surface de l'élément.
Du reste, le noyau ne touche pas directement la sub-
stance [musculaire. Il en est toujours séparé par une
matière granuleuse qui occupe dans l'axe de la cellule
une longueur plus ou moins considérable. Cette couche
protoplasmique recouvre la face du noyau qui est la
plus superficielle, et elle s'étend presque toujours jus-
qu'à la surface môme de l'élément musculaire.
Cette disposition présente un certain intérêt lorsqu'on
i:{"2 CliLLULES MUSCULAIKHS LlSïKS.
la rapproche de celle que l'on obseive sur les i'aisceaux
musculaires striés. >'ous savons en effet que les faisceaux
musculaires striés en voie de développement possèdent
un canal central rempli de protoplasma. Ce canal
n'est pas complètement fermé ; il persiste toujours dans
la substance striée qui le limite des fentes par lesquelles
la masse protoplasmique centrale s'étend jusqu'à la
péiiphérie de l'élément.
Nous connaissons des cellules musculaires striées dans
lesquelles le développement s'arrête là. On remaniue
alors à leur centre une série de noyaux contenus dans
un canal rempli d'une matière granuleuse. C'est ce qui
existe d'une façon constante, par exemple, dans les mus-
cles des pattes de la cicindèle, que vous pourrez examiner
sous un de ces microscopes. Quelquefois on observe dans
l'intérieur d'une même fibre deux rangées de noyaux
contenues dans deux canaux distincts ; vous pourrez
même rencontrer des fibres où un canal central se bifur-
que pour donner naissance à deux branches contenant
chacune une série de noyaux.
Je ne m'étendrai pas davantage sur cette disposition,
assez commune dans les muscles des insectes. Le point
sur lequel je veux insister ici, c'est que dans les cel-
lules musculaires (comme dans les fibres musculaires
striées dont je viens de vous parler) la masse protoplas-
mique disposée autour du noyau s'étend toujours jusciu'à
la surface de l'élément. Cette disposition se reconnaît
aisément sur des cellules isolées au moyen de la potasse
à 40 pour 100. Si l'on examine par exemple des fibres-
cellules d '//<>//> yv/>//<^//À^, isolées de cette façon et rou-
STRUCTURE. 433
îant dans le champ du microscope, on aperçoit le noyau
faisant saillie à la surface et recouvert comme d'un amas
•de substance cjranuleuse, bien différente de la substance
musculaire qui présente un aspect vitreux. On y dis-
tingue également le cylindre protoplasmique central.
Les mêmes faits peuvent être reconnus sur des cel-
lules dissociées après l'action du mélange d'alcool et
d'acide osmique et colorées par le picrocarminate d'am-
moniaque.
C'est là un point important sur lequel les auteurs
qui se sont occupés de la terminaison des nerfs dans. les
cellules musculaires n'ont pas assez insisté. Vous verrez,
du reste, combien dans cette question difficile il est
nécessaire de profiter de toutes les observations de détail,
même de celles qui ne paraissent avoir aucun rapport
direct avec les terminaisons nerveuses.
Je dois maintenant vous donner quelques rensei-
gnements : sur le tissu musculaire lisse, c'est-à-dire
sur le tissu formé par les cellules que nous venons
d'étudier.
Dans l'aorte et dans les artères du type aortique, les
cellules musculaires de la tunique moyenne ne sont pas
réunies en faisceaux; elles sont séparées les unes des
autres par un réseau de fibres élastiques. Il en résulte
qu'il est très facile de les dissocier, même à l'état
frais. Il suffit d'arracher un lambeau de la tunique
moyenne, soit de l'aorte, soit de la carotide, et de l'agi-
ter dans du sérum pour obtenir des cellules musculaires
isolées. On y réussit mieux encore après une macé-
RANViER. — An^t. générale. i- — 28
434 TISSU MUSCULAIRE LISSE.
ration de vineft-quatre heures dans l'alcool au tiers ou
dans le sérum iodé.
La seconde forme sous laquelle se présente le tissu
musculaire lisse est la forme membraneuse. Les cellules
sont placées a côté les unes des autres sur une seule
rangée, de manière à constituer une sorte demembrane;
c'est la disposition qu'elles affectent dans les artérioles,
par exemple.
D'autres fois elles sont associées pour former des
faisceaux aplatis, séparés les uns des autres par du
tissu conjonctif, des vaisseaux et des nerfs, auxquels sont
associées des fibres élastiques. Il faut noter du reste
que, partout où l'on trouve des cellules musculaires,
on rencontre également un réseau élastique, comme
si ce réseau était nécessaire pour compléter leur
action. L'association des cellules musculaires en fais-
ceaux aplatis se rencontre dans les intestins.
Une quatrième forme est celle en réseaux. Les cel-
lules musculaires sont réunies en petits faisceaux, les-
quels se divisent en faisceaux plus minces qui, en
s'anastomosant et s'entre-croisant les uns avec les autres,
forment un réticulum complet. Vous verrez un bel
exemple de cette disposition dans la vessie de la gre-
nouille. -
Les cellules musculaires se groupent parfois en petits
faisceaux isolés, aussi épais que larges, et qui constituent
de petits muscles, comme par exem{)le les redresseurs
des poils.
Il arrive également que des faisceaux composés cha-
cun d'un certain nombre de cellules s'associent à la
TISSU MUSCULMIII' LISSE. 485
manière des faisceaux striés pour constituer des muscles
proprement dits, auxquels leurs insertions définies per-
mettent de donner un nom. 11 n'en existe pas chez
l'homme; mais chez les animaux un certain nombre de
muscles du périnée présentent cette forme. Je vous
citerai comme exemple le muscle recto-coccygien du
lapin.
Enfin, une dernière forme est celle dans lacpielle les
faisceaux de cellules musculaires s'anastomosent dans
tous les sens pour former une masse notable; l'utérus
fournil un des exemples les plus remarquables de cette
disposition.
Nous devons nous demander maintenant comment les
cellules sont unies les unes aux autres, ainsi (ju'elles
le sont presque partout, excepté dans les artères du type
aortique.
Le fait seul que dans les faisceaux qu'elles consti-
tuent les cellules sont difficiles à isoler, tandis qu'il est
si aisé de les décçager des mailles du tissu élastique de
l'aorte, doit faire supposer qu'elles possèdent un moyen
d'union. Certains auteurs (1), cependant, ont soutenu
qu'elles sont simplement juxtaposées et qu'elles sont
maintenues au contact les unes des autres par le vide
virtuel, de la même manière, par exemple, que la
plèvre viscérale est appliquée sur !a plèvre pariétale.
S'il en était ainsi en réalité, le travail de la dissociation
serait bien simplifié; mais par malheur il existe entre
les cellules musculaires un ciment, et c'est précisément
(l) Poucliet et Tourneux, Traité d'Instologie humaine et d'histoijénie,
1878, p. 104.
436 TISSU MUSCULAIRE LISSE.
parce que l'acide azotique et la potasse dissolvent ce
ciment qu'ils constituent des réactifs précieux pour les
isoler.
Du reste, l'existence de ce ciment peut être constatée
directement sur des coupes transversales bien faites. On
y reconnaît que les cercles qui correspondent aux cel-
lules musculaires coupées en travers ne se touchent pas.
Il existe entre eux une bordure qui se voit nettement,
surtout lorsque Ion n'a pas employé les acides pour
rendre la préparation transparente. L'acide acétique ou
l'acide formique, en effet, détermine le gonflement
des cellules, qui font saillie au-dessus de la coupe, s'é-
talent jusqu'à se toucher et masquent le ciment qui les
sépare. Sur des préparations qui n'ont pas été traitées
par les acides, le ciment forme autour de chaque cellule
une bordure régulière, obscure quand on éloigne l'ob-
jectif, brillante quand on le rapproche, ce qui indique
qu'il a un indice de réfraction moindre que la substance
musculaire (1).
Pour compléter ces notions générales sur le tissu mus-
culaire lisse, je dois ajouter quelques mots sur ses vais-
seaux sanguins.
Dans la tunique moyenne de Vaorte et des artères en
général, il n'existe pas de vaisseaux. Les vasa vasorum%Q
montrent dans la tunique adventice seulement. Les
cellules musculaires se nourrissent donc simplement aux
dépens du plasma interstitiel.
(1) Voy. Traité technique d'histologie, p. 19.
TISSU MUSCULAIRE LISSE. 437
En revanche, lorsque les cellules musculaires sont
disposées en faisceaux au milieu du tissu conjonctif, elles
possèdent des vaisseaux spéciaux. Dans les organes où
les faisceaux musculaires présentent des directions di-
verses, comme dans l'intestin ou dans l'utérus, les vais-
seaux suivent des directions correspondantes. La dispo-
sition du réseau qu'ils forment peut être comparée à
celle du réseau vasculaire des muscles striés, si l'on
considère un faisceau musculaire lisse comme l'homo-
logue d'un faisceau primitif strié.
VINGT-SEPTIEME LEÇON
(-2 avril lS7fi).
Tcrininaiiîion îles nerfi^ dan$i les muscles lisses.
Historique. — Trinchcsc (18G3-1867). — Klebs (18G5). — Frankonliacuscr
(18G7). — Arnold (1870). — Krause (1870). — Tololscliinoff f 1809). —
lléiiocque (1870). — Goniaew (1875). -^ Lœwit (1875).— Elisclicr (1876).
— Gscheidlen (1877).
Messii-uus,
Je doi.s m'occuper aujourtriiui de la terminaison
des nerfs dans les fibres musculaires lisses. C'est là une
question qui, en raison même de son obscurité, a attiré
l'attention des liistologistes. Aussi les travaux qui y ont
trait sont-ils assez nombreux, surtout dans ces derniers
temps.
Des observations anciennes je ne vous dirai pas
grand'cbose. On croyait généralement que les nerfs se
terminaient par des anses, les anses de Valenlin, et l'on
s'en tenait là. On avait bien distingué à l'aide de l'acide
acétique un réseau nerveux vaguement dessiné, mais on
n'avait pas reconnu ses rapports avec les cellules mus-
culaires.
En 1863, après les recherches de Kiihne, de Rouget
et de Krause sur les terminaisons des nerfs dans les
muscles striés, un histologiste italien distingué, Trin-
HISTORIQUE. 439
chese, communiqua à l'Académie des sciences les ré-
sultais d'un travail sur le système nerveux des Gas-
téropodes, travail dans lequel il s'occupa également
des terminaisons des nerfs dans les nmscles. Ces re-
cherclies, étendues à d'autres animaux, furent publiées
en 1807, dans le Journal de fanatomie et de la physio-
logie (1).
L'auteur y donne de la terminaison des nerfs dans les
fibres musculaires de l'escargot des images tout à fait
démonstratives. A cette époque, on se servait générale-
ment, pour traiter les tissus à examiner, de l'acide chlor-
hydrique à 1 pour 1000. Trinchese employa la solution
à 1 pour 100.
Vous avez vu dans la dernière leçon que les muscles
de l'escargot [Hélix pomatid) sont constitués par de
grandes cellules fusiformes munies de noyaux. D'après
Trinchese [loc. cit.^ p. 497), la fibre nerveuse arrive à
la cellule musculaire au niveau du noyau et là se con-
fond avec une masse granuleuse qui serait une plaque
motrice; de cette masse partiraient deux cylindres-axes
qui iraient dans deux directions opposées suivant l'axe
de la cellule musculaire. Quelquefois même l'un ou
l'autre de ces cylindres-axes se diviserait en fourche
dans une même extrémité de la ceUule.
En 1865, Klebs (2) entreprit des recherches spéciales
sur la terminaison des nerfs dans les cellules muscu-
(1) Trinchese, Mémoire sur la terminaison périphérique des nerfs moteurs
dans la série animale [Journal de Vanatomie et de la physiologie, t. IV, 1867,
p. 485).
(-2) Klebs, Die Nerven der organischen Muskelfasern (Arch. de Virchow,
t. XXXn, p. 168). — —
440 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
laires de la vessie de la grenouille; son but était de
vérifier les résultats annoncés par Trinchese dans sa
première communication. Le réactif qu'il employa est
une solution de 5 grammes de sucre de canne dans
100 grammes d'eau distillée, à laquelle il ajoutait une
goutte d'acide sulfurique par centimètre cube. La vessie,
enlevée avec précaution et placée dans quelques centi-
mètres cubes de ce mélange, s'éclaircit et s'étend facile-
ment au bout de quelques minutes. Son épithélium se
détache spontanément. Klebs recommande même de ne
pas employer le pinceau, probablement dans la crainte
que son application ne dérange quelque chose aux rap-
ports des éléments.
Dans son travail, l'un des plus importants et des mieux
faitsparmiceux que j'aurai à vous citer, Klebs décrit suc-
cessivement l'appareil nerveux proprement dit et un ré-
seau intramusculaire terminal. Il divise l'appareil ner-
veux proprement dit en plexus fondamental et réseau
intermédiaire.
Le plexus fondamental est formé par des fibres
à myéline et des fibres sans myéline qui s'entre-croi-
sent en divers sens. A leurs points de rencontre sont
logées des cellules ganglionnaires.
Quant au réseau intermédiaire, on comprend diffi-
cilement, au premier abord, ce que Klebs a nommé
ainsi, et l'on est tenté de croire que c'est en réalité un
réseau situé entre le plexus fondamental et les terminai-
sons nerveuses. Ce n'est pas ainsi que l'entend l'auteur.
Ce qu'il appelle le plexus fondamental se trouve seulement
à la base de la vessie. De cette région partent des fibres
HISTORIQUE. 441
nerveuses qui vont dans toutes les directions s'étendre sur
la surface de cet organe, et qui s'anastomosent fréquem-
ment entre elles ; c'est là le réseau intermédiaire de Klebs .
L'auteur en donne une description complète. Il y dis-
tingue : des fibres à myéline; des fibres sans myéline
à constitution fibrillaire, c'est-à-dire composées d'un
faisceau de fibrilles plus fines; des fibres d'une consti-
tution analogue, mais qui, au lieu d'être cylindriques,
ont une forme rubanée , et enfin des fibres fibrillaires,
c'est-à-dire constituées par une seule des fibrilles que
contenaient les précédentes.
Cette description suffit à vous montrer que l'auteur a
adopté la manière de voir de Remak sur la constitution
fibrillaire du cylindre-axe.
Aux anastomoses des fibres les plus fines du réseau in-
lermédiaire, Klebs décrit des points nodaux, au niveau
desquels se trouvent des noyaux. Il entre à ce propos
dans une discussion approfondie pour décider si ces
noyaux sont de nature nerveuse ou s'ils dépendent du
système connectif; il finit par conclure, d'après leur
forme et leurs dimensions, que ce sont des noyaux
connectifs.
J'arrive au réseau nerveux intramusculaire. Dans
une communication préalable, Klebs avait annoncé
l'existence de ce réseau. Henle critiqua cette communi-
cation dans le compte rendu annuel qu'il publiait sur les
progrès de l'histologie. Pendant longtemps, Henle a fait,
pour ainsi dire, la police de celte science ; quelquefois sa
critique était juste, d'autres fois elle était inspirée par un
parti pris d'avance; ce fut le cas pour la communication
44tî TERMINAISON DKS NERFS DANS LES MUSCLES LISSLS.
de Klebs. Il prétendit que le réseau nerveux intramus-
culaire de cet observateur n'était autre chose qu'un
réseau élastique. Klebs fait lemarquer avec raison dans
son mémoire (ju'une semblable appréciation dépasse
les bornes de la critique.
Les fibrilles qui constituent le réseau intramusculaire
sont très minces; leur diamètre ne dépasse pas 1 à 3
dix-millièmes de millimètre. Il se trouve éQ:alement dans
ce réseau des points nodaux, mais ils ne contiennent pas
de noyaux comme ceux du réseau intermédiaire. Lors-
qu'elles arrivent sur les cellules nmsculaires, les fibres
nerveuses présentent un renflement particulier, non ter-
minal, comparable au renflement dit terminal, décrit par
Kùbne dans les terminaisons nerveuses des muscles
striés de la grenouille (1). Klebs suppose que ce ren-
flement est composé d'une matière qui ne difl"ère pas
beaucoup de la myéline.
Dans les faisceaux musculaires, les fibres nerveuses
se divisent et se subdivisent pour former un réseau dont
les branches sont en général parallèles aux cellules mus-
culaires. Cependant on ne les voit pas d'habitude se
fondre avec ces dernières ; dans un cas seulement, l'au-
teur dit avoir observé la fusion d'une fibre terminale avec
une cellule musculaire.
Klebs ajoute qu'il lui a été impossible d'observer dans
la vessie de la grenouille quelque chose d'analogue à
ce que Trinchese a décrit dans les cellules musculaires
de l'escargot. En lisant celte critique, on est porté natu-
(1) Voy. Leçons mr ihislologie du sijslème nerveux, t. II, p. 246.
HISTORIQUE. 443
rellement à se demander pourquoi Klebs, voulant vérifier
les conclusions de Trinchese, n'a pas choisi les muscles
de l'escargot et est allé s'adresser à la vessie de la gre-
nouille. Dans un travail de contrôle, la première condi-
tion est de reprendre l'objet d'étude dans lequel ont été
observés les faits que l'on se propose de critiquer.
Les conclusions de Klebs relativement à la terminai-
son des nerfs dans les cellules mnsculaires ne sont pas
absolument nettes; il ne dit pas clairement si son réseau
intramusculaire est réellement terminal, et l'on entre-
voit qu'il conserve des doutes sur le mode réel de termi-
naison des nerfs dans les muscles lisses.
Le troisième travail dont j'ai à vous parler est celui
de Frankenhaeuser (I), qui parut en 1867, et qui traite
de la terminaison des nerfs dans les cellules musculaires
de l'utérus. C'est un travail important, très soigné,
dans lequel l'auteur s'occupe en détail de tout l'appareil
nerveux de l'utérus ; son dernier chapitre seulement est
consacré à l'étude de la terminaison des nerfs.
L'objet d'étude choisi par l'auteur est l'utérus du
lapin et en particulier le ligament large. Il conseille de
prendre de préférence des animaux à l'état gravide,
parce que (ainsi qu'on le savait depuis Remak) l'utérus
en état de gravidité s'accroît non seulement par l'adjonc-
tion d'éléments musculaires nouveaux, mais par l'hyper-
trophie des anciens, et que ies nerfs eux-mêmes y parais-
sent augmenter de volume ; les faits seront donc plus
faciles à observer dans ces conditions. Le lisi'ament
o
(1) Frankenhaeuser, Die Nerven (1er Gehiinnutter und ilire Endigung in
den glallen Muskelfasern. lena, 1867, in-folio.
444 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
large du lapin est constitué par plusieurs couches ; en
dedans de la séreuse, il y a deux feuillets musculaires,
des vaisseaux, des nerfs, du tissu adipeux ; aussi Franken-
haeuser conseille-t-il d'employer pour ces recherches
des animaux maigres.
Quant à sa méthode, elle est des plus simples; il se
sert du vinaigre de bois. Meissner avait conseillé ce
réactif pour l'étude du plexus nerveux de l'intestin ;
Frankenhaeuser l'emploie mélangé à la glycérine.
Je laisserai de côté ce que l'auteur dit des nerfs et de
leur trajet; il ne diffère pas essentiellement de Klebs sur
ces points. J'arrive de suite aux terminaisons nerveuses.
Il suffit d'im regard attentif jeté sur la magnifique
planchedans laquelle il représente ces terminaisons pour
se rendre compte de la manière dont il les a comprises.
Dans celte figure, que je vous montre ici, vous voyez
une fibre nerveuse arriver perpendiculairement aux
cellules musculaires et se diviser dichotomiquement
pour donner naissance à des fibrilles qui vont jus-
qu'aux noyaux de ces cellules, pénètrent dans leur
intérieur et, après s'être bifurquées, se terminent dans
leurs deux nucléoles. Lorsque le noyau d'une cellule
musculaire ne contient qu'un seul nucléole, il arrive
souvent que, la fibrille terminale se bifurquant cepen-
dant, l'une de ses branches se rend à ce nucléole, tandis
que l'autre branche se continue jusqu'au noyau d'une
cellule voisine.
En réalité, pour Frankenhaeuser, les nucléoles des
cellules musculaires ne sont autre chose que des boutons
nerveux terminaux.
HISTORIQUE. 445
J'arrive à un quatrième travail, celui d'Arnold, qui
forme un chapitre du manuel de Stricker(l).
Dans ce chapitre, où Arnold traite des muscles lisses
ou plutôt «du tissu des muscles organiques», il s'occupe
de la terminaison des nerfs dans ces muscles. Il admet,
comme Klebs, que leur appareil nerveux se compose
d'un plexus fondamental, d'un plexus intermédiaire et
d'un plexus intramusculaire. Des fibrilles nerveuses par-
tant de ce dernier plexus vont, comme le pense Fran-
kenhaeuser, jusqu'aux nucléoles des noyaux muscu-
laires; mais, suivant Arnold, elles ne s'y termineraient
pas; elles les traverseraient simplement et se continue-
raient plus loin. Le nucléole de la cellule musculaire ne
serait donc autre chose qu'un point nodal d'un réseau
nerveux.
Les méthodes employées par Arnold sont variées;
celle à laquelle il a recours de préférence est le traite-
ment par l'acide acétique dilué après macération dans
l'acide chromique étendu, traitement qu'il avait surtout
mis en usage pour l'étude des cellules ganglionnaires. Il
s'est aussi servi du chlorure d'or, en plongeant dans ce
réactif des coupes obtenues après congélation.
J'attirerai en particulier votre attention sur la figure
qu'il donne d'une coupe transversale de fibres muscu-
laires lisses (p. 142). On y remarque sept cercles égaux
qui représentent la coupe d'autant de cellules muscu-
laires; au ceutrede chacun de ces cerclesse voit la coupe
du noyau, au milieu duquel un point noir figure le nu-
(1) Arnold, Getvebe der organischen Muskeln, dans Stricker, Ilandbuch
der Lehre von den Geweben, p. 137.
440 TERMINAISON DlIS NERFS DANS LES MUSCLliS LISSES.
cléole. Aiixdivers nucléoles viennent aboutirdes fibrilles
nerveuses, provenant de la bifurcation de fibres dont la
coupe se remarque dans les interstices des cellules mus-
culaires.
Or, vous savez ({ue, dans un faisceau musculaire lisse,
les cellules sont constamment imbriquées de telle façon
que la portion renflée de l'une correspond à la portion
amincie de l'autre. Sur une coupe transversale, ces cel-
lules seront donc sectionnées à différents points de leur
longueur et devront donner lieu à des cercles inégaux.
Par la même raison, il n'est pas possible que la même
coupe atteigne les noyaux de sept fibres musculaires
voisines; c'est tout au plus si elle en atteindrait deux ou
trois. Je crois donc que cette figure d'Arnold est pure-
ment scbématique; c'est une création de son génie, et
non la reproduction de faits observés.
Je m'arrête un instant dans cet exposé historique
pour vous faire remarquer qu'à cette époque on se
partage dans la science entre deux opinions. D'après
l'une, les nerfs se termineraient par des extrémités libres,
en bourgeons ou en boutons : c'est celle à laquelle se
rattachent, par exemple, Trinchese et Frankenhaeuser;
d'aprèsrautre,lesfibres nerveuses terminales formeraient
un réseau complet sans terminaisons proprement dites.
Cette seconde opinion rappelle à peu près celle de Va-
leutin sur les anses terminales mais sans y correspondre
exactement. En effet, les auteurs modernes qui croient à
l'existence d'un réseau ternnnal admettent, comme ceux
qui sont pour les terminaisons libres, que la fibre ner-
veuse est en rapport direct avec la cellule musculaire.
HISTORIQUE. 447
c'est-à-dire que chaque cellule musculaire est influencée
par une fibre nerveuse. En d'autres termes, la science
a fait des progrès tels que tous les histolrgistcs ont ob-
servé entre les cellules musculaires un nombre suffi-
sant de fibres nerveiises pour pouvoir en attribuer une à
chaque fibre-cellule en particulier.
Je passe maintenant à un travail dans lequel sont
exposés des faits en contradiction complète avec ceux
dont je viens de parler. C'est un travail de Krause (1), pu-
blié en 1870. Krause a un mérite incontestable;
il sait trouver des objets d'étude. Ainsi, pour les mus-
cles striés, il a signalé le muscle rétracteur du globe
oculaire du chat; pour les muscles lisses, il indique un
objet qu'il déclare aussi favorable, le muscle recto-coc-
cygien du lapin. Ce muscle s'insère aux vertèbres cau-
dales du lapin et remonte de là en avant pour
s'attacher par deux chefs à la paroi postérieure du
rectum, à quelques centimètres au-dessus de l'anus.
C'est un muscle assez grêle, d'une longueur de 3 à 4 cen-
timètres environ. Cependant, loin d'être aussi mince
que le ferait supposer la description de Krause, il est
beaucoup trop épais, au moins chez les lapins de taille
moyenne, pour être soumis tout entier à l'observation
microscopique. C'est peut-être pour cette raison que
Krause est arrivé à l'opinion singulière qu'il énonce
dans son mémoire.
Krause examine le muscle recto-coccygien, soit sans
addition d'aucun réactif, soit après l'action de l'acide
,1) Krause, Die NervenemUgiingen in den glatten Muskeln lAnii. (h Bei-
chert et Du Bois-Reijmoml, 1870, p. 1).
448 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
acétique dilué. Le dessin qui accompagne son travail est
fait évidemment d'après une préparation à l'acide acé-
tique : car on y voit très nettement les noyaux, tandis
que le contour cellulaire n'est pas marqué; de plus, ces
noyaux sont granuleux et en forme do bâtonnet, comme
on les observe après l'action des acides. La fibre nerveuse
figurée est une fibre nerveuse à myéline, nettement re-
connaissable à son double contour. Au point où ce con-
tour disparaît, elle se continue en quelques fibres pâles
qui se perdent après un court trajet. Le tout est entouré
de trois gros noyaux arrondis qui paraissent être logés
dans une capsule.
C'est là une figure qui rappelle, comme Krause le fait
remarquer lui-même, une éminence terminale des
muscles striés. Aussi, sans être absolument affirmatif
sur ce point, il tend à conclure de son observation que
la terminaison nerveuse se fait dans les muscles lisses
par un appareil qui ressemblerait beaucoup à la plaque
motrice. La différence fondamentale entre les deux
ordres de muscles serait que chaque faisceau primitif
strié possède une plaque motrice particulière, tandis
qu'une seule de ces plaques commanderait un grand
nombre de cellules musculaires lisses.
Ce qui surprend le plus, en lisant ces singulières
conclusions, c'est que, appartenant à un travail paru
en 1870, elles montrent que l'auteur n'a tenu aucun
compte de toutes les observations publiées avant lui. En
effet, il suffit d'un coup d'œil jeté sur les figures don-
nées par ses prédécesseurs et que j'expose ici devant
vous, pour se convaincre qu'il n'est pas possible que la
HISTORIQUE. 449
terminaison des nerfs dans les muscles lisses se fasse
comme Krause le soutient.
Revenons à 18G9. Nous trouvons dans les Archives
de Schultze un mémoire très court de Tololschinoff (1).
Les recherches de cet auteur ont porté sur la vessie de
la grenouille et ont été faites en vue de contrôler les
résultats annoncés par Arnold. Il a employé la mé-
thode de Tor. Après avoir insufflé la vessie de manière
à la tendre, il la badigeonnait avec un pinceau trempé
dans une solution de chlorure d'or à i pour 200. Les
tissus étant ainsi fixés, il enlevait la vessie et la plaçait
dans la solution du sel d'or jusqu'à ce qu'elle prît une
teinte jaune paille ; puis il la mettait dans l'eau acidifiée
avec une goutte d'acide acétique, suivant le procédé de
Cohnheim.
Tolotschinoff n'a jamais pu observer le mode de termi-
naison signalé par Arnold ; il a vu seulement (et c'est la
première fois que ce fait a été constaté à l'aide de la
méthode de l'or) que les fibres nerveuses forment un
réseau dans les mailles duquel sont logées les cellules
musculaires. Ce réseau n'est autre chose que le réseau
intramusculaire de Klebs.
Un septième travail est celui de Hénocque (2) publié
en 1870. C'est un travail important. Les recherches de
l'auteur ont porté, non seulement sur la terminaison,
mais encore sur la répartition des fibres nerveuses. Il a
employé des méthodes variées, entre autres celle de l'or,
(1) Tolotschinoff, Ueber das Verhalten der Nerven zu den glatten Muskel-
fasern der Froschharnblase {Arch. f. micr. Anatomie, 1869, t. V, p. 509).
(2) Hénocque, Du mode de distribution et de terminaison des nerfs.
dans les muscles lisses, Paris, 1870,
RANVIER. — Anat. générale. i. — 29
450 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
qu'il il inodifiée. Il laisse les tissus dans la solution de
chlorure d'or jusqu'à ce qu'ils aient pris une teinte jaune
paille, puis il provoque la réduction rapide en employant
une solution concentrée d'acide tartrique portée ta une
température voisine de l'éhullition. Je n'ai pas à appré-
cier maintenant cette méthode, d'autant plus que ce n'est
pas avec son aide (pi'il a obtenu les principaux résul-
tats qu'il a publiés sur le mode de terminaison des nerfs
dans les muscles lisses.
Il reconnaît, avec Klebs et Arnold, l'existence d'un
plexus fondamental, d'un réseau intermédiaire et d'un
plexus intramusculaire. Il admet avec Frankenhaeuser
que la terminaison des nerfs se fait par des extrémités
libres. Mais, d'après lui, cette terminaison ne serait ni
dans les nucléoles, ni dans les noyaux; les fibres ner-
veuses se termineraient dans la substance musculaire
elle-même, en dehors du noyau, par de petits boutons
très caractérisés. C'est surtout à l'aide de l'acide pyro-
ligneux qu'il serait arrivé à en faire l'observation.
Dans un mémoire sur les nerfs du tube digestif, pu-
blié en 1875, Goniaew(l) étudie les réseaux nerveux
intramusculaires de l'œsophage et de l'intestin du lapin.
Il s'occupe surtout de la distribution des nerfs; quant
à leur mode de terminaison, il n'émet aucune afflrina-
tion bien nette.
La même année, Lœwit(2) reprit ces recherches. Elles
portèrent sur différents organes, mais surtout sur la
(1) Goniaew, Die Nercendes Nalirungsschlauches {Arcli. f. micr. Anatomie,
t. XI, 1875, p. 479).
(2) Lœwit, Die Nerven der glatten Muskulatur (Acad. des sciences de
Vienne, 3^ section, l. LXXI, 1875).
IIISTOIUQUE. /Î51
vessie de la grenouille. Lœwit admet les trois parties
de l'appareil nerveux distinguées par Klebs. D'après lui,
le réseau intramusculaire ne donne pas naissance à des
fibrilles qui se terminent librement; c'est un réseau
complet, dans les mailles duquel sont contenues les
cellules musculaires.
Lœwit a fait des observations meilleures que ses
devanciers, parce qu'il a mieux su manier l'or. Guidé
par une indication de Pritchard, qui avait employé pour
l'étude des fibres nerveuses du limaçon de l'oreille l'a-
cide formique comme agent réducteur, Lœwit eut égale-
ment recours à cet acide. Il modifia la manière d'agir de
Pritchard et arriva à donner un procédé bien réglé
dont je vous ai déjà indiqué les détails (voy. p. i85), sur
lesquels je ne reviendrai pas ici.
Ses conclusions sont, comme je viens de vous le dire,
qu'il n'existe pas de terminaisons nerveuses proprement
dites, mais seulement un réseau. Il insiste sur un point
qui a en effet de l'importance, c'est que les noyaux des
cellules musculaires lisses sont toujours placés sur un
côté de la cellule, et que c'est généralement de ce côté
que passe la fibrille nerveuse, qui semble adbérer à la
cellule musculaire à ce niveau.
Eni876,. Elischer (1) s'est aussi occupé de la termi-
naison des nerfs dans les muscles lisses. Je ne vous
aurais pas parlé de ce travail, si l'aperçu nouveau qu'il
donne sur les terminaisons nerveuses ne venait compléter,
pour ainsi dire, la série de toutes les opinions possibles.
(1) Elisclier, Beitraege mr feiiiereii Anatomie der Maskelfasern des Utérus
iArchii' fur Gijnaekolorjie, 187(3, t. IX, p. 10).
452 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Les libres nerveuses, après s'être divisée s et subdivi-
sées, arrivent jusqu'au noyau et s'y terminent par un
bouton; mais ce bouton n'est pas le nucléole; celui-ci
en est parfaitement distinct.
Le dernier mémoire dont je vous entretiendrai (et
j'en ai passé plusieurs moins importants) est celui de
Gscheidlen (1), publié en 1877. L'auteur a poursuivi
ses recherches pendant plusieurs années, probablement
dans le but de contrôler les résultats indiqués par Arnold.
Au courant de ses études, il a eu connaissance de la
méthode de Lœwit, qu'il a dès lors mise en usage.
Après avoir essayé de différents organes des mammi-
fères et des batraciens , il prit comme objet d'étude, sur
le conseil de Heidenhain, l'estomac de la sangsue. Dans
les culs-de-sac de cet organe, les cellules musculaires,
d'une dimension considérable, sont isolées ou disposées
par petits groupes. Sur ces immenses fibres musculaires,
rangées parallèlement, les nerfs se ramifient, et for-
ment, soit en les longeant, soit en les croisant, des
plexus d'où partent directement les fibrilles qui vont se
rendre aux cellules musculaires. Il n'existe donc pas de
réseau intermédiaire. Quant aux terminaisons, elles se
font par un réseau à larges mailles dont les branches
longent généralement les cellules musculaires, ou les
croisent. Les conclusions de Gscheidlen sont donc à peu
près les mêmes que celles de Lœwit.
Je m'arrête là dans cet exposé hislorique. Il suffît
pour vous montrer la divergence des opinions auxquelles
(1) Gscheidlen, Beitraege zur Lehre von den Nervenendigungen in den
glatten Muskelfaseni {Arch. f. micr. Analomie, 1877, t. XIV, p. 321).
HISTORIQUE. 453
sont arrivés les différents auteurs, bien que leurs
méthodes n'aient pas été très variées. Dans les der-
nières années, l'opinion qui semble prendre le dessus
est celle d'après laquelle les nerfs des muscles lisses se
termineraient en réseau. Cependant, on ne l'admet pas
volontiers quand on connaît les terminaisons libres si
nettes dans les lames électriques de la torpille et dans les
fibres musculaires striées; et j'avoue que pour ma part
je ne me prononcerais à priori qu'avec la plus grande
réserve pour l'existence d'un réseau terminal.
Vous remarquerez encore que tous les auteurs s'ac-
cordent à faire dépendre les fibres nerveuses apparte-
nant à un organe muni de muscles lisses, d'un appareil
nerveux spécial à cet organe. Nous aurons à rechercher
dans la suite de nos études si cette disposition est en
rapport avec le mode d'action particulier des fibres
lisses, ou si elle doit être attribuée aux rapports spéciaux
des organes dont il s'agit avec les grands centres d'in-
nervation.
VINGT-HUITIÈiME LEÇON
(4 avril 1878)
Teruiinaison des nerfs dans les muscles lisses.
Revue et classification des opiaions des auteurs sur la terminaison des nerfs
dans les muscles lisses. — Causes de leurs divergences : Difficultés spéciales ;
insuffisance des méthodes ; diversité des objets choisis pour l'examen.
Critique expérimentale. — Nerfs des muscles lisses. Plexus nerveux de
Meissner et d'Auerbach. — Rôle des plexus nerveux ganglionnaires.
Us existent sur le trajet des nerfs allant aux muscles de la vie organique,
striés ou lisses. Ils n'existent pas sur le trajet des nerfs allant aux mus -
clés volontaires, qu'ils soient striés ou non. Ils sont donc en rapport non
pas avec la structure particulière des muscles, mais avec le caractère invo-
lontaire de l'acte moteur auquel ils président.
Étude des nerfs de la vessie de la grenouille. — Procédé opératoire. —
Description de l'entrée des nerfs et du plexus fondamental.
Messieurs,
Un fait a dû vous frapper dans l'exposé historique que
je vous ai présenté dans la dernière leçon : c'est la
divergence des opinions des auteurs sur le mode de ter-
minaison des fibres nerveuses dans les muscles lisses.
La différence de leurs manières de voir s'accusera encore
davantage si nous essayons de les classer suivant leurs
ressemblances.
L'opinion la plus ancienne est celle qui fait terminer
les nerfs par des anses; elle a été défendue par Valentin,
Heu le, etc.
DIFFICUMFtS DU SUJET. 455
Un second mode de terminaison, par des plaques mo-
trices, a été admis par Krause.
Une troisième opinion est celle d'après laquelle les nerfs
se termineraient par des boutons ou par des bourgeons.
Les auteurs qui l'admettent difTèrent encore sur les
détails; ainsi les uns croient que la fibre nerveuse se
termine dans le nucléole (Frankenbaeuser), d'autres
qu'elle se termine à la vérité dans le noyau, mais en
dehors du nucléole (Elischer); d'autres enfin pensent que
c'est dans la substance musculaire, en dehors du noyau,
que se montre le bouton terminal (Hénocque).
Une quatrième opinion est celle des auteurs qui
admettent un réseau terminal. Pour certains d'entre
eux, les fibres de ce réseau s'engagent dans les cellules
musculaires et traversent leurs nucléoles (Arnold); pour
d'autres, le réseau nerveux comprend les cellules mus-
culaires entre ses branches , mais n'y pénètre jias
(Tolotschinojf, Lœwit, Gscheidlen). Telles sont les
opinions les plus saillantes. Il n'y a, vous le voyez,
aucune disposition prévue par l'imagination qui n'ait
été adoptée par quelque auteur comme l'expression de
la vérité.
Ces opinions contradictoires tiennent en partie à la
difficulté du sujet, en partie à l'imperfection des mé-
thodes.
Le sujet est difficile, et cela pour plusieurs raisons.
D'abord, les fibres nerveuses qui se distribuent aux
muscles lisses et qui vont se terminer dans les cellules
musculaires sont dépourvues de myéline, contrairement
à celles qui se rendent aux muscles striés des vertébrés.
456 TER]MINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
C'est là une première difficulté. La myéline, en cfTet,
permet, grâce à son haut indice de réfraction, de dis-
tinguer les fibres qui en sont pourvues, même quand
elles sont enchevêtrées au milieu de tissus de toute
nature. Au contraire, quand cette gaîne manque, les
fibres nerveuses, ne possédant pas de réfringence spé-
ciale, se confondent dans la masse des tissus.
Une autre difficulté tient à l'union intime des cellules
musculaires. Tandis que les faisceaux primitifs striés,
enveloppés de leur sarcolemme, séparés les uns des
autres par du plasma, sont facilement isolables, les cel-
lulesmusculaires, soudées ensemble, forment des masses
qu'il est difficile de résoudre en leurs éléments consti-
tutifs sans déchirer ou altérer quelque peu ces derniers.
En second lieu, les méthodes sont insuffisantes. Ainsi,
l'on a fait usage des acides : acide acétique, acide for-
mique, vinaigre de bois. On peut considérer ce dernier
réactif, malgré sa complexité, comme ayant à peu près
la même action que Tacide acétique. Tous ces agents
éclaircissent les tissus en les gonflant. Le tissu con-
jonctif subit le gonflement le plus notable; les cellules
musculaires se gonflent moins et les nerfs changent peu
de volume.
La transparence que ce gonflement donne aux tissus
provient de ce que leurs éléments, rapprochés les uns
des autres, s'accolent, pour ainsi dire, en supprimant les
espaces qui les séparent, et forment ainsi une seule masse
presque homogène. Les différences légères des indices
de réfraction étant ainsi noyées dans l'ensemble, les
éléments sont moins distincts. Les dernières ramifica-
MÉTHODES. 457
tions nerveuses éprouvent, il est vrai, par ce traitement,
un gonflement moindre que les fibres conncctives et
musculaires, ce qui lient, très probablement, à ce qu'il
entre clans leur constitution une certaine quantité de
matière grasse difficile à modifier par les acides faibles;
il en résulte qu'elles conservent une réfringence un peu
plus grande et s'accusent par là. Mais elles se voient
toujours d'une manière vague. Il faut employer, pour
les examiner, des grossissements considérables; autre-
ment il est facile de les confondre avec le bord d'un
faisceau, ou avec celui d'une cellule, ou avec des plis,
ou enfin avec des fibres élastiques fines, qui sont très
nombreuses dans certains muscles lisses.
Si l'on ajoute que presque toujours il y a dans le tissu
des granulations graisseuses qui échappent à l'action de
l'acide acétique et qui rendent l'image encore plus com-
plexe, on comprendra facilement que l'emploi de cette
méthode constitue une des causes de divergence entre
les auteurs. Plusieurs d'entre eux emploient la glycérine
après l'acide pyroligneux; il est facile de se rendre compte
qu'ils' obtiennent ainsi un effet inverse de celui qu'ils
attendent. La glycérine agit en effet d'une autre manière
que les acides pour donner de la transparence aux tissus;
elle uniformise l'indice de réfraction des différents élé-
ments en les imbibant et en leur prêtant ainsi sa réfrin-
gence élevée. Il suit de là que son emploi fait perdre
absolument tout le bénéfice de l'action des acides fai-
bles, dont le seul résultat favorable pouvait être de
maintenir aux extrémités nerveuses une réfringence
un peu plus considérable qu'aux autres éléments. Aussi
458 TEKMINAISON DbS NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
n'obtienl-on , en opérant ainsi, que des images très
vagues, qu'il est facile d'interpréter pour ainsi dire à
volonté.
Du reste, pour juger de l'action des acides faibles sur
les terminaisons nerveuses dans les muscles lisses, il vous
suffira de vous rappeler quel résultat détestable (le mot
n'est pas trop fort) ces mêmts acides nous ont donné
dans Tétude de la terminaison des nerfs dans les muscles
striés et dans les lames électriques de la torpille; ils
faisaient disparaître tout ce qui était ramifications ner-
veuses terminait s (1). 11 n'est pas étonnant que les au-
teurs qui ont travaillé avec des méthodes aussi mauvaises
aient obtenu des résultats inexacts ou insuffisants.
Plusieurs histologistes ont certainement dû essayer de
colorer leurs préparations ; s'ils n'ont pas parlé de leurs
tentatives dans ce sens, cela tient probablement à ce
qu'elles sont restées sans succès. C'est seulement avec
les sels d'or que l'on peut espérer un résulat favorable,
et encore ne faut-il pas trop y compter. Cela dépend
surtout du procédé que l'on mettra en usage. Si l'on
emploie par exemple celui de Gohnheim, on obtiendra,
suivant les cas, une préparation qui sera colorée depuis
le rose jusqu'au rouge ponceau, ou depuis le violet clair
jusqu'au noir; mais cette coloration sera répandue uni-
formément sur tout le tissu, et souvent les fibres ner-
veuses se montreront moins vivement teintées que le
reste.
On est donc loin d'être certain de réussir avec cepro-
(1) Voy. Uislologie du système nerveux, t. W, p. 284.
CRITIQUE DE L\ Ml-THODE DE l'oR. 459
cédé. Moi-même jo l'ai essayé un très grand nombre de
fois, et jamais je n'ai obleiui aucun résultai tant soit peu
favorable pour la terminaison des nerfs dans les mus-
cles lisses.
Le procédé d'Hénocque n'est pas meilleur. Hénocque
lui-même reconnaît qu'il ne difîêre de celui de Cohn-
heim que par la réduction plus rapide. Lorsque l'on
plonge les tissus dans l'acide tartrique, l'action élective
de l'or s'est déjà produite, et le traitenîcnt consécutif ne
peut rien y changer. De plus, il n'est pas sans inconvé-
nient de soumettre des tissus à l'action de l'acide tar-
trique bouillant.
Le procédé de Lœwit est supérieur, mais il présente
encore bien des inconvénients. L'acide formique n'est
pas sans modifier les ramifications nerveuses terminales.
Vous en avez eu la preuve lorsque nous l'avons employé
pour l'étude des éminences terminales des muscles
striés. Les arborisations terminales étaient bien diffé-
rentes de celles que nous avons vues plus tard à l'état
vivant ou plutôt à la suite de l'action de l'alcool au tiers.
Quant à celui de Gscheidlen, qui consiste a placer
d'emblée des portions d'organe pendant vingt-quatre
heures dans de l'acide formique à i ou ta 2! pour 100,
il doit produire dans les éléments des modifications tout
aussi considérables.
A ces deux premières causes de divergence, la diffi-
culté du sujet et l'insuffisance des méthodes, vient s'en
joindre une troisième, la diversité des objets d'étude
choisis par les différents observateurs. Il est vrai qu'en
général ils disent avoir étendu !eurs recherches à
460 TRRMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
plusieurs organes et même à plusieurs animaux; mais
en réalité chacun d'eux a eu un objet de prédilection,
d'après lequel il s'est formé son opinion. C'est ainsi que
Trinchese a examiné surtout les muscles de l'escargot;
Klebs, Tolotschinoff et Lœwit ont expérimenté presque
exclusivement sur la vessie de la grenouille; Elischer et
Frankenhaeuser ont choisi l'utérus et ses annexes;
Krause, le muscle recto-coccygien du lapin, etc. Cepen-
dant, dans une question aussi difficile, il est nécessaire
de s'adresser à divers animaux et de les comparer
entre eux. Je tenterai de le faire pour un certain nom-
bre, et je vous indiquerai en même temps les méthodes
que j'ai mis en usage, afin que vous puissiez répéter les
expériences et étendre aussi vos recherches à d'autres
objets.
Je passe donc à l'exposé des faits et à la critique expé-
rimentale, telle que nous avons l'habitude de la faire
ici. Nous nous occuperons d'abord de l'étude des bran-
ches nerveuses qui se rendent aux organes pourvus de
fibres musculaires lisses, et c'est seulement après que
nous passerons aux terminaisons nerveuses proprement
dites.
Les nerfs qui se rendent aux fibres musculaires lisses
présentent en général un premier plexus ganglionnaire,
plexus fondamental, puis un autre plexus, que les auteurs
appellent plexus intermédiaire.
Je vous ai dit (voy. p. 338) que Remak avait signalé
le premier des ganglions microscopiques sur le trajet
des nerfs qui se rendent au tube intestinal. En 1857,
PLEXUS NERVEUX FONDAMENTAUX. 461
Meissnor (1), ayant coupé avec des ciseaux fins des
lambeaux de la muqueuse du tube digestif, les ayant
traités par le vinaigre de l)ois et les ayant montés ensuite
à plat en préparation, remarqua dans le tissu con-
jonctif sous-muqueux un réseau ou plexus, dans lequel
se trouvaient des cellules ganglionnaires. Je ne m'éten-
drai pas ici sur la description de ce plexus, sur laquelle
j'aurai l'occasion de revenir plus tard.
En 1864, Auerbach (^2), ayant appliqué la môme
méthode à l'étude de la tunique musculaire de l'intestin
du lapin, trouva dans cette tunique un plexus analogue
à celui du tissu sous-muqueux, plexus my enter ique ^
que l'on appelle communément, de son nom, plexus
d' Auerbach.
Le mémoire d' Auerbach est très court. L'auteur an-
nonce la publication d'un travail plus complet. Ce tra-
vail n'a jamais paru, que je sache; mais, malgré sa
brièveté, la description d'Auerbach est si nette et si
explicite que l'on n'y a rien ajouté depuis .
Les plexus myentériques de l'oesophage, de l'estomac
et de l'intestin nous fournissent des types remarquables
de plexus fondamentaux. Des plexus analogues ont été
décrits dans presque tous les organes munis de fibres
musculaires lisses à contraction involontaire : les ure-
tères, la vessie, l'utérus, etc.] i
Nous devons maintenant nous demander quelle est la
(1) Meissner, f/efter die Nerven der Dannwand {Zeitschrift fur rat. Medi-
cin, 2° série, vol. VIII, p. 364).
(2j Auerbach, Feniere vorlaïilige Mittheilung ûber den Nervenapparat des
Darms Arch. de Virchow, t. XXX, p. 457).
46^ TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
signification des plexus fondamentaux dans l'appareil
nerveux des organes contenant des fibres musculaires
lisses.
Je vous ai parlé longuement cette année de deux or-
ganes à fibres musculaires striées qui possèdent chacun
un plexus fondamental, le cœur el l'œsophage. Si d'autre
part nous considérons les arthropodes, surtout les in-
sectes, nous verrons que la tunique musculaire de leur
tube digestif est formée par des fibres striées. Or, si
l'on examine les fibres nerveuses qui s'y rendent, on
remarque que ces fibres constituent également un
plexus, véritable plexus fondamental : car il possède des
cehules ganglionnaires dans ses points nodaux et sur le
parcours même des fibres qui le composent. Ces nerfs
sont donc des nerfs ganglionnaires, quoiqu'ils se ren-
dent à des muscles striés.
Du reste, il y a même des vertébrés chez lesquels l'in-
testin tout entier possède des fibres musculaires striées.
La tanche est un exemple de cette exception rare; son
intestin a la contraction brusque, bien qu'elle soit invo-
lontaire. Les fibres nerveuses qui s'y distribuent présen-
tent, je m'en suis assuré, des cellules ganglionnaires
sur leur parcours.
Nous avons ainsi plusieurs exemples nouveaux de mus-
cles striés dépendant de nerfs sur le trajet desquels sont
disposées des cellules nerveuses. Il suit de là que l'exis-
tence d'un plexus ganglionnaire n'est pas caractéris-
tique des organes formés de fibres musculaires lisses.
D'autre part, sur les nerfs qui se rendent aux muscles
volontaires, on ne rencontre jamais de ganglions ou de
PLEXUS NIÎRVEUX FONDAMENTAUX. 40r{
cellules ganglionnaires. Une fois tlégagée de la moelle, la
fibre nerveuse arrive direcleuient jusqu'à rélérnenldont
elle ordonne les mouvements, sans que rien ne modifie
sur son trajet l'incitation qu'elle a reçue de la cellule
nerveuse médullaire ou cérébrale.
Si nous descendons dans la série animale, nous arri-
vons à trouver, chez les mollusques, tous les muscles,
môme les muscles volontaires, composés de fibres
lisses. Voyons si, en raison de la nature même de ces
fibres, il n'y aurait pas quelque appareil interposé sur le
trajet des nerfs pour modifier l'ordre transmis par la
volonté. Vous savez que chez ces animaux il n'existe
pas d'axe cérébro-spinal ; leurs centres nerveux sont
formés par des ganglions dispersés dans différents poiiits
du corps. Il suit de là qu'il n'est pas possible de faire une
observation comparable à celles dont nous venons de
parler pour les animaux supérieurs. Cependant, si nous
étudions un muscle en détail, par exemple chez l'es-
cargot le muscle rétracteur du corps, nous constaterons
qu'arrivés sur ce muscle les nerfs se ramifient dicho-
tomiquement, pour se diviser finalement en fibrilles qui
atteignent directement les fibres musculaires. Or, dans
tout ce trajet entre les amas ganglionnaires qui font l'of-
fice de centres nerveux et les extrémités nerveuses dans
les fibres musculaires, il n'y a pas de ganglions interposés.
De l'ensemble des observations qui précèdent, nous
pouvons conclure que :
Les muscles organiques, quih- soient lisses ou striés^
sont animés par des nerfs qui^ immédiatement avant d at-
teindre ce-> muscles^ formant un plexus ganglionnaire.
4G4 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Les muscles volontaires, qii ils soient striés on non, reçoi-
vent des nerfs qui leur viennent directement des centres ner-
veux, et il n'existe pas sur le trajet de ces nerfs des gan-
glions qui puissent modifier ^incitation motrice venant
de ces centres.
Je rapprocherai des muscles volontaires les lames de
Torcçane électrique de la lorpille. Les nerfs arrivent di-
rectement à ces lames sans passer par des cellules gan-
glionnaires. L'ordre qu'ils transmettent vient immédia-
tement du lobe électrique ou de plus haut, et il n'existe
pas de cellules nerveuses intermédiaires qui pourraient
le modifier.
En revanche, j'aurai plus tard à vous parler d'organes
ganglionnairesspéciaux aux glandes. Les glandes peuvent
être considérées jusqu'à un certain point comme des
organes moteurs, puisque, en somme, leur action
aboutit au mouvement du liquide qu'elles sécrètent et
qu'elles expulsent. Eh bien ! il suffirait de savoir que ces
organes possèdent des plexus ganglionnaires pour pou-
voir affirmer qu'ils ne sont pas sous la dépendance de
la volonté.
Il existe ainsi un rapport constant entre la physiolo-
gie et l'anatomie; c'est un rapport nécessaire, et lors-
que les phénomènes fonctionnels d'une part, les élé-
ments anatomiques de l'autre, sont suffisamment
accessibles à nos moyens d'investigation , nous ne
manquons pas de le constater.
Aussi, toutes les fois que dans un organe moteur nous
trouvons des cellules ganglionnaires, nous pouvons affir-
mer que cet organe se contracte en dehors de l'influence
VESSIE DE LA GRENOUILLE. 465
directe de la volonté. J'insiste à dessein sur le mot : in-
fluence directe ]\\ ftiut bien distinguer en effet l'ordre
donné par la volonté de l'influence indirecte qu'elle peut
exercer. Ainsi, nous ne sécrétons pas à volonté de la
salive, mais nous pouvons nous placer dans des condi-
tions telles que cette sécrétion se produise, par exemple
en dirigeant notre pensée sur des objets sapides.
Ces considérations étaient nécessaires pour faire com-
prendre la signification physiologique des plexus fon-
damentaux dans les organes formés de muscles lisses.
Nous allons maintenant étudier ces plexus dans certains
organes, que nous examinerons en nombre suffisant
pour que nous puissions ensuite généraliser les résultats
de nos observations. Nous porterons nos recherches
d'abord sur l'appareil nerveux de la vessie de la gre-
nouille et de l'estomac de la sangsue, puis sur les plexus
nerveux de l'intestin.
Occupons-nous d'abord du plexus fondamental de la
vessie de la grenouille.
Pour en faire l'étude, il faut opérer de la manière
suivante. L'animal, immobilisé, soit par le curare, soit
par la destruction de la moelle épinière, est placé sur le
ventre. On pratique au niveau du sacrum une incision
transversale semi-lunaire à convexité dirigée en bas.
Puis on rabat le lambeau inférieur et l'on incise à droite
et à gauche l'aponévrose limitant le sac dorsal jusqu'à ce
que le rectum soit dégagé dans sa partie inférieure. On
passe alors au-dessous de cet organe un fil au moyen
duquel on lie l'orifice du cloaque aussi bas que possible,
RANViER. — Anat. générale. i. — 30
400 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
c'est-à-tlire à son point de jonction avec la peau. Il est
nécessaire de procéder ainsi, parce que l'ouverture de
a vessie dans le cloaque se trouve à sa partie la plus
inférieure et que, si l'on prati(|uait la ligature un peu
plus haut, on risquerait de l'y comprendre.
Cette ligature étant faite, l'animal est placé sur le dos
et la cavité abdominale est ouverte. La vessie et le rec-
tum sont mis à découvert. Le rectum est tiré en haut
avec une pince, le mésorectum est incisé de manière à
dégager l'intestin. L'intestin grêle est lié avec un fil
au-dessus du rectum ;. celui-ci est incisé et on le
débarrasse des matières fécales qu'il contient en
le comprimant de bas en haut avec une pince. Puis on
introduit dans l'incision la canule d'une seringue rem-
plie d'eau salée à 0 pour iOOO et, après l'avoir fixée par
une ligature, on pousse Tinjection en allant très lente-
ment. Le rectum se remplit d'abord et se gonfle, puis
la vessie s'emplit à son tour. Quand elle est suffisamment
distendue, on retire la canule en serrant la ligature.
Il s'agit maintenant d'enlever la vessie. Pour cela on
la renverse vers la gauche et on la dégage adroite, et
réciproquement. On incise aussi loin que possible le
ligament antérieur. On passe alors au-dessous de la ves-
sie une ligature que l'on serre aussi basque possible, et
on la détache avecle rectum; on plonge le toutdans l'eau
salée, et l'on dissèque avec piécaution la vessie, en enle-
vant les parties du rectum qui y adhèrent. On obtient
de celte façon la vessie isolée sous forme d'une vésicule
marquée d'un sillon médian et remplie d'eau salée
(fig. 76).
VESSIiî Dlî LA GREXOUILLK. 467
Pour étudier le plexus fondamental il est nécessaire
•de noircir les nerfs atîn de les rendre plus apparents.
A cet effet, la vessie est plongée dans un baquet de verre
contenant un mélange d'une partie d'une solution d'acide
osmiqueà J pour iOO, et de 10 parties d'eau salée à
6 pour 1000. Le baquet est recouvert d'un verre de
montre ou d'une lame de verre empêchant les vapeurs
d'acide osmique d'incommoder l'observateur, et, en exa-
minant à la loupe, on suit aisément les progrès de l'ac-
tion du réactif sur les nerfs. Quand ceux-ci commencent
à se colorer, la vessie est retirée et plongée dans un autre
baquet rempli d'eau salée, dans lequel elle peut être
observée commodément, soit avec la loupe de Briicke,
soit avec le microscope binoculaire.
La vessie de la grenouille est divisée en deux lobes,
quelquefois inégaux, par un sillon médian antéro-pos-
térieur, moins marqué à la face antérieure qu'à la face
postérieure, où il correspond au rectum.
En examinant attentivement cette face postérieure,
on reconnaît que sur une certaine étendue la membrane
péritonéale n'est pas accolée au tissu de la vessie; elle
peut en être séparée dans une région de forme triangu-
laire à base inférieure.
De la ligature au moyen de laquelle on a clos la vessie,
on voit se dégager sur cette même face postérieure deux
nerfs cheminant parallèlement d'avant en arrière et
s'envoyant l'un à l'autre des branches anastomotiques,
premier indice du plexus qu'ils concourent à former.
Chacun d'eux présente sur son trajet un renflement
gangliforme visible à l'œil nu, et reconnaissable à sa
468 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
couleur grisâtre. A un grossissement de 20 ou 30 dia-
mètres, on distingue entre les deux nerfs un plexus à
larges mailles, et dans les renflements gangliformes des
cellules ganglionnaires en nombre plus ou moins grand.
Ces nerfs contiennent des fibres à myéline, qui diminuent
peu à peu de nombre, et finissent par disparaître pour
faire place à des fibres sans myéline.
Sur la face antérieure de la vessie on observe une dis-
position analogue ; cependant, les nerfs qui s'y rendent
sont, en général, moins volumineux et moins longs.
Avant d'atteindre le sommet de la vessie, les nerfs,
soit de la face postérieure, soit de l'antérieure, ont perdu
leur myéline. J'ajouterai que les quatre branches d'ori-
gine du plexus et même les branches secondaires qui en
partent occupent un espace relativement assez restreint;
elles sont limitées au sillon médian et à une région peu
étendue de chaque côté.
VINGT-NEUVIÈME LEÇON
( 9 avril 1878)
Terminaison des nerfs dans les muscles lisses.
Plexus nerveux de la vessie de la grenouille (suite). — Étude des fibres sans
myéline au moyen du procédé de Klebs. — Imprégnations au chlorure d'or.
Description du plexus fondamental de la vessie. — Son siège dans un tissu
conjonctif réticulé situé entre le péritoine et le bas-fond de la vessie. —
Description de ce tissu. — Types variés des cellules nerveuses ganglion-
naires qui existent dans la vessie.
Plexus intermédiaire de la vessie de la grenouille. — Transformation des
fibres à myéline en fibres sans myéline. — Disposition des fibrilles ner-
veuses. — Comparaison de ce plexus avec le plexus terminal de la
cornée. — Plexus d'Auerbach. Manière de le préparer. — Chez le lapin, les
cellules ganglionnaires du plexus d'Auerbach ne possèdent qu'un seul
noyau, tandis que les cellules du sympathique en possèdent deux.
Messieurs,
Nous avons vu que le plexus fondamental de la vessie
de la grenouille est formé par quatre troncs nerveux
principaux, qui arrivent sur cet organe au niveau de
son col, et se portent, deux en avant et deux en arrière,
dans le sillon médian qui le sépare en deux lobes.
Vous pourrez reconnaître cette disposition sur une
vessie de grenouille verte {R. escuienta), injectée d'eau
salée et soumise à l'action de l'acide osmique, sui-
vant le procédé que je vous ai exposé dans la dernière
leçon (fi g. 76).
470 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Pour faire une étude plus cooiplète du plexus fonda -
mental de la vessie, il faut diviser cet organe ainsi pré-
paré, et disposer sur une lame de verre la région qui
correspond à son sillon médian. L'examen peut être
fait dans Veau; pour rendre la préparation persistante,
il faut y faire pénétrer lentement de la glycérine.
FiG. 76. — Vessie do la grenouille, remplie d'une solution d'eau salée à G pour 1000 et
vue par sa face inférieure. Les nerfs ont été rendus apparents par l'action de l'acide
osmique. — L, ligature au moyen de laquelle on a fermé la vessie; a, face posté-
rieure de la vessie avec les deux filcls nerveux principaux qui s'anastomosent entre
eux. Celte face a été dépouillée sur une certaine étendue de la séreuse péritonéale
qui recouvre le reste de l'organe et dont les lambeaux se voient en p; b, nerfs de la
face antérieure de la vessie.
En l'examinant avec des grossissements convenable-
ment étages, on reconnaît ({ue les petits troncs nerveux
comprennent un nombre considérable de tubes à myé-
line et fort peu de fibres de Remak. Les tubes à
myéline montrent très nettement leurs étranglements
annulaires ; ils se divisent et se subdivisent, et c'est
VESSIE DE LA GRENOUILLE. 471
toujours au niveau des étranglements que se font leurs
divisions. Après un certain parcours, leur gaine médul-
laire disparaît, et il est difficile de les suivre au delà.
Mais, avant d'arriver à cette limite, on peut faire quel-
ques observations intéressantes.
A mesure que les tubes nerveux se ramifientet se sub-
divisent, leurs segments interannulaires deviennent de
plus en plus couris, tandis que leurs noyaux conservent
leurs dimensions. C'est évidemment un petit tube ner-
veux bifurqué, avec des segments inlerannulaires d'une
trèsfaiblelougueuret munisde noyaux relativementgros,
que Krause a figuré comme une plaque motrice dans le
muscle recto-coccygien du lapin (voy. p. 448).
Les cellules ganglionnaires situées sur le trajet des
nerfs ont des caractères bien accusés; elles sont grandes,
légèrement granuleuses, possèdent un noyau contenant
un gros nucléole et sont entourées d'une membrane dont
le double contour est très net. Il nous est impossible,
sur la préparation que nous examinons en ce moment,
de déterminer quels sont les rapports exacts des nerfs
avec les cellules ganglionnaires, parce que les fibres qui
naissent de ces dernières, étant dépourvues de myéline,
ne sont pas colorées par l'acide osmique.
Pour l'étude des fibres sans myéline, j'ai essayé d'a-
bord le procédé de Klebs(eau sucrée additionnée d'acide
sulfurique, voy. p. 480). Lorsque la vessie a séjourné
deux ou trois heures dans la solution indiquée par cet
auteur, son épithélium se détache de lui-môme, et
après s'être d'abord rétractée, elle s'étale avec la plus
grande facilité.
47'2 TERMINAISON DtS NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
On la porte alors dans un bain de phosphate neutre de
soude à 3 pour 100, et on l'y agite pour chasser les der-
nières cellules épithéliales.
A l'examen microscopique, on distingue d'abord les
tubes à myéline et les cellules ganglionnaires. Les pre-
miers se montrent tels que nous les connaissons, avec
leurs étranglements de plus en plus rapprochés; et l'on
se demande comment Klebs, qui a vu et décrit si minu-
tieusement des détails que je renonce pour ma part à
retrouver sur de telles préparations, a pu méconnaître
les étranglements annulaires et la structure des cellules
ganglionnaires.
Le globe central de ces cellules est granuleux; leur
noyau l'est davantage, tellement que les granulations
masquent leurs nucléoles. Leur partie périphérique, qui
paraît résulter de l'enroulement de fibrilles nerveuses,
se distingue aussi très nettement. Mais il est très diffi-
cile d'observer la fibre spirale, et j'ai, pour ma part, re-
noncé à la voir sur ces préparations.
Quant aux fibres sans myéhne, elles ne se montrent
pas avec une netteté suffisante, et on a de la peine à
les reconnaître, même en s'aidant des figures que
Klebs en a données. Du reste, ces préparations, comme
toutes celles que l'on obtient au moyen des solutions
acides qui gonflent les tissus, prêtent beaucoup à l'illu-
sion.
Nous avons aujourd'hui de meilleures méthodes que
celle de Klebs, qu'il faut, je crois, abandonner et laisser
désormais dans le domaine de l'histoire, pour nous
adresser aux différents procédés d'imprégnation par
VESSIE DE LA GRENOUILLE. 473
Tor. Tous ne conviennent pas également à un même
organe. J'ai d'abord appliqué à la vessie de la grenouille
le procédé de Lœwit, et je n'en ai pas été satisfait.
Pour l'étude du plexus fondamental et du plexus
intermédiaire, deux procédés sont surtout à recomman-
der. Le premier consiste à injecter dans la vessie, en
opérant comme je vous ai dit dans la dernière leçon , le
mélange d'or et d'acide formique préalablement bouillis
ensemble, puis refroidis (voy. p. 117). La vessie est
ensuite enlevée et plongée dans quelques centimètres
cubes du même mélange. On l'y laisse séjourner de
vingt minutes à trois quarts d'heure. Puis elle est
ouverte, lavée dans l'eau distillée et portée dans une
solution d'acide formique au quart ou au cinquième. Le
lendemain, on la place de nouveau dans l'eau distillée
et l'on en chasse l'épithélium avec le pinceau. On enlève
avec des ciseaux la portion qui correspond au sillon
médian et on la monte en préparation dans la glycérine,
la face externe en haut.
Vous voyez que ce procédé diffère peu de celui de
Lœwit; mais ses résultats sont bien préférables, parce
qu'il donne une imprégnation plus régulière et plus
homogène.
Le second procédé consiste à employer le jus de citron .
On remplit la vessie de ce liquide, qu'on laisse agir cinq
à six minutes; puis on porte l'organe dans l'eau distillée,
on l'ouvre, on chasse au pinceau son épithélium, et on
le place dans la solution de chlorure d'or à 1 pour 100.
On l'y laisse séjourner de vingt à trente minutes, puis
on lave à l'eau distillée. La réduction de l'or peut être
471 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
obtenue soit dans l'eau lée^èrement acétifiée sous l'in-
fluence de la lumière du jour, soit dans l'obscurité par
l'action de l'acide formique au quart. Je dois déclarer
que le premier procédé est celui qui m'a fourni les plus
belles préparations; mais le second donne des résultats
plus constants.
Nous allons maintenant examiner le plexus fonda-
mental dans les préparations obtenues au moyen du
chlorure d'or.
Tandis que, sur les lobes latéraux de la vessie, le
péritoine est fortement adhérent, au niveau du sillon
médian il est au contraire séparé , sur une certaine
étendue, de la tunique musculaire de cet organe par un
tissu conjonctif réticulé dans les travées duquel sont
comprises les principales branches du plexus fondamen-
tal. Ce réticulum est comparable à celui du grand épi-
ploon, avec celte différence que ses travées ne sont pas
disposées sur un seul plan, mais dans toutes les direc-
tions. Elles varient beaucoup dans leur diamètre, dans
leur longueur et même dans leur constitution. Elles sont
toutes revêtues à leur surface d'un endothélium. Cer-
taines sont uniquement composées de fibres conjonc-
tives; d'autres contiennent des fibres nerveuses. Dans
les grosses travées, on rencontre côte à côte des fibres
connectives, des cellules musculaires, des vaisseaux et
des nerfs. A ces nerfs sont associées des cellules gan-
glionnaires.
Pour mieux étudier la constitution de ce réticulum
et les éléments nerveux qu'il renferme, il convient d'en
examiner des portions séparées. Pour cela, lorsque la
VESSIE DE LA GRENOUILLE. 475
vessie a été couveuablemeut traitée par le chlorure d'or,
on la met dans l'eau distillée. On voit alors flotter dans
l'eau, au niveau du sillon médian, des lambeaux de la
séreuse péritonéale retenus par le réticulum connectif.
On saisit ces lambeaux avec des pinces, et, soulevant
le réticulum, on arrive à en détacher avec des ciseaux
des portions plus ou moins étendues. C'est une opération
délicate qui demande un certain soin, mais qui ne pré-
sente pas de difficultés réelles. Ces lambeaux montés en
préparations persistantes dans la glycérine montrent les
nerfs à myéline colorés en violet foncé et les cellules
ganglionnaires, dont la masse présente une coloration
analogue.
Ces cellules ont des dimensions très variées et pré-
sentent des dispositions diverses que nous allons dé-
crire.
Le plus fréquemment, elles sont groupées en un
certain nombre, de manière à constituer autour du nerf
un amas ganglionnaire élégant (voy. fig. 77). Il est
souvent difficile de suivre exactement les fibres qui
partent de chaque cellule. Cependant, avec un peu
d'attention, on parvient à reconnaître une fibre droite
qui va rejoindre un tube nerveux en prenant la disposi-
tion en T, et des fibres spirales qui viennent se mélanger
à la masse du nerf et dont il est impossible de déter-
miner le trajet ultérieur.
D'autres fois, une cellule isolée, placée à côté d'un
petit tronc nerveux, émet des prolongements qui vien-
nent s'associer aux autres fibres nerveuses (voy. c,
flg.77).
476 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Il peut arriver que plusieurs cellules soient disposées
en série les unes au-dessus des autres, le lono: d'un nerf,
Fie. 77. — Portion du plexus nerveu.\ fondamonlal de la vessie de la grenouille
imprégné par l'or et isolé de l'organe par dissociation. — n, filet nerveux qui se
bifurque et qui porte, appendus à ses deux rameaux, des bouquets de cellules gan-
glionnaires g; c, cellule unipolaire, dont les fibres se confondent avec celles du lilcl
nerveux.
et que tous leurs prolongements prennent la même
direction ; on voit aussi deux cellules entre-croiser leurs
VESSIE DE LA GRENOUILLE. 477
prolongements et les envoyer en sens opposé dans
le même tronc nerveux.
Dans un troisième type, une cellule placée dans
l'épaisseur mémo d'un petit tronc nerveux, entre les
fibres qui le composent, paraît au premier abord être
bipolaire ; mais, sur les préparations que nous exami-
nons en ce moment, il est impossible de déterminer
si elle est unipolaire, bipolaire ou multipolaire, parce que
les fibres nerveuses qui l'entourent, etqui sont fortement
colorées par l'or, ne permettent pas d'apprécier exac-
tement le nombre et la situation des prolongements qui
en naissent.
Enfin il est une dernière disposition des cellules du
plexus fondamental de la vessie que je dois vous signa-
ler. Une de ces cellules, placée sur le trajet d'une fibre
nerveuse sans myéline et en rapport avec elle par un
prolongement nerveux, émet sur d'autres points de sa
surface une ou plusieurs fibrilles nerveuses qui vont con-
courir à la formation du plexus intermédiaire dont je
vous parlerai dans un instant.
Au premier abord, ces cellules ganglionnaires, du
moins celles qui font saillie à la surface des travées du
réticulum connectif, paraissent avoir des enveloppes mul-
tiples : un premier revêtement endothélial extérieur
n'est autre que celui de la travée conjonctive elle-
même; une seconde enveloppe que l'on remarque
au-dessous correspond à la gaîne de Henle du nerf
en relation avec la cellule; une troisième enveloppe
correspond à la gaîne de Schwann. Chacune de ces
gaînes possède des noyaux distincts qui appartiennent à
478 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
des cellules endothéliales ou à des cellules équiva-
lentes.
Occupons-nous maintenant du plexus intermédiaire.
Ce plexus est constitué par des fibres sans myéline dont
la plupart sont la continuation des fibres nerveuses à
myéline du plexus fondamental. Ces fibres sont de di-
mensions très inégales. Quelques-unes d'entre elles sont
extrêmement grêles ; mais cependant je ne pense pas
qu'il s'agisse encore là de fibrilles nerveuses élémen-
taires. Malgré ces grandes différences de diamètre, il n'y
a pas lieu de les classer, comme Klebs l'a fait, en fibres
rubanées, cylindriques, etc. Toutes ces fibres ont la
même structure essentielle et appartiennent par consé-
quent à la même espèce.
Ces fibres s'anastomosent entre elles et semblent
constituer un véritable réseau. EnefTet, tandis que dans
un plexus formé de tubes nerveux à myéline, on voit
ceux-ci se séparer et s'unira des faisceaux voisins, dont
ils s'éloignent ensuite, sans jamais se fondre les uns dans
les autres, les fibres sans moelle du plexus intermédiaire
de la vessie paraissent, aux points nodaux de ce plexus,
se fondre complètement les unes avec les autres. Je crois
cependant qu'il faut se méfier de cette observation. En
effet, les fibres nerveuses sans moelle sont constituées
elles-mêmes par des fibrilles nerveuses élémentaires, et
il se pourrait fort bien qu'au niveau des nœuds du réseau
il y eût simplement entre-croisement de ces fibrilles,
comme dans un chiasma.
3e rapprocherai ce plexus intermédiaire de la vessie
d'autres dispositions nerveuses qui nous sont bien con-
VESSlli DE LA GRENOUILLE. 479
nues. Ainsi, l'an dernier, nous avons vu (1) que les fibres
de Remak ne sont pas simplement placées les unes à
côté des autres, comme les tubes nerveux à myéline,
mais qu'elles s'anastomosent de manière à former un
réliculum complexe. C'est la disposition que Remak avait
décrite lui-même; mais ses successeurs n'ont pas su la
reconnaître et l'ont simplement niée. Les fibres de Remak
forment donc un vrai plexus, c'est-à-dire qu'elles s'anas-
tomosent les unes avec les autres; mais en réalité les
fibrilles élémentaires qui les constituent ne se fondent
pas, elles sont simplement accolées. En d'autres termes,
l'anastomose des fibres, qui est réelle, correspond
simplement pour les fibrilles à une admirable intrica-
tion plexiforme.
Cette disposition se retrouve fréquemment dans l'or-
ganisme ; mais il y a certains organes qui conviennent
tout particulièrement pour l'étudier. Je citerai entre
autres la cornée du lapin, dont le plexus dit terminal,
après l'imprégnation par l'or, montre avec la plus grande
netteté l'entre-croisement de ses fibrilles nerveuses aux
points nodaux.
Vous pourrez examiner une de ces préparations
(fig. 78), et vous assurer ainsi que les nerfs sans myé-
line qui arrivent à ce plexus sont composés de fibrilles
juxtaposées. Au niveau de leurs divisions ou de leurs
anastomoses, ces fibrilles se séparent et se juxtaposent
sans se fondre les unes avec les autres et suivent des
trajets fort complexes.
(1) Voy. Leçons sur Vhistolorjie du sijstéme nerveux, t. I, p. 141,
480 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
En résumé, lorsque des fibres nerveuses munies d'une
gaîne médullaire, arrivant à la périphérie, se dépouillent
de leur myéline et continuent leur trajet, elles présentent
parfois une disposition analogue à celle que montrent les
FiG. 78. -: Un nœud du plexus terminal de la cornée du lapin, imprégné par l'or.
fibres de Remak dans l'épaisseur des nerfs. C'est ainsi
que sont formés le plexus intermédiaire de la vessie de
la grenouille et le plexus terminal de la cornée. Il en
résuUe qu'au point de vue morphologique ces plexus
peuvent être comparés à des faisceaux de fibres de
Remak qui, au lieu de présenter une disposition cylin-
drique, seraient étalés en surface.
Nous devrions maintenant suivre dans leur terminai-
PLEXUS MYENTÉRIQUE DU LAPIN. 481
SOU les fibres qui composent le plexus intermédiaire de
la vessie de la grenouille. Mais avant d'aborder cette
étude, il convient d'examiner et de comparer entre eux
les plexus fondamentaux de dilîérents appareils muscu-
laires de la vie organique.
Je vous rappellerai d'abord que, chez le lapin, le
plexus ganglionnaire de la tunique musculaire de l'œso-
phage, qui correspond au plexus fondamental de la ves-
sie de la grenouille, possède, comme ce dernier, des
fdDres à myéline. Seulement ces fibres ne se dépouillent
pas toutes de leur gaine médullaire avant leur terminai-
son, comme le font les tubes nerveux de la vessie; elles
la conservent jusqu'au point où elles arrivent sur les fais-
ceaux striés pour y former des arborisations terminales.
Dans l'intestin du lapin, au contraire, le plexus myen-
térique, analogue du plexus ganglionnaire de rœso{)hage,
ne possède pas de tubes nerveux à myéline. Ce plexus,
placé entre la couche longitudinale et la couche trans-
versale de la tunique musculaire, constitue un des
appareils nerveux les plus intéressants de l'organisme.
Il n'est pas difficile de le préparer. On peut enqjloyer
pour cela soit le vinaigre de bois, comme le recomman-
dait Auerbach, soit le chlorure d'or. Vous pourrez
examiner dans un instant deux préparations du plexus
myentérique, faites par la méthode de l'or, suivant
deux procédés différents que je vais vous indiquer. Un
segment de l'intestin grôle du lapin, de 2 à 3 centi-
mètres de longueur, est placé d'abord dans le jus de
citron pendant cinq minutes ; puis, plongé dans l'eau
distillée, il en est retiré immédiatement pour être mis
RANViER. — Aiiat. générale. i. — 31
482 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
dans quelques centimètres cubes d'une solution de chlo-
rure d'oral pour 100. Vingt minutes après^ il est lavé
de nouveau et soumis à l'action de l'acide forniique au
quart, à l'abri de la lumière. On l'y laisse pendant
vingt-quatre heures, après quoi, l'ayant placé dans l'eau
distillée, il est facile d'en séparer, à l'aide de la pince
et des aiguilles, des fragments de la séreuse auxquels
restent adhérentes les deux couches de la musculeuse.
Ces fragments sont disposés à plat et examinés dans la
glycérine, la face péritonéale dirigée du côté de l'obser-
vateur.
E, VERMOrSI CM ir
FlG. 79. — Plexus myentérique de l'inlestin grêle du lapin, iinpre'gné par la méthode
de l'or et vu à la loupe. — n, nœud du plexus; (, travée; m, maille du plexus.
Dans ces préparations, le plexus myentérique'toutj en-
tier, coloré en violet, se montre, à l'œil nu ou à la loupe.
PLKXUS MYENTÉRIQUE DU LAPIN. 483
avec la netteté d'un réseau vasculaire bien injecté
(fig. 79). Au microscope, à un grossissement conve-
nable, on y distingue les travées du plexus fondamental,
nettement fibrillaires, les nœuds de ce plexus dans les-
quels les fibrilles forment des chiasmas, et au milieu
d'elles des cellules ganglionnaires qui sont un peu plus
fortement colorées par l'or, mais dont les noyaux ne
présentent pas décoloration.
Des travées et des noeuds du plexus fondamental se
dégagent des fibres nerveuses qui formant à l'intérieur
de ses mailles un réseau ou plexus secondaire unique-
ment fibrillaire, c'est-à-dire ne contenant pas de cel-
lules nerveuses, et qui est l'analogue du plexus intermé-
diaire de la vessie de la grenouille.
Dans le second procédé d'imprégnation, j'ai employé
le chlorure double d'or et de potassium. J'ai d'abord
rempli un petit segment de l'intestin grêle du lapin,
compris entre deux ligatures, d'une solution de ce sel
à 1 pour 500. Cette anse d'intestin ainsi distendue étant
ensuite détachée, je l'ai plongée dans une solution du
même sel à i pour 1000, afin d'obtenir sous l'influence
de l'osmose une diffusion régulière du réactif dans la
paroi intestinale. Au bout d'une heure l'intestin, fendu
suivant sa longueur, lavé à l'eau distillée, a été soumis
à l'action de la lumière du jour dans de l'eau légèrement
acétifiée. Le lendemain, la réduction de l'or était effec-
tuée, et des lambeaux de la tunique musculaire ont été
montés en préparation dans la glycérine.
Les fibres nerveuses qui entrent dans la constitution
du plexus myentérique sont moins nettes dans ces pré-
484 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
parations que dans les premières, mais en revanche les
cellules ganglionnaires y sont bien plus accusées. Leur
corps coloré en violet foncé est anguleux. Ce sont des
cellules multipolaires, analogues aux cellules des cornes
antérieures de la moelle, bien qu'elles soient beaucoup
plus petites.
Fie. 83. — Un nœud du plc.Kus myoiitri'ii[iie du lapin, iraprcg'né à INjr au moyen du
chlorure double d'or et de iiotassium. — t, travée du plexus; n, cellule gauglion-
njire située dans l'intôrieui' d'iins travée; n', tellules situées dans les nœuds du
plexus.
Chacune de ces cellules possède un seul noyau, que
l'or n'a pas coloré (fig. 80). Si elles appartiennent au
système sympathique, ce qui est fort probable, ce noyau
unique constitue une exception : car les cellules du grand
PLEXUS MYIiNTËRIQUE DU LAPIN. 485
sympathique du lapin, recueillies dans les ganglions ma-
ci'oscopiques qui le composent, sont munies de deux
noyaux.
Ces préparations ne nous permettent pas de recon-
naître si les éléments nerveux qui forment les travées
du plexus d'Auerbach sont directement au contact des
cellules musculaires au milieu desquelles ils sont com-
pris, ou s'ils en sont séparés par une enveloppe compa-
rable à la gaine de Henle qui entoure les ramifications
nerveuses périphériques. La méthode de l'or ne nous
donnant à ce sujet aucune réponse satisfaisante, nous
avons dû en employer une autre.
Fie. 81. — A. Travée du plexus uiyentérique d'Auerbach déchirée de telle sorte que l'on
aperçoit sur une certaine longueur sa gaine vide ; les fibres nerveuses a s'ctant brisées
en un autre point que la gaine elle-même. — a, travée nerveuse; n, cellule ganglion-
naire comprise dans l'épaisseur de cette travée, h, gaine de Henle vide; f, fibrilles
isolées qui ne sont pas brisées au môme niveau que les autres; c, cellule appartenant
à la gaine. — B, cellule ganglionnaire multipolaire du plexus mycnlérique complè-
tement isolée.
Une anse intestinale, remplie d'une solution de bi-
chromate d'ammoniaque à 2 pour 100 et conservée depuis
plusieurs mois dans un tlacon rempli du même réactif.
486 TERMINAISON DES NERFS DANS LlîS MUSCLES LISSES.
a été ouverte, fendue dans sa longueur et placée dans
l'eau. Puis des lambeaux de la tunique musculaire,
arrachés avec des pinces, ont été dissociés avec les
aiguilles de manière à dégager des portions aussi éten-
dues que possible du plexus myentérique, qui ont été
colorées parle picrocarminate d'ammoniaque et conser-
vées dans la glycérine. En examinant les extrémités
des travées déchirées par la dissociation, vous pourrez
voir certaines d'entre elles se termiiier par une gaine
vide. Les fibres nerveuses qui constituaient la travée
s'étant rompues en un autre point que la gaine qui les
enveloppait, celle-ci apparaît nettement avec les noyaux
dont elle est munie (A, fig. 81). Quelques-unes des
cellules ganglionnaires comprises dans les nœuds du
plexus ont été dégagées (B, fig. 81), et vous pourrez
reconnaître que ces cellules sont en réalité multipolaires.
Leurs prolongements ont été déchirés à une distance
variable de leurs points d'origine.
TRENTIÈME LEÇON
(30 avril 1878)
Terminaison des norrs dans les muscles lisses.
^Description du plexus d'Auerbacli (suite). — Plexus de Meissner, — Plexus
nerveux des vaisseaux. — Plexus myentérique de l'escargot. — Plexus
nerveux des culs-de-sac gastriques de la sangsue.
Messieurs,
A la fin de la leçon précédente, nous nous sommes
occupés du plexus myentérique du lapin. Sur les prépa-
tions obtenues au moyen de la méthode de l'or, vous
avez pu reconnaître la disposition générale de ce plexus
et sa constitution histologique. Mais il nous a fallu avoir
recours à une autre méthode pour démontrer autour de
ses travées et de ses nœuds l'existence d'une enveloppe
qui est comparable à la gaîne de Henle.
Je vous rappellerai encore que les grosses travées et
les nœuds ganglionnaires du plexus myentérique cor-
respondent au plexus fondamental de la vessie de la
grenouille, tandis que le plexus intermédiaire de cet
organe est représenté dans l'intestin par le plexus
secondaire, lequel est formé uniquement par des fibres
nerveuses sans mélange de cellules et occupe l'intérieur
des mailles du plexus ganglionnaire.
488 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Plus profondément dans les tuniques intestinales, il
existe, comme vous le savez, un deuxième plexus,
le plexus de iMeissner. Ce plexus, qui est logé dans le
tissu coiijonctif sous-muqueux, est formé, comme celui
d'Auerhaclî, par des travées de fibres nerveuses sans
moelle et des nœuds contenant des cellules ffansjlion-
naires. Chez le lapin, les mailles du plexus de Meissner
sont plus étendues que celles du plexus d'Auerbach ; ses
travées sont plus minces et ses nœuds ganglionnaires
sont plus épais. Ce plexus n'est pas myentérique; il
paraît avoir plutôt des fonctions relatives à la sensibilité
de l'intestin et à la sécrétion de ses glandes; et comme
en ce moment nous nous occupons surtout de la termi-
naison des nerfs dans les muscles lisses, nous ne devons
pas nous étendre davantage sur sa description.
En revanche, je dois vous dire quelques mots des
plexus nerveux de la tunique musculaire des vaisseaux
sanguins. Ces plexus ont été décrits pour la première
fois par His (1) en 1863. En examinant le mésentère de
la grenouille après l'avoir traité par Tacide acétique, il
vit les fibres nerveuses isolées ou groupées arriver dans
la tunique adventice des vaisseaux, artères ou veines,
s'y diviser et s'y subdiviser , et finalement se perdre
dans un réseau qu'il considéra comme terminal. Un
dessin annexé à son travail représente la disposition du
réseau terminal dans un vaisseau du mésentère de la
grenouille.
La méthode de l'or permet de reconnaître dans le
(1) 11 is, Ueber die Endigunrj der Gefânsnerven {Archives de Virchow,
t, XXVIll, p. 427j.
PLEXUS NERVEUX DES VAISSEAUX SANGUINS. 489
mésentère delà grenouille le réseau décrit et figuré par
His. Elle montre en outre que ce réseau, qui en réalité
correspond au plexus intermédiaire de la vessie de la
grenouille, n'est pas terminal, car il s'en dégage des
fibrilles qui pénètrent dans la tunique musculaire pro-
prement dite pour se terminer sur les éléments qui la
composent. Ce plexus existe au;>si bien sur les veinules
que sur les artérioles; seulement ses travées sont plus
épaisses et ses mailles sont plus étroites dans les secondes
que dans les premières, ce qui est en rapport avec ce
que nous savons de la richesse relative des deux ordres
de vaisseaux en éléments contractiles.
Chez le lapin, les artères et les veines de petit calibre
possèdent un appareil nerveux analogue, que Ton peut
aussi mettre facilement en évidence au moyen de la
méthode de l'or, en l'appliquant aux vaisseaux du mé-
sentère et à ceux qui, dans les différentes régions, sont
compris dans le tissu cellulaire lâche. De nombreux filets
nerveux accompagnent ces vaisseaux et forment, en
s'anastomosant dans les couches superficielles de Fad-
ventice, un treillis à mailles longitudinales grandes et
irrégulières. Des fibres qui composent ce premier plexus
s'en dégagent d'autres qui vont former dans les couches
profondes de l'adventice un nouveau plexus, dont les
mailles sont beaucoup plus serrées. C'est ce dernier qui
correspond à celui que His a décrit dans les vaisseaux
du mésentère de la grenouille.
Mais, pas plus chez la grenouille que chez le lapin, il
n'y a rien qui ressemble à un plexus fondamental muni
de cellules ganglionnaires. Ces cellules semblent faire
490 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
complètement défaut dans les tuniques des vaisseaux
sanguins. Ni à l'aide de la méthode de l'or, ni par
aucune autre méthode je n'ai pu en découvrir. Cepen-
dant Beale et plus récemment Hénocque prétendent en
avoir rencontré.
Je dois vous parler encore du plexus myentérique de
l'escargot.
Les muscles volontaires de cet animal, bien qu'ils
soient formés de cellules musculaires lisses, ne possèdent,
vous vous en souvenez, aucun appareil ganglionnaire
(voy. p. 463). Les nerfs qui les animent se divisent et
se subdivisent, et se rendent finalement aux cellules
musculaires sans s'anastomoser et sans subir l'influence
modificatrice d'aucune cellule nerveuse.
Je devais vous rappeler ces notions avant d'aborder
l'examen de l'appareil nerveux qui est annexé à la
tunique musculaire du tube digestif.
J'ai traité l'intestin de X Helir pomatia par le mélange
de chlorure d'or et d'acide formique bouillis ensemble
(voy. p. 117). Sur les préparations obtenues à l'aide de
cette méthode, préparations que vous avez examinées,
toutes les branches nerveuses qui se distribuent à la
tunique musculaire de l'intestin se montrent pourvues de
cellules ganglionnaires. Sur les plus grosses de ces bran-
ches, vous avez pu reconnaître l'existence de cellules
arrondies, volumineuses, disposées en séries, tantôt
reliées aux nerfs par un pédicule plus ou moins long,
tantôt appliquées exactement sur leur surface. Ces cel-
lules, qui sont en nombre très considérable sur les cor-
PLEXUS MYENTÉRIQUE DE l'eSCARGOT. 491
dons nerveux les plus gros, existent aussi sur les rameaux
plus grêles qui en piirtent; seulement elles y sont moins
nombreuses et plus petites. Elles leur sont reliées par un
pédicule, ou bien elles sont comprises dans leur épais-
seur même; ces dernières sont considérées comme
des cellules bipolaires, tandis que les premières sont
généralement désignées sous le nom de cellules uni-
polaires.
Les gros nerfs sont constitués par des fibres sans
myéline, ou plutôt par un ensemble de fibrilles élémen-
taires qui forment dans leur intérieur des faisceaux plus
ou moins volumineux et plus ou moins distincts. Ces
faisceaux paraissent être les analogues des cylindres-axes
des vertébrés, qui, vous le savez, sont constitués par un
ensemble de fibrilles. Les nerfs plus petits semblent
formés d'un faisceau unique de fibrilles nerveuses.
Les uns et les autres sont entourés d'une membrane
dont la face profonde est doublée de noyaux qui appar-
tiennent probablement à des cellules endothéliales.
Cette gaîne, qui est désignée par les différents auteurs
sous le nom de périnèvre ou de névrilemme, est en réa-
lité l'analogue de la gaîne de Henle, et il convient de la
désigner sous ce nom.
Les cellules ganglionnaires qui sont appendues aux
nerfs sont, comme ces derniers, recouvertes de la gaîne
de Henle; celles qui sont plongées dans l'épaisseur
même des faisceaux nerveux ne paraissent pas avoir
d'enveloppe spéciale.
Si vous examinez maintenant avec un fort grossisse-
ment certaines cellules appendues aux nerfs, et dont le
•492 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
pédicule est très court, vous pourrez observer que les
libres nerveuses s'infléchissent et S''entre-croisent pour
pénétrer dans la masse de la cellule ganglionnaire
(fig. 8'2). Celte disposition permet de reconnaître delà
manière la plus nette la constitution fibrillaire des cor-
dons nerveux du plexus myentérique de l'escargot.
Fig. 82. — Cellule ganglionnaire du plexus nerveux de l'intestin de l'eseargol.
Il en résulte que les cellules unipolaires de ce plexus
reçoivent ou émettent un très grand nombre de fibrilles
nerveuses, qui constituent autant d'individualités phy-
siologiques, et que, loin d'être unipolaires, comme on
l'admet généralement, ces cellules sont multipolaires
à un haut degré.
Du reste, les observations que nous avons déjà eu
l'occasion de faire cette année sur difïerentes cellules
ganglionnaires, et en particulier sur les cellules dites
bipolaires des ganglions spinaux des plagiostomes (voy.
p. 96), établissent qu'en réalité toutes les cellules gan-
glionnaires, qu'elles soient unipolaires ou bipolaires,
sont en relation avec un très grand nombre de fibrilles
nerveuses.
PLEXUS MYIÎNTKlUQUt: DE LA SANGSUE. 498
Abordons maintenant l'étude du plexus myenté-
rique de la sangsue. J'ai déjà eu l'occasion de vous
parler d'un travail de Gscheidlen sur les terminai-
sons nerveuses dans les culs-de-sac gastriques de cet
animal.
Les éléments musculaires qui entrent dans la consti-
tution des culs-de-sac gastriques de la sangsue ont de
grandes dimensions, et ils sont disposés de telle sorte que
l'observation en est très facile. Les nerfs qui s'y rami-
fient ont une constitution analogue à ceux que nous
venons d'étudier chez les mollusques. Ils sont composés
de fibrilles élémentaires contenues dans une enveloppe
commune. Cette enveloppe les suit dans leurs divisions
et subdivisions, et elle est doubléede noyaux qui parais-
sent appartenir à des cellules endolhéliales.
Ces fibres, munies de cellules ganglionnaires, s'anas-
tomosent entre elles de manière à constituer un plexus
à larges mailles qui est l'analogue du plexus myen-
térique des vertébrés et du plexus fondamental de la
vessie de la grenouille.
l^armi les cellules ganglionnaires, les unes sont pla-
cées sur le trajet d'un nerf et revêtent la forme bipo-
laire; elles sont simplement embrassées par les fibrilles
nerveuses, qui s'écartent pour les recevoir et, se réunis-
sant ensuite de nouveau, constituent un nerf efférenl
semblable au nerf d'origine.
D'autres cellules sont appliquées sur le nerf par une
large surface et se réunissent à lui par un cbiasma
identique à celui que nous avons observé chez les mol-
lusques.
494 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Quelquefois on rencontre une disposition singulière :
une branche part du nerf principal, contient sur son
trajet une cellule bipolaire, et retourne au tronc qui l'a
fournie. Dans ce cas, ce n'est qu'un nombre limité des
fibrilles du nerf qui subit l'intluence de la cellule gan-
glionnaire.
D'autres fois, du nerf principal se détache latérale-
ment une petite branche qui porte, appendue à son
extrémité, une cellule ganglionnaire. Dans ce dernier
cas, comme dans le précédent, la cellule ganglionnaire
n'exerce son action que sur un petit nombre des
fibrilles du nerf.
Enfin, on observe aussi des cellules multipolaires,
soit qu'elles se trouvent placées exactement au point de
division d'une fibre nerveuse, soit que, situées à côté
d'un nerf et lui étant reliées par un pédicule, elles
émettent sur différents points de leur surface un plus ou
moins grand nombre de fibres nerveuses qui s'anasto-
mosent avec d'autres rameaux nerveux ou vont directe-
ment aux cellules musculaires.
Les diverses dispositions que je viens de vous décrire
constituent autant de types principaux, entre lesquels il
existe encore bien des intermédiaires. Rien n'est plus
variable, en somme, que la forme et la distribution des
cellules nerveuses dans les culs-de-sac gastriques de la
sangsue. Déplus, ces cellules ont des diamètres très iné-
gaux (il y en a de petites, de moyennes et de grandes ;
je dirai plus, de minuscules et de géantes). Elles sont
capsulées, et parfois une même capsule en renferme
deux. Vous pourrez observer tous ces faits dans les pré-
PLEXUS MYENTÉRIQUE DE LA SANGSUE. 495
pcarations qui ont été placées sous ces microscopes. Je
dois vous indiquer maintenant les méthodes que nous
avons employées pour les obtenir.
Dèsque j ai eu connaissance du mémoire de Gscheidlen ,
j'ai chargé M. Vignal d'exécuter des préparations en
suivant exactement le procédé indiqué par cet auteur et
que voici en peu de mots : Une sangsue étant fixée sur
une lame de liège par des épingles piquées à ses deux
extrémités, on incise délicatement dans le sens de la
longueur la paroi ventrale, en ayant soin de ne pas
intéresser les culs-de-sac ; on étale la peau à droite et
à gauche au fur et à mesure qu'on la dégage. Quand
tous les culs-de-sac sont découverts, on plonge l'animal
ainsi préparé dans une solution d'acide formique à
1 pour 100, dans laquelle on le laisse pendant vingt-
quatre heures ; puis on le soumet pendant quinze
minutes à l'action du chlorure d'or àl pour 100;
après quoi on le reporte dans la première solution d'acide
formique. M. Vignal n'est arrivé à aucun bon résultat et
n'a jamais obtenu des préparations qui permissent de
vérifier même les détails figurés par l'auteur.
Nous avons dû, par conséquent, abandonner ce pro-
cédé et essayer les méthodes qui nous avaient réussi
chez d'autres animaux pour étudier les appareils nerveux
des organes formés de muscles lisses. Ayant immobilisé
une sangsue par immersion dans l'eau chloroformée,
nous l'avons tendue sur une lame de liège à l'aide d'é-
pingles fixées à ses deux extrémités. Un mélange de
quatre parties de chlorure d'or à 1 pour 100 et d'une
partie d'acide formique, préalablement bouilli , puis re-
49G TERMINAISON Dl'S NlîRFS DANS LES MUSCLliS LlSSliS.
froidi, a été injecté dans l'estomac de la sangsue, au
moyen d'une seringue dont la canule, introduite dans
la bouche de l'animal, avait été fixée par une ligature.
Quand les culs-de-S'ic gastriques ont été suffisamment
distendus, nous avons retiré la canule en serrant la lii^a-
ture. Nous avons laissé agir le réactif durant trois quarts
d'heure; puis, opérant sous l'eau, nous avons ouvert
l'animal et dégagé les culs -de -sac gastriques que
nous avons portés dans une solution d'acide formi-
que au quart. Nous les y avons abandonnés pendant
douze heures. Le lendemain, nous avons chassé au
pinceau leur é[)ithélium , et nous en avons détaché
des fragments que nous avons montés dans la gly-
cérine.
Dans un second mode de préparation, nous nous som-
mes servis du jus de citron avant de faire agir le chlo-
rure d'or. L'animal étant fixé comme il a été dit, le jus
de citron a été injecté dans le tube digestif. Après cinq
minutes, la sangsue a été ouverte, ses culs-de-sac déta-
chés et ouverts à leur tour dans l'eau distillée. Leur
épilhélium ayant été chassé au pinceau, ils ont été
plongés dans une solution de chlorure d'or au centième.
Après y avoir séjourné vingt minutes, ils ont été placés
dans une solution d'acide formique au quart. Le lende-
main, for étant réduit, des lambeaux des culs-de-sac
ont été lavés dans l'eau distillée et montés dans la glycé-
rine.
Vous verrez tout à l'heure l(^s préparations obtenues
à f aide de ces deux procédés. Vous pourrez y observer
tous les faits dont je viens de vous parler, et qui sont
1
1
I
PLEXUS MYENTÉRIQUE DE LA SANGSUE. 407
relatifs aux nerfs, aux plexus qu'ils forment et aux cel-
lules gancjlionnairesqui les accompagnent. Vous pourrez
également distinguer les terminaisons nerveuses, qui
sont bien nettes surtout dans les préparations obtenues
à l'aide du second procédé.
RANVIER. — Anat. géaérale. I — 32
TRENTE ET UNIEME LEÇON
(30 avril 1878)
Terminaison des nerfs dans les muscles lisses.
Terminaison des nerfs dans les muscles de la sangsue. — Taches motrices
terminales.
Terminaison des nerfs chez l'escargot. — Choix du muscle. — Critique de
la terminaison indiquée par Trinchese. — Terminaison révélée par la mé-
thode de l'or.
Terminaison des nerfs dans la vessie de la grenouille. — Insuffisance du
procédé de Klebs. — Critique de la terminaison indiquée par Lœwit. —
Taches motrices terminales.
Terminaison des nerfs dans les muscles lisses des mammifères. — Le muscle
recto-coccygien du lapin n'est pas un bon objet d'étude. — Critique de la
terminaison indiquée par Krause. — Critique do l'objet d'étude et de la
méthode de Frankenhaeuser.
Hésunié : La terminaison des nerfs dans les muscles lisses se fait'par des ren-
tlements ou boutons directement appliqués sur la substance musculaire.
— La disposition des nerfs en réseau assure la synergie des muscles indé-
pendants de la volonté.
Critique des théories physiologiques sur l'action du nerf sur le muscle.
Messieurs,
Nous allons étudier aujourd'hui la terminaison des
fibres nerveuses dans les muscles lisses.
Vous devez comprendre maintenant le plan que j'ai
suivi. Je vous ai donné d'abord des renseignements sur
les plexus nerveux fondamentaux et intermédiaires qui
sont annexés aux appareils musculaires de la vie orga-
CULS-DE-SAC GASTRIQUES DE LA SANGSUE. 499
nique chez les l)atraciens et chez les mammifères. J'ai
«nsuite étudié les mêmes plexus chez les mollusques,
et enfin chez les annélides. Nous allons examiner main-
tenant les terminaisons nerveuses proprement dites dans
les muscles de ces derniers animaux, parce qu'elles y sont
très évidentes , pour revenir ensuite à ces termi-
naisons chez les mollusques et chez les vertébrés, où
elles sont plus difficiles à voir.
Avant de m'occuper des terminaisons nerveuses
dans les fibres musculaires lisses des culs-de-sac gastri-
ques de la sangsue, je dois vous donner quelques ren-
seignements sur la constitution de ces fibres et sur la
manière dont elles se groupent pour constituer la tu-
nique musculaire de l'intestin de cet animal.
Les cellules musculaires de la sangsue ont des dimen-
sions relativement considérables. Weissmann leur at-
tribue plus d'un millimètre de longueur, et ce chiffre
est plutôt au-dessous de la moyenne. Elles sont formées
d'une couche corticale contractile et d'une partie axile
protoplasmique granuleuse dans laquelle se trouve un
noyau sphérique de petite dimension et généralement
muni d'un seul nucléole.
Quand on les examine en place, sur un cul-de-sac
gastrique ouvert et étalé, on reconnaît qu'elles forment
de distance en distance, en s' accolant les unes aux
autres, des bandes musculaires transversales et épaisses.
Entre ces bandes, la tunique contractile est réduite à
une couche mince de fibres musculaires écartées les
unes des autres, mais unies cependant par des anasto-
moses.
500 TERMINAISOX DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Dans les préparations obtenues au moyen de la mé-
thode de l'or, il est souvent impossible de déterminer la
limite de chacune des cellules qui composent ce réseau
musculaire. Les noyaux que l'on y remarque sont rares,
ce qui indique que ces cellules sont en nombre très limité.
Mais sont-elles fondues les unes avec les autres de ma-
nière à former une masse commune? Ou bien sont-elles,
comme celles du cœur, soudées à leurs extrémités? La
méthode de Weissmann va nous permettre de répondre
à. cette question. Un fragment de cul-de-sac gastrique
tout à fait frais est soumis pendant un quart d'heure ou
vingt minutes à l'action de la potasse à 40 pour 100. Les
éléments du réseau sont alors parfaitement dissociés
et se présentent sous les formes suivantes.
1" De grandes cellules fusiformes simples qui provien-
nent des bandes musculaires épaisses;
2" Des cellules plus grandes encore, provenant des
parties amincies de la paroi gastrique. Elles sont généra-
lement bifurquées à chacune de leurs extrémités; quel-
quefois même elles présentent une cinquième pointe se
détachant latéralement. Vous comprenez maintenant
comment ces cellules s'arrangent entre elles pour
former un réseau. Elles se soudent les unes aux autres
parleurs prolongements.
Après l'action de l'or, le protoplasma axile est coloré
en violet plus ou moins foncé; les noyaux qu'il con-
tient sont incolores, ainsi que la substance contractile
périphérique. La lame de tissu conjontif qui recouvre et
réunit les fibres musculaires présente des cellules apla-
ties polygonales, à prolongements excessivement grêles.
i
CULS-DE-SAC GASTRIQUES DE LA SANGSUE. 501
Leurpmloplasma, composé de grosses granulations, est
coloré en violet comme celui des fibres musculaires,
tandis que leurs noyaux ne sont pas colorés.
Le volume exceptionnel des cellules musculaires qui
entrent dans la constitution des culs-de-sac gastriques
de la sangsue, l'écartement de ces cellules dans les
portions amincies de la paroi de ces sacs, la siniplicité
des nerfs qui s'y distribuent, en font un objet excellent
pour l'étude des terminaisons nerveuses dans les élé-
ments contractiles.
Les filets nerveux les plus gros, en rapport avec des
cellules ganglionnaires, sont d'une observation extrê-
mement facile. Us croisent à angle droit les cellules
musculaires placées régulièrement et parallèlement les
unes au-dessous des autres et réunies seulement par
quelques anastomoses obliques, et donnent naissance
à des fibres qui s'en dégagent obliquement pour atteindre
les cellules musculaires (fig. 83) et s'y terminer, en
partie du moins, par de petits rentlements. Malgré leur
peu d'étendue, ces renflements, irréguliers et à bords
sinueux, rappellent cependant jusqu'tà un certain point
par leur forme l'arborisation terminale des nerfs dans
les muscles striés. Je les désignerai sous le nom de taches
motrices.
Quelques-unes des fibres qui donnent naissance aux
taches motrices semblent réellement se terminer à leur
niveau; mais la plupart d'entre elles, après avoir fourni
un embranchement le plus souvent extrêmement court,
qui aboutit k la tache motrice, continuent leur trajet
en longeant le bord de la cellule musculaire. Quel-
bO"! TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
quefois môme, mais plus rarement, la fibre nerveuse
afférente émet au niveau du col de la tache motrice
deux fibrilles nerveuses qui vont en sens inverse le long
du même bord de la cellule musculaire. Il arrive souvent
■A-mMANSHI
A.a-M.
FiG. 83. — Terminaison des fibres nerveuses dans les cellules musculaires des culs-de-sac
gastriques de la sangsue. Imprégnation à l'or. — c, cellule ganglionnaire multipo-
laire ; t, taches motrices ou terminaison des fdjrilles nerveuses sur les cellules
musculaires; a, anastomose entre deux fibrilles nerveuses; 6, noyau d'une cellule
musculaire.
aussi qu'une fibrille qui longeait d'abord une cellule mus-
culaire la croise perpendiculairement ou obliquement
pour aller se rendre à son autre bord et s'anastomoser
avec une autre fibrille nerveuse. Les fibrilles qui se sont
ainsi dégagées de la fibre terminale, après un trajet plus
CULS-DE-SAC GASTRIQUES DE LA SANGSUE. 503
OU moins long, s'anastomosent d'uno façon complète avec
des tibrilles voisines, de manière à former un dernier
plexus nerveux dans les mailles duquel sont comprises
les cellules musculaires.
Il existe donc, d'une part, un plexus nerveux qui,
d'après sa forme et son siège , pourrait être considéré
comme terminal, et d'autre part, des branches extrême-
ment courtesqui en partent et qui vont se terminer à la
surface des cellules musculaires en s'y aplatissant sous la
forme de petits boutons à bords irréguliers.
Si l'imprégnation d'or n'est pas bien complète, ce qui
du reste arrive le plus souvent, il se peut qu'un certain
nombre de fibrilles du réseau ne soient pas colorées ou
que quelques-unes des fibres terminales ne soient pas
apparentes. En présence de ces faits, des esprits pré-
venus pourraient soutenir, les uns, que les nerfs se
terminent dans les fibres lisses par des extrémités libres,
les autres, qu'elles s'y terminent par un réseau. Mais
une étude approfondie conduit à reconnaître que les
véritables terminaisons sont les taches motrices. Quant
au réseau, il a la même signification physiologique que
le plexus fondamental et le plexus intermédiaire de
la vessie de la grenouille, et, comme ces derniers, il
indique seulement que l'organe auquel il est annexé est
indépendant de la volonté.
Nous allonsétudier maintenant la terminaison des nerfs
dans les muscles lisses volontaires de l'escargot. De tous
les muscles des gastéropodes, celui qui convient le mieux
pour l'observation des terminaisons nerveuses est le ré-
tracteur du corps, qui s'insère d'une part à la columelle,
et de l'autre au pied de l'animal. On le dégage en enle-
vant la coquille par fragments avec des ciseaux, jusqu'à
ce que l'on arrive à son insertion columellaire ; on peut
alors le tendre en tenant d'une part la columelle et de
l'autre le corps de l'animal. Un des principaux avantages
de ce muscle pour les recherches que nous nous pro-
posons de faire, c'est qu'il est composé de faisceaux
à peu près parallèles.
J'ai déjà eu l'occasion de vous dire (voy. p. 439) que
Trinchese avait étudié les terminaisons nerveuses dans
les muscles de XHelix pomatia. Vous vous souvenez
sans doute que, d'après cet auteur, la fibre nerveuse se
fixerait sur la cellule musculaire à une niasse granuleuse
située au voisinage de son noyau ; puis, après avoir
pénétré dans l'intérieur de la cellule, se diviserait en
deux filaments, qui, se dirigeant en sens inverse l'un
de l'autre, se termineraient après s'être contournés en
spirale. Souvent, dans la même moitié de la fibre
musculaire, on trouverait deux cylindres-axes dont l'un
se terminerait avant l'autre.
Si nous examinons maintenant les dessins que Trin-
chesea annexés àson travail, nous voyons que l'un d'eux
(fig. 7, pi. XVÏII) représente une cellule musculaire
avec son noyau central entouré d'une masse granuleuse
qui se prolonge dans Taxe de la cellule sous forme de
deux filaments. Dans l'autre (fig. 13, pi. XVIII), une
fibre nerveuse arrive à une cellule musculaire et s'y
attache au niveau de la masse granuleuse qui enveloppe
le noyau. Nous y reconnaissons également les deux fila-
MUSCLE RÉTRACTEUR DU COUPS DE l'eSCARGOT. 505
nients qui partent do cette masse granuleuse; mais ces
filaments ne se continuent pas d'une manière nette
avec la fibre nerveuse afférente.
Des observations de Trincbese il résulte donc que les
fibres nerveuses arrivent réellement aux cellules mus-
culaires, et que celles-ci sont parcourues suivant leur
longueur par deux filaments. Mais il est permis de con-
server des doutes sur la nature de ces filaments, car
rien n'établit qu'ils soient des cylindres-axes.
J'ai dû d'abord reprendre les observations de ïrin-
chese avec la méthode qu'il avait employée, la macéra-
tion du muscle dans l'acide chlorhydrique à 1 pour 100.
Je me suis assuré que cette solution à 4 pour 100, ([ui
serait beaucoup trop concentrée pour les muscles striés
ou lisses des vertébrés, est parfaitement convenable pour
les muscles de l'escargot. Cela indique une résistance
relativement considérable de ces derniers. Ils ne sont
nullement détruits par une macération de douze à quinze
heures dans ce réactif. J'ai môme pu reconnaître, sur
des préparations obtenues ainsi, à peu près tout
ce que Trinchese a représenté; mais je n'ai pu me con-
vaincre de la continuité des filaments intracellulaires
avec les fibres nerveuses.
Dès lors j'ai eu recours aux méthodes d'imprégnation
par l'or, et j'ai employé les différents procédés que vous
connaissez déjà. Celui qui consiste à placer les fragments
de muscle dans le jus de citron avant de les soumettre
à l'action du sel d'or m'a donné les meilleurs résultats.
Le muscle rétracteur du corps étant enlevé à l'es-
cargot vivant, je l'ai plongé dans le jus de citron peu-
506 Tr.RMI.NAlSO.X DES NKRFS DANS LES MUSCLES LISSES.
daiitdixniinules, puis je l'ai porté dans le chlorure d'or
à i pour 100, où je l'ai laissé séjourner pendant trois
quarts d'heure ; ensuite, après l'avoir lavé, je l'ai mis
dansde l'eau légèrement acétifiée, et, quand la réduction
de l'or s'était produite, j'ai complété le durcissement
au moyen de l'alcool. Puis, j'en ai fait des coupes
longitudinales et transversales, qui ont été placées dans
l'eau et conservées ensuite dans de la glycérine addi-
tionnée d'acide formique.
FiG. 84. — Coupe longitudinale du muscle rétracteur du corps de l'escargot, après
imprégnation par le chlorure d'or. — m, cellule musculaire; a, son axe protoplas-
mique; n, filet nerveux; t, taches motrices.
En examinant à un faible grossissement des coupes
longitudinales ainsi obtenues (fig. 84), vous reconnaîtrez
d'abord les cellules musculaires placées les unes à côté
des autres, et dans l'axe desquelles se montrent les fila-
ments qui ont été décrits par Trinchese. Ces filaments
(</, fig. 84) sont colorés en violet clair, tandis que la
substance contractile est incolore. Vous distinguerez
MUSCLE RÉTRACTEUK DU CORPS DE l'eSCARGOT. 507
aussi les libres nerveuses fortement colorées en violet,
qui arrivent aux cellules musculaires pei-pendiculaire-
ment à leur direction, se divisent et se subdivisent sans
s'anastomoser entre elles, et se terminent brusquement
à la surface des cellules musculaires en s'élargissant et
en formant une tache violette, à bords sinueux, un peu
plus grande que celle qui termine les fibrilles nerveuses
sur les fibres musculaires de la sangsue.
Il est très peu de fibres nerveuses que l'on puisse
suivre sur un aussi long trajet. La plupart d'entre
elles ont été atteintes par la coupe en divers points de
leur longueur et apparaissent comme autant de filaments
violets à peu près parallèles, souvent très courts.
Cette observation établit déjà que les fibres nerveuses
qui cheminent dans l'épaisseur du muscle rétracleur du
corps y suivent des trajets courbes, ce que l'on peut
constater bien mieux encore sur des coupes perpendi-
culaires à l'axe du muscle.
Sur les coupes transversales, en effet (fig. 85), vous
distinguerez, entre les champs qui correspondent aux
cellules musculaires, les fibres nerveuses qui se divisent
et se subdivisent en les contournant et effectuent ainsi
un trajet sinueux.
Dans l'intérieur des cellules musculaires, vous aper-
cevrez de petits cercles violets [a, fig. 85) qui corres-
pondent aux filaments de ïrinchese. Quelques-unes
de ces cellules n'en montrent qu'un seul; mais d'ordi-
naire elles en ont deux ou trois, quelquefois même
cinq ou six. Ces cercles sont le [plus souvent de dia-
mètres inégaux.
508 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
Au centre de quelques-unes des cellules musculaires,
on remarque une tache violette (>^?, fig. 85) de forme
étoilée, qui correspond à leur noyau et au protoplasma
qui l'entoure. Sur d'autres, cette tache violette, au lieu de
se montrer au centre de l'élément cellulaire, est au voi-
sinage de l'un de ses bords, et le filament de Trinchese,
également coloré en violet, se distingue à côté d'elle.
KlG. 85. — Coupo transversale du muscle rdtracteur du corps de l'csrarjjot, aprJ^s iiiipré-
jrnalion par l'or. — n, nerf coiilouniant les cellules musculaires, a, coupe
ti'ansvcrsale des filaments proloplasmiqucs; m, cellule musculaire coupée au niveau
de son noyau et dont le protoplasnia central dessine une figure étoiîéo.
Pour comprendre et interpréter ces différents aspects,
il faut avoir recours à la dissociation des cellules muscu-
laires convenablement dorées. Ces éléments, lorsqu'ils
sont complètement isolés , montrent dans leur inté-
rieur le protoplasma qui entoure le noyau, forte-
MUSCLE RÉTRACTEUR DU CORPS DE l' ESCARGOT. 509
ment coloré en violet, émettant en sens opposé des pro-
longements également violets qui se dirigentsuivant l'axe
de la cellule vers ses deux extrémiti's. Dans leur trajet,
ils se divisent souvent, comme Trinchese l'a indiqué.
Mais, dans certaines cellules, à côté du filament qui cor-
respond au prolongement protoplasmique ordinaire, il
y en a d'autres en nombre plus ou moins considérable,
et qui ne sont nullement en relation avec lui. Or, ces
filaments discontinus ne sauraient en aucun cas être con-
sidérés comme des filaments cylindraxiles.
D'un autre côté, en dissociant des coupes longitudi-
nales, on isole Facilement des cellules musculaires avec
les fibres nerveuses qui leur appartiennent. Celles-ci se
terminent par les taches motrices digitiformes que vous
connaissez, et l'on ne peut reconnaître aucune commu-
nication entre celte tache et les filaments de Trinchese,
dont la coloration par l'or est du reste beaucoup plus
faible que celle des fibres nerveuses.
Je dois ajouter encore que des coupes transversales du
muscle rétracteur du corps, faites après l'action de l'al-
cool, colorées au picrocarminate d'ammoniaque etcon-
servéesdans delaglycérineadditionnée d'acide formique,
montrent nettement les filaments de Trinchese. Ceux-ci
sont homogènes, vitreux et plus réfringents que la
substance contractile qui les entoure. Ce sont là des
propriétés bien différentes de celles des fibres nerveuses
pâles, telles que nous les connaissons dans les éminences
terminales des muscles striés, très différentes également
de celles du protoplasma ordinaire. Et cependant, ces
filaments rappellent, par leur siège et par leur colo-
510 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
tioii facile au moyen de l'or, l'axe protoplasmique des
fibres musculaires de la sangsue.
Il serait possible que le protoplasma qui occupe l'axe
des cellules musculaires de l'escargot eût subi une mo-
dification profonde en vue d'une fonction particulière,
par exemple celle de ramener par son élasticité la cel-
lule à sa dimension première après qu'elle s'est con-
tractée, ou bien simplement de régulariser l'action de la
contraction par l'adjonction d'une partie élastique.
En résumé, les faits nous autorisent à soutenir que
les filaments que Trinchese a décrits dans l'axe des cel-
lules musculaires de l'escargot, et qu'il considérait
comme des prolongements cylindraxiles, ne sont pas de
nature nerveuse. La terminaison des nerfs se fait en
réalité à la surface des cellules musculaires, par des
taches motrices analogues à celles qui existent chez la
sans;sue.
Il n'y a pas, dans le muscle rétracteur du corps, pas
plus que dans les autres muscles volontaires de l'es-
cargot, de plexus fondamental ni de plexus intramuscu-
laire, parce que ces muscles appartiennent à la vie
animale, et que leurs mouvements sont réglés directe-
ment par les centres nerveux.
J'arrive maintenant à la terminaison proprement
dite des nerfs dans les muscles de la vessie de la gre-
nouille.
J'ai appliqué d'abord à cette étude la méthode de
Klebs, et j'ai reconnu qu'elle est absolument insuffi-
sante. Elle peut bien montrer, comme je vous l'ai dit,
VESSIE DE LA GRENOUILLE. 511
le plexus tondamental et à la rigueur le plexus intermé-
diaire ; mais elle ne saurait conduire à une bonne obser-
vation des fibres nerveuses les plus fines, celles qui
cheminent entre les éléments musculaires. A plus forte
raison ne peut-elle renseigner l'observateur sur les termi-
naisons nerveuses elles-mêmes. Cependant Klebs a vu,
une fois, une fibrille nerveuse s'attacher à une cellule
musculaire; mais la manière dont il communique cette
observation révèle les doutes qui lui restent relativement
à la réalité de cette terminaison.
En revanche, la méthode de l'or, avec les perfection-
nements qui lui ont été apportés dans ces derniers
temps, fournit des préparations beaucoup plus nettes.
J'ai d'abord employé le procédé de Cohnheim; il ne m'a
pas donné de bons résultats. Dès que j'ai eu connais-
sance du travail de Lœwit, j'ai essayé le procédé qu'il
recommande. Je suis arrivé sans peine à reproduire tout
ce qu'il a représenté dans ses dessins.
Les petites fibres nerveuses du réseau intermédiaire
arrivent aux travées musculaires, dont elles longent
ensuite exactement les bords. En certains points, géné-
ralement au niveau des noyaux des cellules musculaires,
elles contractent avec ces cellules une union plus intime;
elles continuent ensuite leur trajet et s'anastomosent les
unes avec les autres en formant un réseau dans les
maiUes duquel sont compris les éléments musculaires.
On a quelquefois objecté à Lœwit que le réseau intra-
musculaire qu'il a décrit, et que Klebs avait déjà aperçu,
correspond, non pas à des éléments nerveux, mais à la
substance intercellulaire, qui aurait été colorée par l'or,
51*2 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
tandis que les cellules elles- mûmes seraient restées inco-
lores. Mais, si cette criliqne est admissible à la rigueur
pour les grosses travées musculaires, elle tombe complè-
tement quand on considère les travées les plus fines,
celles qui , par exemple , sont composées seulement
d'une cellule musculaire. Lœ^Yit a représenté des tra-
vées de cette espèce le long destiuelles cheminent des
fibrilles nerveuses qui ne sauraient en aucune façon
être prises pour de la substance intercellulaire.
J'ai employé également à l'étude des terminaisons
nerveuses dans la vessie de la grenouille les deux pro-
cédés d'imprégnation à l'or que je vous ai déjcà fait con-
naître. Le premier de ces procédés (jus de citron) fournit
des résultats beaucoup plus constants que le second (or
et acide formique bouillis ensemble); mais celui-ci m'a
permis d'observer d'une manière bien plus précise, au
moins dans un certain nombre de préparations, le mode
d'attache des fibrilles nerveuses aux éléments muscu-
laires.
J'ai pu reconnaître que du réseau intramusculaire,
dailleurs exactement décrit par Lœwit, il se dégage des
branches extrêmement courtes qui se fixent sur la surface
des éléments contractiles, généralement au voisinage de
leurs noyaux, et y forment chacune une tache motrice.
Cette tache motrice est beaucoup plus petite que
celles que l'on observe dans les muscles de l'escargot et
de la sangsue. Souvent la petite branche nerveuse dont
elle est l'épanouissement est si courte qu'elle paraît ne
pas exister. La tache motrice semble alors accolée laté-
ralement à la fibrille qui longe la cellule musculaire.
à
MUSCLE RECTO- COCCYGIKN DU LAPIN. 513
Pour étudier la terminaison des nerfs dans les fibres
musculaires lisses des mammifères, j'ai d'abord choisi
le muscle indiqué par Ivrause, le recto- coccygien du
lapin, dans le([uel il prétend avoir vu, comme
vous vous en souvenez, les fibres nerveuses se termi-
ner, non pas sur les cellules musculaires, nuiis sur les
faisceaux plus ou moins volumineux que forment ces
cellules en s'unissant les unes aux autres, par des pla-
ques motrices analogues à celles que l'on observe sur les
muscles striés volontaires.
Tout d'abord, je dois vous indiquer la méthode que
Krause a suivie. 11 a examiné le muscle tout cnitier com-
primé entre deux lames de verre ; puis il l'a soumis à
l'action progressive de l'acide acétique, de manière à
l'éclaircir et à rendre plus évidents les tubes nerveux
qui s'y distribuent.
Dans les dessins qu'il a ajoutés à son travail, Krause
représente sous le nom de plaque motrice une fibre à
myéline qui se divise en donnant naissance sur un
faisceau musculaire à deux segments interannulaires
très courts munis de leurs noyaux. A ces segments font
suite deux fibres sans myéline que la méthode employée
n'a pas permis à Krause de poursuivre plus loin.
J'ai d'abord répété les expériences de Krause. Puis
j'ai traité le muscle recto-coccygien par la méthode de
l'or. Une fois imprégné, ce muscle forme une masse
beaucoup trop considérable pour laisser passer les rayons
lumineux. Aussi ai-je dû, pour y observer les fibres
nerveuses, y pratiquer des coupes longitudinales que
j'ai soumises à l'action de la glycérine additionnée
RANViER. — Allât, générale. i — 33
51 i TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
trucide formi(iiie pour les rendre plus transparentes.
J'ai pu constater ainsi qu'il existe dans ce muscle
un réseau nerveux très riche, qui embrasse dans
ses mailles les éléments contractiles et qui est en tous
points comparable à celui de la vessie de la grenouille.
Je ne saurais affirmer cependant que de ce réseau
se dégagent des branches terminales avec taches mo-
trices analogues à celles que je vous ai montrées dans
les fibres musculaires lisses de l'escargot, de la sangsue
et de la grenouille.
Je n'ai pas été plus heureux dans les préparations
que j'ai faites des plans musculaires compris dans le
ligament large du lapin. Malgré leur minceur apparente,
ils sont beaucoup trop épais pour que l'on puisse en
faire un examen fructueux après l'action de For, et ce-
pendant ils ne le sont pas assez pour que l'on puisse faci-
lement y exécuter des coupes longitudinales ou transver-
sales. Du reste, il y a dans ces muscles, à côté des fibres
nerveuses, de nombreux vaisseaux sanguins qui gênent
singulièrement l'observation.
La tunique musculaire de l'intestin du lapin, pré-
parée comme je vous l'ai dit à propos du plexus myen-
térique, fournit de bien meilleures préparations. Le
réseau intra-musculaire s'y voit d'une manière nette,
bien que la terminaison ultime par des taches motrices
y soit fort difficile à reconnaître, à cause de la petite
dimension de ces taches, et aussi parce que les cellules
musculaires forment des couches continues et relati-
vement épaisses.
RÉSUMÉ. 515
Kn l'ésmué, dans l'étiit actuel de la science, on doit
adniellre (|iie les nerfs se terniinent dans les imiscles
lisses par des branches plus ou moins longues, si coui'tes
(juelcjuet'ois ({u'il est fort difficile de les distinguer, et
((ne ces branches, en arrivant au contact des éléments
musculaires, s'épanouissent en formant une arborisation
terminale minuscule, tache motrice.
Quant aux plexus (fondamental, intermédiaire et
intra-musculaire) que l'on observe dans tous les muscles
de la vie organique, ils n'ont pas la signification qu'on
leur a attribuée jusqu'à présent (1) ; ils sont destinés à
suppléer les centres cérébro-spinaux, à Tintluence directe
desquels les organes qui les possèdent sont soustraits.
Je dois vous parler encoi'e en terminant d'une ques-
tion physiologique, celle du mode d'action des nerfs sur
les muscles. Qu'il s'agisse des muscles lisses ou des mus-
cles striés, deux théories différentes cherchent à l'expli-
quer : l'une par une déchaige électrique; l'autre par la
production, à l'extrémité du nerf, d'une substance chi-
mique irritant la fibre musculaire. De la théorie élec-
trique ou de la théorie chimique, laquelle est la vraie?
Actuellement il paraît tout à fait impossible de pro-
noncer entre elles. Il se peut même que la véritable
explication soit étrangère à toutes les deux.
La seule chose que l'histologie nous apprenne à ce
sujet, c'est que les muscles, striés ou lisses, volontaires
ou soustraits à l'influence de la volonté, ne fonctionnent
qu'autant qu'il y a contact entre l'extrémité nerveuse
(1) Voy. De la mélliodi de iur, clc. GonnUes rendus, 19 iiov. 1878;
51(3 TERMINAISON DES NERFS DANS LES MUSCLES LISSES.
et la substance contractile. Je crois vous avoir déjà dé-
montré (1) que dans les muscles striés l'arborisation ter-
minale, loin d'Aire séparée par une sorte de semelle de la
substance contractile, arrive au contact immédiat de
celle-ci. Vous venez de voir qu'il en est de même dans
les muscles lisses, où le rentlcment qui constitue la tache
motrice semble môme n'avoir d'autre but que d'aug-
menter les surlaces de contact.
(I) Voy. Lcions sur l'histologie du système nerveux, part. 11, p. 'Sti.
FIN.
TABLE DES MATIERES
\
TABLE DES MATIERES
Avant-propos v
PREMIÈRE LEÇON
Nature de renscii^iiement des sciences expérimentales au Ci)llège de
France 1
Objet du cours : Étude des terminaisons motrices dans les muscles de
la vie organique. — Consiilérations générales sur les nmscles de la
vie organique : Leur mode de contraclion lent dépend de leur struc-
ture; leur indépendance de la volonté tient au point de départ de la
fibre motrice dans les centres 5
€«i<:ija §i.%i\GtiiM
Expériences. — Cœur de grenouille isolé battant rythmiquement. — •
Estomac de grenouille présentant des rontraclions rythmées. — Sec-
tion du bulbe, pratiquée chez un lapin, démontrant la distinction de
la vie animale et de la vie organique Il
l'.i'production de l'expérience de Weber : Arrêt du cœur par excitation
des pneumogastriques 13
Le cœur isolé est un organisme complet. — Il peut être divisé en frag-
ments qui continuent également à vivre. — Expériences de Stannius.
— Hypotlièse de l'exislence de deux centres nerveux dans le cœur :
l'un frénateur, l'autre e.xcitateur 14-
DEUXIÈME LEÇON
Fibres de l'urkinje. — Fibres musculaires du myocarde. — Cloison des
oreillettes de la grenouille 10
Variétés de forme des cellules musculaires du cœur chez les différents
vertébrés 28
TROISIÈME LEÇON
Struclurewtime de la cellule musculaire du cœur. Les fibrilles qui la
518 TABLE DKS MATIÈRES.
constiliK'iU sont sc-paréos par du iMoloplasma. — Importance de ci'lte
disposition pour le foni'tionncnient du cœur 34
La strialion de la fibre musculaire cardiaciue est ideutiquc à celle de
la fibre des muscles de la vie animale 38
Itapport des ganglions nerveux du cœur arec la conlraclion. — L'ap-
pareil nerveux di'termine-t-il le rythme des battements? Opinion de
Luciani 39
Élude expérimentale des battements du cœur chez la grenouille, —
Description du cardiographe employé dans ces expériences. — La
pointe du ventricule, isolée, bat rythmiquement sous l'influence
d'une excitation électrique constante. Le rythme est donc la propriété
de la fibre musculaire cardiaque Il
QU.VFRIÈME LEÇON
Le rylhme appartient non seulement au muscle cardiaque, mais à
tous les muscles Expériences sur le gastrocnémien'de la grenouille.
— Expériences de Bowditch sur les contractions du ventricule. Des-
cription sommaire de son procédé. Phénomène de l'escalier. Phéno-
mène de l'excitation suffisante sans effet. — Répétition des expé-
riences de Bowditch au moyen du cardiographe. Observation du
tétanos du cœur. — Tonicité du cœur comparée à la tonicité du muscle
rouge. — Considérations médicales sur la tonicité du cœur !>'.',
Démonstration du rythme des muscles de la vie animale au moyen des
excitations régulières à longs intervalles. Applications médicales de
la notion du rythme 0.'>
CINQUIÈME LEÇON
La fibre musculaire du cœur ne présente pas d'ondi's musculaires pen-
dant la contraction (18
ÉTUDE DE l'appareil GANGLIO.NNAIRE DU cœi'R 71
Forme générale du cœur de la grenouille. — Différence de cette forme
chez la grenouille verte et chez la grenouille rousse. — Conformation
intérieure du cœur, étudiée après injection d'un mélange fixateur
d'alcool et d'acide osinique. — • Cloison des oreillettes. — Sa forme
Trajet des nerfs qu'elle contient. Forme de sa pointe libre. — Son
attache aux parois du ventricule. — Collerette fibreuse et plateau mus-
culaire constituant l'appareil valvulaire du ventricule — Valvule
héliçoïdo du bulbe aortique. — Absence de vaisseaux sanguins et
lympliatiqui'S dans le cœur de la grenouille 73
SIXIÈME LEÇON
Conformation intérieure du cœur de la grenouille. Description de la col-
lerette 8(!
TAR[,E ni-:S MATIÈRES. 5l0
Cloison ile.i orpillrlles. — Son ondotlu^lium. — Faiscoaiix conjoiiflifs qui
SI' tenniiieiit au niveau tlo sa pointe. Importance de ce fait au point
de vue de l'anatoniie générale. — Transformalion de l'endotliélium
au niveau de la pointe de la cloison. — Caractère épithélial que prend
le revêtement endotiiélial sur la collerette et sur certaines parties des
travées tendineuses qui la relient au plateau. — Discussion sur la
classification des épiliiéliums et des endotliéliunis 8iS
Nerfs de la cloison des oreillellcs. — Leur communication par une
branche circulaire au niveau du sillon auriculo-ventriculaire. — • Les
filets nerveux font saillie dans l'oreillette gauche. Raison physiolo-
gique de cette disposition. — Cellules ganglionnaires situées sur le
trajet des nerfs de la cloison '■^^i,
Cellules gunglionnaires en (jénéral. — Description de la cellule gan-
glioniiaire dos ganglions spinaux tie la raie, prise comme type de
cellule bipolaire. — Cellules dites unipolaires des ganglions spinaux
de la grenouille. — La découverte des tubes nerveux en T montre
qu'en réalité ces cellules à un seul pôle sont bipolaires ou même nnil-
tipolaires. — Fibre spirale découverte par Deale dans les ganglions
du sympathique de la grenouille 95
SEPTIÈME LEÇON
Klude des cellules gangliûiuiaires. — Régions où on les rencontre.
— Étalement des branches du filet nerveux sur li^ cloison des oreil-
lettes. Keartement des cellules qui y sont appendues par des pédicules.
— Utilité de cette disposition pour la nutrition et l'oxygénation des
éléments nerveux. — Vaisseaux sanguins destinés à la nutrition des
cnllules nerveuses du sinus iOo
Ganglions auriculo-veulriculaires, ou ganglions de lîidder. — Leur
situation. — Méthoile pour les isoler. — Ils sont composés de plusieurs
renflements plus ou moins séparés, dans lesquels les fibres sontentre-
miHées aux cellules 107
.Structure des cellules nerveuses du cœur. — 11 n'existe pas de cellules
apolaires. — • Cause probable de l'erreur de KôUiker sur ce point. —
Discussion entre Kiilliker et Beale sur le rapport de ces cellules avec
le nerf pneumogastrique ou avec le sympathique. — Existence de
cellules à fibres spirales dans le ganglion supérieur du pneumogas-
trique de la grenouille. — Rôle probable de la fibre droite et de la
fibre spirale. — Étude de la structure intime de la cellule ganglion-
naire du cœur au moyen du chlorure d'or. — Modifications du pro-
cédé à employer. — Comparaison de la cellule ganglionnaire du cœur
avec la cellule bipolaire de la raie ilU
HUITIÈME LEÇON
Étude des cellules ganglionnaires. — Leur déformation à la suite de
520 TABLE DES MATIÈRES.
l'emploi de certains réactifs. — Texture des ganglions de liiddor.. .. 1"2U
Résumé de l'appareil nerveux du cœur l-2'2
ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE EXPÉRIMENTALE DE L'APPMîEIL NERVEUX DU COEUR. li"!
Hislorique. — Stannius (1852); Bidder (1852); Heidenliain (1858);
Ludwig.de Bezold (1858);Goltz (1861) ; Bidder (1866); Stciner(187i). 123
Résumé des opinions principales sur le mode d'action de l'appareil
nerveux du cœur 139
NEUVIÈME LEÇON
Résumé îles expériences antérieures. — Le rythme appartient à la
cellule musculaire cardiaque et non à l'appareil nerveux lil
Nouvelles expériences. — Ligatui'es : au sinus veineux; sur les oreil-
lettes; au sillon auriculo-venlriculairc — Sections. Elles ont le
même effet en général que les ligatures. — Excitations électriques
et mécaniques \M
excitations portées sur les deux parties du cœur séparées préalable-
ment par la section. — L'excitation mécanique du ventricule isolé
muni de ses ganglions accélère ses battements. — L'excitation méca-
nique des oreillettes isolées ralentit ou arrête leurs battements 155
Excitation électrique du ventricule isolé et des oreillettes isolées 158
DIXIÈME LEÇON
Résumé des résultats obtenus dans les expériences précédentes. — Nou-
velles expériences. — La ligature au sinus arrête le cœur par son
action sur les fibres venant des cellules ganglionnaires et com- '
prises à ce niveau dans des nerfs cardiaques. — Explication de cet
arrêt par interférence nerveuse 103
Rôle de l'appareil ganglionnaire du cœur 172
Action du chloroforme sur le cœur. — Expérience de Steiner. — Reprise
de cette expérience. — L'arrêt n'est pas dû à l'insensibilité du cœur,
mais à la diminution de la motilité sous l'influence du poison 173
ONZIÈME LEÇON
Terminaisons nerveuses 170
Ilisloriiiue. — Volkmann. Bidder. — Discussion sur l'origine sympa-
thique ou cérébro-spinale des fibres nerveuses du cœur. L'absence
de myéline sur ces fibres ne suffit pas à prouver leur origine sym-
pathique. Krause. KoUiker. Schweigger-Seidel. Langerhans. Léo
Gerlach. Fischer 176
Objet à choisir • cloison des oreillettes de la grenouille verte. — Pro-
TABLK DES MATIÈRKS. 524
cé(l(''s il'étudc. — Impossiliilité de rexamcii à l'état frais. — Résullal
(le riiijeclion d'acide osmiqiic; les fibres les plus fines ne sont pas
colorées. — Piésullals infructueux du iiitralc d'argent. — Mélliodi' de
l'or. Procédés de Colmhrini, Gcrlai'li, Hénoc(|ue, I.iiwit, Gsclieidlen.
Leurs résultais nuls ou incomplets pour la cloison des oreillettes. . . 181
Nouveau procédé : injection d'un mélange d'or et d'acide formiriue
bouillis ensemble 187
DOUZIÈME LEÇON
Critique de la métliode de l'or. — Description du réseau nerveux coloré
par l'or. — Rapport des fibres nerveuses avec les cellules du myo-
carde : les fibres nerveuses passent dans l'intérieur des fibres muscu-
laires comme dans les grains d'un chapelet et forment un réseau
analogue à celui des cellules musculaires elles-mêmes. — Impossi-
bilité de démontrer des terminaisons libres 189
Physiologie des terminaisons nerveuses dans le muscle cardiaque. —
Théorie des réflexes di^ Diddcr. Elle a cours encore aujourd'hui. —
Expériences de Pagliani tendant à démontrer l'existence do nerfs
scnsitifs dans le péricarde et leur action réflexe sur la contraction
du cœur. Causes de son erreur. — Théorie d'Engelmann sur la pro-
pagation de l'excitation de cellule en cellule par une acti(Mi molé-
culaire 199
TREIZIÈME LEÇON
Critique expérimentale de la théorie d'Engelmann sur la propagation
. de l'excitation par action moléculaire. — La durée de la systole
entière est la même que celle de la contraction d'une fibre 204
Phénomène de la bosse sanguine produite sur le cœur arrêté en dias-
tole en frappant le ventricule avec un stylet mousse. Ce phénomène
est dû à un certain état de tonicité du point excité, qui rend sa systole
moins étendue et plus brève et sa diastole moins complète 208
Expériences sur le cœur sectionné incomplètement en plusieurs partie.^,
pour faire la critique de la théorie d'Engelmann. — Le tracé gra-
phique montre que le cœur sectionné ne se contracte pas plus len-
tement que le cœur intact 213
La transmission de l'incitation motrice dans le cœur est excessivement
rapide ; elle est due à l'appareil nerveux 219
cwwR!^ i.Y.ni*ii.%Ti9rE:N
QUATORZIÈME LEÇON
Historique. — iccin MuUer (1832); Panizza (1833); Weber (1835);
Valentin (1839); Stannius (1843); Volkmann (I8i4); Eckhard
522 TABLl-: DKS MATIÈRKS.
(18-W) ; Schiff (tSôOl ; Goltz (I8()3 ol 1801) ; Waldeycr (18(51 et IHO,")) ;
Snslowa (1807) 223
Ccpiir lyiiipliali.]ue de l'anguille, — Marsiiall Hall. — Wharton Jones. , 233
qimnziKmr leçon
Cœurs hjmpha(i(Hies postérieurs de la grenouille. — Leurs battements
sont visibles à travers la pcavi. — Injection de gélatine dans leur inté-
rieur pmir en étudier la forme. — Leurs rapports 237
Cœurs lymphatiques antérieurs de la grenouille. — Leurs battements
ne sont pas visibles même après que l'on a enlevé la peau. —
iM'océdé à suivre pour les découvrir. — Leur situation. — Leur forme,
observée après injection de gélatine dans leur intérieur. — Leurs
rapports avec l'apopbyse transverse do la troisième vertèbre. —
Leur veine effércnte. — Valvules qui empêcbent l'entrée dans le
canir lympliatii|ue d'une masse injectée dans le système sanguin.... 2i1
Veine ciTérente des cœurs lymphati(iucs postérieurs 21")
\erfs des cœurs lymphatiques postérieurs. — Préparation : dissection
dans l'alcool au tiers. — Ces nerfs viennent du nerf coccygien anté-
rieur, qui reçoit sur son trajet des anastomoses du plexus lombaire
et du grand sympathique 240
SEIZIÈME LEÇON
Cœ.urs lymphatiques des ophidiens. — On ne leur connaît que deux
cœurs postérieurs. — Jlanière de les découvrir. — Leur situation. —
Petit thorax dans lequel ils sont logés 248
Structure dks coeurs ly.mphatiûues 251
Difficultés que présente l'observation de leur smfaee interne. — Injec-
tion de gélatine additionnée de nitrate d'argent pour fixer leurs
parois à l'état de distension. — Cloisons variables de forme et d'éten-
due dans les cœurs postérieurs. — Kéticulation au niveau des orifices
dans les cœurs antérieurs 251
Endothélium des cœurs lymphatiques. — Il présente les caractères de
l'endothélium lymphatique en général. — Importance de ce fait pour
montrer que les cœurs lymphatiques font en réalité partie du système
lymphatique. — Description du réseau musculaire 2r>i
Structure des fibres musculaires du cœur lymphatique. — Procédés divers
pour en faire rétude. — Ces fibres sont striées; elles diffèrent de
celles des muscles striés ordinaires, parce qu'elles sont anastomosées,
et de celles du cœur sanguin, parce qu'elles ne sont pas composées
de cellules soudées bout à bout 258
TABLE DES MATIÈRES. 52.S
i)ix-si;i>Tif;Mi": lk'Jon
Cliarponte conjonctive.— Klh; n'est pus constituée par un tissu con-
jonctif particulier. — Son aspect spécial est dû aux cellules piguien-
taires qu'elle contient 2().'j
Procédés divers pour étudier les vaisseaux sanguins du ((êur lyui|dia-
liquo. -- nistriliution irréj^ulière deccs vaisseaux, ne ressenii)lant en
rien à leur distribution dans les muscles striés ordinaires tîH!)
Étude (les voies hjmpliatiqiK's de la grenouille an moyen de l'injection
d'une masse bleue à la gélatine dans les sacs lijmpliaiiqnes. — Pores
lymphatiques. — Mode de communication des sacs lympliatiiiues
entre eux. — • Études des pores lymphatiques aprîîs injection de
gélatine argentée dans les cœurs lyuq)hatiques 27i
Nerfs des cœurs hjmphaliques postérieurs. — Variations nomhreuses
qu'ils présentent dans leur origine et dans leur parcours ; ces varia-
lions sont la cause des divergences et des contradictions des physio-
logistes. — Cellules ganglionnaires sur le trajet des nerfs; elles se
rencontrent par exception 278
DiX-HUITlÈME LEÇON
Terminaisons des nerfs dans les cœurs lymphatiques. — Difficultés (pii
s'opposent à leur étude chez la grenouille. — Méthodes pour élU'
(lier ces terminaisons chez la couleuvre -82
Distribution des nerfs dans le cœur lymphatique delà couleuvre. — Les
tubes nerveux perdent leur myéline peu avant d'arriver aux faisceaux
musculaires et possèdent des arborisations terminales analogues à
celles des muscles des membres. — Le protoplasma granuleux s'étend
au delà des branches de l'arborisation 285
ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DES CŒURS l.Y.MI'll.\TIQUES 28U
La décapitation arrête temporairement les cœurs, par excitation de la
moelle. — La destruction de la moelle arrête les cœurs antérieurs
quand on est arrivé au niveau de la troisième, les postérieurs au
niveau de la huitième vertèbre. — La section des racines postérieures
n'arrête pas les cœurs lymphatiques. — La section du nerf coccygien
n'arrête pas constamment le cœur lymphatique correspondant 290
L'excitation de la moelle épinière arrête le cœur lymphatique en dias-
tole. Ce fait est plus net sur le cœur lymphatique antérieur de la
grenouille, parce qu'il repose sur un plan résistant. L'observation est
encore plus convaincante sur le cœur de la couleuvre 291
L'excitation directe du cœur lymphatique par un courant à interruptions
fréquentes l'arrête en systole 295
.V24 TABLE DES MATIÈRES.
La section de la moelle chez la couleuvre arrête les cœurs lympha-
tiques. L'excitation par des ruptures isolées d'uu courant électrique
amène des pulsations correspondantes, puis rétablit pour quelque temps
le rythme spontané '2'J7
Dans ces conditions, les ca'iirs lyniphaliquos sont arrrlés par des inter-
ruptions fréquentes du même courant 297
DIX-NEUVIÈME LEÇON
Etude des mouvements des creurs Ujmphutiques à l'aide de la métliode
graphique. — Description de l'appareil qui permet d'inscrire les batte-
ments des cœurs lymphatiques de la grenouille en place. — Amplitude
et nombre de ces battements. Leur forme. Leur ryliime. Fusion de
deux systoles. — Observation des battements sur la grenouille déca-
pitée. La ligne des abscisses présente des ondulations; elles sont dues
aux mouvements péristaltiques de la masse intestinale, qui soulèvent
le cœur lymphatique 299
Manière de prendre le tracé du cœur lymphatique chez la couleuvre.
— Régularité des pulsations. — Application de l'excilalion électrique
à la moelle épinière. — Une rupture isolée d'un courant suffisant
détermine une contraction. Ajjrès quelques secousses, le cœur exécute
un groupe de battements spontanés. Forme de la contraction. Temps
perdu du cœur lymphatique. La contraction spontanée a plus d'am-
plitude que la provoquée. — Excitation avec des courants tétani-
sants. Un courant faible n'a aucune action. Un courant fort arrête
le cœur en systole ^ 309
Vl.NCTlLME LEÇON
Action du curare sur les cœurs lymphatiques. — Observations de Kiil-
liker. — D'après Bidder, la réplétion des sacs lymphatiques dans
l'intoxication par le curare est due à l'arrêt des cœurs lynqihatiques.
— Cet arrêt n'est pas le seul facteur qui soit en jeu; il faut y ajouter
la paralysie des muscles des artères qui amène la réplétion des capil-
laires, et par suite l'exsudation et la diapédèse 318
Élude de l'action du curare au moyen de la méthode graplii(|ue. — Les
battements des cœurs lymphatiques conservent leur régularité et leur
vitesse ; leur amplitude diminue progressivement jusqu'à l'arrêt
complet • 322
Résumé des connaissances acquises sur l'anatoutie el la ])liijsiologie des
cœurs lymphatiques 325
TABLE UtS MATIÈUES. 525
<i;iiioi>H%c;E}
VINC.T ET UNIÈME LE(;ON
Les muscles lie l'œsoiiluigc aiiparticiinciit à la vie ori;aiii(iue. — Ils
sont coai|iosés cii partie de libres striées et en partie de fibres lisses. 330
L'excitation électrique appliquée au ucrf pneuniogastriipic fait con-
tracter cet ori;aiic siiiuiltauénient dans toute sa longueur 340
Étude physiologique des mouvements de l'œsopliagc 3il
Revue historique. — Volkmann : le pneumogastrique n'a aucune action
sur les mouvements de déglutition dans l'œsophage ; ceux-ci se pro-
duisent par association avec ceux du piiarynx. — Wild : la propaga-
tion de l'excitation se fait en partie par action successive des centres
nerveux, en partie par action réilexe. — Mosso : Étude de l'excita-
bilité de l'œsophage au moyen de sondes à olive que l'on y intro-
duit. Section de l'œsophage : les mouvements se continuent. Tliéorie
du clavier 3 il
VINGT-DEUXIÈME LEÇON
Structure de Vœsojiliage. — Méthodes à employer pour l'étudier. —
Extension de l'œsophage à plat avec des épingles : ses inconvénients,
— Distension de l'œsophage par un liquide durcissant. Coupes trans-
versales et longitudinales 353
Épithélium. Ses dilTérenles couches. Il n'a pas de couche superficielle
cornée, comme l'épiderme. — Papilles. — Tissu conjouctif. Fibres
musculaires lisses de la muqueuse. — Glandes à mucus. — Tunique
musculaire proprement dite : Elle est composée, chez l'homme, de
libres striées dans la partie supérieure, de fibres lisses dans la partie
inférieure de l'œsophage. Dissociation des fibres musculaires lisses
après l'action du liquide de Millier ^06
Œsophage du chien. — Faisceaux de fibres lisses et faisceaux muscu-
laires striés. — Le ftisceau primitif strié n'est pas l'analogue du fais-
ceau de fibres lisses ; il correspond à la fibre-cellule 35t(
Œsophage du chat. — Plis ([u'il présente à son extrémité inférieure.
— Le segment inférieur de cet organe est constitué uniquement par
des fibres lisses. — Le cardia est formé par un renforcement de la
couche musculaire annulaire. — Les plis de l'œsophage sont dus à
des saillies papillaires 3(J0
(flsophage du lapin. — Sa tunique musculaire est composée d'une
couche de fibres annulaires comprise entre deux couches de fibres
5^0 TABLE DES MMIÈUES.
longiliuliiiali'S. — Ses libres striées sont analogues à celles des iiiiis-
clcs blancs 361]
Termimtisons nerveuses dans le muscle wsophuijirn. — Méllioile «In
l'or. — Procctlé du jus de citron. Détails de son aiipliialion. buccis
([u'il donne pour la cornée o60
Les muscles de l'œsopliage sont munis d'éniincnccs Icrminalos ana-
loi;iios à celles des muscles striés ordinaires. Uicliessc de leur distri-
bution, correspondant aux mouvements compliqués de l'œsophage.. . dOS
VINCT-TROISIÈMK LKr.ON
Les noyaux des éminences correspondent aux diverses espèces de noyaux
ipie l'on connaît dans les éminences des muscles des membres o7l
Le grand nombre des éminences terminales permet de supposer ([ue
cliaque faisceau primitif reçoit des terminaisons nerveuses venant des
deux pneumogastriques o7!2
Giinylions nerveux de Vifsophafje. — Analogies et dilTércnccs qu'ils pré-
sentent avec les ganglions du plexus d'Auerbacb dans l'intestin.
— Modes d'union des fibres nerveuses avec les ganglions. — Toutes les
libres nerveuses sont en rapport avec un ganglion avant de se rendre
à une éminence nerveuse terminale. — Analogie de cette disposition
avec les tubes nerveux en T des ganglions spinaux :î75
Elude physiologique du muscle œsopliagien. — Comparaison du mode
de contraction des muscles blancs, des muscles rouges, du muscle
cardiaque et du muscle de l'œsophage chez le lapin. Étude des
contractions do l'œsophage isolé sous rinducncc des courants d'in-
duction. Procédé opératoire. Les interruptions isolées déterminent
des contractions dont l'amplitude est en rapport avec leur intensité.
Un courant tétanisant détermine une courbe de contraction géné-
rale sur laquelle vient s'inscrire le rythme du nmscle a'sophagien. 381
ViNGT-QUAir.lK.ME LEÇON
L'excitation d'un segment de l'œsophage du lapin par des ruptures
isolées ne donne pas le phénomène de l'escalier de Bowditch. — Le
tracé de la partie inférieure de Ttesophage a «ne base ondulée, cor-
respondant aux contractions des fibres musculaires lisses 386
Muscle œsophagien du chat. — La partie siq)érieure striée se com-
porte comme un muscle blanc du même animal; la partie infériein-e
donne le tracé des fibres musculaires lisses. — Mouvements pendu-
laires spontanés de la partie inférieure de l'œsophage observés par
Mosso. — Reproduction de celte expérience 388
TAULlî DES MATIÈRES. 527
IMIYSIOKOCIK 1)K L'OESOIMIAGI'; W'.H
Expcrioiiccs entreprises paiir liîiilcr d'ox|)lii[ii('i' le pariuloxi; (Psoplia^icii. o'Jl
Expériences sur lo chien. — Procédé npératoire : Jkmie de liège atta-
chée à une tige et introduite dans l'œsophage par une boutonnière. —
Confirmalion des faits observés par Mosso. — Manière de prendre le
tracé de la descente de la boule. — L'excitation des deux pneunio-
gaslriques n'arrête pas les mouvements de déglutition. La section
d'un pneumogastrique paralyse eu partie l'œsophage ; l'excitation
soit du bout central soit du bout périphérique de ce nerf ne fait pas
descendre la boule. — La section des deux pneumogastriques amène
une paralysie complète. — L'excitation de leurs bouts centraux ou
périphériques n'a aucun résultat 3'J 1
Expériences sur le chat. — La houle descend rapidement dans la partie
supérieure de l'œsophage, et très lentement dans sa partie inférieure,
— Expérience avec le curare. — La boule introduite dans rœsi)j)hnge
reste immobile dans sa partie striée ; dans sa partie inférieure lisse,
elle a son mouvement de descente normal. — Le curare agit sur les
plaques motrices, puis(juc la partie supérieure de l'organe en possède,
tandis que sa partie inférieure n'en possède pas lUl
L'excitation des deux pneumogastriques à la fois arrête le cœur, lorsqm;
l'animal est complètement curarisé -lU'2
VINGT-CINQUIÈME LEÇON
Expériences sur le ciiat (suite). — L'action du curare s'exerce spécialc-
. ment sur les émincnces terminales. — Objection tirée de l'action sur
le cœur, où le curare empêche l'action frénalrice du pneumo-
gastrique. Réponse à celte objection. — La partie inférieure de
l'œsophage (muscles lisses) exécute encore des mouvements malgré
la curarisation. — Conséquences que l'on pourrait en tirer pour
expliquer le paradoxe physiologique de l'œsophage iUÔ
Expériences sur le lapin. — Essais infructueux avec diverses espèces de
boules. — Considérations qui ont porté à employer un bol alimentaire
liquide. — Procédé opératoire et détails de l'expérience. — La section
d'un des pneumogastriques ne produit aucun effet. — La section du
second pneumogastrique arrête la déglutition. — L'excitation de l'un
ou de l'autre des segments périphériques des pneumogastriques
coupés produit la contraction en masse de tout l'œsophage. — Con-
clusij)n de ces expériences : Les pneumogastriques peuvent se sup-
pléer l'un l'autre, ce qui est en harmonie avec l'existence de deux
éminences terminales sur un même faisceau primitif.. . . ; 4U7
Essai d'arrêter dans son cours la contraction péristaltiquc en section-
nant les deux pneuniojçastriques pendant sa durée. HésuUal négatif.
La contraction péristaltiquc suit son cour.-^ » i IL)
5*28 TABLli DES MATIÈRliS.
Criti<|iic des théories de Marshall Hall (action réilcxe), de Volkinaiiu
(mouveinciits associés), de Wild et de Mosso (clavier cérébral) 413
Essai d'une théorie dans laquelle s'ajouterait à l'action d'un clavier
cérébral l'accumulation de l'excitation dans les ganglions de l'œso-
phage. — Ces ganglions, recevant l'excitatinn l'es centres, la distri-
bueraient successivement aux libres musculaires, agissant ainsi d'une
Taron analogue aux ganglions de Uidder dans le ventricule du cœur
de la grenouille ilC
Vérification de l'expérience de Mosso, d'après laiinellc le pneumogas-
triiiuc garderait sa vitalité plus longli.'iiips que les autres nerfs. —
Clause de son erreur 418
MNI.T-SIXIKME LEÇON
iVuscles a fibres lisses. — Les muscles de la vie organique ne sont pas
tous des muscles à fibres lisses. — Chez les vertébrés, tous les mus-
cles lisses appartiennent à la vie organique. Chez les articulés, tous
les muscles, soit de la vie animale, soit de la vie organique, sont
striés. — Chez les mollusques, tous les muscles sont lisses 4^1
Découverte de la fibre musculaire lisse; Henle et Kolliker 4"23
Procédés pour isoler les fibres musculaires lisses; leurs formes i-4
Structure de ta fibre musculaire lisse. — .Vbsence du sarcolemme. —
Striation longitudinale; sa nature. — Nojiiu ; sa forme; sa situation
sur le bord de la fibre ; substance granuleuse qui l'entoure et qui
va jnsqu'cà la limite de la fibre. — Nucléoles 4-3
Tissu musculaire lisse. — Dispositions variées ([ue prennent les cellules
pour constituer des réseaux ou des faisceaux. — Méthodes pour
observer le ciment qui les unit 426
Vaisseaux des muscles lisses 433
VhNGT-SEl'TlÈME LEÇOiN
Historique des Iraraux (ails sur la Icrminnison des nerfs dans les
muscles lisses. — Trincliese (18C3-18(J7j. — Klcbs (1865;. — Fran- |
kenhaeuser (1867). — Arnold (1870;. — Krausc (1870). — Tololschi-
noff (1869). — Hénocque (1870). — Goniacw (I87ri;. — Lœwit
(1875). — Elischer (1876). — Gscheidlen (1877; 438
VINGT-HUITIÈME LE(;ON
Revue et classification des o|)iiiions des auteurs sur les terminaisons
TABLE DES MATIÈRES. 529
des norfs dans les muscles lisses. — Causes de leurs divergences :
Difficultés spéciales; insuffisance des méthodes; diversité des objets
choisis pour rcxamca 451
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DKS Al'PAUEILS NEUVEUX DES MUSCLES LISSES ICO
Nerfs des muscles lisses. Plexus nerveux de Mcissner et d'Auerbacli.
— Rôle des plexus nerveux ganglionnaires. Ils existent sur le trajet
des nerfs allant aux muscles de la vie organique, striés ou lis.ses. Ils
n'existent pas sur le trajet des nerfs allant aux muscles volontaires,
qu'ils soient striés ou non. Us sont donc en rapport non pas avec la
structure particulière des muscles, mais avec le caractère involon-
taire de l'acte moteur auquel ils président ifiO
Etude des nerfs de la vessie de la grenouille. — Procédé opératoire. —
Description de l'entrée des nerfs et du plexus fondamental 105
VINGT-NEUVIÈME LEÇON
Plexus nerveux de la vessie de la grenouille (suite). — Étude des
fibres sans myéline au moyen du procédé de Klebs. — Imprégnations
au chlorure d'or 109
Description du plexus fondamental de la vessie. — Son siège dans un
tissu conjonctif réticulé situé entre le péritoine et le bas-fond de
la vessie. — Description de ce tissu. — ■ Types variés des cellules
nerveuses ganglionnaires qui existent dans la vessie 474
Plexus intermédiaire de la vessie de la grenouille. — Transformation
des fibres à myélines en fibres sans myéline. — Disposition des
fibrilles nerveuses. — Comparaison de ce plexus avec le plexus ter-
minal de la cornée 478
Plexus d'Auerbacli. Manière de le préparer. — Chez le lapin, les cellules
ganglionnaires du |jlexus d'Auerbacli ne possèdent qu'un seul noyau,
tandis que les cellules du sympathique en possèdent deux 480
TRENTIÈME LEÇON
Description du plexus d'Auerbach (suite). — Plexus de Meissiier. —
Plexus nerveux des vaisseaux ISÎ
Plexus myentérique de l'escargot. Plexus nerveux des culs-de-sac
gastriques de la sangsue 4ild
TRENTE ET UNIÈME LEÇON
ÉTUDE DES TEKMIN.\KSONS NERVEUSES DANS LES CELLULES MUSCULAIRES
LISSES ( 498
RANViER.— Anat. générale. i. — 34
530 TABLE DES MATIÈRES.
Terminaisons des nerfs dans les muscles de la sangsue. — Taclies mo-
trices terminales i'J'J
Terminaisons des nerfs chez l'escargot. — Choix du muscle. — Critiiiue
des terminaisons indiquées par Trinchese. — Terminaisons révélées
par la méthode de l'or : Extrémités digitilbrmes appliquées sur la
cellule musculaire !J03
Terminaisons des nerfs dans la vessie de la grenouille. — Insuffisance
du procédé de Klebs. — Critique des terminaisons indiquées par
Lœwit. — Taches motrices terminales - 310
Terminaisons des nerfs dans les muscles lisses des mammifères. —
Le muscle recto-coccygien du lapin n'est pas un bon objet d'étude.
— Critique de l'objet d'étude et de la méthode de Frankenhaeuser. 513
llésumé des terminaisons des nerfs dans les muscles lisses. Celte ter-
minaison se fait par des renflements ou boutons directement appli-
qués sur la substance musculaire. — La disposition des nerfs en .
réseau assure la synergie des muscles indépendants de la volonté. . . 515
Critiques des théories physiologiques sur l'action du nerf sur le
muscle 315
PIN DE LA TAULE DES MATlEKES
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Troisième édition, revue et augmentée. — Prix : 16 francs,
Dans cette nouvelle édition, comme dans la précédente, M. Morel a cherché à
exposer, aussi brièvement que possible, les données les plus certaines fournies
par l'étude pratique de l'histologie. Il s'est surtout proposé de mettre en lumière
les faits bien établis, sans trop se préoccuper de les rattacher à telle ou telle
théorie régnante ; en pareille matière, il faut rejeter le dogmatisme et laisser à
chacun le soin de conclure d'après ses propres appréciations.
M. Morel a tenu compte des progrès réalisés par la technique histologique,
en remaniant complètement le chapitre relatif aux procédés mis en usage pour
faire méthodiquement des préparations et les conserver. A la suite de la descrip-
tion des tissus ou organes, M. Morel a également donné des indications détail-
lées sur le mode de préparation de chacun d'eux.
Enfin, vingt-neuf dessins nouveaux, reproduisant exactement ses prépara-
tions, indiquent qu'il a apporté des modifications plus ou moins importantes
dans le texte et qu'il a fait quelques recherches originales.
Quelques figures intercalées dans le texte feront mieux comprendre les des-
criptions auxquelles elles se rapportent.
Voici les principales divisions de l'ouvrage :
CnAP. I. Cellules et épithéliums, — II. Éléments du tissu conjonctif et tissu conjonclif
ou connectif. — III. Cartilages, os, dents. — IV. Éléments contractiles et tissu mus-
culaire. — V. Éléments nerveux et tissu nerveux. — VI. Vaisseaux, artères, veines
capillaires et lymphatiques. — VU. Glandes. — VIII. Peau et ses annexes. —
IX. Muqueuse du canal digestif. — X. Organes des sens.
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Avec une Introduction par le professeur Ch. ROCIN.
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Après quelques pages consacrées à fixer le lecteur sur la portée de l'analomie géné-
rale et sur la valeur réelle de l'histologie, nous étudions successivement : 1° le microscope
et ses appareils annexes; 2° les procédés de manipulations liistologiques.
Un traité technique peut être utilisé de deux manières bien distinctes :
Ou bien celui qui étudie l'iiistologie, se proposant d'employer sur tel tissu un réactif
qu'il sait propre à cette étude, désire être lixé sur le mode précis selon lequel il doit
procéder (dose, durée de l'action, etc.j.
Ou bien le débutant désire se familiariser avec l'emploi des instruments et des réac-
tifs avant de les appliquer à une recherche spéciale : si celle étude doit être faite par
lui d'une manière pratique, et elle ne sera vraiment profitable qu'à cette condition,
nous lui donnerons le conseil de suivre dans cet apprentissage l'ordre suivant, qui
n'est pas exactement celui du livre , les connexions qui résultent de la nature même des
choses nous ayant contraint de placer parfois tout au début l'exposé de moyens de
recherche qui ne doivent préoccuper l'étudiant qu'après qu'il se sera familiarisé avec
des manipulations plus élémentaires. Ainsi le débutant devra d'abord lire tout ce qui
a trait au microscope et à son maniement; il se portera alors aux chapitres qui traitent
de la conservation des préparations, car rien ne sera plus propre à donner de l'attrait
à ses exercices, que le fait d'être à même de pouvoir conserver les préparations, qu'il
apprendra alors seulement à faire en étudiant les chapitres qui traitent des réactifs;
enfin ce ne sera qu'en dernier lieu qu'il devra s'occuper de l'étude des appareils annexes
du microscope, lesquels se ra-pportent, du moins pour quelques-uns, à des recherches
spéciales, comme par exemple les appareils pour la numération des globules du sang.
(Extrait de la Prélace de V Auteur.)
LA VIE
ÉTUDES ET PROBLÈMES DE BIOLOGIE GÉNÉRALE
Par P. E. CH.^UFFARD
Professeur de Pathologie générale à la Faculté de médecine, inspecteur général de l'Universilc,
Paris, 1878, 1 vol. in-8 de 526 pages. — 7 fr. 50
LEÇONS SUR LES PHENOMENES DE LA VIE
COMMUNS AUX ANIMAUX ET AUX VÉGÉTAUX
COURS DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE
Par Claude BERIVAR»
Membre de l'Institut de France (Académie des sciences),
Professeur de physiologie au Collège de France et au Muséum d'histoire' naturelle
Paris, -1 878-1 879, 2 vol. iii-8, avec fig. interc. dans le lc.\te et i pi. gravées —
Séparément :
Tome II. Paris, 1879, 1 vol. in-8, de 550 pages, avec 3 pL et fig. — 8 fr.
La vie ne saurait s'expliquer par un principe intérieur d'action; elle est le résultat
d'un conflit entre l'organisme et les conditions physico-cliimiques ambiantes, conflit
qui a lieu suivant certaines lois préétablies, sur lesquelles nous n'avons aucune action,
et qui résultent de ce que l'on peut appeler Vétat cuitéricitr, c'est-à-dire qu'elles dé-
rivent des organismes que l'être vivant continue et répète. Cette lutte, d'ailleurs, n'est
BSVOI FRANCO CONTRE UN MANDAT SUR LA POSTE.
LIBRAir.IE J. D. r.AILLIÈRE ET FILS, RUE IIAUTEFEUILLE, 19. 533
pas un conflit entre les conditions cosmiques et l'organisme, c'est au contraire une adap-
tation.
Suivant que l'èlre vivant est dans une dépendance tout à fait étroite des conditions
extérieures, dans une dépendance moindre, ou dans une indépendance relative, on peut
considérer trois formes de la vie :
1° La vie latente. 2° La vie osciUanln. S*' La vie co?ts(anle,
Telles sont les principales idées renfermées dans les Leçons sw' les phénomènes de In
vie, dernier ouvrage du maître que nous avons perdu et qui, par l'élévation des pensées
et la simplicité de l'esposilion, double mérite si remarquable et si rare, est digne d'être
mis au premier rang parmi les productions de son génie.
R. LÉPiNE, Revue mensuelle de médecine, 10 avril 1878.
LEÇONS
DE PHYSIOLOGIE OPÉRATOIRE
l*ar Claiido BEniVAR»
Paris, 1879, in-8 de 610 pages, avec 110 figures. — 8 fr.
LA SCIENCE EXPERIMENTALE
Pni* Claude BCR^.%BD
Progrès des sciences physiologiques. — Problèmes de la physiologie générale,
La vie, les théories anciennes et la science moderne.
La chaleur animale. — La sensibilité. — Le curare. — Le cœur. — Le cerveau.
Discours de réception à l'Académie française.
Discours d'ouverture de la séance publique annuelle des cinq Académies.
Deuxième édition.
Paris, 1878, 1 vol. in-18 Jésus de 449 pages, avec 24 figures. — 4 fr.
BERNARD (Claude). Leçons de physiologie cititérinientale appliquée à la méde-
cine, faites au Collège de France. Paris, 1855-1856, 2 vol. in-8, avec 100 fig. 14 fr.
— E.eçonH sur les effets des sulistaiices toxiques et médicamenteuses.
Paris, 1857, 1 vol. in-8, avec 32 figures. 7 fr.
— E,eçons sur la i>hy.siologie et la pathologie du système nerveux, Paris,
1858, 2 vol. in-8, avec 79 figures. 14 fr.
— I>eçons sur les proprïélé.^ pîsy.eiologiques et les altérations pathologiques des
liquides de l'organisme. Paris, 1859, 2 vol. in-8, avec fig. 14 fr.
— Introduction à l'étude de la uiédeelne expérimentale. Paris, 1865, in-8
de 400 pages, avec figures. 7 fr.
— E,eçons de pathologie expérimentale. Paris, 1871, 1 vol. in-8 de 604 p. 7 fr.
— liCçons sur les anesthésîques et sur l'asphyxie. Paris, 1874, 1 vol, in-8
de 520 pages, avec figures, 7 fr.
— liCçons sur la chaleur animale, Sur les effets de la chaleur et sur la fièvre.
Paris, 1876, 1 vol. in--8 de 471 pages, avec figures. 7 fr.
— I.cçons sur le diabète et la glycogenèse animale. Paris, 1877, 1 vol. in-8
de 576 pages. 7 fr.
— Fr. niagendie. Paris, 1856, in-8, 36 pages. 1 fr.
— Précis iconographique de médecine opératoire et d'anatomie chirur-
gicale. Nouveau tirage. Paris, 1873, 1 vol. in-18 Jésus, 495 pages, avec 113 plan-
ches, figures noires. Cartonné. 24 fr.
— Le même, figures coloriées. Cartonné 48 fr.
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534 LIBRAIRIE J. B. RAILLIÈRE ET FILS, RUE IIAUTEFEUILLE, 19.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE CELLULAIRES
ou des cclltilcs animales cl végétales,
du protoplasma et des éléments normaux et pathologiques qui en dérivent,
Par Ch. ROBIIV
Professeur d'histoloçrie ;\ la Faculté île méileeine de Paris, membre de l'Institut
et de l'Acadt^mie de médecine.
Paris, 1873, 1 vol. in-8 de xxxviii-640 pages avec 83 figures. Cartonné : 16 fr.
TRAITÉ DU MICROSCOPE ET DES INJECTIONS
DE LEUR EMPLOI
De leurs appliralions à l'analomic humaine cl comparée,
à la pathologie médico-chirurgicale,
à l'histoire naturelle animale et végétale et à l'économie agricole,
Par CH. ROBIIV
Deuxième édition revue et augmentée
1877, 1 vol. in-8 de 1100 pages, avec 336 figures et 3 planches.
Cartonné : 20 fr.
LEÇONS SUR LES HUMEURS NORMALES ET MORBIDES
DU CORPS DE L'HOMME
professées à la Facullé de médecine de Paris
Par €19. ROBIl«
Seconde édition, corrigée et augmentée.
Paris, 1874. 1 vol. in-8 de 1008 pages, avecfig. Cartonné : 18 fr.
ROBIN (Ch.). Ménioirp sur lo «Bévploppcincnt eiMl»ryogénî«|uc dt*s ItiriKli-
nées. 187G, in-/i, 472 pages avec 19 planches lilhographiées. 20 fr.
— niéinoïrc sur révolution de la noiocorde, des cavités des disques interver-
tébraux et de leur contenu gélatineux. In-4 de 212 pages, avec 12 pi. 12 fr.
— Histoire naturelle des végétaux i>arasites qui croissent sur l'homme et les
animaux vivants. In-8 de 700 page?, avec atlas de 15 pi. en partie coloriées. 16 fr.
— Programme du cours triiistologie professé à la Faculté de médecine de Paris.
Deuxième édition, revue et développée. Paris, 1870, in-8 de XL-416 pages. 6 fr.
— IMémoirc sur les objets qui peuvent être conservés en préparations
microscopiques, transparentes et opaques. Paris, 1856, in-8. 2 fr.
— Mémoire contenant la description nnatomo-pathologique des diverses
espèces de cataractes capsulaires et lenticulaires. Paris, 1859, in-4 de 62 p. 2 Ir.
— mémoire sur les modifications de la luuqueuse utérine pendant et après
la grossesse, Paris, 1861, in-4 avec 5 planches lithogr. 4 fr. 50
ROBIN (Ch.) et VERDEIL. Traité «le chimie anatomique et physiologique,
normale et pathologique, ou des principes immédiats normaux et morbides qui con-
stituent le corps de l'homme et des mammifères. 3 forts volumes in-8, avec atlas de
46 planches en partie coloriées. 36 fr.
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J.-B. BAILLIÈRE ET FiLS, rue Hautefeuille, 19. 535
BEALE. Me ruriiie, des* «lépois urinuircH et den cuIcuIm, de leur composition
chimique, de leurs caractères physiologiques et pathologiques et des indications thé-
rapeutiques qu'ils fournissent dans le traitement des maladies, traduit par les docteurs
Auguste Ollivier et Georges Bergeron. 1 v. in-18 jésus de 540 p., avec 136 fig. 7 fr.
BIMAR (A.). §>tructuro des ganglions nerveux. Anatomie et physiologie. Paris,
1878, in-8, 68 pages. 2 fr.
BIOT (C ). ûtude clinique et cxpcriincntule huv la rcj^pii-ation de Clieync-
«Stoke!!). Paris, 1878, gr. in-8 de 96 pages. 3 fr.
— Contribution ti l'étude du phénomène re»4piratoirc do Ckeyno-l^tokCH.
Grand in-8, 23 pages. 1 fr.
BYASSON (Henri). Des matières amylacées et sucrées, leur rOle dans l'écono-
mie. Paris, 1873j gr. in-8 de 112 pages. 2 fr. 50
CADIAT (0.). Cristallin, anatomie et développement, usages et régénération. Paris,
1876, in-8 de 80 pages, avec 2 planches. 2 fr. 50
— Étude sur Tunatomie normale et les tumeurs du sein chez la
femme. Paris, 1876, in-8 de 60 pages, avec 3 pi. et 20 fig. lilhog. 2 fr. 50
CHATIN (J.). l,cs organes des sens dans la série animale. Leçons d'anatomie et
de physiologie comparées faites à la Sorbonne. Paris, 1880, 1 vol. in-8; avec
136 figures intercalées dans le texte. 12 fr.
CUFFER, Recherches clinlc|ues et expérimentales sur les altérations du
sang dans l'urémie, et sur la palhogénie des accidents urémiques. De la respiration
de Cheyne-Slokes dans l'urémie. Paris, 1878, gr. in-8, 80 pages. 2 fr,
DALTON. Physiologie et hygiène des écoles, des collèges et des familles, par
J. G. Dalton, professeur au GoUège des médecins (t des chirurgiens de New-York.
Paris, 1870, 1 vol. in-18 jésus de 536 pages, avec 68 fig. à fr.
DONNÉ (A.). Cours de microscopie complémentaire des études médicales, anatomie
microscopique et physiologique des fluides de l'économie. In-8 de 550 p. 7 fr. 50
DONNÉ (A.) et FOUCAULT (L.). .%tlas du cours de microscopie, e.xécuté d'après
nature au microscope daguerréotype, par le docteur A. Donné et L. Folcault. 1 vol.
in-folio de 20 planches gravées, avec un texte descriptif. 50 fr.
DUGLOS (F.). E,a Vie. Qu'cs-tu?B»'où viens-tu? Où vas-tu? In-12 de 204 p. 2 fr.
DURAND (A. P.). Ktude anatouiique sur le segment cellulaire contractile et
le tissu connectif du muscle cardiaque. Paris, 1879, graad in-8, 115 pages, avec
3 planclies. 3 fr. 50
DUTROCHET. niémoires pour servir à. l'histoire anatouiiquo et physiolo-
gique des végétaux et des animaux. Paris, 1837, 2 vol. in-8, avec atlas de
30 planches. 6 fr.
DUVAL (Mathias). Précis de technique microscopique et histoiogique, ou
introduction pratique à l'anatomie générale, par le docteur Mathias Duvâl, professeur
agrégé à la Faculté de médecine de Paris, professeur d'anatomie à l'École des beaux-
arts, avec uneintrod. parle prof. Gh. Robin. 1 vol. in-18 jésus, avec 43 fig. 4 fr.
FLOURENS (P.). Recherches expérisuentales sur les fonctions et les pro-
priétés du système nerveux dans les animaux vertébrés. 2" édition. Paris, 1841,
in-8. 3 fr.
— Cours de physiologie comparée. De l'ontologie ou étude des êtres. Paris, 1S50,
in-8. 1 fr. 50
— Mémoires d'anatomie et de physiologie comparées, contenant des recher-
ches sur : 1" les lois de la symétrie dans le Règne animal; 2" le mécanisme de la
rumination; 3" le mécanisme de la respiration des Poissons; li" les rapports des ex-
trémités antérieures et postérieures dans l'Homme, les Quadrupèdes et les Oiseaux.
Paris, 1844, gr. in-4 avec 8 planches coloriées. 9 fr.
— Théorie expérimentale do la formation dos os. Paris, 1847, in-8, avec
7 planches n. et col. 3 fr. 50
— Anatomie générale de la peau et des membranes muqueuses. 1843, in-4,
104 pages, avec 6 planches coloriées. 6 fr.
-- Recherches sur le développement des os et des dents. 1841, in-4, 146 p.,
avec 12 pi. col. 10 fr.
GIBOUX. i,e microphone et ses applications en médecine. Paris, 1878, in-8, 48 pages,
avec fig. intercalées dans le texte. 3 fr.
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536 J. b. BAILLIÈRE et FILS, UUE HautefeuIlle, 19.
IIAîiNOVER (A.), w.n Rétine de l'iioiuiiie et «les vertébrés, mcnioire liislologi-
qiie et pliysiologiqiie. 187G, in-!i, 2\à pages avec 6 pi. gravées. 25 fr.
HUXLEY (Tli.). iOlénients il'anatoinie comparée «les animaux vertébrés, tra-
duit de ranghiis, revu par l'auteur et prcecdé d'une préface par C.li. RoRiN. Paris,
1875, l vol. iu-18 Jésus de vni-530 page?, avec 122 figures. 6 fr.
— a.es sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir [L'iy
Sermons), édition française publiée avec le concours de l'auleur et accompagnée
d'une préface nouvelle. Paris, 1877. 1 vol. iu-iS jésus de 500 pages. à fr.
KUSS etDUVAL(Matliias). Cours de pliysiulusic, d'après l'enseignement du professeur
Kuss. Quatrième édition, 1880. 1vol. in 18 de vi'i-G24 pajies, avec 152 fig. Cart. 8 fr.
LANNEGKACE (Paul). Terminaisons nerveuses dans les muscles de la langue
et dans sa membrane mmiueuse. Paris, 1878, in-8, 88 pages. 2 fr. 50
LEHLOIS (P.). I.a vie et le moi. Paris, 1878, in-18, 72 pages. 2 fr.
LtGROS. lies nerfs vaso-tuotcurs. Paris, 1873. 1 vol. in-8 de 112 pages. 2 fr. 50
M.VNDL (L.). Anatumic uiicruscopiquc, par le docteur L. Mandl. Ouvrage complet,
Paris, 1838-1857, 2 volumes in-folio avec 92 planches. 200 fr.
Le tome I^', comprenant I'Histologie, est divisé en deux séries : Tissus et organes, Liquides or-
ganiques, est complc'l eu iO livraisons, uvec 52 planches.
l.,o louie II, comprenant 1' Histogenèse, ou Reclicrclies sur le développement, l'accroissement et la
reproduction des éléments microscopiquos, des tissus et des liquides organiques dans l'œuf, l'embryou
et les animaux adultes, est complet en 20 livraisons, avec 40 planches.
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MOlTtlSSIER (A.). MjSt pltotograpliie a|>i»Ii(|uéc aux recherches niicrographi-
ques. Paris, 1867, 1 vol. ia-18 jésus, 3/iO payes, avec 30 figures et 3 planches
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MULLER. Manuel de physiologie, par J. MuLLER, traduit de l'allemand par A. J, L.
JoURDAx, i" édition, par E. Littré, avec 320 fig., et de à pi. 2 vol. gr. in-8. 20 fr,
P.MRICEON (G.). necherehe.« sur le nombre des globules rouges et blancs
du sang si réîat physiologique (chez l'adulte) et dans un certain nombre de ma-
ladies chroniques. I11-8 de 100 pages, avec 20 pi. de tracés. 4 fr.
POINCARÉ. re système nerveux au point de vue normal et pathologique. Leçons de
physiologie professées à Nancy. 2^ édit. Paris, 1877, 3 vol. in-8 avec fig. 18 fr.
POCCHET (F. A.). Théorie de l'évolution spontanée et de la fécondation dans
l'espèce humaine et les mammifères, basée sur l'observation de toute la série animale,
par F. A. Pouchet, pro'"csseur au Muséum d'histoire naturelle de Rouen. Paris, 1847.
1 vol. in-8, 600 pages avec Atlas in-4 de 20 planches coloriées. 36 fr.
SCHIFF. De l'innaiiiiiiation et de la circulation, par le professeur M. SciiiFF,
traduction de 1 ilalirn par le docteur R. Guichârd de Choisity, médecin adjoint des
hôpitaux de Marseille. Paris, 1873, in-8 de 96 pages. 3 fr.
— I>a pupille considérée comme estbésiomètre, traduit de l'italien, par
le docteur R. Guicuard de Choisity. Paris, 1875, in-8 de 34 pages. 1 fr. 25
SCllWARTZ (Ch. Ed.). Recherches anatomiques et cliniques sur les gaines
synoviales de la face pal.Tiaire de la main. Paris, 1878, gr. in-8 de 110 pages,
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SElîRES (E.). .Inatocnic comp.iréc transcendante, principes d'embryogénie,
de zoogénie et de tératogénic. Paris, 1859, 1 vol. in-4 de 942 p., avec 20 pi. 16 fr.
ZIÉGLEU (Martin). Atonicité et Ko'icité, applications physiques, physiologiques et
médicales. Paris, 1874, in-12, 182 pages. . 3 fr. 50
— Lutte pour l'exi.itence entre l'organisme animal et les algues microscopiques.
Paris, 1878, in-8, 81 pages. 2 fr. 50
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